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Revue W+B n°173

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WALLONIE + BRUXELLES Revue trimestrielle internationale éditée par la Fédération Wallonie-Bruxelles et la Wallonie

125 ANS DE RELATIONS BELGO-CORÉENNES

Dossier

UNE COOPÉRATION DURABLE

#173 AUTOMNE 2026 ISSN 0773-4301 I BUREAU DE DÉPÔT : BRUXELLES X


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ÉDITO

125 ANS DE RELATIONS ENTRE LA BELGIQUE ET LA CORÉE DU SUD, UN ANNIVERSAIRE À FÊTER DIGNEMENT ! Depuis 125 ans, la Belgique et la Corée du Sud partagent une grande histoire d’amitié, de coopération, d’échanges diplomatiques, culturels et économiques. Depuis la signature du Traité d’amitié, de commerce et de navigation en 1901, la Belgique et la Corée ont, en effet, construit un partenariat dynamique, qui s’est consolidé durablement dans l’histoire, notamment lors de la Guerre de Corée, et continue de se renforcer aujourd’hui à travers des initiatives tournées vers l’innovation, les nouvelles générations et le désir de connaître les cultures de chaque pays. Une histoire qui dure depuis 125 ans, il faut la célébrer comme il se doit. La Revue W+B propose de dresser un panorama non exhaustif des différentes actions menées, que ce soit dans le domaine culturel, académique ou économique.

Ce numéro automnal revient également sur une exceptionnelle présence des artistes et compagnies de Wallonie-Bruxelles au dernier Festival d’Avignon, sur la passation de flambeau entre Serge Rangoni et Michael De Cock à la tête du Théâtre de Liège et sur le parcours inspirant de Mathilde Wittock, qui a eu la brillante idée de recycler les balles de tennis. Il est l’heure aussi de prendre de la hauteur avec les deux nouvelles passerelles himalayennes inaugurées en Wallonie, de découvrir comment les jeunes renforcent leurs liens avec la démocratie, de parier sur l’avenir avec le projet GreenSkills à Tanger, de plonger dans un accès à une eau de qualité avec la société Korium Tech et de se laisser gagner par la magie de Levita. Bonne lecture !

Un écrin de nature à Séoul, Corée du Sud © WBI

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DIRECTEUR DE LA COMMUNICATION Nicolas Willems - n.willems@wbi.be COLLABORATIONS Marie-Catherine Duchêne, Fanny Tabart, Laurence Hermand et Anne Neuville CONCEPTION ET RÉALISATION Octopus Creative Communication www.8pus.be IMPRESSION Graphius www.graphius.com ÉDITRICE RESPONSABLE Pascale Delcomminette Place Sainctelette 2 B-1080 Bruxelles

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WALLONIE + BRUXELLES Revue trimestrielle internationale éditée par la Fédération Wallonie-Bruxelles et la Wallonie

SECRÉTAIRE DE RÉDACTION Emmanuelle Stekke - e.stekke@wbi.be

#173 AUTOMNE 2026 ISSN 0773-4301 I BUREAU DE DÉPÔT : BRUXELLES X

Téléchargez la revue sur www.wbi.be/rwb/

Dossier

125 ANS DE RELATIONS BELGO-CORÉENNES UNE COOPÉRATION DURABLE

Photo de couverture Séoul, capitale de la Corée du Sud, entre nature et modernité © WBI


02 Édito 06 Dossier 125 ans de relations belgo-coréennes : une coopération durable

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Portrait Liège au carré

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Culture Avignon 2026 : « Sous le drapeau des questions »

24 Tourisme La Wallonie prend de la hauteur

28 Design Mathilde Wittock – Recycler l’existant, explorer le vivant

32 Jeunesse Les jeunes disent oui à la démocratie !

36 Coopération internationale

40 Innovation Levita - Du luxe à l’entertainment, la société liégeoise de magie poursuit son expansion internationale

46 Entreprise Korium Tech : une entreprise liégeoise qui fait ruisseler son savoir-faire du Bénin au Chili en passant par la Belgique

50 Survols

Un hub d’innovation pour l’avenir vert à Tanger

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125 ANS DE RELATIONS BELGOCORÉENNES : UNE COOPÉRATION DURABLE Par Jacqueline Remits 6 I W+B 173


DOSSIER Entre la Belgique et la Corée du Sud, c’est une grande histoire. D’amitié, de coopération, d’échanges diplomatiques, culturels et économiques. Alors, quand cette histoire dure depuis 125 ans, il faut la célébrer comme il se doit avec des manifestations culturelles foisonnantes et des missions économiques en vue.

Séoul, capitale de la Corée du Sud, navigue entre nature, culture, patrimoine et modernité © WBI

Plaque de remerciement de la République de Corée du Sud à la Belgique pour l’envoi de troupes belges lors de la guerre de Corée © WBI

A l’occasion du 125e anniversaire des relations diplomatiques entre la Corée du Sud et la Belgique cette année, les manifestations culturelles entre les deux pays sont particulièrement riches et variées. Exemple prestigieux, le concert de gala du 22 avril dernier à Bozar à Bruxelles fut un grand moment de culture et d’échange. Organisé par le Centre Culturel Coréen, cet événement, qui a réuni près de 500 personnalités, a bénéficié du soutien du Ministère des Affaires étrangères de la Corée du Sud et du SPF Affaires étrangères de Belgique, en collaboration avec

Bozar. Grâce au talent de jeunes artistes belges et coréens de renom, cette soirée exceptionnelle a incarné la richesse du dialogue entre les deux nations à travers un programme mêlant répertoires classiques coréens et belges. Des œuvres emblématiques telles qu’Arirang (musique symbolique de la Corée du Sud) et La Muette de Portici ont illustré, en musique, l’âme et l’histoire des deux pays. A cette occasion, l’ambassadeur de Corée du Sud en Belgique a rappelé que celle-ci avait envoyé environ 3.500 soldats pendant la guerre de Corée et avait toujours été une amie

© WBI

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Ambassade de Belgique en Corée du Sud © WBI

Plusieurs missions académiques ont déjà été organisées en Corée. En 2016, une mission interinstitutionnelle était organisée par l’Académie de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur (ARES). En 2017, une autre mission académique accompagnait la mission économique belge. En 2019, une grande mission académique co-organisée par WBI, WB Campus et l’ARES accompagnait la visite d’Etat en Corée du Sud, avec la participation des différentes universités et hautes écoles. En 2020, l’arrivée du Covid a perturbé les échanges et la coopération avec l’Asie en général, la Corée du Sud y comprise. Au sortir de la pandémie, les choses reprennent leur rythme de croisière. Ainsi, les 10 et 11 juin derniers, le Président de Corée du Sud, Lee Jae-myung, est venu à Bruxelles pour le Sommet EU-Korea Forum et a été reçu par le Roi et les autorités du pays. précieuse aux côtés de la Corée dans les moments difficiles. Le Ministre belge des Affaires étrangères, Maxime Prévot, a quant à lui fait remarquer que la coopération entre les deux pays, forte de 125 ans d’histoire, s’étendait désormais aux technologies de pointe et à l’industrie. Au-delà de la performance artistique, ce concert de gala symbolise la vitalité et la profondeur des liens entre la Corée et la Belgique et ouvre un nouveau chapitre de cette amitié tournée vers l’avenir.

UN TRAITÉ D’AMITIÉ Depuis la signature du Traité d’amitié, de commerce et de navigation en 1901, la Belgique et la Corée ont, en effet, construit un partenariat dynamique, nourri par des collaborations dans les domaines culturel, académique, économique et diplomatique. Ce lien s’est consolidé durablement dans l’histoire, notamment lors de la Guerre de Corée, et continue de se renforcer aujourd’hui à travers des initiatives tournées vers l’innovation, les nouvelles générations et le désir de connaître les cultures de chaque pays. « De manière générale, la coopération est excellente avec la Corée du Sud », souligne Aboubacar Charkaoui, chef de service bilatéral Asie-Pacifique à WBI. « En 2019, la visite d’Etat du Roi Philippe en Corée du Sud s’est très bien passée, avec la participation des Régions, des Communautés et du Fédéral. Le MinistrePrésident de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Rudy Demotte, avait fait le déplacement. Cela a été l’occasion pour WBI de rebooster les relations avec la Corée du Sud, à la fois aux niveaux économique, commercial, académique et culturel ».

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© WBI


DOSSIER

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DEMANDEZ LE PROGRAMME ! Pour célébrer cet anniversaire des 125 ans de relations bilatérales entre la Corée du Sud et la Belgique, de nombreuses manifestations culturelles et diplomatiques sont organisées tout au long de l’année 2026. « Nous travaillons en partenariat avec nos collègues du Fédéral, celui-ci pilotant les festivités au niveau officiel. De notre côté, nous organisons une série d’activités également, dans le cadre des compétences de la Fédération et des Régions, à savoir les sciences, les technologies, l’innovation, la recherche, la coopération économique et la culture ». Voyons ce programme en détail. En mai dernier, les « Belgian Film Nights » ont été organisées à l’initiative du Fédéral. En octobre, se tiendra le Busan Film Festival, le plus important festival international de cinéma de Corée du Sud, en marge duquel des projections de films belges seront organisées.

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« En octobre, notre agence spécialisée Wallonie-Bruxelles Théâtre Danse (WBTD) organisera une mission de prospection à Séoul à l’occasion du Performing Arts Market in Seoul (PAMS), mais aussi dans le cadre du Seoul Performing Arts Festival (SPAF). Ces rendez-vous incontournables des arts vivants réunissent des professionnels internationaux venus découvrir des spectacles coréens et internationaux, ainsi que des projets en cours de création présentés par des artistes et compagnies ». Pour cette mission, WBTD sera accompagnée de plusieurs opérateurs culturels de la Fédération Wallonie-Bruxelles : les compagnies t.r.a.n.s.i.t.s.c.a.p.e et ABIS, le Théâtre de Liège, ainsi que trois bureaux de production et de diffusion. Par ailleurs, le Théâtre de Liège entretient depuis de nombreuses années une coopération soutenue avec la Corée du Sud, avec l’appui de WBI. Cette collaboration se traduit par des échanges artistiques réguliers et la programmation de productions belges et coréennes, tant à Liège qu’à Séoul.

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En août dernier, en collaboration avec Visit Wallonia, Visit Brussels et Jejoo Studio, WBI a accueilli des journalistes de la chaîne de télévision publique coréenne KBS venus en reportage en Belgique pour une émission de la série documentaire « Walk into the World », avec un tournage en Wallonie et à Bruxelles. Ils ont pu déguster les délicieuses gaufres de Liège de Jean Galler, le vin réputé du château de Bioul et les chocolats bien connus Neuhaus (inventeur de la praline), découvrir Dinant, la ville natale d’Adolphe Sax, le circuit de F1 de Spa-Francorchamps, les Thermes de Spa et, à Bruxelles, la Galerie de la Reine, la maroquinerie Delvaux (inventeur du sac à main moderne) et l’Atomium, notamment. Le 8 décembre 2026, Valère Burnon, pianiste de renommée internationale, diplômé et assistant de musique du Conservatoire royal de Liège, donnera un concert au Seoul Arts Center. Dans le domaine de la bande dessinée, la Belgique étant l’épicentre de la BD non asiatique, des ateliers croisés sont régulièrement organisés avec des illustrateurs coréens. Une manière de valoriser la Belgique comme référence mondiale en BD non asiatique, en dialogue avec la forte culture du dessin, du manga et du « webtoon » en Corée du Sud.


DOSSIER majeur de coopération avec la Corée du Sud. Dans un contexte où ce pays investit massivement dans la transition énergétique, les technologies européennes, et wallonnes en particulier, sont matures et exportables (hydrogène, captage, utilisation et stockage du carbone, recyclage, chimie verte, équipements énergétiques). « La Corée du Sud est un pays qui offre beaucoup d’intérêt pour nous », développe Aboubacar Charkaoui. « Nous envisageons de renforcer la coopération au niveau technologique et académique avec ce pays, géant des technologies, en particulier des puces électroniques. Le renforcement de cette coopération avec la Corée est un chantier sur lequel nous allons travailler dans les prochaines années. Un pays attractif et prioritaire pour nous ». Une des boutiques de la maroquinerie Delvaux à Séoul © WBI

Il n’aura échappé à personne que la Corée est un pays très populaire auprès des jeunes avec la K-Pop, la K-beauty, le cinéma… WBI et la Fédération Wallonie-Bruxelles ont saisi la balle au bond pour développer encore cet intérêt dans un autre domaine. Voici plusieurs années déjà, un partenariat a été signé avec la Corée pour le programme OLC (Ouverture Langue et Culture). Celui-ci permet aux écoles primaires et secondaires qui le souhaitent de bénéficier de cours de langue et de culture coréennes. Les professeurs de coréen, qui donnent ces cours de langue et de culture coréennes dans les écoles, pendant les heures de cours ou en parascolaire, sont financés par l’ambassade de Corée. Un programme éducatif et officiel très populaire.

