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Mythes

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Une collaboration de la Galerie Dina Vierny et la Galerie Chenel
Sous le commissariat d’exposition de Simon Porte Jacquemus

Les statues vivent aussi !

Douze heures de la vie d’une sculpture (journal intime)

Un mythe est un rĂ©cit qui donne un sens Ă  des arrangements d’évĂ©nements vĂ©cus dans la vraie vie ou dans le monde imaginaire. Parce que les Ă©vĂ©nements de toute vie -des individus et des collectifs-, connaissent des arrangements diffĂ©rents, certains trĂšs singuliers, il y a des rĂ©cits extraordinaires mettant en scĂšne des crĂ©atures mythiques. Chaque moment de la journĂ©e, chaque moment de l’existence, de la nature (l’alternance du jour et de la nuit, des saisons) a ses beautĂ©s et ses dangers. C’est pourquoi des rites, organisĂ©s par les croyances religieuses et les conventions sociales, ou les deux Ă  la fois, prĂ©sident Ă  chaque moment. Les Heures en GrĂšce antique sont des dĂ©esses associĂ©es originellement aux saisons puis plus tardivement aux heures du jour. Au nombre de 10 ou 12, elles servent Apollon, le dieu du soleil et des arts.

Les artistes ont leur mythe prĂ©fĂ©rĂ© : celui de Pygmalion, narrĂ© par Ovide dans Les MĂ©tamorphoses. Ce sculpteur aima sa statue GalatĂ©e au point de l’animer de son dĂ©sir, de lui donner vie. Gepetto, le sculpteur sur bois, engendra Pinocchio qui, de pantin, devint gamin. Avec un peu de fĂ©erie, celle de l’écriture de Collodi. Le mythe de Pygmalion a son versant sombre, mystĂ©rieux : ce sont les mythes du Golem, de Frankenstein ou du robot-Maria dans MĂ©tropolis (1927) de Fritz Lang. Dans son film Le Sang d’un poĂšte (1930), Jean Cocteau fait vĂȘtir par Coco Chanel une statue grecque jouĂ©e par Lee Miller, la muse de Man Ray : comme dans le mythe de Pygmalion, elle s’anime sous les yeux, -et le dĂ©sir-, du poĂšte et lui enjoint de traverser le miroir pour dĂ©couvrir une autre rĂ©alitĂ©. Il le fait et comprend Ă  la fin du film qu’il vient de faire un rĂȘve, de traverser des arrangements d’objets et des situations auxquels il a Ă©tĂ© exposĂ©.

Le rĂȘve auquel nous sommes exposĂ©s dans l’une des deux plus belles salles mĂ©diĂ©vales de Paris, -si propice aux apparitions-, Ă  un choix d’antiques, de sculptures de Maillol et d’oeuvres textiles de Simon Porte Jacquemus, reprend le mythe des Heures. Les arrangements de Simon Porte Jacquemus sont autant de scĂšnes quotidiennes et mĂ©taphysiques Ă  la fois. Entre le diorama, la period room et la peinture mĂ©taphysique de De Chirico, un dĂ©cor de théùtre se met au service du rĂȘve. C’est une sĂ©rie de consonnances, d’harmoniques.

Tel dĂ©tail y rĂ©sonne comme une appogiature mettant en valeur telle sculpture de Maillol, tel torse antique et le plus souvent ponctue le tĂȘte-Ă -tĂȘte, le mythique dialogue des Ă©poques et des heures.

Reposons-nous sur nos rĂȘves ! L’exposition est la douziĂšme heure. Du lever au coucher, nous voici, comme Louis XIV incarnant le Soleil aux yeux de la cour de Versailles, confrontant notre dĂ©sir de lumiĂšre Ă  la peur des tĂ©nĂšbres, dĂ©sireux de traverser les miroirs que la mode tend Ă  l’art et que l’art traverse.

A travers le temps, comme un grand mythe solaire, de l’AntiquitĂ© au textile contemporain en passant par le dĂ©vĂȘtu intense des sculptures de Maillol.

Thierry DufrĂȘne

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Le Bain ”

Paris s’éveille : L ’Ile de France (1924) de Maillol s’élance alor qu’une VĂ©nus anadyomĂšne antique sort du bain. Jus d’orange, serviette de bain rouge. DĂ©cor davidien : d’un paravent surgit un duo de bronze et de marbre.

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L ’Essayage ”

A quoi pensent les jeunes femmes devant le miroir?

Une psychĂ© est Ă  la fois une Ăąme et un miroir. Le dialogue avec soi-mĂȘme se trouble Ă  l’image d’un dieu barbu surgissant.

“ Le MarchĂ© ”

La Baigneuse drapĂ©e (1921) de Maillol tient un drap sur son Ă©paule droite. BientĂŽt elle ira se promener aux Tuileries, mais ce sera sans la sculpture antique de femme drapĂ©e que capte la psychĂ© qui l’aimante de reflet en reflet. Le drapĂ© jaune ne lui sera pas refusĂ©.

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La Lingerie ”

Nous avons oublié de dire que les matiÚres textiles ont leur poids, leur plissé, leurs piles, et que leurs odeurs ne font pas peu pour animer les nudités immobiles. Jetées dans la corbeille à linge, quelques statuettes de Maillol.

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La RĂ©colte ”

Michelangelo Pistoletto fit un jour de 1967 Venere degli stracci(VĂ©nus des chiffons) devenue l’emblĂšme de l’Arte povera: une copie d’une sculpture classique de VĂ©nus prĂšs d’un tas de chiffons que l’artiste utilise pour faire briller ses miroirs.

