Ephéméride littéraire 19 MAI 1942 : L'ÉTRANGER, LE PREMIER ROMAN D'ALBERT CAMUS, EST PUBLIÉ. L'Étranger est le premier roman publié d'Albert Camus, paru en 1942. Les premières esquisses datent de 1938, mais le roman ne prend vraiment forme que dans les premiers mois de 1940 et sera travaillé par Camus jusqu’en 1941. Il prend place dans la tétralogie que Camus nommera « cycle de l'absurde » qui décrit les fondements de la philosophie camusienne : l'absurde. Cette tétralogie comprend également l'essai Le Mythe de Sisyphe ainsi que les pièces de théâtre Caligula et Le Malentendu. Le roman a été traduit en soixante-huit langues ; c'est le troisième roman francophone le plus lu dans le monde, après Le Petit Prince de Saint-Exupéry et Vingt Mille Lieues sous les mers de Jules Verne. Une adaptation cinématographique en a été réalisée par Luchino Visconti en 1967. DIMENSION PHILOSOPHIQUE DU ROMAN : L'Étranger, notamment dans la seconde partie, rappelle les procès staliniens (vers 1932, tandis que L'Étranger paraît en 1942). La loi du 1er décembre 1934 de Staline raccourcit les délais de condamnation comme dans le livre, où le procès est très rapide. Le genre rappelle aussi le théâtre de l'absurde (Alfred Jarry). C'est un genre traitant fréquemment de l’absurdité de l’Homme et de la vie en général, celle-ci menant toujours à une fin tragique. Pour Jean-Paul Sartre, le roman d'Albert Camus vise à donner le « sentiment de l'absurde », selon les termes qu'il emploie dans son article « Explication de L'Étranger », paru la veille de la sortie du roman de Camus et daté de 1943 (puis repris dans les Situations de 1947). Albert Camus lui-même confirme en partie cette interprétation, mais souligne bien que L'Étranger n'est pas tant selon lui une démonstration de l'absurdité du monde, que de la confrontation entre le caractère non sensé du monde et le désir de compréhension de l'homme : « Ce qui est absurde, c'est la confrontation de cet irrationnel et de ce désir éperdu de clarté dont l'appel résonne au plus profond de l'homme », écrit-il dans Le Mythe de Sisyphe. Le philosophe Gabriel Marcel dans son article « Le refus du salut et l'exaltation de l'homme absurde », recueilli dans Homo Viator (Aubier Montaigne, 1944), se livre à une lecture critique de L’Étranger (pages 269 à 273), où il reproche à Camus son monadisme radical et le contre-pari pascalien auquel il se livre. STYLE : La lecture du manuscrit de L'Étranger inspira à André Malraux des remarques stylistiques qui furent communiquées à Camus par son ami Pascal Pia1. Malraux notait l’usage abusif que Camus faisait de la structure « sujet, verbe, complément, point ». L'auteur apporte les modifications conseillées afin, concède-t-il, d'« éviter la caricature ». Le récit est tout entier construit du point de vue du narrateur et exclut tout autre point de vue. Ce choix narratif a plusieurs effets de lecture, par exemple en donnant l'impression de visions du monde ou de l'espace qui sont uniques. CRITIQUES : Dans son ouvrage Culture et impérialisme, le critique littéraire Edward Saïd souligne que, bien que L'Étranger soit souvent interprété comme une sorte de métaphore abstraite de la condition humaine, le roman est profondément ancré dans son contexte historique, à savoir l'Algérie coloniale dans laquelle Albert Camus a grandi. Saïd souligne par exemple que les personnages arabes ne sont jamais nommés et constituent un arrière-fond passif à la vie des personnages européens qui eux ont des noms et des identités : tout comme dans le système colonial, les Arabes occupent une position subordonnée. Il faut prendre en compte que L'Étranger fut écrit en 1942 et en 1945, bien avant la guerre d'Algérie (1954-1962), Albert Camus a pris clairement position en tant qu'écrivain anticolonialiste. Références avec d'autres œuvres de Camus Une référence au personnage de l'Arabe est faite dans La Peste : « Au milieu d'une conversation animée, celle-ci avait