DES MISSIONS ÉCONOMIQUES AUSSI La coopération économique entre les deux pays n’est pas en reste. Une mission économique, organisée par l’AWEX et BioWin et son équivalent coréen Innopolis, consacrée aux sciences de la vie, est prévue en Corée dans le courant de 2027. Cette mission illustrera une approche résolument tournée vers l’innovation. Fondée sur la coopération entre clusters, instituts de recherche et entreprises, elle s’inscrit pleinement dans la stratégie wallonne de spécialisation intelligente. Les technologies vertes, l’énergie et la décarbonation industrielle constituent un axe stratégique © WBI

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Chung Haetal, responsable communication du Centre Culturel Coréen

LE CENTRE CULTUREL CORÉEN : DES ACTIVITÉS ARTISTIQUES VARIÉES Pour découvrir et s’initier à la culture coréenne, fréquenter le Centre Culturel Coréen est sans nul doute une bonne approche. Tout au long de l’année 2026, celui-ci propose une programmation artistique variée. Ainsi, dans le domaine des arts de la scène, le Centre organise chaque mois le programme « KCC on Stage », qui met en lumière la diversité de la scène coréenne à travers la musique classique, le jazz ou encore la musique traditionnelle. « A travers cette programmation, cet anniversaire permet de mettre en lumière des relations bilatérales riches en constante évolution, portées par une volonté commune de dialogue, de création et de coopération durable », précise Chung Haetal, responsable communication du Centre Culturel Coréen. Le Centre Culturel Coréen auprès de l’Union européenne et de la Belgique a ouvert ses portes en novembre 2013 à Bruxelles. « Depuis lors, notre Centre s’efforce de renforcer la compréhension mutuelle et de dynamiser les échanges culturels entre la Corée et la Belgique à travers une programmation diversifiée alliant tradition et modernité ». Celui-ci est un espace ouvert où chacun peut découvrir et expérimenter la richesse et le dynamisme de la culture coréenne avec des expositions, spectacles, projections cinématographiques, cours de langue, en passant par la gastronomie, l’artisanat et la musique K-Pop. « De plus, nous jouons le rôle de ‘plateforme d’échange culturel réciproque’ en collaborant étroitement avec les institutions culturelles belges et européennes, ainsi qu’avec les organisations internationales. La culture n’est pas figée. Elle prend tout son sens lorsqu’elle évolue par le dialogue. Le Centre Culturel Coréen continuera d’être ce pont d’empathie et d’évolution, consolidant durablement les liens culturels entre la Corée du Sud et l’Europe ». Née en 1901, cette amitié durable entre la Belgique et la Corée, fondée sur plus d’un siècle d’échanges culturels, humains et artistiques, a encore de belles années devant elle.

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DOSSIER Fresque représentant les carnavals et les Gilles de Binche à Séoul © WBI

Témoignage :

Soldats belges en Corée © WBI

Une passion coréenne Originaire de Liège et fils de musicien, Basile Peuvion commence son apprentissage musical par la percussion classique avant de se tourner vers le jazz en jouant avec de nombreux musiciens de sa génération, puis rapidement sollicité par des musiciens plus expérimentés. Il se glisse avec bonheur dans des contextes aussi variés que le jazz moderne, le jazz traditionnel, la musique contemporaine ou les musiques traditionnelles coréennes. Il joue et enseigne le janggu, un tambour traditionnel coréen en forme de sablier. Il s’est passionné pour cet instrument après un concert de jazz à Yeosu en Corée en 2012. « J’ai eu un coup de foudre pour la culture et la langue », se souvient-il. « J’ai aussi écouté de la musique traditionnelle coréenne. Suite à ce voyage, j’ai commencé l’apprentissage de la percussion au janggu. En 2015, alors que je vivais à Paris, j’ai fait la rencontre d’un grand maître en percussions ». A Paris, il remporte le 1er prix ex-aequo d’un concours de pansori coréen (opéra traditionnel avec voix et percussions). « Cela m’a permis de gagner un voyage en Corée. Le grand maître que j’avais rencontré à Paris m’a proposé d’apprendre le janggu avec lui et de participer à un concours international en solo ». Il remporte le 2e prix dans la catégorie ‘étrangers’. Pendant un an, il apprend le coréen à Paris. Il effectue plusieurs voyages en Corée jusqu’à s’y installer un an en 2017. « J’en ai profité pour me former de manière plus intensive. C’est le versant traditionnel de la musique coréenne qui m’attirait ». En 2018, il y retourne pour suivre un mois de stages. « J’ai été réinvité deux fois pour donner des concerts avec un grand maître. En 2019, on m’a décerné le titre de citoyen d’honneur de la ville de Dongducheon suite à un concert que j’ai donné avec mon grand maître de percussions ». Une reconnaissance dont le jeune homme est très fier. Après s’être ainsi formé auprès de maîtres coréens, Basile Peuvion apprécie de transmettre son art, notamment lors d’ateliers de percussions traditionnelles coréennes qu’il a animés au Centre Culturel Coréen de Bruxelles. Basile Peuvion, musicien

© WBI

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LIÈGE AU CARRÉ

Par Isabelle Plumhans

L’un quitte, l’autre arrive. Le premier, c’est Serge Rangoni, directeur du Théâtre de Liège depuis 2004, qui part diriger le centre culturel de Belem, au Portugal. L’autre, c’est Michael De Cock, ancien directeur du KVS, qui prend la tête du Théâtre de Liège dès le début de la saison 26-27. Pour nous, ils croisent leur vision du théâtre, et spécifiquement du théâtre pour Liège. Rencontre.

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Michael De Cock et Serge Rangoni © Kevin Selerin

PORTRAIT

LIÈGE, L’EUROPE ET LE MONDE Le Théâtre de Liège, c’est en réalité le Théâtre de Liège, centre européen de la création théâtrale et chorégraphique. Quel était et sera le positionnement du Théâtre par rapport à l’Europe ? Serge Rangoni : À Liège, nous sommes coincés entre la France et la Flandre. Il y a une réelle nécessité de sortir de l’enfermement d’un tout petit territoire. J’ai donc beaucoup travaillé sur l’ouverture européenne. On l’a fait avec les projets Interreg, d’abord. Avec Maastricht, Hasselt. Pour effectivement élargir le territoire. Puis il y a eu le projet Europe Créative. Il ne faut pas oublier aussi que nous ne sommes pas la capitale, donc il y a beaucoup moins de sollicitations internationales, moins d’appétence de compagnies à venir spontanément chez nous. C’est ça qui est complexe et c’est pour ça qu’on a investi à la fois des réseaux informels puis qu’on a mis en place des projets européens, financés par la communauté européenne [le Théâtre de Liège est moteur dans l’ETC, Convention Théâtrale Européenne et chef de file du projet Prospero, ndlr]. Ça nous a permis de développer des projets coproduits par des partenaires européens, tel, dernièrement, Barber Shop Chronicles. [Barber Shop Chronicles est un spectacle présenté au Théâtre de Liège en septembre 2025, mis en scène par Junior Mthombeni et Michael de Cock, ndlr].

Michael de Cock : Tout ce que vient de dire Serge, c’est une des raisons pour lesquelles j’étais à ce point intéressé par le Théâtre de Liège. Ce théâtre s’est incroyablement métamorphosé ces 20 dernières années. Par ce réseau mis en place, déjà. Maintenant, l’Europe nous regarde. Le challenge, ça va être de garder et de soigner ce réseau. Bruxelles est évidemment important, il y plus d’internationaux qui y passent. Mais on est aussi très nombreux à Bruxelles. Et c’est dans ce sens que Liège est particulier. Il est connu en France et beaucoup de français s’en inspirent pour son expertise en matière d’Europe. Et puis, cette évolution de Théâtre de la Place à Théâtre de Liège, puis théâtre de l’Europe, c’est impressionnant. Et cette histoire, c’est aussi une des raisons pour laquelle je fais du théâtre. Je ne suis pas quelqu’un du collectif. Il y a pas mal de gens qui sortent des écoles en Flandre et qui fondent des collectifs. Moi j’aime passer dans des Maisons avec une histoire, une tradition. Puis, pour ce qui est du lien avec l’Europe du Théâtre de Liège, je dirais qu’à côté de ce réseau existant, j’apporterai quelque chose, c’est certain. On pourrait collaborer avec des pays africains, ou d’Amérique Latine par exemple. C’est intéressant dans le contexte actuel. Et c’est intéressant d’aller voir ce qui se passe un peu plus loin que l’Europe. Je voudrais amener l’expérience que j’ai eue au KVS [avec le festival sur l’Amérique Latine notamment, ndlr] pour qu’à partir d’un point central, un carrefour en Europe, Liège, on décentralise. A côté de réseaux existants, amener cette décentralisation. Parce que plus que l’Europe, il y a un monde qui nous entoure.

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LA GESTION DANS L’ACTION Serge vous êtes plutôt gestionnaire, Michael, vous êtes aussi artiste. Quelles différences, quelles similitudes ? Serge Rangoni : Michael est un profil particulier d’artiste à la direction d’une maison, parce c’est quelqu’un qui n’a pas surutilisé le KVS pour faire ses créations, et ce sera la même chose au Théâtre de Liège, parce que les choses sont balisées. Je plaide de mon côté pour qu’il y ait, de manière générale, des intendants ou des curateurs à la tête des maisons. Mais je pense que c’est bien aussi qu’il y ait parfois un artiste, même si tous les artistes ne savent pas faire - pensons à certains exemples en France. Je pense aussi que le Théâtre de Liège est une maison qui s’est construite dans l’articulation avec des artistes dans des coproductions, le développement de tournées… Cet ADN ne va pas changer avec l’arrivée de Michael ; c’est d’ailleurs dans notre contrat-programme. Et puis, surtout, Michael n’est pas seulement centré sur sa production. Enfin ce qui est intéressant, c’est qu’il connait le travail sur le plateau, il connait la technique. Il y a un autre pan de l’équipe du théâtre qui pourra être proche de lui. Il aura un autre type de vision. Et ça, c’est pas mal après 20 ans de direction qui va dans un sens, qu’il y ait quelque chose qui va compléter ailleurs. C’est réjouissant.

© Kevin Selerin

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Michael De Cock : Avec Serge, on a besoin de deux mots pour dire cinq phrases. Donc la question de la différence n’est pas là, il ne faut pas être dogmatique. Il est vrai que pour moi, la grande dramaturgie d’une maison - comme l’a dit la dramaturge flamande Marianne Van Kerkhoven - est hyper importante. Je veux dire par là l’écriture d’un narratif avec une équipe. Le théâtre n’est pas un outil de carrière pour un artiste. On n’est pas, plus, dans l’idée d’un génie romantique, d’un metteur en scène qui veut travailler toute la nuit, qui veut que tout soit comme il le veut et qui utilise la Maison comme sa signature. Je pense que cette grande dramaturgie, c’est la façon dont on positionne la Maison dans la Ville, dans le Monde. Dans ce sens-là, Serge est très visionnaire. Il a su se dire : comment est-on ? Quels risques ose-t-on prendre ? A quel point peut-on être vulnérable sur un plateau ? Et puis toute cette vision d’un théâtre qui de local devient européen, est, je le répète, une vision importante. Je pense que, qu’on soit artiste ou gestionnaire, ce qui est important c’est cette vision. C’est de quelle manière on utilise l’outil « théâtre de la Ville ». Avec quel but ? Est-ce que, par exemple, l’idée est de produire des artistes, ou bien d’accompagner des artistes pour qu’ils puissent apprendre et s’améliorer ? Ça, c’est bien plus important que de savoir si on est artiste ou si on ne l’est pas. Dans ce sens-là, Serge et moi sommes semblables. Voilà d’ailleurs pourquoi on a autant travaillé ensemble ces dernières années, comme pour Barber Shop l’an dernier.


theatredeliege.be

PORTRAIT

TRANSITION ET TRANSMISSION

Serge Rangoni : Pas simple… On a essayé de mettre le théâtre, qui est un théâtre de Ville - comme le disent les flamands - au centre de la ville. Avec toutes les problématiques de la ville, des communautés, de la région, et plus largement de l’Europe. Et de parler de l’endroit d’où on parle. A partir d’un territoire proche, faire du local. Comme on l’a fait avec Barber Shop, comme on va le faire avec Zinc [qui traite des changements de nationalités successifs des habitants de Moresnet, ndlr], comme on l’a fait avec le travail sur les inondations [le projet Mémoires des Eaux marque les cinq ans des inondations de juillet 2021 dans la région, ndlr], pour parler du monde. Et on a fait le même travail avec les compagnies. Je pense au Collectif Mensuel, qui de compagnie locale est devenue internationale. Cette articulation-là, local, international, m’a toujours intéressée. Michael De Cock : Pour parler du futur, d’une part je vais rester dans la tradition de la Maison. Ce serait très prétentieux de changer tout quand tant de choses fonctionnent. Ensuite, j’aimerais créer avec certains artistes présents aujourd’hui, une famille d’artistes à accompagner. Enfin, je ne veux pas oublier que plus que jamais la culture, le théâtre sont des endroits où les gens se rassemblent. Sinon on est sur l’écran, individualisé et la société devient très polarisée. Je pense que la culture et le théâtre peuvent être des outils d’émancipation, de liberté. Regardez ce qui se passe en Europe, avec la chute de la liberté d’expression, l’extrême droite qui monte… Donc je pense qu’il faut être cet endroit où la liberté est reine. C’est beaucoup de mots pour dire qu’ici, le poétique et le politique se rejoignent, dans un même projet. C’est ça pour moi le projet à développer. Un projet connecté à la ville.