Au collĂšge des Bernardins, des corbeilles de lĂ©gumes et de fruits sont jetĂ©s aux pieds d’une Diane devenue vĂ©gĂ©tarienne. Des fragments d’antiques, des mains de Maillol font l’éloge de la main qui travaille, modĂšle, coupe, assemble.

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Le DĂ©jeuner ”

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L’Orangerie ”

Flore (1916) ouvre la marche sous l’oeil d’un chasseur grec. Un chat perdu joue le rîle du tigre dans une jungle à la Douanier Rousseau.

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Le Soleil ”

Hommage Ă  CĂ©zanne (1912-1925): Maillol vĂ©nĂ©rait le maĂźtre d’Aix-en-Provence, rĂ©inventeur du classicisme: « faire du Poussin sur nature » -disait-il. Dans un dĂ©cor de plage, aux tissus rayĂ©s, s’allonge l’ample sculpture que, plus tard, dans sa statue L’Air (1938), le sculpteur Ă©lĂšvera au-dessus de son socle. Les statues Ă  la plage toujours lĂ©vitent au-dessus du sable, et jamais ne s’y couchent.

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Le Vestiaire ”

Des porte-manteaux bistrot portent les reliques de l’amour, vĂȘtements Ă©pars dont on se dĂ©fait Ă  la hĂąte Ă  l’appel d’Éros, sous le signe d’AgnĂšs Varda et de Robert Couturier. Un torse d’homme puissant : il a dĂ©jĂ  perdu la tĂȘte ! VĂ©nus l’attend.

“ L’Exercice ”

Mens sana in corpore sano -prescrit l’adage an- tique. Torse du BelvĂ©dĂšre, Apollon, Discobole : Ă  quoi pensent les athlĂštes quand ils soulĂšvent une paire d’haltĂšres ? Une forme peut-elle ĂȘtre sage ? Bien souvent, Hercule est pensif, sommĂ© de choi- sir, in bivio (Ă  la croisĂ©e des chemins) entre la vie et l’apparence de la vie.

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L ’Heure du Repos

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A L’origine du monde de Courbet, correspond, symĂ©triquement, une fin. Ou plutĂŽt un envers du monde. Le Couple (1896) de Maillol n’unit pas seulement la nymphe et le satyre. Il rĂȘve de L’Hermaphrodite, de l’envers du Genre -dans le creux du lit. Sur la table de chevet, il y a L’Amant de Lady Chatterley (1928) de D.H.Lawrence, un chef-d’oeuvre de la littĂ©rature Ă©rotique.

L’Amour lapidaire d’enfants de la Gallia Narbonensis

Comme un tableau d’Hubert Robert


Sous un soleil d’hiver, par un jour de grand mistral, la Provence se fait farouche, presque rĂ©tive aux hommes, livrĂ©e aux caprices de ses Ă©lĂ©ments. Les ramures ploient, les branchages s’envolent en spirales effrĂ©nĂ©es ; nous cheminons, luttant contre les rafales, dans un lacis de bourrasques hurlantes. Sur la rose des vents mĂ©diterranĂ©enne, le mistral occupe sa place souveraine : vent du nord-ouest, il tranche l’air comme une lame, emportant avec lui le silence et la poussiĂšre. Il a sa musique propre, sĂšche et sifflante ; il a aussi sa palette de couleurs. Le ciel, lavĂ© de toute brume, s’embrase d’une clartĂ© cristalline ; le soleil verse sur la terre une lumiĂšre d’albĂątre, vive.

Au dĂ©tour d’une ruelle, soudain, le cƓur se serre : voici que se dresse, dans sa gloire silencieuse, l’épure souveraine de l’amphithéùtre d’Arles, temple vouĂ© au soleil et au vent, la majestĂ© des ArĂšnes de NĂźmes, le gigantisme presque sacrĂ© du théùtre antique d’Orange, qui semble dĂ©fier les siĂšcles, surgi dans la lumiĂšre comme un songe de pierre. Ces instants de grĂące sont comme des Ă©piphanies du temps – le temps figĂ© dans la pierre, la pierre victorieuse du vent et des Ăąges. Devant ces colosses patinĂ©s de soleil, nous Ă©prouvons l’humilitĂ© de notre passage, la petitesse de ce que nous sommes. Car la pierre, toujours, garde mĂ©moire de la chaleur, du souffle, du pas des hommes. Quoi de plus enivrant, alors, que de poser la main sur ces antiques gorgĂ©s de lumiĂšre blanche – ces pierres chauffĂ©es au vif soleil, qui semblent palpiter encore du feu des anciens ? La Provence entiĂšre paraĂźt alors bruire d’une langue de vent et de feu, d’un parler ancien oĂč le mot soulĂšu s’unit au pĂširo, et oĂč le monde tout entier se rĂ©sume Ă  cette clartĂ© sans ombre, Ă  cette chaleur qui dure au-delĂ  des siĂšcles.

