Monumental À l’écart des rivages, l’essor de la photographie accompagne celui de l’histoire de l’art, ainsi que le souci de préserver des monuments remarquables après des décennies de destructions et de négligences. Tout se conjugue pour lier intérêt des historiens, des architectes et savoir-faire des photographes. La “Mission héliographique” scelle cette alliance : en 1851, Prosper Mérimée et la commission des Monuments historiques passent commande à cinq photographes. Ami de Brébisson, Hippolyte Bayard est chargé de la Normandie. Mais tous les autres, Le Gray, Mestral, Baldus et Le Secq y passeront ensuite pour en fixer des sites d’exception. Représenter un édifice dans son contexte, ensemble et détails significatifs, reste une prouesse. Les façades de la cathédrale de Rouen par les frères Bisson continuent de surprendre les photographes d’aujourd’hui. Pétries de la sensibilité romantique des lithographies et aquarelles, ces vues mêlent pittoresque et relevé scientifique, art et science, excursion daguerrienne et archéologie. L’intrusion du hasard - les passants, les affiches, les chevaux qui s’ébrouent - est la marque de la photographie, qui donne à voir aussi une histoire parallèle qu’il serait dommage de négliger. Depuis le voyage de Ruskin en 1848, le flot des photographes ne s’est jamais tari. Des merveilles insérées dans le tissu urbain ou faisant la beauté de sites naturels, comme Château-Gaillard ou le Mont-Saint-Michel, ont été dûment enregistrées par les plus grands et les meilleurs : les monuments civils et religieux de Caen et de Rouen se taillent la part du lion.
Monumental Away from the coast, history of art and the desire to preserve remarkable monuments after decades of destruction and negligence developed alongside photography. All this worked together to connect historians’ and architects’ interest with photographers’ skills. In 1851, the alliance was sealed with the Mission héliographique, in which Prosper Mérimée and the Monuments historiques commissioned five photographers to record exceptionally fine landmarks and monuments. Brébisson’s friend Hippolyte Bayard was put in charge of Normandy, but all the others - Le Gray, Mestral, Baldus and Le Secq - subsequently went there. Depicting a building in its context, as a whole and with significant details, remained a feat of prowess. The Bisson brothers’ facades of Rouen Cathedral still surprise today’s photographers. Steeped as they are in the romantic sensibility of lithographs and watercolours, these views are a blend of picturesque and academic record, art and science, Daguerrean excursion and archaeology. The intrusion of chance elements ‒ passers-by, posters, snorting horses ‒ is the hallmark of photography, which also reveals an alternative version of history it would be a pity to neglect. Since Ruskin’s visit in 1848, the flow of photographers to Normandy had never ceased. Gems set in the urban fabric or embellishing natural beauty spots, like Château-Gaillard or Mont-Saint-Michel, were duly recorded by the best and greatest photographers, and the religious and secular monuments of Caen and Rouen were given pride of place.
Texte (Blanc) : 1m x 1m80