Modèles : Nicky Lapierre et Nour Beetch © Laetitia Bica

S’il fallait donner un résumé de votre parcours à Liège, Serge ? Et vos envies pour demain, Michael ?

Bonjour Tendresse. Partir du local pour aller vers le global. Faire lien entre les villes, les nations. Avec Charleroi, Namur, Gand, Anvers… Puis j’imagine que à partir de ça on peut grandir et faire voyager les spectacles montés chez nous.

LE MOT DE LA FIN, PAR MICHAEL DE COCK

développer l’empathie, même pour les personnages qui ne le méritent pas. Avec Serge, on n’est pas les mêmes, mais une fois qu’on discute ensemble, on se comprend. Il faut réapprendre à discuter avec l’autre quel que soit son point de vue.

Quand je suis arrivé ici, j’étais le bienvenu. La façon dont j’ai été accompagné, c’est le cœur du projet, malgré nos différences. C’est notre passion commune pour l’humanité et la culture. Je suis très reconnaissant de la générosité de Serge. Je pense que ça n’a aucun sens de travailler avec un grand génie s’il n’a pas de générosité. Nous, on est là pour

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AVIGNON 2026 SOUS LE DRAPEAU DES QUESTIONS Par Sylvia Botella

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« Pépée, une histoire sans chute » de Josépha Sini et Laurène Hurst © J. Van Belle - WBI

CULTURE

« Sous le drapeau des questions ». C’est LA clé de la 80e édition du Festival d’Avignon, plus iconoclaste et interrogative que commémorative. Quelle formule pourrait aussi mieux dire l’effet que provoque à certains endroits, le Festival Off d’Avignon ?! Ici, les pratiques artistiques belges brillent au diapason d’une démocratie débattue.

Penser au Festival d’Avignon et en rêver nous fait comprendre ce qu’il a d’unique dans ce qu’il fait à nos questionnements, et dans ce qu’il nous fait. Notre perception est inséparable des premières semaines de canicule et de mobilisation générale contre le gel de 13% des subventions de l’état français accordées pour l’année 2026 à 28 opérateurs et culturels (ndlr, le 22 juillet 2026, le gel des subventions est levé), de l’adoption de la réforme des pensions des travailleurs des arts en Belgique - qui prévoit la limitation à 20% des périodes assimilées antérieures en 2014 -, ainsi que des tensions géopolitiques. Le festival se trouve forcément affecté par le réel de plus en plus insupportable. L’hypothèse est que nous vivons un moment de vérité dont la pandémie de Covid-19 aurait été la répétition ou l’événement qui a révélé les inégalités agissantes de manière criante. Nous y sommes ! Les bouleversements planétaires - crise climatique, tensions géopolitiques et conflits armés ou boum de l’IA sont à n’en pas douter un bouleversement anthropologique. Comment demeurer audibles et en relation lorsque la confusion générale nous fait accepter l’inacceptable ? Comment les arts au sens plein peuvent y prendre part ? Dans quelle société voulons-nous habiter ? « Le théâtre est incapable d’arrêter une guerre. Pourtant, il est difficile de changer le monde sans compter sur le théâtre. Au festival, j’ai la sensation que d’infimes changements se produisent dans le monde. Et c’est bien leur addition qui contribue à changer l’état du monde. Le théâtre est l’antichambre du changement : les moments de pensée, de découvertes et d’émotions permettent les engagements, les

mobilisations », insiste Tiago Rodrigues, directeur du Festival d’Avignon. Les artistes savent que montrer la destruction, et plus exactement le consentement à la destruction comme le caractérise Didier Fassin, ne suffit pas pour le rendre visible. D’où la prolifération des enquêtes et l’auto-documentation, les odyssées dans la littérature et les recherches formelles du réel au cœur des mécanismes de la fiction. Il suffit pour s’en convaincre d’observer la percée belge au Festival d’Avignon, pour laquelle la question de la démocratie ne peut se penser selon un seul point de vue, circonscrit ; elle n’est ni close ni surplombante. Elle se révèle concomitante des conditions d’existence de tous. Ainsi, nous pouvons laisser à Salim Djaferi le soin d’ouvrir cette réflexion collective, lui qui, dans Koulounisation, avait déjà mené l’enquête sur le mot « colonisation ». Dans Bâtir, présenté dans le cadre de la Saison Méditerranée 2026, il s’intéresse, avec Clément Papachristou, à l’architecture et à la gestion des Cités françaises dans lesquelles il a grandi. En 2019, l’artiste découvre aux Rencontres de la photographie d’Arles qu’elles ressemblent aux grands ensembles urbains bâtis dans les années 1950 en Algérie. Plus tard, il apprend que les cités de la région parisienne ont été aménagées par les administrateurs des colonies françaises en Afrique. Ici, les récits manquent. Pour autant, sa volonté n’est pas de se substituer aux historiens. Dans une sorte de conférence gesticulée, l’auto-documentariste nous amène avec Sasha Martelli à repenser collectivement l’Histoire au prisme des processus de racialisation et de son histoire familiale. C’est l’enjeu de Bâtir, les savoirs

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de l’intérieur (ou savoirs intimes) enrichissent les savoirs et font mémoire. On le voit bien dans les gestes dansés (ou énoncés) de Djaferi, ils suivent leurs propres rythmes et lignes, porteurs d’un langage politique à partir duquel les architectures des cités de banlieue deviennent audibles et compréhensibles.

bel obscur) dans le cadre du cycle « Du livre à la scène » à la Maison Jean Vilar - qui fait écho à son travail d’adaptation théâtrale avec Mathias Simons sur le spectacle Les Enfants de la Vallée des Ateliers de la Colline - qui file sensiblement par la fiction les inondations destructrices de la Vesdre en juillet 2021 en Belgique.

Contre les désirs de racisme, il est nécessaire d’opposer, si ce n’est imposer l’importance des dynamiques relationnelles dans les récits. Après Carte noire nommée désir présenté au festival en 2023 (ndlr, rappelons que la pièce y fit l’objet d’agressions verbales et physiques à caractère raciste), Rébecca Chaillon - artiste associée du Théâtre National Wallonie-Bruxelles crée La parabole du Seum. Le « paraconte » fait corps avec le théâtre, les arts de la performance et la littérature, notamment La parabole du Semeur (1993) d’Octavia E. Butler et Le goût du seum de Chams Zarrouk (2026). Ici, l’artiste donne une forme expressive au désir et aux corps gros sur une motte de beurre, en insérant les points de vue situés des interprètes dans le récit : survie, maladie, exil, racisme, grossophobie, homophobie, islamophobie, transphobie. Et en multipliant, les scènes et les effets, pour inventer un théâtre du futur, un théâtre post-raciste.

Ou encore plonger dans les lectures des auteurs de théâtre francophones d’Afrique et d’Haïti du Cycle « Ça va, Ça va le monde ! » conçu et coordonné par Pascal Paradou (RFI), et dirigé avec Armel Roussel depuis 2016. Nous y avons découvert l’œuvre fleuve Quel dernier grand conflit pour assouvir la haine entre les humains du Haïtien Guy Régis Junior subtilement mis en voix par Armel Roussel avec les élèves de l’Ecole du Nord. L’immense chantier théâtral débuté en 2008 inaugure une façon singulière de prendre comme matériau vivant, les diverses violences humaines - qui s’entremêlent, se meuvent et se complexifient. Et révèlent la part de vérité à laquelle on a en réalité peu accès.

Faire voix avec le penseur martiniquais du Tout-Monde Edouard Glissant et le dramaturge-poète avant-gardiste congolais Sony Labou Tansi est la proposition de L’intraitable beauté du monde d’Étienne Minoungou. La vérité se trouve quelque part, dans la suture entre les fragments de textes de Glissant et Labou Tansi, avec pour contrepoint la glose clairement située de Minoungou et les compositions musicales live de de la saxophoniste Katrine Suwalski et du multi-instrumentiste Simon Winsé. C’est à la fois le cœur sensible du monologue pluriel et son point de butée, après lequel on verse dans l’émotion et la requête politique pour tenter de rattraper le présent dans un moment ouvert. Comment ne pas songer également à la superbe interprétation de Catherine Mestoussis dans L’Hors-présence de Tiphaine Raffier - qui scrute de l’intérieur la fin de vie et la question de la dignité humaine, sans jamais rien nier de la douleur physique du corps malade et de la douleur morale de la famille aidante. Ce qui rend la pièce juste et inoubliable. Ou convoquer, à l’instar des rencontres initiées par la SACD Belgique, le partage sensible de l’autrice liégeoise majeure Caroline Lamarche (ndlr, finaliste du Prix Goncourt 2025 avec son roman Le

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A cet égard, Kiu Choi, directeur artistique du Performing Arts Market à Séoul (PAMS), voit dans le programme « Coréen comme langue invitée » au Festival d’Avignon, une continuité : « La création coréenne n’est pas Une, elle est multiple. Entre autres, dans Cuckoo, The History of Korean Western Theatre et Haribo Kimchi, Jaha Koo pose un regard bien à lui sur l’Histoire contemporaine et la culture coréenne, entre témoignage,

« Les Enfants de la Vallée » des Ateliers de la Colline © J. Van Belle - WBI

« En finir avec Eddy Bellegueule » de Jessica Gazon © J. Van Belle - WBI


CULTURE

Kiu Choi, directeur artistique du Performing Arts Market à Séoul © Sylvia Botella

compositions musicales et robotique dans une approche transnationale, qui ouvre. Neige, neige, neige d’après la nouvelle Maitre et Serviteur de Tolstoï mis en scène par Park Ji-hye révèle la puissance de jeu de Lee Jaram, figure majeure du Pansori en Corée, soutenue par le percussionniste (ou Gosu) Lee Jun-hyoung sur le plateau. Sa pratique va de pair avec une réflexion constante sur cet art du récit chanté ancestral, entre tradition et modernité. Quelle forme de Pansori invente-t-elle aujourd’hui ? Selon moi, l’un des grands enjeux des créations coréennes est de rendre compte ici du contexte ‘local’ coréen, notamment dans de l’Histoire de la Corée. Et d’en faire un contexte ‘translocal’ pour repenser les liens entre les territoires, les cultures et entre ‘nous’ tous. Ainsi, le roman Impossibles adieux de Han Kang - Prix Nobel de littérature 2024 - a pour toile de fond l’île de Jeju où l’un des pires massacres a eu lieu en 1948. L’approche de Han Kang rend le fait historique plus vaste, plus divers en entremêlant le passé et le présent, les violences et l’amitié. Nous pouvons tous être touchés ».

Il n’est donc pas anodin d’observer que dans Island Story, le parti pris de mise en scène de Kyung-Sung Lee s’éloigne des formes définitives auxquelles on réduit trop souvent le théâtre documenté et lui donne une texture (ou plasticité) d’une profondeur inédite pour traiter des massacres de l’île de Jeju. L’artiste use en effet de la fiction du réel, en allant du côté de l’installation et des arts performatifs, de la voix radiophonique et des images pré-enregistrées (ou en direct), du soin et de la lenteur. Parce que le sujet exige que l’on prenne le temps nécessaire, non pas pour donner une réponse à ce qui s’est passé, mais pour donner une visibilité questionnante à ce ‘nous’ qui n’en finit pas d’être ‘les autres’ depuis des décennies de silence. Célébrer le Coréen, c’est aussi célébrer le 125e anniversaire des relations diplomatiques entre la Corée du Sud et la Belgique, exemplifié par les relations entre le Théâtre de Liège et les opérateurs et acteurs culturels coréens depuis 2011. « (..) la Corée du Sud est amenée à se pencher sur les réseaux européens, notamment l’ETC, et sur leurs manières de

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« Opéra Punk » de Brut Movement © J. Van Belle - WBI

se structurer et travailler collectivement. Au début des années 2010, je suis invité au Performing Arts Market à Séoul (PAMS), qui est à ce moment-là le seul grand marché des arts performatifs asiatique. J’y rencontre des opérateurs et acteurs culturels coréens très actifs. Ainsi que l’ambassadeur de Belgique en Corée Pierre Clément Dubuisson, très attentif à la culture et aux arts. Musicien, il me parle du ballet opéra de chambre L’Histoire du soldat d’Igor Stravinski, d’inspiration faustienne, susceptible de toucher la Corée. L’Histoire de la Corée est complexe, marquée par les guerres et les crises, et les périodes de prospérité, d’innovation et de développement. Je propose donc à Jean-Michel d’Hoop de créer L’Histoire du soldat au Théâtre de Liège en 2013. Par l’entremise de Pierre Clément Dubuisson, nous renforçons nos liens avec Kiu Choi, artisan majeur de la mise à l’honneur du Coréen au Festival d’Avignon. Nous songeons vite à la richesse de la danse coréenne. Et débutons une collaboration avec la Korea National Contemporary Dance Company (KNCDC) dirigée alors par Aesun Han - qui était en clôture de Pays de Danses 2026 au Théâtre de Liège -, ainsi que Kim Sungyong avec Jungle et Her Sungim avec Everything Falls Dramatic. Nous avons également imaginé avec Aesun Han une collaboration avec Ayelen Parolin, parce qu’à l’instar de l’Argentine, il existe une forme de chamanisme en Corée. Je pense que le spectacle Nativos créé en 2016, est déterminant dans le parcours d’Ayelen. Puis, nous initions avec le National Theater Compagny of Korea, le programme « Coproductions croisées ». Yo-Sup Bae y crée Strange Beauty. Eun-Me Ahn présente aussi des spectacles de danse marquants au théâtre : Dancing Grandmothers (2014), North Korea Dance (2020) et Dragons (2024) », explique Serge Rangoni, directeur artistique des arts du spectacle au Centre Culturel de Belém.