Cette prĂ©sence tellurique de l’Antique trouve un Ă©cho inattendu au Couvent des Bernardins, oĂč Simon Porte Jacquemus fait dialoguer, sous la voĂ»te cistercienne, les Antiques romains des Chenel et les formes voluptueuses des sculptures de Maillol, rĂ©unis par les Lorquin. Ces passionnĂ©s de marbre partagent, sans l’expliciter, une mĂȘme origine : cette Gallia Narbonensis dont la pierre, nourrie de lumiĂšre, fut leur premier langage. L’esthĂ©tique mĂ©ridionale, dans Mythes, ne relĂšve pas d’une imitation Ă©rudite des Anciens, mais d’une intĂ©riorisation sensuelle et instinctive de la romanitĂ©, transmise par la pierre mĂȘme de la Provence. À travers une suite de « tableaux » de liturgie du quotidien, l’exposition met en lumiĂšre l’aisance et la sensualitĂ© des pierres, le caractĂšre minĂ©ral de l’imaginaire et du goĂ»t des formes, un dialogue entre l’éternel et l’ordinaire. Or ce théùtre des jours des Provençaux, semblable aux ruines habitĂ©es d’Hubert Robert oĂč l’homme et la pierre se rĂ©pondent dans une mĂȘme mĂ©lancolie lumineuse, invite Ă  une rĂ©flexion plus vaste sur le caractĂšre unique du lien des Ă©lus qui frĂŽlent depuis leur plus jeune Ăąge les Antiques de la Gallia Narbonensis.

La richesse de l’« hĂ©ritage » latin de la Provence ne rĂ©side pas dans la capacitĂ© d’imiter des modĂšles imaginĂ©s par les Grecs ou les Romains, mais bien cette extraordinaire connivence organique que, depuis le XIXe siĂšcle, les enfants de cette terre romanisĂ©e du Midi entretiennent avec la pierre antique. Maillol, s’il crut trouver en GrĂšce les clĂ©s de son art, ne fit que reconnaĂźtre au loin ce qu’il portait en lui : la mĂ©moire charnelle d’un sol romanisĂ©. Quant Ă  l’esthĂ©tique des Chenel, union instinctive du marbre et de la cĂ©ramique, elle prolonge, Ă  sa maniĂšre, cette fidĂ©litĂ© Ă  la romanitĂ© – moins comme un modĂšle Ă  imiter qu’une substance vive, transmise par la matiĂšre mĂȘme.

La Salle Ă  manger de Louis XVI et de Marie-Antoinette

Cette essence latine de la Provence ne se donne pourtant pas pour une Ă©vidence : il fallut qu’un autre rĂ©vĂ©lĂąt, qu’un regard Ă©tranger ouvrĂźt les yeux des Provençaux
 Heureusement, ce ne fut point l’un des nĂŽtres : nous savons quel tribut CĂ©zanne dut payer Ă  cette clairvoyance solitaire. Aujourd’hui, nous nous rengorgeons de la Sainte-Victoire, emblĂšme devenu totem, sans

toujours songer qu’avant ces cĂ©lĂ©brations tardives, avant cette ferveur rĂ©trospective, les Aixois, sans le confesser, nourrissaient Ă  son Ă©gard un sentiment obscur – un mĂ©lange d’incomprĂ©hension, de gĂȘne et d’irritation muette. C’était comme si le peintre, en livrant sa montagne Ă  la lumiĂšre, eĂ»t voulu partager son triomphe avec d’autres, alors qu’il ne dĂ©sirait, au fond, que notre reconnaissance. Il attendait de nous ce simple acquiescement du regard, cette approbation silencieuse qu’accorde parfois une patrie Ă  l’un des siens – mais la Provence, aveugle encore Ă  sa propre splendeur, la lui refusa. La fiertĂ© des Antiques provençaux connut une destinĂ©e analogue.

En 1786, la Direction des BĂątiments du Roi commande Ă  Hubert Robert quatre grands tableaux illustrant « Les AntiquitĂ©s de la France » pour la salle Ă  manger des petits appartements du Roi au chĂąteau de Fontainebleau. Au Salon de 1787, le peintre expose donc : L’Arc de Triomphe et l’amphithéùtre de la ville d’Orange, Le Pont du Gard, La Maison carrĂ©e, les arĂšnes et la tour Magne de NĂźmes ainsi que L’IntĂ©rieur du Temple de Diane Ă  NĂźmes (Paris, musĂ©e du Louvre).

Les AntiquitĂ©s de la France d’Hubert Robert constituent en rĂ©alitĂ© une recomposition libre et inspirĂ©e, un projet empreint d’espĂ©rance. DĂšs le Salon de 1785, il avait exposĂ© une toile dĂ©crite, dans le livret du Salon, comme appartenant au futur Paul Ier de Russie et reprĂ©sentant «La RĂ©union des plus cĂ©lĂšbres Monuments antiques de la France, tels que les ArĂšnes & la Maison quarrĂ©e (sic) de NĂźmes, le pont du Gar (sic), l’Arc de Triomphe & le Monument de Saint-RĂ©my, & un autre Arc de Triomphe d’Orange » (Pavlovsk, Palais de Pavlovsk). Et au Salon de 1787, nul ne perçut que L’Arc de Triomphe et l’amphithéùtre de la ville d’Orange et La Maison carrĂ©e relevaient du caprice architectural, rĂ©unissant en un mĂȘme cadre des monuments Ă©loignĂ©s les uns des autres. L’Ami des artistes affirmait que : « Tous les voyageurs ont rendu justice Ă  l’exactitude & Ă  la vĂ©ritĂ© de ces monuments ; l’Artiste ne paroĂźt (sic) avoir rien nĂ©gligĂ© pour rendre leurs effets plus sensibles. Un des plus nobles emplois de la peinture, c’est de chercher Ă  fausser des mains du tems (sic), ces ouvrages qui servent Ă  nous faire connoĂźtre (sic) le gĂ©nie des Anciens, & Ă  nous apprendre Ă  les imiter. »

Plus circonspect, le critique des Inscriptions pour mettre au bas de diffĂ©rens (sic) tableaux feignait de s’interroger :

« A-t-on représenté ce temple de Diane

Tel qu’il fut autrefois ou qu’il est aujourd’hui ?

