Pittoresque Séduisant autant les Anglais avides d’excursions en France, que les Parisiens cossus en quête de verdure et d’air marin, la Normandie est idéalement située. En réponse à cette double fringale - les artistes suivant les mêmes chemins que les voyageurs - son pittoresque a été précocement célébré, étudié, reproduit et traduit sous mille formes. Héritières du modèle romantique, les photographies adoptent aussi, au fil des ans, des visions picturales délaissant l’histoire et l’archéologie au profit de la vie réelle, des beautés simples, des effets de lumières. Une belle place y est faite aux cours de ferme, au rythme graphique des colombages, à l’habitat local, saisi par le pinceau de Cals. Les épreuves réalisées par Jean-Charles Langlois dans son prieuré de Saint-Hymer sont un miracle de synthèse sensible entre ces genres. Le passé est transcendé par Stéphanie Breton dans une représentation onirique et crépusculaire du château de Franqueville, tandis qu’Auguste Canivet, élève de Brébisson, choisit la tranquille ferme du Ronceray, maison natale de Charlotte Corday loin de l’esthétique des peintres d’histoire. Le charme du vieux moulin sur le pont de Vernon est accentué par la présence de jeunes enfants déguenillés, ce qui en fait un parfait tableau de genre. Ce pittoresque des villages et des campagnes, bien différent de celui des côtes, mérite d’être mis en exergue et distingué des vues de monuments anciens. Car la photographie peut revendiquer clairement, en abordant ce genre, des ambitions artistiques qu’aucune visée documentaire ne vient parasiter.
The picturesque Normandy was ideally placed to attract British tourists eager for trips to France and wealthy Parisians in search of greenery and sea air. Responding to this twofold appetite, artists followed the same routes, and the area’s picturesque side was celebrated, studied, reproduced and translated in myriad forms from an early stage. Photographs were also heirs to the Romantic model, and over the years, photography adopted pictorial visions that abandoned history and archaeology in favour of real life, simple beauties and light effects. Many of them feature farmyards, the graphic effect of half-timbering and the local dwellings painted by Cals. The proof prints made by Jean-Charles Langlois in his priory in Saint-Hymer combine the two genres with exquisite sensitivity. Stéphanie Breton transcends the past in a dreamlike twilight depiction of the Château of Franqueville, while Auguste Canivet, a pupil of Brébisson, chose the peaceful farm of Le Ronceray, where Charlotte Corday was born. It is a far cry from the aesthetic of history painting. The presence of ragged urchins adds to the charm of the old mill on the bridge at Vernon, making for a perfect genre picture. The picturesque in villages and the countryside was very different from its coastal equivalent. It is worth highlighting and should be distinguished from views of ancient monuments. When photography turned to the picturesque genre, free of the impulse to record objectively, it could clearly claim to be art.
Texte (Blanc) : 1m x 1m67