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« Should I stay or Should I stay ? » de Simon Thomas © J. Van Belle - WBI

Toutes ces interrogations nous rappellent la myriade de visions et de réflexions des artistes belges au Festival Off d’Avignon. Le Théâtre des Doms rend compte d’une guérilla d’écritures et d’imaginaires d’une très grande diversité, évitant les effets-signatures. Il y a d’emblée quelque chose de stupéfiant, dans ce qui va des expérimentations formelles furieuses (Opéra Punk de Brut Movement ; Ce que le ventre dit de Lisette Lombé et Marc Nammour ; Pour l’expansion des possibles dans ma sexualité du Club P.E.P.S ; T’façon on est en 2012 de Loraine Dambermont ; Au coin de ma rue de la Cie Les Bonimenteurs) aux auto-documentations utilisant les moyens de la fiction (Exhibit A de Ilyas Mettioui et Sihame Haddioui ; Pépée, une histoire sans chute de Josépha Sini et Laurène Hurst ; Les Enfants de la Vallée des Ateliers de la Colline), en passant par les fictions les plus inventives (La Caravane des Muchettes d’Aline Mahaux ; Le Silence de Claire Lagrange de Céline Delbecq ; Rumba d’Ascanio Celestini et David Murgia). Les spectacles tiennent ici de l’épure et de la composition, de la chronique de soi et de l’analyse politico-sociale. S’impose aussi le choix du Théâtre Episcène, théâtre belge à Avignon, de mettre en avant les Lundis Belges sous le signe de l’émergence, de l’humour et des écritures actuelles, notamment la jeune création collective Fa(m)ille avec Manon Capelle et Olivia Van Wylick où l’au revoir à la maison d’enfance avec en contrechamp ses joies et ses tragiques « appels au secours », devient le sujet sensible. En ethnographe de l’imagination, Michael De Cock joue le seul en scène Paris & Miki à la Manufacture. Sorte de road movie théâtral avec Paris Hilton, d’autant plus saisissant qu’il use de la question en rafale joyeuse comme un outil de mesure participatif de la démocratie : est-ce qu’une


CULTURE

œuvre d’art vous a déjà ému aux larmes ? Pensezvous que nos démocraties soient en danger ? L’art peut-il sauver le monde ? C’est véritablement le spectacle que l’on arpente avec appétit. Il serait injuste de réduire le festival aux spectacles. Dans les périmètres tracés, il y a les lectures, notamment la lecture du recueil Échardes - éditions L’Arbre de Diane - par l’autrice Lylybeth Merle dans le cadre du

Extraits d'entretiens avec Kiu Choi, Serge Rangoni et Tiago Rodrigues réalisés par Sylvia Botella. Après avoir dirigé pendant plus de 20 ans le Théâtre de Liège, Serge Rangoni est nommé directeur artistique des Arts performatifs au Centre Culturel de Belém à Lisbonne en février 2026. Michaël De Cock dirige le Théâtre de Liège depuis mai 2026.

« L'intraitable beauté du monde » de Étienne Minoungou © Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon

cycle des lectures proposées au Conservatoire d’Avignon. Elle s’ouvre par une méditation guidée pour accueillir dans la douceur, la parole d’une grande tonalité poétique ; celle « qui s’autorise à être » : « la seule vérité, c’est que je viens d’inspirer l’air que tu viens d’expirer ». Un mot enfin pour dire que ce sont distingués les spectacles Should I stay or Should I stay ?, œuvre fondatrice de Simon Thomas, sorte de trompe-l’œil artistico-povera ; En finir avec Eddy Bellegueule, d’après le roman éponyme d’Edouard Louis, de Jessica Gazon, fiction douce-amère qui flirte avec la poésie du retournement ; Zaï Zaï du Collectif Mensuel, débridé roman photo doublé voix et musique live. En Avignon, les artistes et les créations belges délivrent le plus sensible des « commentaires », entre appels à la résistance et actions, désirs et échappées démocratiques. « La parabole du seum » de Rébecca Chaillon © Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon

La Parabole du Seum de Rébecca Chaillon, 16 >19.12.26, Théâtre National Wallonie-Bruxelles Bâtir de Salim Djaferi et Clément Papachristou, les 14 et 15.01.27, Halles de Schaerbeek Paris & Miki de Michaël De Cock, 12 > 15.01.27, Théâtre de Liège Pépée, une histoire sans chute de Josépha Sini et Laurène Hurst, 12 > 14.10.26, SPOTT- CC d’Ottignies-Louvain-La-Neuve ; 23.10.26, Centre Hervien d’Animation culturelle ; 17.12.26, La Cité Miroir ; 17.02.27, Wolubilis.

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Par Rodolphe Masuy

LA WALLONIE PREND DE LA HAUTEUR

À Caster, au-dessus du canal Albert, et à Sainte-Cécile, dans la vallée de la Semois, deux nouvelles passerelles suspendues offrent aux promeneurs une autre manière de découvrir la Wallonie. Deux ouvrages spectaculaires qui donnent le vertige, reconnectent des territoires et attirent déjà les visiteurs. 24 I W+B 173


TOURISME

© Vialta

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Elles bougent sous les pas, jouent avec le vertige et offrent un regard inédit sur le paysage. À Caster, au-dessus du canal Albert, et à Sainte-Cécile, dans la vallée de la Semois, deux passerelles suspendues invitent les promeneurs à découvrir la Wallonie autrement. Le succès est déjà au rendez-vous. Un premier pas. Puis un deuxième. Sous les chaussures, le caillebotis laisse deviner le vide. Très vite, le sol semble bouger. « Ça tangue, ça bouge », constatent les visiteurs de la passerelle de Caster. Cinquante mètres plus bas, les péniches poursuivent leur route sur le canal Albert. Pour certains, la traversée est une formalité. Pour d’autres, elle commence une main au garde-corps. Mais au milieu, le réflexe est le même : s’arrêter et contempler la tranchée de Caster, le canal Albert et les falaises de la Montagne Saint-Pierre.

Ouverte fin avril 2026, la passerelle est déjà devenue un lieu incontournable de la région. En près de quatre mois, quelques 70.000 personnes l’avaient déjà empruntée, soit plus de 550 visiteurs en moyenne par jour. « Ce sont surtout des Néerlandophones, mais on a aussi des Allemands, des Espagnols, des Polonais », explique Ernur Colak, président de l’ASBL pluricommunale Vialta – gestionnaire du site - et échevin du Tourisme à Visé.

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© Vialta

UN CHEMIN RETROUVÉ La passerelle raconte aussi un morceau d’histoire. Jusqu’aux années 1930, un axe reliait Liège à Maastricht par la Montagne Saint-Pierre. Son creusement pour permettre le passage du canal Albert a coupé cette liaison et séparé les deux plateaux. Près d’un siècle plus tard, les marcheurs passent à nouveau de l’un à l’autre. Longue de 195 mètres et réservée aux piétons, la passerelle relie les hauteurs de Bassenge et de Visé, à proximité immédiate de la Flandre et des Pays-Bas. Ce projet s’inscrit d’ailleurs dans un projet plus large de parc frontalier en lien avec Maastricht, EijsdenMargraten et Riemst qui ont d’ailleurs été associées au projet. Large de 1,20 mètre aux extrémités, elle atteint 2,50 mètres au centre sur une trentaine de mètres, permettant de s’arrêter pour pleinement profiter du paysage naturel exceptionnel. À terre, la Montagne Saint-Pierre mêle falaises de craie, pelouses calcaires, anciennes carrières et traces d’une longue histoire humaine. Intégrée au Parc frontalier Geer et Meuse, la passerelle peut lancer une randonnée vers le fort d’Eben-Emael, la villa castrum, centre d’accueil nature géré par les associations environnementales, Lanaye et ses écluses, la vallée du Geer ou Maastricht. Le pari : attirer par la passerelle pour donner envie d’explorer la région. Le succès a toutefois son revers. Les pelouses calcaires abritent une biodiversité exceptionnelle et supporteraient difficilement un afflux incontrôlé. L’accès coûte donc 3 euros. Cette contribution vise à renforcer la protection et l’agrandissement de la zone naturelle, tout en régulant la fréquentation.

UNE PASSERELLE AU MILIEU DES ARBRES À 150 kilomètres de là, le décor change : plus de canal ni de falaises calcaires. Ici, forêt et rivière occupent l’espace.

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Depuis le 20 juin, une deuxième passerelle himalayenne accueille les promeneurs à Sainte-Cécile, dans la commune de Florenville. Longue de 185 mètres, elle relie la forêt de SainteCécile au Domaine des Épioux en surplombant la Semois à près de 30 mètres. Dès le premier week-end, les curieux étaient au rendez-vous. « On aime souvent randonner par ici. Cette passerelle va permettre de faire d’autres circuits, de passer d’une rive à l’autre et de profiter des deux côtés de la Semois », nous racontaient des visiteurs. Tout l’intérêt est là : la


TOURISME

passerelle ne sert pas seulement à offrir des sensations fortes. Elle connecte les deux versants de la vallée et s’intègre aux itinéraires existants, notamment les GR16 et GR129. Le premier accompagne la Semois sur une grande partie de son parcours, tandis que le second traverse la Belgique du nord au sud.

LA SEMOIS VUE D’EN HAUT Ici, le regard plonge vers la Semois puis remonte vers des versants presque entièrement boisés. La structure, légère et transparente, se fait discrète dans le paysage. Son platelage en caillebotis et son garde-corps en inox conservent cette sensation de suspension au-dessus de la vallée. Pensée depuis plusieurs années, sa réalisation représentait un défi dans un environnement escarpé et difficilement accessible. Mais l’enjeu dépasse la passerelle. Sainte-Cécile se situe au cœur du Parc national de la Vallée de la Semois, où le tourisme repose sur la randonnée, les paysages et les villages. Chassepierre, Martué, Muno ou Sainte-Cécile constituent autant d’étapes possibles. Florenville et l’abbaye d’Orval permettent de prolonger le séjour. Ici plus encore qu’à Caster, elle s’inscrit dans un tourisme lent : marcher, changer de rive, s’arrêter dans un village et poursuivre. « L’objectif, c’est d’attirer les gens, de développer encore plus nos commerces, l’HoReCa, les chambres, les nuitées, pour que toute la commune puisse vivre grâce à cette passerelle, et bien au-delà », explique Camille Maitrejean, bourgmestre de Florenville.

VENIR POUR LA PASSERELLE, RESTER POUR LA RÉGION À Caster comme à Sainte-Cécile, l’ouvrage spectaculaire joue le rôle de produit d’appel. On vient d’abord pour marcher au-dessus du vide. Mais l’objectif est que la visite ne s’arrête pas après 195 ou 185 mètres. Un sentier, un belvédère ou une passerelle peuvent devenir une destination s’ils permettent de regarder autrement un paysage. Elles offrent une dose d’aventure sans condition physique particulière ni matériel spécifique. Photogéniques, elles

profitent aussi des réseaux sociaux. Les 70.000 visiteurs enregistrés à Caster en moins de quatre mois en donnent déjà une bonne illustration. Mais surtout, elles reconnectent des territoires. À Caster, quelques centaines de mètres de métal effacent symboliquement une coupure vieille de près d’un siècle. À Sainte-Cécile, ils permettent de franchir une vallée encaissée et de composer de nouvelles boucles de randonnée. La passerelle de Caster représente environ 2,1 millions d’euros et a été financée à 80 % par la Wallonie dans le cadre du Plan de relance, le solde étant supporté par les communes partenaires. Celle de Sainte-Cécile représente environ 1,4 million d’euros et bénéficie également du soutien régional.