Que le peintre le dise, on s’en rapporte Ă  lui, Et lĂ -dessus, plus de chicane »

Hubert Robert prit bien de singuliĂšres libertĂ©s avec l’état rĂ©el des ruines ; mais n’est-ce point la force d’une imagination vive et pĂ©tulante que d’opĂ©rer des miracles ?

Préserver sans effacer, sanctifier sans muséifier

DĂšs la visite de François Ier Ă  NĂźmes, en 1533, les vestiges firent l’objet d’une attention particuliĂšre et certains furent illustrĂ©s dans un ouvrage publiĂ© en 1559 par Jean Poldo d’Albenas. Pourtant, EleuthĂ©rophile Millin – Aubin Louis Millin de Grandmaison –conte, au dĂ©but du XIXe siĂšcle, une histoire d’appropriation Ă  la fois inquiĂ©tante et romanesque :

1 Inscriptions pour mettre au bas de différens tableaux exposés au Salon du Louvre en 1787, Paris, BibliothÚque Nationale de France, Collection Deloynes, XV, 387, p. 601 (p. 9)

« Vers le XIe ou le XIIe siĂšcle, on fit de ce temple un hĂŽtel de ville ; et pour cette destination, on y plaça une cheminĂ©e, on y ouvrit des croisĂ©es, on mura le vestibule, on abattit le perron. Un particulier l’obtint en Ă©change, et y adossa une petite maison. Cet Ă©difice passa ensuite Ă  une famille qui en fit une Ă©curie.

En 1670, il Ă©chut aux Augustins, qui obtinrent de Colbert des fonds pour en faire une Ă©glise, Ă  condition que le monument antique seroit rebĂąti soigneusement et rendu Ă  sa premiĂšre forme cependant ils bĂątirent dans l'intĂ©rieur une Ă©glise, qui, heureusement, Ă©toit isolĂ©e. Colbert auroit exĂ©cutĂ© le projet de faire transporter cet Ă©difice Ă  Paris, s les artistes qu'il envoya avoient jugĂ© que cela pĂ»t s'exĂ©cuter sans compromettre l’existence du bĂątiment. »2

Dans son Voyage dans les départemens (sic) du Midi de la France, Millin livre une méditation dont la justesse pourrait encore instruire les esprits du présent :

« On a tort de vouloir restaurer ainsi les Ă©difices antiques ; la marque que leur imprime le temps par ses outrages plaĂźt Ă  l’imagination, et l’on ne doit pas l’effacer : mais il faut tout faire pour empĂȘcher leur dĂ©gradation et leur ruine ; et il est impossible de s’imaginer comment on peut laisser de pareils chefs-d’Ɠuvre exposĂ©s aux insultes de la barbarie et de l’ignorance. [...] Au lieu de cela, la partie opposĂ©e Ă  la façade est si couverte d’ordures, qu’on croiroit que ce temple a Ă©tĂ© consacrĂ© Ă  la dĂ©esse des cloaques ; une nuĂ©e d’enfans inonde le portique et les cĂŽtĂ©s ; la pointe acĂ©rĂ©e de la toupie perce de mille trous les belles dalles de pierre ; le sabot y trace une infinitĂ© de cercles : des polissons grimpent sur les colonnes pour avoir des nids ; d’autres assiĂšgent leurs magnifiques chapiteaux Ă  coups de pierre, pour en faire partir les oiseaux, ou pour atteindre quelque ornement qu’ils ont dĂ©signĂ© comme le but oĂč vise leur adresse. Avec quel plaisir je me serois armĂ© d’un fouet pour chasser cette canaille dĂ©vastatrice! Mais d’autres bandes auroient succĂ©dĂ© Ă  celles-ci ; et cette attaque n’eĂ»t fait qu’exciter leur rage contre un chef-d’Ɠuvre que le temps semble vouloir respecter, malgrĂ© tout ce que les hommes font chaque jour pour le dĂ©truire. »

L’érudit Millin s’indigne de la nĂ©gligence des hommes et du sort rĂ©servĂ© aux tĂ©moins de l’AntiquitĂ©, il dĂ©nonce la barbarie des temps modernes, qui profane. Son regard, pĂ©tri d’un zĂšle moral, confĂšre aux ruines la gravitĂ© d’un memento, d’une responsabilitĂ© collective envers la beautĂ© ancienne. À cette vigilance courroucĂ©e de l’érudit qui perçoit souillure et dĂ©gradation rĂ©pond, chez l’artiste, la tendresse du visionnaire : le discernement d’un souffle, d’une continuitĂ© secrĂšte entre la ruine et le quotidien.

Cette disposition s’enracina chez Hubert Robert, natif de Paris, un quart de siĂšcle avant son sĂ©jour prolongĂ© en Provence, lors du voyage avec Saint-Non et Fragonard dans le Sud de l’Italie, « anciennement appelĂ©e Grande GrĂšce ». Ils y admirĂšrent la sĂ©rĂ©nitĂ© de ces populations pour lesquelles la grandeur ancienne ne constituait ni un fardeau ni un culte, mais une prĂ©sence vivante, un paysage habitĂ©. Dans ces contrĂ©es, le temps semblait pour ainsi dire s’ĂȘtre arrĂȘtĂ©, et oĂč les tentatives d’introduction de la modernitĂ© avaient Ă©chouĂ©. Saint-Non y puisa l’essence de sa Description du royaume de Naples et de Sicile, oĂč il assurait qu’« un trĂšs petit nombre [de personnes] qui aient Ă©tĂ© curieuses de porter leurs pas jusqu’à l’extrĂ©mitĂ© du Royaume de Naples, qui aient osĂ©, pour ainsi dire, traverser la Calabre, cette belle partie de l’Italie, depuis longtemps inculte, inhabitĂ©e, et que l’on regardoit comme en proie aux bandits, et Ă  l’effroi des voyageurs. »4 Or les ruines y Ă©taient celles des pĂ©riodes fastes de cette rĂ©gion, qui avait connu les foisonnements et les Ă©mulations culturelles les plus prolixes au cours de l’AntiquitĂ© et du Moyen Âge. Ces deux hommes brillants, en quĂȘte d’authenticitĂ©, Ă©taient accompagnĂ©s de Jean-HonorĂ© Fragonard – ce Provençal, qui, ironie du destin, ne rĂ©alisa pas vraiment qu’il existĂąt dans les terroirs de son enfant des monuments et des vies semblables Ă  ceux qu’il admirait dans la « Grande GrĂšce ».

Les AntiquitĂ©s de la France d’Hubert Robert ne sont donc pas une reprĂ©sentation fidĂšle de cette coexistence harmonieuse entre les Provençaux et leurs vestiges. Il ne cherche pas Ă  effacer le caractĂšre dĂ©labrĂ© des monuments pour les restituer dans leur perfection originelle comme l’avait fait Poussin avant lui : le temps, pour lui, est le vecteur d’une mĂ©ditation sur la fragilitĂ© des civilisations. Chez lui, la majestĂ© des Anciens s’accompagne de la conscience de son effacement, et c’est dans ce sentiment mĂȘlĂ© de regret et de douceur que s’épanouit l’éloquence vĂ©ritable de la ruine, Ă  la fois emblĂšme de la vanitĂ© des choses humaines et source d’un Ă©merveillement paisible devant l’innocence des vies qui s’y abritent encore.

Démysthifier

Deux siĂšcles et demi plus tard, dans la Provincia Romana, la proximitĂ© du sublime et du trivial ne trahit plus une profanation chez les « descendants » des personnages peints par Hubert Robert, mais une forme d’accoutumance – un oubli presque suave – par lequel l’existence moderne s’installe parmi les chefs-d’Ɠuvre sans Ă©prouver le moindre trouble de leur voisinage. Ce phĂ©nomĂšne se laisse encore percevoir auprĂšs de ceux qui habitent les vestiges antiques et semblent Ă  peine en discerner la majestĂ©. Par un jour d’étĂ©, lorsque la chaleur s’attarde sur les pierres et que le grĂ©sillement lointain des sonos souille l’air immobile, malgrĂ© la vulgaritĂ© criarde des enseignes de restaurants alentour, le Théùtre antique d’Orange demeure debout, intact ; il suffit de lever le regard pour que quelque chose, au plus profond de l’ñme, s’accorde Ă  sa permanence. À Arles, pour fuir le vacarme des ruelles encombrĂ©es, une Ă©motion semblable saisit le visiteur traversant le cloĂźtre Saint-Trophime, lieu d’une plĂ©nitude saisissante, empreinte d’une gratitude muette et presque sacrĂ©e. Dans les Jardins de la Fontaine Ă  NĂźmes, oĂč des fragments d’antiques remployĂ©s affleurent sous les strobiles, la paix du lieu semble prolonger l’antique sĂ©rĂ©nitĂ©. Sous les ombrages lĂ©gers, au dĂ©tour d’une allĂ©e dĂ©serte, la pierre recomposĂ©e conserve le souvenir des dieux, tandis que des familles promĂšnent des poussettes de plastique, d’une laideur impardonnable. PrĂšs de la Tour Magne, il est singulier d’apercevoir des coureurs, casquĂ©s d’oreillettes, glisser devant le monument dans une indiffĂ©rence presque dĂ©concertante. Certaines de ces dissonances visuelles finissent pourtant par devenir matiĂšre Ă  mĂ©ditation. Ou Ă  une inspiration poĂ©tique !

Mythes est avant tout une prolongation inspirĂ©e du jeu raffinĂ© auquel se livrent les Chenel. En dĂ©posant des fleurs dans des urnes antiques, en Ă©rigeant des chapiteaux en tables basses, en offrant une existence nouvelle Ă  une stĂšle romaine du IIe siĂšcle – retaillĂ©e par les Byzantins pour soutenir quelque autel, puis dĂ©sormais mĂ©tamorphosĂ©e en guĂ©ridon –, ils poursuivent depuis plusieurs annĂ©es une rĂȘverie singuliĂšre sur la continuitĂ© des formes et la survivance des matiĂšres. Ils invitent Ă  vivre naturellement avec ces Ɠuvres, Ă  se les approprier.

2 Aubin Louis Millin de Grandmaison, Voyage dans les départemens (sic) du Midi de la France, 1807-1809, IV, p. 215-216.

3 Aubin Louis Millin de Grandmaison, Voyage dans les départemens (sic) du Midi de la France, 1807-1809, IV, p. 219-220.

4 CitĂ© dans Bruno Neveu, « Le voyage de l’abbĂ© de Saint-Non dans l’Italie du Sud », Journal des Arts, Paris, octobre-dĂ©cembre 1973, p. 295-300, p. 296.