DEUX WALLONIE AU BOUT DES CHAUSSURES Reste le plus difficile : concilier succès touristique et préservation des sites. Plus les deux passerelles séduisent, plus la gestion des flux, du stationnement, des sentiers et de la biodiversité devient essentielle. Le paradoxe résume les attentes touristiques : faire venir davantage de monde dans des espaces où l’on vient précisément chercher le calme et la nature. Caster et Sainte-Cécile offrent deux visages de la Wallonie. Au nord de Liège, le promeneur domine un paysage frontalier façonné par la géologie, le canal Albert et l’histoire industrielle. À l’extrême sud, il se retrouve suspendu au milieu d’un océan d’arbres, avec la Semois qui serpente sous ses pieds. Deux décors donc, deux histoires, mais une même invitation : abandonner quelques heures la voiture, chausser ses chaussures de marche et prendre de la hauteur. Même si, une fois arrivé au milieu de la passerelle, mieux vaut peut-être regarder le paysage que ses pieds ! https://www.vialta.info/ https://www.florenville.org/fr/283-nouveau-lapasserelle-himalayenne-a-sainte-cecile

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MATHILDE WITTOCK

RECYCLER L’EXISTANT, EXPLORER LE VIVANT Par Allison Lefevre

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DESIGN

La collection Soundbounce © Rodolphe de Brabandere

Connue pour ses meubles et tableaux acoustiques composés de balles de tennis recyclées, la bio et écodesigneuse à la tête du Studio MWO crée aussi des objets et textiles à partir d’un matériau naturel biodégradable qu’elle cultive dans son atelier. Des activités circulaires et complémentaires.

« Bienvenue aux Ateliers Zaventem ! ». En ce jour de canicule, Mathilde Wittock nous reçoit dans l’espace qu’elle occupe depuis 2024 au sein de l’écosystème créatif développé par Lionel Jadot. Un décor à la fois industriel et organique, meublé de pièces qu’elle a conçues mais aussi de travaux en cours d’étude ou d’assemblage. Un lieu inspirant qui conjugue passé, présent et futur. Parfait pour retracer le parcours de cette bio et écodesigneuse, fondatrice du Studio MWO. Issue de la gen Z, Mathilde Wittock grandit dans une famille bruxelloise qui accorde une grande importance à la culture et à la nature. Sa maman, la sculptrice Catherine François, lui transmet le goût de l’observation, l’attention à la beauté, le respect des animaux et des végétaux. Une éducation au vivant, qui lui fera prendre conscience très tôt de la nécessité de le protéger. « Vers l’âge de 12 ans, je savais que les ressources de la terre étaient limitées et je me demandais de quoi j’allais vivre si on ne pouvait plus rien créer », se souvient-elle. À la fin de ses humanités, la jeune fille s’inscrit dans une école d’art et de design à Oxford. Elle se donne un an pour apprendre l’anglais et se construire un portfolio. « J’hésitais à poursuivre des études en sciences économiques ou en design, discipline qui réunissait mes intérêts pour l’art et la planète. Je ressentais le désir de créer mais je ne me projetais pas en tant qu’artiste : la passion, le besoin vital de s’exprimer... Ma motivation, c’était d’avoir un impact communautaire ».

DESIGN SENSORIEL Séduite par la dimension utilitaire du design, elle tente sa chance au prestigieux Central Saint Martins College of Art and Design de Londres. Avec succès. Mais rapidement, elle déchante en découvrant que la durabilité des matériaux n’est pas, à l’époque, valorisée dans le programme de bachelier. « J’étais en conflit avec mes valeurs. Tel qu’on me l’enseignait, le design faisait partie du problème écologique. Alors, je me suis demandé comment opérer un shift pour

Mathilde Wittock © Rodolphe de Brabandere

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qu’il fasse partie de la solution ». Dans la capitale anglaise, elle réalise également la portée des nuisances sonores. « Je dormais mal en raison du bruit permanent. Durant mon stage chez Pentagram, un bureau de consultance en design graphique, j’étais épuisée à cause de l’environnement sonore surstimulant. Je me suis alors renseignée sur la sensorialité, qui est souvent abordée par les designers par le prisme de la vue ou du toucher. Mais très peu tiennent compte de l’acoustique. Pourtant, le son - tant les fréquences que l’on entend que celles que l’on ne distingue pas - a un impact sur nos organismes ». Au fil de ses études, la future designeuse multiplie les champs de recherches, de l’anthropologie à la psychologie, en passant par la santé et l’écologie. Pour proposer des solutions innovantes à des problématiques que rencontrent les usagers, elle s’exerce à comprendre leurs besoins et modes de fonctionnement. Durant son stage à l’Atelier Van Lieshout, une coopérative artistique basée à Rotterdam, elle se familiarise avec les matériaux et techniques de fabrication et se découvre une réelle appétence pour les travaux manuels. « Les journées avaient beau être longues et physiques, j’en sortais énergisée », résume-t-elle. Sa méthodologie et ses goûts s’affirment. Elle apprend à concrétiser ses idées et convaincre un jury. La critique ne la démolit pas. « J’en déduis que je peux améliorer mon travail ou ma manière de le défendre ». Quitte à s’obstiner dans la direction qu’elle s’est fixée, si elle estime que ça a du sens et correspond à ses valeurs.

Le concept Soundroots expérimente le design vivant © Rodolphe de Brabandere

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DESIGN

La collection Soundbounce © Rodolphe de Brabandere

Comme projet de fin d’études, elle entreprend de créer une chaise ayant pour effet de calmer ses utilisateurs, en les reconnectant à leurs sens et en réduisant les stimuli sonores. Pour définir son cahier des charges, elle se documente et interroge des personnes sur le spectre autistique. « J’en viens à la conclusion que j’ai besoin d’un matériau de revêtement sphérique pour ses propriétés acoustiques et sensorielles », poursuit-elle. L’enjeu était de ne pas en produire un nouveau, vu ses ambitions de circularité et de neutralité. Lors d’une partie de tennis, la solution bondit sous ses yeux. « Environ 400 millions de balles sont jetées chaque année dans le monde. Elles mettront 400 ans à se décomposer. Et si je les recyclais ? La feutrine est généralement quasi neuve. Le caoutchouc devrait garantir un confort sensoriel. Je tenais une idée ».

© Rodolphe de Brabandere

CONCEPT GLOCAL Plutôt bonne, puisque son diplôme en poche, Mathilde Wittock se fait mondialement connaître avec sa collection Soundbounce, composée entre autres de bancs, de tabourets, de chaises longues, de tableaux muraux et de cloisons. Des marques de luxe, de divertissement, des hôtels, des restaurants mais aussi des particuliers font partie de ses clients. Représentée par la Galerie Augusta, elle participe régulièrement à des expositions ou à des foires en Belgique comme à l’étranger. Ses panneaux sont réalisés sur mesure. Le mobilier, lui, est standardisé mais les pixels de couleur sont customisables. « Les balles de tennis et désormais de paddle sont découpées dans une entreprise de travail adapté, puis teintées par mes soins au moyen de pigments écologiques. Afin d’invisibiliser les logos, je monte les balles en écaille sur des structures en bois ou, suite au récent élargissement de la gamme, en aluminium ». Prochain développement : investir le marché américain ! « Ce serait génial de récupérer les balles de l’US Open pour répondre aux demandes outre-Atlantique. D’autant que le processus de recyclage des déchets et de transformation des matières premières a été pensé l’échelle glocale ». Parallèlement à son projet d’internationalisation, Mathilde Wittock expérimente le design vivant à travers le concept Soundroots. Après son baccalauréat en design industriel, la jeune femme a, en effet, décroché un master en biodesign dans la même école d’art et a pris goût à la recherche et au développement de matériaux naturels, durables et biodégradables. Dans son atelier, elle récupère les systèmes racinaires entrelacés d’une herbe qu’elle fait pousser dans des moules de germination, puis façonne ces rectangles de textile organique à la main. D’une texture semblable à de la dentelle, elle peut les modeler, comme du papier mâché, sur diverses formes avant de les transformer en tentures, luminaires, têtes de lit... Ou les destiner à des prestations artistiques, comme ces costumes ou ces totems tubulaires réalisés pour une installation immersive. « Ce matériau régénératif est très prometteur », se réjouit-elle. « Ce projet racine, c’est un peu ma bulle d’air. À côté de ma pratique de designeuse, j’ai besoin de ce laboratoire d’innovation. Il nourrit mon cheminement vers le design avec la nature et me rappelle que dans la vie, on récolte ce que l’on sème ». MWO STUDIO https://mwodesign.com

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Par Emmanuelle Dejaiffe

LES JEUNES DISENT OUI À LA DÉMOCRATIE !

Davantage délaissées aujourd’hui, les valeurs démocratiques chez les jeunes ? Comment les générations futures voient-elles l’engagement citoyen ? Sont-elles encore concernées par de tels enjeux ? Pour répondre, prenons la direction du Bureau International Jeunesse (BIJ) où la question de la participation active des jeunes dans nos démocraties est au cœur de nombreux programmes et appels à projets internationaux. Focus sur de très belles initiatives qui donnent le tempo et portent haut ces valeurs. 32 I W+B 173


© BIJ

JEUNESSE

Initiative Democracy Reloading © BIJ

Tout d’abord, place à l’appel Citoyens en action qui connaît un beau succès. Ce programme donne l’opportunité à des groupes de 4 jeunes minimum, âgés de 16 à 30 ans ou à des organisations de Fédération Wallonie-Bruxelles de rencontrer des jeunes d’autres pays afin de réaliser un projet commun ou de réfléchir sur une thématique citoyenne qui les touche. En 2025, un projet de rencontres a eu lieu autour des enjeux actuels de la mémoire entre jeunes de Belgique issus du Collectif pour l’inclusion et contre l’islamophobie et jeunes de Bosnie-Herzégovine. A son retour, le groupe raconte : « Cet échange nous a permis de transformer nos connaissances théoriques en une expérience humaine forte, marquée par la rencontre avec des survivants et des acteurs locaux. Il a renforcé notre compréhension de la mémoire, notre engagement citoyen et notre capacité à mener des projets au travers de démarches sensibles et transformatrices ». Pas de doute qu’une telle expérience aiguise le sens critique et crée du lien entre les participants...

Née en 2015, Democracy reloading constitue une autre initiative extrêmement porteuse pour les enjeux de participation citoyenne au niveau local. Ce projet de coopération et de formation initié entre agences Erasmus + Jeunesse, porté au départ par SALTO Participation, vise à construire une commune de l’avenir adaptée aux jeunes. Par la suite, ce projet a été coordonné par le BIJ et la coopération s’est étendue à d’autres agences nationales. Il est fondé sur les valeurs et les principes des droits humains, de l’égalité et de la démocratie. Dans ce cadre, une boîte à outils composée d’un set de cartes de réflexion sur les compétences-clés et un manuel « changetracker » - est mise à disposition des bénéficiaires. A titre d’exemple, cela sert notamment le personnel communal chargé des politiques de la jeunesse ou toute personne impliquée dans la participation citoyenne des jeunes au niveau local. Au BIJ, en 2025, 4 webinaires ont été réalisés pour introduire la boîte à outils. Des cycles de formation ont été mis sur pied à Bruxelles et à Namur. En novembre prochain, un séminaire autour de cette question de la participation des jeunes au niveau local, coorganisé avec le Conseil de l’Europe, prendra ses quartiers à Budapest. Ce sera l’occasion d’échanger pour chaque participant autour de sa propre expérience et de tisser des liens avec d’autres acteurs européens.

Appel Citoyens en Action © CCIB

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Projet « Et toi, tu réponds quoi ? », porté par Felobel dans le cadre du programme Erasmus+ volet Activités de participation des jeunes © Felobel

Autre programme, Erasmus+ volet Activités de participation des jeunes, qui permet également à des jeunes entre 13 et 30 ans de mener des activités de participation citoyenne via des initiatives qui font sens. Un superbe projet, intitulé « Et toi, tu réponds quoi ? », porté par Felobel, fait partie des coups de cœur du bilan BIJ 2025. Ce dernier visait à contrer les discours haineux qui se propagent partout aujourd’hui de la part de certains décideurs politiques à l’échelle mondiale, de personnalités historiques, ou encore de figures de la culture populaire. Ce programme a offert aux jeunes un espace pour réagir à des discours marquants, développer leur esprit critique et transmettre leur propre point de vue face caméra. L’objectif des jeunes était de construire un argumentaire, tout en développant leur éloquence et leur confiance en soi. Ainsi, le projet les a encouragés à devenir des micro-influenceurs citoyens capables de prendre place au sein de la société civile et de sensibiliser d’autres jeunes aux enjeux de la démocratie, la participation et la diversité.