L’esthĂ©tique de leurs marbres le permet d’ailleurs. Les « marmor lunense », privilĂ©giĂ©s au Ier et au IIe siĂšcles, par leur grain pur, leur blancheur lĂ©gĂšrement bleutĂ©e et leur robustesse, offrent des patines merveilleuses, dont ils refusent de se priver. Loin des choix radicaux de certains musĂ©es ou institutions – nous pensons volontiers aux Marbres des collections Torlonia–, ils ne choisissent et conservent que des statues ou des Ă©lĂ©ments d’architecture qui prĂ©sentent des altĂ©rations dues Ă  la lente percolation des eaux calcaires, qui offrent Ă  la patine d’origine un cĂŽtĂ© dĂ©saturĂ©, laissent apparaitre des voiles opalins et des efflorescence crayeuses d’un blanc ivoirien. Les fines suintures verticales, souvent irisĂ©es d’un ton lactescent ou grĂšge, qui adoucissent le poli initial sont des trĂ©sors. Rien n’est plus plaisir, au toucher, que les liserĂ©s d’incrustations calcaires qui forme comme une brume pierreuse, un miroitement attĂ©nuĂ© du grain lunense. Le chatoiement beige rosĂ© des sculptures exhumĂ©es des sites humides, responsables d’accumulation de calcite, d’oxydations ferrugineuses, donnant aux reliefs une coloration beige rosĂ©, aux creux des tons cendrĂ©s. Les vibrations chromatiques confĂšrent au marbre une vibration singuliĂšre, une palette du temps. De mĂȘme, chaque reprise devient un vestige de la durĂ©e, un hommage discret Ă  ceux qui, avant eux, touchĂšrent ces pierres. Car les restaurations successives sont autant de dons, et il serait sacrilĂšge de les abolir.

Dans Mythes, un fragment saisissant retient le regard : les jambes d’une ArtĂ©mis, demeurĂ©es seules, des pieds jusqu’aux genoux. Le marbre, Ă  peine dorĂ© par les ans, conserve la souplesse d’un drapĂ© que la lumiĂšre anime ; les plis, obliques et pleins d’élan, traduisent l’instant suspendu d’une marche divine. Comme les marbriers du XVIIe ou du XVIIIe siĂšcle qui, dans leur ferveur antiquaire, l’avaient munie d’un socle moderne pour en parfaire la silhouette, Simon Porte Jacquemus la ressuscite dans une mise en scĂšne harmonieuse, parmi les vanneries dĂ©bordantes d’artichauts. Cette ArtĂ©mis transfigurĂ©e en apparition champĂȘtre, Ă©cho lointain d’un marbre antique devenu songe d’une dĂ©esse en mouvement, glissant parmi les Ă©tals d’un marchĂ© provençal, un panier de jonc au bras, dans une lumiĂšre d’aurore. Les attachements en fer demeurent visibles – stigmates des ajouts du XVIIe ou du XVIIIe siĂšcle, traces de ces mains passĂ©es qui voulurent restituer un corps Ă  la dĂ©esse mutilĂ©e. Les Chenel, fidĂšles Ă  leur Ă©thique de la transparence, ne les dissimulent point : ils les laissent parler, tĂ©moigner du long destin des formes, de cette chaĂźne ininterrompue oĂč chaque Ă©poque, en touchant la matiĂšre, y dĂ©pose sa propre Ăąme.

La Provence, Provincia Romana

Mythes propose un rĂ©cit symbolique d’une Provence rĂȘvĂ©e et d’une fĂ©minitĂ© rĂ©inventĂ©e, dont les contours se dessinent, depuis la fin du XIXe siĂšcle, entre la prĂ©sence des Antiques et la lumiĂšre du corps.

La plus belle conquĂȘte de la Provence au XIXe siĂšcle n’aura pas Ă©tĂ© son repli jaloux sur elle-mĂȘme, ni cette volontĂ© de figer sa langue comme un rempart contre le monde. Mistral Ă©rige la femme en symbole de puretĂ©, non point comme ĂȘtre de dĂ©sir ou de libertĂ©. Il la veut intacte, immobile, vouĂ©e Ă  cĂ©lĂ©brer le passĂ© plus qu’à engendrer l’avenir. Cette idĂ©alisation prend la forme d’un culte quasi liturgique, oĂč la fĂ©minitĂ© s’efface dans la blancheur d’un mythe pastoral : la femme mistralienne devient une vierge consacrĂ©e, une RosiĂšre couronnĂ©e non pour son intelligence ni pour son courage, mais pour la docilitĂ© qu’impose la vertu. Le rituel, sous les apparences d’un hommage, consacre en vĂ©ritĂ© une dĂ©possession : la femme n’est plus sujet mais emblĂšme, fĂ©tiche d’une Provence rĂȘvĂ©e, instrument d’un imaginaire masculin qui confond la puretĂ© du sol avec celle du corps fĂ©minin. Ainsi se perpĂ©tue, sous le vernis poĂ©tique du FĂ©librige, une mystique de la conservation, oĂč la femme incarne la terre elle-mĂȘme – fertile, silencieuse, et toujours offerte Ă  la gloire du poĂšte, jamais Ă  sa propre parole.

GrĂące Ă  des esprits venus d’ailleurs, qui surent nous rĂ©apprendre la fiertĂ© de notre lien singulier avec l’AntiquitĂ©, la Provence connut aussi le privilĂšge d’un songe au contact de ses trĂ©sors : rĂȘver des chitĂŽns qui Ă©pousent le creux des hanches, la douceur des seins, le mouvement des jambes ; des himations qui effleurent la nuditĂ© sans la travestir. Le premier « tableau » de Mythes est ainsi un magnifique dialogue entre un buste antique et une femme de Maillol, aux courbes gĂ©nĂ©reuses. Deux dĂ©tails colorĂ©s suffisent Ă  « placer » ce dĂ©cor : le verre de jus d’orange matinal, et la draperies couleur safran, nonchalamment abandonnĂ©e sur le tub aux formes archaĂŻsantes, hĂ©ritĂ©es de la baignoire du Capitole. Tout y cĂ©lĂšbre une nuditĂ© sereine, un plaisir du corps offert Ă  la lumiĂšre, des Ă©toffes qui ne dissimulent pas mais rĂ©vĂšlent. Rien ne s’oppose, tout se souvient.

Au cƓur du parcours de l’exposition, afin de rappeler combien les nus fĂ©minins de Maillol, issus de la sĂšve antique, trouvent leurs descendantes dans les silhouettes drapĂ©es conçues par Jacquemus, Simon Porte Jacquemus a disposĂ© Soleil, la robe sculpturale de la collection Le Paysan, sur un portant, derriĂšre une statue antique et une figure de Maillol. La mise en scĂšne crĂ©e un miracle : trois prĂ©sences Ă©changent silencieusement dans un espace baignĂ© d’or pĂąle – le marbre, le bronze et l’étoffe. Entre elles circule une mĂȘme respiration, une mĂȘme ferveur pour la puretĂ© des formes. La draperie « soleil » emble avoir recueilli la chaleur du jour que le marbre, depuis deux mille ans, rĂ©flĂ©chit, et que le bronze, retient comme un feu intĂ©rieur.

La magie de Mythes est cette ode Ă  la longue fidĂ©litĂ© des formes mĂ©diterranĂ©ennes Ă  elles-mĂȘmes, Ă  leur pouvoir de rĂ©gĂ©nĂ©ration

et de mĂ©tamorphose sans s’abolir. La beautĂ© antique n’est point une relique, mais un organisme vivant, qui respire encore dans la lumiĂšre du Sud. Par la main de l’artiste, le passĂ© se perpĂ©tue, s’invite Ă  nouveau dans le concert des formes et des plis.

La magie tient moins Ă  l’effet de surprise dans ce Couvent des Bernardins, qu’à une opĂ©ration plus secrĂšte : les formes ne sont jamais rĂ©pĂ©tĂ©es, elles se rĂ©-Ă©clairent. Un pli, de la toge Ă  la cotonnade contemporaine ; un dĂ©hanchĂ©, du bronze Ă  la chemise ample ; la mĂ©moire change d’angle. Rien ne se fige : la forme antique demeure un principe de croissance, source de la mode, irrigant matiĂšres sans perdre sa tenue.

Ainsi comprise, Mythes dĂ©passe la seule cĂ©lĂ©bration d’un hĂ©ritage mĂ©diterranĂ©en : elle en propose une vĂ©ritable reformulation. Par le jeu des correspondances, l’exposition invite Ă  repenser la gĂ©nĂ©alogie culturelle et spirituelle de la Provence Ă  la maniĂšre dont RĂ©mi Brague repensa l’Europe dans L’Europe, la voie romaine (1992). Le philosophe y dessine les contours d’une Ăąme europĂ©enne nĂ©e d’un dialogue constant avec l’altĂ©ritĂ©, et fondĂ©e sur une filiation multiple : AthĂšnes, JĂ©rusalem et Rome. Loin d’ĂȘtre une simple hĂ©ritiĂšre de la GrĂšce, l’Europe qu’il dĂ©crit accepte ses hĂ©ritages tout en les ordonnant Ă  la raison juridique et politique. La « secondaritĂ© » de Rome, loin d’ĂȘtre une faiblesse, devient principe d’ouverture Ă  l’altĂ©ritĂ© et capacitĂ© Ă  se rĂ©inventer. Le dĂ©passement des dispositions grecques offre la « voie » – non pas tel un chemin unique – mais comme une aventure philosophique, un humanisme sans cesse rĂ©actualisĂ©e.

Ce que Brague nomme la « voie romaine », Simon Porte Jacquemus et ses complices l’incarnent Ă  travers un théùtre plastique de la romanitĂ©, hĂ©ritiĂšre et rĂ©inventrice tout Ă  la fois. LĂ  oĂč le philosophe exalte la traduction comme reformulation de la mĂ©moire, Ă©clairĂ©e par l’intelligence du meilleur de cette aventure pour aller vers un meilleur, Mythes est une traduction Ă  son tour de la mĂ©moire des formes antiques dans le langage du prĂ©sent. Chaque restauration d’un antique, chaque crĂ©ation en bronze ou en Ă©toffes est une réécriture d’une mĂ©moire dans le vocabulaire du prĂ©sent.

L’histoire mĂȘme de la Provence – et plus particuliĂšrement l’histoire de sa sculpture – participe de cette aventure : tradition d’accueil, de reprise et de rĂ©invention, elle fait du passĂ© non un monument, mais une source vivante. AprĂšs tout, c’est aux Alyscamps, dans la nef de l’église Saint Honorat, que fut créé en 1784 le premier musĂ©e public d’antiquitĂ©s français. Hubert Robert en peignit des images saisissantes, comme plus tard Van Gogh. Et dans ce jardin de pierres, la sĂšve circule encore.