Depuis plus de 20 ans, en tant que membre du Comité directeur européen pour la jeunesse, le BIJ est également partenaire des différentes campagnes et initiatives du Service de la jeunesse du Conseil de l’Europe. En juin dernier, 120 jeunes leaders et militants se sont réunis à Strasbourg pour l’événement « Innover la démocratie : la jeunesse à l’action ». Les débats ont porté sur des sujets variés, comme la réforme électorale, la démocratie numérique, la lutte contre les discriminations, le renforcement de la cohésion sociale et la création de processus décisionnels plus inclusifs. Ensemble, ils ont conçu un Manifeste pour une démocratie européenne en 2049, année du centenaire du Conseil de l’Europe, une vraie vision à long terme qui s’inscrit dans le cadre du Nouveau Pacte Démocratique pour l’Europe. A l’automne, le Forum mondial de la démocratie prendra également place à Strasbourg, autre occasion de mettre celle-ci en lumière auprès des jeunes générations. Autre initiative du BIJ, menée avec Québec Jeunesse Monde, l’Office franco-québécois pour la jeunesse, la Délégation générale Wallonie-Bruxelles au Québec/ Canada et bien sûr le Service de la jeunesse du Conseil de l’Europe : une formation de Multiplicateurs Citoyenneté démocratique et droits humains s’organise à Bruxelles en septembre 2026. L’événement cible les accompagnateurs de jeunesse de la Fédération Wallonie-Bruxelles, de France, du Québec et du Nouveau-Brunswick et se base sur un manuel pédagogique conçu en 2022 par le BIJ dans le cadre de l’initiative Les jeunes revitalisent la démocratie, afin de faciliter le déploiement d’activités de sensibilisation et de réflexion dans les écoles et organisations de jeunesse. Festival du journalisme de Carleton-sur-Mer au Québec © BIJ

Événement « Innover la démocratie : la jeunesse à l'action » dans le cadre du Nouveau Pacte Démocratique pour l’Europe © Marcus Melau, Conseil consultatif sur la jeunesse

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JEUNESSE

Formation de Multiplicateurs Citoyenneté démocratique et droits humains © BIJ

Enfin, portons un regard sur une initiative prometteuse en termes de préservation des valeurs démocratiques. Le parcours journalistique francophone a été lancé en mai dernier entre la Fédération Wallonie-Bruxelles, la France et le Québec. Ce dernier permettra à plus de 80 jeunes professionnels et étudiants en journalisme d’échanger sur leur profession, d’impulser de nouvelles perspectives de collaboration et d’interroger les valeurs démocratiques essentielles, réinventant le journalisme contemporain autrement. L’objectif étant bien sûr de lutter contre la désinformation et la propagation de fake news. Une première étape du parcours s’est tenue en mai 2026 au Festival

du journalisme de Carleton-sur-Mer au Québec tandis qu’une deuxième délégation s’est réunie au Festival de Couthures-sur-Garonne en France en juillet. Une troisième étape verra le jour avec une visite d’étude en Fédération Wallonie-Bruxelles début 2027. Ce vaste panorama d’initiatives citoyennes donne confiance pour l’avenir de nos valeurs démocratiques à l’heure où elles sont parfois mises à mal. Nul doute que des voix continueront à se lever pour porter et défendre l’engagement citoyen et les valeurs démocratiques en Europe. https://www.lebij.be/

Pour aller plus loin, quelques témoignages : « Grâce à cette expérience très riche, j’ai découvert de nouveaux outils concrets pour aborder les thématiques de citoyenneté démocratique et droits humains. J’y ai rencontré d’incroyables personnes dans un cadre bienveillant et de partage, duquel je ne ressors que plus grand ! » Nils De Wilde, Ottignies, participant à la formation Citoyenneté démocratique et droits humains de Bruxelles (septembre 2025, Belgique)

« En réunissant journalistes, scientifiques, penseurs et citoyens loin des rédactions, le Festival de Couthures-sur-Garonne crée une parenthèse unique pour imaginer ensemble un monde de solutions et de partage. De cette diversité naît une joie profonde et la conviction réaffirmée de l'urgence de notre métier. Une vocation plus vivante que jamais ». Sandra Jabalera Llorca, Bruxelles, participante à la délégation jeunesse au Festival international de journalisme de Couthures-sur-Garonne (juillet 2026, France)

« Le festival était un point de rencontre hors du temps entre citoyens et professionnels de l'information, dans un cadre verdoyant et apaisant. La participation organisée sous forme de délégation francophone réunissant des profils belges, français et canadiens francophones est un point fort du programme, permettant de partager vécus, expériences et conseils de jeunes professionnels ». Augustin Bollue, Namur, participant à la délégation jeunesse au Festival international du journalisme de Carleton-surMer, (mai 2026, Canada)

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Par Laurence Briquet

UN HUB D’INNOVATION POUR L’AVENIR VERT À TANGER

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COOPÉRATION INTERNATIONALE

© APEFE

Le 20 mai 2026 restera une date marquante pour la coopération entre le Maroc et la Wallonie dans le domaine de la transition énergétique. À l’IFMEREE de Tanger, l’inauguration officielle du GreenSkills – Career Center & Incubateur a ouvert un nouveau chapitre pour la jeunesse marocaine et l’économie durable du Royaume. Réalisé dans le cadre du programme ambitieux INNER-G – Génération des Énergies Vertes, ce projet incarne la synergie entre formation de pointe, insertion professionnelle et entrepreneuriat innovant.

Le projet GreenSkills ne naît pas dans un vide institutionnel. Il est le fruit d’un partenariat étroit entre l’IFMEREE S.A. (Institut de Formation aux Métiers des Énergies Renouvelables et de l’Efficacité Énergétique) et l’APEFE. Ce déploiement bénéficie d’un appui financier crucial de l’Agence Wallonne de l’Air et du Climat (AWAC), soulignant l’engagement de la Wallonie en faveur d’une transition énergétique inclusive et génératrice d’opportunités à l’international. Dans le cadre de ce projet, l’APEFE assure principalement une mission d’assistance technique et méthodologique auprès de l’IFMEREE, partenaire de mise en œuvre. Son intervention porte notamment sur l’appui à la conception et à la structuration du dispositif d’accompagnement entrepreneurial, la mobilisation d’expertises spécialisées, le financement et la mise en œuvre de prestations de formation, de coaching et

d’accompagnement, réalisées notamment par des cabinets et experts privés ou encore le suivi de la qualité des activités menées et de l’atteinte des résultats attendus. L’APEFE contribue ainsi au renforcement des capacités du partenaire et à la mise en place d’un parcours d’accompagnement adapté aux besoins des jeunes porteurs de projet. Le programme INNER-G, dont le projet GreenSkills est la pierre angulaire, a, lui, pour mission de répondre aux besoins croissants d’un marché de l’emploi en pleine mutation. Alors que le Maroc accélère sa décarbonation, le besoin en compétences spécialisées et en solutions entrepreneuriales locales devient pressant.

GREENSKILLS : UN DOUBLE MOTEUR POUR L’EMPLOYABILITÉ Le dispositif GreenSkills a été conçu comme un véritable hub d’innovation, agissant sur deux leviers complémentaires pour garantir que la formation rencontre les exigences du tissu économique. Le premier, c’est l’accompagnement vers l’emploi puisqu’à travers son Career Center, l’espace propose des services d’orientation, de coaching personnalisé et de soutien à l’insertion professionnelle. L’objectif est de transformer le bagage technique des stagiaires et lauréats en véritables carrières durables au sein des entreprises du secteur.

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© APEFE

Le second est l’incubation de projets « verts ». Il accompagne les porteurs de projets depuis la phase d’idéation jusqu’à la mise en réseau avec des partenaires financiers et techniques, favorisant ainsi l’émergence de startups locales spécialisées dans les technologies propres et les projets durables.

UNE INAUGURATION SOUS LE SIGNE DE L’EXCELLENCE La cérémonie d’inauguration, tenue dans l’amphithéâtre de l’IFMEREE de Tanger, a bénéficié d’un portage politique de haut niveau avec la participation de Monsieur Younes Sekkouri, Ministre de l’Inclusion Économique, de la Petite Entreprise, de l’Emploi et des Compétences. Sa présence aux côtés des partenaires techniques et financiers wallons témoigne de l’importance stratégique de ce centre pour la politique nationale d’emploi. Les participants ont pu découvrir, lors d’une visite guidée, les nouveaux espaces dédiés au coaching et à l’incubation, mais aussi s’immerger dans les ateliers techniques de

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l’institut. Ces démonstrations pratiques ont mis en lumière le savoirfaire des jeunes talents déjà à l’œuvre sur des projets concrets. « Les premières activités de sensibilisation et d’accompagnement ont démarré bien avant la cérémonie officielle d’inauguration de GreenSkills », explique Mohammed Said Bouzerouata, le coordinateur du programme INNER-G. « Les premiers ateliers ont été organisés en mai. Entre le 4 mai et le 15 juin 2026, plus de 160 stagiaires se sont inscrits et ont participé à des ateliers d’immersion et de sensibilisation à l’entrepreneuriat. À l’issue de cette première phase, 60 participants ont soumis une idée de projet et manifesté leur souhait de bénéficier d’un parcours d’accompagnement entrepreneurial plus approfondi. Ces porteurs de projets intégreront le programme d’accompagnement, à compter de la prochaine rentrée. Cette nouvelle phase comprendra notamment la structuration des idées, l’étude de faisabilité, la formalisation du modèle économique et la préparation à la création d’entreprise », ajoute-t-il.

VALORISER LES COMPÉTENCES Et quel est le profil des participants ? « Les personnes inscrites sont principalement des stagiaires de l’IFMEREE de Tanger, inscrits en première ou en deuxième année, toutes filières de formation confondues. Les idées de projets sont ainsi portées par des jeunes disposant de profils techniques variés, notamment dans les domaines liés aux énergies renouvelables, à l’efficacité énergétique, à la maintenance et, plus largement, aux métiers verts. Le dispositif vise à encourager ces jeunes à valoriser leurs compétences techniques à travers la création d’activités entrepreneuriales innovantes et durables ». L’implantation du GreenSkills à Tanger n’est pas fortuite. Les IFMEREE ont été créés pour accompagner la Stratégie Énergétique Nationale du Maroc, impulsée par le discours de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, en 2009. Ce dernier soulignait alors que le succès de cette stratégie repose sur la mise à niveau des ressources humaines et le développement de partenariats public-privé.


COOPÉRATION INTERNATIONALE

© APEFE

L’institut de Tanger est une infrastructure de pointe : avec 310 m² de bâtiments d’enseignement et une capacité d’accueil de 400 personnes, il constitue un environnement idéal pour l’apprentissage. Il est lui-même un modèle de durabilité, produisant annuellement 44 MWh d’énergie solaire.

DES SECTEURS CLÉS DE L’AVENIR Les formations qui y sont proposées couvrent les secteurs clés de l’avenir tels que les systèmes énergie solaire (pour former des techniciens polyvalents capables de déployer des solutions photovoltaïques), l’efficacité énergétique (avec une spécialisation dans les techniques actives pour l’optimisation énergétique des bâtiments et de l’industrie) ou encore les systèmes éoliens, la maintenance et l’exploitation des parcs éoliens étant un secteur en pleine expansion au Maroc. De plus, la qualité de l’enseignement dispensé à l’IFMEREE est déjà largement reconnue. L’institut affiche un taux de satisfaction des clients de 97 % pour sa formation continue et a été le premier au Maroc à obtenir le certificat ISO 29990. Rappelons que le succès du GreenSkills s’appuie sur une demande industrielle forte. Des dirigeants comme le Directeur de l’usine © APEFE

ALMADEN Morocco témoignent de l’engagement et de la compétence des lauréats, soulignant leur capacité d’adaptation immédiate à l’environnement industriel. De même, des entreprises de conseil en efficacité énergétique recrutent prioritairement au sein de ces promotions pour leur professionnalisme.

PERSPECTIVES ET AVENIR DURABLE Le lancement du GreenSkills marque également l’ouverture d’horizons académiques et professionnels élargis, notamment avec l’offre de Licences Professionnelles en partenariat avec le Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM). Pour les jeunes souhaitant s’inscrire dans cette dynamique, les avis de concours pour l’année 2026/2027 sont déjà ouverts, promettant une nouvelle vague de talents prêts à relever les défis climatiques. En conclusion, le démarrage du Career Center et de l’Incubateur GreenSkills à Tanger est bien plus qu’une simple inauguration de locaux. C’est le symbole d’une coopération Nord-Sud réussie, où l’expertise wallonne de l’APEFE et de l’AWAC s’allie à l’ambition marocaine pour créer un écosystème où la transition énergétique devient un moteur de richesse humaine et économique. Un modèle à suivre pour une transition qui ne laisse personne de côté… https://www.apefe.org/

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LEVITA

DU LUXE À L’ENTERTAINMENT, LA SOCIÉTÉ LIÉGEOISE DE MAGIE POURSUIT SON EXPANSION INTERNATIONALE Par Jacqueline Remits

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La pièce maîtresse de l'exposition Louis Vuitton sur l'histoire de la Malle Courrier à Asnières © Victor Humblet

INNOVATION

D’une passion de jeunesse pour la magie à des shows à Las Vegas, en passant par des clients aussi prestigieux que Vuitton, Meta, Disney ou Netflix, de Singapour à Dubaï, Paris et New York, la société liégeoise Levita accélère son internationalisation en s’implantant aux Etats-Unis.

Un coup de fil pour prendre rendez-vous avec le magicien liégeois Clément Kerstenne, cofondateur de Levita et CEO, et on aboutit à… Hawaï. Cela donne une idée du chemin parcouru par la jeune société. « Nous travaillons avec Meta de Mark Zuckerberg », commence-t-il. « Ils ont sorti des lunettes connectées en collaboration avec Ray-Ban. Fin juin dernier, ils nous ont contactés pour une animation lors d’une soirée à New York. Ils voulaient que nous fassions voler trente paires de lunettes. On a relevé le défi. La soirée comptait des invités de marque comme Kylie Jenner, l’influenceuse la plus suivie sur Instagram. Kylie a fait un post sur nous. C’est énorme ! Mark Zuckerberg a adoré ». Celui-ci est sur le point d’ouvrir une boutique Meta importante à Hawaï. « Mark voulait que les lunettes volent partout. En trente-six heures, on a décidé de se rendre à Hawaï. Dix-huit lunettes volent dans la vitrine de la boutique. Les passants s’arrêtent pour regarder. Un trafic de dingue dans la boutique ». La collaboration de Levita avec Meta aux Etats-Unis ne fait que commencer car d’autres boutiques vont suivre. L’équipe à la tête de Levita : Clément Kerstenne, Philippe Bougard et Nicolas Dembour © Levita

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© Trasis

La comédie musicale « Addams Family Act » à Hong-Kong début 2026 © Levita

Mais comment deux jeunes Liégeois, Clément Kerstenne et Philippe Bougard, passionnés de magie, sont-ils devenus les rois du monde d’objets volants en vitrine ? En 2011, alors étudiants, Philippe Bougard en assurances, Clément Kerstenne en médecine vétérinaire à l’ULiège, créent un DVD consacré à leur domaine de prédilection. Afin de le vendre, ils fondent l’année suivante In The Air, société de magie pour entreprises. Ils réalisent une centaine de shows par an en Europe et souhaitent vivre de leur passion. Leur société de services de magie promotionnelle compte rapidement des clients. Dès le début, des marques et sociétés importantes telles que Hublot, BNP Paribas Fortis, Lego, Total, Mercedes, Spa… en font partie. « A la fin du spectacle, une émotion perdure. Comment arriver à faire rêver un large public ? », se demandent-ils.

FAIRE VOLER DES OBJETS EN VITRINE En 2018, naît l’idée d’automatiser leurs spectacles. « Nous nous sommes dit que si on pouvait faire voler des objets en vitrine, l’impact serait fort », se souvient Clément Kerstenne. Pour transformer un tour de magie en spectacle sans intervention humaine, il fallait développer un produit capable de faire léviter un objet sans magicien. « Nous avons bricolé un prototype. En sollicitant des bureaux de design comme iol

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Strategic Design et Taipro Engineering, nous sommes parvenus à concrétiser notre idée : faire voler un objet en dissimulant parfaitement les solutions techniques et électroniques ». Cette collaboration donne naissance à leur première box, la « Gravity Windows ». Quatre planches en bois, des moteurs, une carte électronique, et quelques connaissances en magie. L’objet est suspendu dans l’air, le potentiel est là. Les créatifs bénéficient de subsides d’aide à la réalisation de projets de la Wallonie. Aujourd’hui, la « Gravity Windows », devenue « Gravity Display », est plutôt destinée au retail et à l’événementiel. A la fin de cette même année, la société Levita est créée, avec pour mission de vendre des produits de magie promotionnelle. Un horloger suisse haut de gamme contacte les Liégeois car il veut tester cette innovation dans sa boutique de montres à Singapour. « En six mois, on a dû passer du prototype au produit fini. D’un coup d’un seul, on jouait dans la cour des grands. Présenter notre produit à Singapour, c’était une énorme fierté ! ». Une deuxième commande du même horloger


INNOVATION

Défi spectaculaire en avril 2026 : faire léviter un pop-corn géant de trois mètres au-dessus de Times Square, à New York pour la sortie du film « Star Wars : The Mandalorian and Grogu » © Victor Humblet

suit pour Macao, puis une troisième pour Dubaï. Clément Kerstenne se forme auprès de mentors au sein de l’incubateur liégeois Venturelab, écosystème de soutien aux étudiants entrepreneurs. « On a gagné en expérience et constitué un chouette réseau ». La société travaille avec divers consultants. « Nous nous entourons de gens ultra compétents qui nous soutiennent aux différentes étapes ». Depuis lors, Levita ne cesse d’être contactée par les sociétés les plus prestigieuses.

DE SOTHEBY’S AUX JO DE PARIS EN PASSANT PAR VUITTON En 2021, c’est la multinationale de ventes aux enchères Sotheby’s qui fait appel à ses services. « Pour le jubilé de la Reine, ils voulaient créer une exposition et faire voler dix-sept couronnes de la famille royale anglaise, celles du couronnement de la Reine Victoria, de la Reine Elizabeth II, celle que portait Lady Diana lors de son mariage avec le Prince Charles... ». Une expo de trois mois à Londres.

Clément Kerstenne et Philippe Bougard avec la flamme olympique lors des Jeux Olympiques de Paris 2024 © In The Air

En 2022, un autre projet important est mis sur pied pour Louis Vuitton. « On a développé une œuvre d’art, une malle qui explose en seize morceaux pour montrer tout le savoir-faire de Vuitton ». Cette réalisation devait durer deux mois. Quatre ans plus tard, elle est toujours là. « Elle est la pièce maîtresse de l’exposition Louis Vuitton sur l’histoire de la fameuse malle à Asnières. Une vraie fierté ». En juillet 2024, à l’occasion des Jeux olympiques de Paris, Levita est approchée par la société Omega, sponsor des JO, pour faire voler des montres dans ses boutiques à Paris. « Tout le parterre sportif, les grands noms des JO à Paris, sont venus les admirer ». Un peu avant, ils avaient reçu un coup de fil de la part des organisateurs des JO. « Ils nous demandaient de présenter une séance de magie en privé lors de la réception des VIP, le Président Macron, Bill Gates… au Trocadéro devant la Tour Eiffel, juste avant la cérémonie d’ouverture officielle. Un temps fort que nous n’oublierons pas ».

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Levita a fait voler des montres à la boutique Omega lors des Jeux Olympiques de Paris 2024 © Omega

Si Levita est active dans le luxe, elle s’adresse aussi à d’importantes sociétés technologiques et industrielles, « des champions dans leur domaine, comme Nike et Adidas. On ouvre des marchés, mais avec les meilleurs dans leur secteur. Pour y arriver, nos conseils d’administration et réunions de travail se déroulent en présence de personnes stratégiques ».

POP-CORN GÉANT À TIMES SQUARE ET EFFETS MAGIQUES À DISNEYLAND PARIS

© Omega

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Depuis l’année dernière, la société liégeoise s’ouvre également au divertissement. Lancé en 2026, le nouveau produit pour l’entertainment se nomme Magic Space. « Pendant deux ans, on a travaillé à développer la technologie avec Deeeper, un bureau d’ingénieurs de la région liégeoise. On s’est rendu compte que le marché était énorme. Les parcs d’attractions, les shows immenses, les événements prestigieux, les grandes expos, rêvaient depuis longtemps de faire voler des objets, de créer de l’émotion ». Début de cette année, Levita a ainsi participé à la création des effets magiques d’une comédie musicale jouée à Hong Kong. « Puis, on a commencé à parler avec de grands acteurs comme Disney ». En avril 2026, ils sont contactés par Disney Films pour le lancement du film Star Wars : The Mandalorian and Grogu, qui leur demande une mission spectaculaire : faire léviter un pop-corn géant de trois


INNOVATION

les comédies musicales à Broadway et à Londres, et les grosses opérations marketing ». La société emploie actuellement 17 personnes. « En janvier 2023, on est passé à la semaine de quatre jours. La créativité étant importante chez nous, il a fallu remodeler la manière dont on fonctionne pour rester créatifs ».

CAP SUR LES ETATS-UNIS

© Victor Humblet

mètres au-dessus de Times Square, à New York. Une opération hors normes qui captive des milliers de fans et génère des dizaines des millions de vues sur Instagram. « Avec Magic Space, on va accompagner les directeurs de shows, scénographes, metteurs en scène, pour développer les meilleures scénographies possibles ». Par exemple, pour le Théâtre de Liège, la société a travaillé pour une pièce de théâtre dans laquelle une femme mourait. « Pour symboliser le fait que l’âme était toujours là, comme le voulait le metteur en scène, on a fait voler sa robe. On utilise notre expertise de lévitation pour servir l’histoire ». Dès septembre, Levita collabore avec Disney Paris. « Il y aura des effets magiques de lévitation dans des shows sur place ! », s’enthousiasme Clément Kerstenne. Sur les deux dernières années, Levita a connu une croissance fulgurante, passant de 700.000 euros de chiffre d’affaires en 2024 à près de 2 millions d’euros en 2026. « Nous visons les 4 millions d’euros en 2028 et les 8 millions d’euros en 2030. Une partie sera réalisée dans le retail, une autre dans le divertissement. Un marché en pleine croissance depuis des années : les parcs d’attractions, les grands shows de Las Vegas,

En quelques années, la société liégeoise a connu une internationalisation sans précédent. Londres, Paris, Shanghai, Dubaï... « Jamais depuis le début, nous n’avions senti une attraction aussi importante de la part des clients. Ces derniers mois, nous avons discuté avec les plus grands acteurs de l’entertainment, Netflix, Disney… On sent que notre expertise, développée depuis vingt-cinq ans grâce à In The Air et depuis sept ans dans la lévitation avec Levita, est unique au monde. On met notre valeur créative à disposition des plus grands ». Aussi, la société de magie accélère-t-elle son développement. « Pour soutenir notre expansion, notamment aux Etats-Unis, nous sommes en phase de levée de fonds de 650.000 euros, finalisée fin du troisième trimestre de cette année. On a besoin d’investir dans des salons, des foires... On recherche également des personnes stratégiques qui connaissent très bien le secteur de l’entertainment et peuvent nous accompagner dans le développement ». Aujourd’hui, l’objectif des dirigeants est de conserver une entreprise à taille humaine avec l’équipe nécessaire pour mener à bien les projets internationaux les plus grandioses. « Notre volonté est de faire rêver les gens et de pouvoir intégrer de manière permanente de grands shows comme à Las Vegas ou Broadway. C’est là qu’on est fort. Nous devons être présents à Paris, Shanghai, Dubaï, en Asie, en Europe, au Middle East. Il nous faut des bureaux permanents sur place, capables de vendre des projets et gérant un stock de matériel ». Etre aux Etats-Unis est devenu indispensable. « C’est prévu pour 2027. On a eu des projets pour Nike à Las Vegas. On sera prochainement dans des shows là-bas. Ouvrir un bureau de représentation à New York fait partie de notre stratégie. Le marché américain est énorme. Nous pouvons compter sur de super partenaires comme l’AWEX pour nous supporter. Des partenaires clés. C’est une fierté de pouvoir faire passer notre passion. Aujourd’hui, sept ans après le lancement de Levita, on n’est toujours pas copié ». https://levita-magic.com/

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Par Vincent Liévin

KORIUM TECH

UNE ENTREPRISE LIÉGEOISE QUI FAIT RUISSELER SON SAVOIR-FAIRE DU BÉNIN AU CHILI EN PASSANT PAR LA BELGIQUE 46 I W+B 173


ENTREPRISE

Alexandre César et Antoine Lemoine, fondateurs de Korium Tech © Korium Tech

En province de Liège, deux jeunes entrepreneurs, Alexandre César et Antoine Lemoine, s’investissent depuis quelques mois autour d’un défi essentiel : garantir l’accès à une eau de qualité, en Belgique comme à l’autre bout du monde.

En novembre 2025, ils ont fondé Korium Tech, une société portée par plus de vingt années d’expérience industrielle cumulée et une conviction forte : le traitement de l’eau ne se limite plus à une question technique, il est devenu un enjeu de société. « Pour nous, le nom de Korium traduit la volonté de ne pas se cantonner au seul traitement de l’eau, mais d’y associer une dimension énergétique : pompage solaire, autonomie des stations ou encore modules de production de froid destinés à la conservation des récoltes dans les filières maraîchères. Une manière de proposer, projet après projet, une réponse globale plutôt qu’une succession de solutions isolées ». Au fil des mois, le réchauffement climatique amène aussi l’entreprise à se montrer agile et réactive : « Nous constatons en effet que les besoins en solutions de traitement de l’eau, longtemps associés aux régions les plus arides du globe, remontent progressivement vers le nord. Des équipements de dessalement autrefois vendus presque exclusivement en Espagne ou au Maroc trouvent aujourd’hui preneur dans le Sud de la France. Nous recevons même des premières demandes de la Belgique, où certaines zones connaissent des situations de stress hydrique depuis le début de l’année, malgré des précipitations en apparence suffisantes ».

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© Korium Tech

UNE OFFRE À TROIS VITESSES Aujourd’hui, cette entreprise, qui compte 10 personnes, vise trois marchés bien distincts : les particuliers, pour lesquels l’entreprise se place en fournisseur de distributeurs et d’installateurs, l’industrie, essentiellement en Belgique et en France, avec des problématiques techniques pointues comme le traitement de l’arsenic, une problématique en forte croissance, côté français notamment, et qui commence également à émerger en Belgique (avec les évolutions des seuils réglementaires) et la grande exportation, tournée vers l’Afrique et l’Amérique latine, où l’entreprise déploie des stations complètes de potabilisation, d’irrigation agricole ou de dépollution minière.

Des conteneurs de production de froid positif En complément de l’accès à l’eau, Korium Tech propose également des conteneurs de production de froid positif. Ces derniers permettent la conservation des récoltes, la réduction des pertes postrécoltes et l’amélioration de la valorisation des productions agricoles. Cette approche globale - de la ressource jusqu’à la conservation - renforce la structuration et la rentabilité des filières locales.

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Cette dernière activité, la dépollution des eaux liées à l’exploitation minière, constitue l’une des spécificités que Korium Tech entend développer : « Métaux lourds, mercure issu de l’orpaillage artisanal, arsenic résiduel : autant de polluants pour lesquels la réglementation se durcit dans de nombreux pays producteurs, ouvrant de nouveaux marchés à des acteurs capables d’apporter une réponse technique fiable ».

UN ANCRAGE INTERNATIONAL QUI S’ÉLARGIT Au Bénin, la société développe, avec le soutien de l’AWEX dans le cadre d’un projet Finexpo, des solutions d’irrigation destinées à la filière maraîchère. L’Afrique australe fait également partie des priorités : une première mission exploratoire est programmée en octobre au Botswana et en Namibie, avec l’objectif de nouer des partenariats durables et, à terme, de rayonner vers d’autres pays de la région. Au Cap-Vert, elle est engagée sur un chantier de dessalement d’eau de mer. « En Amérique latine, nous voulons nous investir, notamment au Chili, marché mondial de premier plan pour le dessalement et pour le traitement des eaux liées à l’activité minière ». En parallèle, Korium Tech développe des solutions innovantes pour la dépollution et la récupération du mercure en Afrique et en Amérique du Sud : « Le soutien de l’AWEX nous permet d’aborder les plus hautes instances et fait avancer notre projet. Chaque projet fait l’objet d’une étude technicoéconomique permettant un dimensionnement précis des équipements, une maîtrise des coûts et une intégration facilitée dans des projets financés (publics, institutionnels ou privés) ».


ENTREPRISE

© Korium Tech

LA RECHERCHE, UN ATOUT POUR L’EXPORT ET LA BELGIQUE Au-delà du déploiement commercial, Korium Tech investit dans la recherche appliquée. « Notre volonté est de développer des technologies propres, qui sont un gage à la fois d’indépendance technique et de pérennité économique », annonce l’un des fondateurs. Pour son projet béninois, l’entreprise collabore avec une société d’hydrogéologie, Hydras Water Management, ainsi qu’avec l’ULiège, via sa faculté de Gembloux Agro-Bio Tech, spécialisée en agronomie. Un autre projet est mené avec le Centre de Recherche métallurgique (CRM) à Liège. Il porte sur l'élimination des PFAS par micro-plasma. Ces polluants dits « éternels », de plus en plus détectés à mesure que les capacités d›analyse progressent, constituent une préoccupation grandissante de la population et des autorités, en Belgique comme ailleurs en Europe. Sans oublier ses interactions avec le SPW-ARNE (Service public de Wallonie Agriculture, Ressources naturelles et Environnement), l’administration wallonne chargée de gérer l’environnement, la forêt, l’eau et le développement rural.

LA TRANSMISSION ET L’AUTONOMIE À partir de cette recherche et de ses valeurs affirmées, Korium Tech entend apporter un soutien durable et local sur le terrain : « Notre volonté est d’aider chaque client grâce à notre maîtrise approfondie du secteur de l’eau, qui nous permet d’intervenir sur l’ensemble de la chaîne de valeur d’un projet, depuis la conception préliminaire jusqu’à la réception finale des installations. Nous tenons à proposer des solutions complètes et intégrées : installations clés en main, modules techniques en conteneurs, services d’ingénierie, analyses et tests de laboratoire, assistance technique et service après-vente de haut niveau ». La philosophie des fondateurs est très claire : « Nous sommes convaincus que la technologie seule ne suffit pas. La formation, l’accompagnement et la montée en compétences des acteurs locaux font partie intégrante de notre mission. Notre objectif est de rendre les utilisateurs autonomes et de garantir la pérennité des installations, au-delà de la mise en service. Nous concevons chaque solution à partir des contraintes réelles : qualité de la ressource, disponibilité énergétique, capacités de maintenance, compétences locales et durabilité économique ». Leur priorité est de proposer des systèmes robustes, fiables, compréhensibles et maintenables, capables de fonctionner dans le temps sans dépendance excessive à des ressources externes. « L’innovation n’est pas une fin en soi, mais un levier au service de l’impact des solutions sur le terrain. Nos actions s’inscrivent dans une logique de développement responsable et mesurable. Nous cherchons à générer un impact positif tangible, tant sur la qualité de l’eau que sur les usages, la santé, l’environnement et la résilience des territoires », concluent les fondateurs. A noter que les projets de l’entreprise s’alignent directement avec plusieurs objectifs de développement durable définis par les Nations Unies. https://koriumtech.be/

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« Domestiquer le bureau » © Photomontage Maïa Descamps

« Domestiquer le bureau » au Pavillon de la Belgique Biennale d’architecture de Venise 2027 Leur proposition a été désignée par le jury parmi les 4 offres déposées dans le cadre de la procédure. "Domestiquer le bureau" interroge le décalage entre la quantité de surfaces de bureaux inoccupés et la précarité résidentielle croissante, en explorant le potentiel de reconversion de ces espaces et les modes d'habiter qu’ils peuvent générer. Le discours des commissaires témoigne de la sensibilité et de la volonté de faire résonner le propos au-delà des temporalités de la Biennale. Il a convaincu le jury autant que l’aspect multidisciplinaire de l’équipe, qui associe des compétences variées telles que pratique architecturale, de recherches universitaires et de création-production de films.

Le Ministère de la Fédération Wallonie-Bruxelles et Wallonie-Bruxelles International sont heureux d’annoncer la désignation de l’équipe de commissaires MULTIPLE + Gérald Ledent + Maïa Descamps pour représenter la Belgique à la 20e Biennale d’architecture de Venise (8 mai21 novembre 2027) avec "Domestiquer le bureau".

L’équipe rassemble le bureau d’architecture MULTIPLE, Gérald Ledent et Maïa Descamps. Plusieurs partenaires sont associés au développement de l’exposition : Inès Cabane (régie d'installation), Pedro Goïs (coordination réemploi), le tiers-lieu la Mûrisserie (mise en place modules habitables) et la société spécialisée dans l'immobilier à caractère social Inclusio pour son expertise. https://www.wbi.be/fr/actualites/domestiquerbureau-au-pavillon-belgique-biennale-darchitecturevenise-2027

Liège Trilogiport renforce sa multimodalité avec une nouvelle liaison ferroviaire vers la Slovaquie Depuis le mois de mars, un train hebdomadaire relie Liège Trilogiport à Trnava, en Slovaquie, pour le transport de véhicules. Cette nouvelle liaison confirme le retour du rail sur la plateforme multimodale et renforce le positionnement du Port de Liège comme hub logistique européen. Cette nouvelle liaison démontre la capacité de Liège Trilogiport à accueillir des trains et confirme la pertinence du report modal vers le rail et les voies navigables. La réouverture de la ligne ferroviaire desservant Liège Trilogiport constitue un élément clé de la vision stratégique du Port de Liège. Au cours de l’année écoulée, le Port de Liège a travaillé en étroite collaboration avec le Service public de Wallonie, Infrabel et Novandi afin de permettre le retour des trains à Liège Trilogiport et de remettre cette ligne ferroviaire en service. Située au cœur des grands corridors européens, la plateforme permet de gérer les flux logistiques tout en réduisant significativement l’empreinte carbone du transport. Chaque train de véhicules représente l’équivalent d’environ 40 camions retirés de nos routes, selon la capacité du convoi. Avec un train par semaine, ce sont plus de 2.000

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Trilogiport de Liège © Novandi

camions par an qui pourront ainsi être évités, contribuant à fluidifier le trafic routier et à réduire les émissions de CO₂. Grâce à cette évolution, Liège Trilogiport propose désormais une offre logistique complète, le transport ferroviaire constituant une alternative majeure et complémentaire au transport fluvial. Cette avancée a un impact positif sur la mobilité et renforce le rôle du Port de Liège en tant que plateforme logistique de premier plan en Wallonie. https://www.wallonia.be/fr/actualites/liegetrilogiport-renforce-sa-multimodalite-avec-unenouvelle-liaison-ferroviaire-vers-la


SURVOLS Exposition « L’Impressionnisme, une histoire belge » à La Boverie (Liège) L’exposition réunit des chefs-d’œuvre provenant de plus d’une trentaine de prestigieuses institutions. Plus d'une vingtaine de musées belges s'associent à des acteurs internationaux majeurs, tels que le Musée d'Orsay ou le Petit Palais de Genève.

Théo Van Rysselberghe, Nu blond ou Nu de dos (devant la glace), ca. 1902-1905. Collection privée

Plongez au cœur d’une épopée artistique fascinante qui a redéfini notre vision du monde. À l’occasion du 10e anniversaire du musée de La Boverie, découvrez comment la Belgique fut l'un des foyers les plus fertiles de l'impressionnisme. Cette exposition d’envergure célèbre l’audace d’un courant que l'on croit connaître, mais qui recèle encore bien des secrets. De Paris à Bruxelles, alors véritable capitale de l’avant-garde européenne, plongez dans un parcours inédit. Une occasion unique de découvrir près de cent-cinquante chefs-d’œuvre issus de collections belges et internationales, rarement présentés côte-à-côte.

Vous aurez le privilège d’y admirer des face-à-face inédits entre les figures de proue de notre patrimoine belge telles que James Ensor, Théo Van Rysselberghe, Anna Boch ou Émile Claus et les géants français tels que Claude Monet, Pierre-Auguste Renoir ou Alfred Sisley. L’exposition rend justice aux femmes artistes essentielles du mouvement, à l’image de Juliette Wytsman, Yvonne Serruys ou encore Jenny Montigny, dont le talent a marqué l'aventure impressionniste. Grâce à une scénographie innovante utilisant les technologies de pointe, l’événement propose un véritable voyage à travers les décennies. Cette confrontation esthétique révèle comment la Belgique est devenue un épicentre de la modernité européenne, offrant un regard renouvelé sur un patrimoine qui n'a rien perdu de son éclat. Du 09.10.2026 au 29.03.2027 https://www.laboverie.com/expos-evenements/ les-prochaines-expos/l2019impressionnisme-en-belgique

Exposition « Marc Chagall – Matières » à Mons Originale et inclassable, l’œuvre de Marc Chagall (1887-1985) se nourrit de références multiples, issues de sa culture d’origine et des expériences qui ont jalonné sa longue carrière de peintre, entre la Russie, la France et les États-Unis. Dans chacun de ces lieux, l’artiste s’est montré profondément réceptif aux pratiques artisanales, traditionnelles et populaires, puisant son inspiration dans les traditions, les savoir-faire et les cultures qu’il a rencontrés au fil de sa vie. Au-delà de la peinture, il explore la gravure, la céramique, la sculpture, le vitrail, la tapisserie ou encore le théâtre, développant une complicité créatrice avec les artisans qui l’accompagnent. Il explore en profondeur le champ des possibles reliant l'artiste au patrimoine immatériel collectif d'une culture et d'un lieu. À travers plus de 200 œuvres et documents, cette exposition révèle comment les matières, les techniques et les collaborations ont nourri son imaginaire et transformé sa création. En résonance avec les collections des musées de la Ville de Mons et une sélection d’œuvres contemporaines de

BeCraft, elle offre un regard inédit sur l’univers de Chagall et sur la transmission des savoir-faire à travers le temps. En partenariat avec les Archives Marc et Ida Chagall. Avec le soutien du fonds européen de développement régional (FEDER), de la Wallonie, et de la Fédération Wallonie Bruxelles. Au CAP / Musée des Beaux-Arts de Mons du 10.10.2026 au 14.02.2027 https://musees-expos.mons.be/fr/agenda-expos/ marc-chagall--matieres?u=0f94acf8fe95411fbe55c81a d2c0bae4

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Revue W+B n°173 by Wallonie-Bruxelles International - Issuu