Carole Blumenfeld

Maillol, un classique au-delĂ  du classicisme

En 1995, dans leur guide du visiteur du musĂ©e Maillol qui venait d’ouvrir Ă  Paris Ă  l’initiative de Dina Vierny, Jean-Luc Daval et Bertrand Lorquin rappelaient que la Fondation et le musĂ©e se situent « derriĂšre la majestueuse Fontaine des Quatre Saisons (1739-1746) du grand sculpteur Edme Bouchardon »1 . Bouchardon, un sculpteur nĂ©o-classique du XVIIIe siĂšcle. Les deux auteurs s’amusaient Ă  relever que « le faible dĂ©bit de cette fontaine luxueuse lui a valu le surnom de la « trompeuse ». En elle en effet, la sculpture l’emportait sur l’ouvrage d’utilitĂ© publique. Et si cette « trompeuse » Ă  l’entrĂ©e du musĂ©e Maillol agissait comme une mise en garde ? Maillol n’est-il pas toujours plus complexe qu’on ne le pense et qu’on ne le dit ? A ceux qui le voient « tout classique » et son art sorti tout droit de l’antique, comme Waldemar-George qui Ă©crivait en 1971 : « Maillol est un Grec »2 « tendant la main Ă  Bouchardon », on peut rĂ©torquer que l’art de Maillol n’est finalement pas si « grec » que cela, ni si proche du nĂ©o-classicisme de Bouchardon. Les Ă©poques sont bien diffĂ©rentes et, d’ailleurs, il y a plusieurs antiquitĂ©s. Au temps de Maillol, Ă  la charniĂšre des XIXe et XXe siĂšcles, la notion d’antique est bien renouvelĂ©e, en dehors du champ des Ă©tudes classiques des Ă©lites -oĂč l’artistique est souvent rabattu sur le littĂ©raire-, par le dĂ©veloppement de l’ethnographie, de l’anthropologie, des recherches sur les mythes et de l’archĂ©ologie. Dans le monde d’HomĂšre, la ruse, la mĂ©tis, s’incarnait dans le rusĂ© Ulysse qui savait mieux que d’autres donner le change. MĂ©tis et mĂ©tamorphose ont la mĂȘme racine Ă©tymologique, justement la capacitĂ© de changer, de mĂ©tamorphoser. L’AntiquitĂ© dont se saisit Maillol, il la mĂ©tamorphose. Bien loin d’un quelconque « retour Ă  l’ordre », l’Ɠuvre rusĂ©e de Maillol nous attire sous les habits de l’antique vers sa propre vision de l’art.

L’AntiquitĂ© de Maillol n’est pas celle de Bouchardon

Le rapport de Bouchardon et de l’époque des LumiĂšres (XVIIIe siĂšcle) Ă  l’antique, est la redĂ©couverte d’un style qu’il s’agit d’imiter ou, mieux, de s’approprier ; c’est affaire de spĂ©cialistes, d’érudits, d’antiquaires, d’artistes acadĂ©miques ; c’est culturel. Le rapport de Maillol Ă  l’antique au dĂ©but du XXe siĂšcle est l’affaire de toute une sociĂ©tĂ©, confrontĂ©e Ă  sa propre capacitĂ© Ă  donner du sens Ă  la vie ; l’artiste est Ă  l’écoute d’une civilisation rurale, voire paĂŻenne, qui a perdurĂ© de façon souterraine sous le fracas de la modernisation, de l’urbanisation, du machinisme industriel ou de la production en sĂ©rie, et qui aspire -au moment sans doute oĂč elle est menacĂ©e de disparaĂźtre-, Ă  montrer qu’elle a conservĂ© sa vitalitĂ© et sa possibilitĂ© d’éclairer le monde ; ce n’est plus culturel, c’est vital !

Autant l’art nĂ©o-classique avait une mission claire : installer l’art civique d’une sociĂ©tĂ© de citoyens oĂč le modĂšle Ă  suivre est celui d’une Ă©lite, celle des LumiĂšres ; autant le rapport Ă  l’antique de Maillol et de sa gĂ©nĂ©ration est trouble et complexe. Paul Gauguin, qui eut une grande rĂ©trospective posthume au Salon d’automne de 1906, Ă©tait allĂ© poursuivre un rĂȘve primitiviste d’abord en Bretagne puis jusqu’à Tahiti et aux Marquises dans son « atelier des Tropiques ». Les dĂ©buts de Maillol lui doivent tout : de ses terres cuites Ă  ses formes monolithiques qui rappellent Oviri (1894). Dans le « musĂ©e imaginaire » de la gĂ©nĂ©ration Ă  laquelle appartient Maillol, c’est-Ă -dire l’ensemble des images qu’elle a pu voir -dans les livres de photographies, dans les musĂ©es et les catalogues de vente-, la redĂ©couverte de la GrĂšce archaĂŻque, cycladique, mycĂ©nienne, dorienne, est concomitante de celle des grandes civilisations de l’Asie. L’exposition universelle de 1878 Ă  Paris a montrĂ© les masques et les idoles de Nouvelle CalĂ©donie. La mĂȘme annĂ©e, l’ouverture au palais du TrocadĂ©ro du MusĂ©um ethnographique des missions scientifiques va permettre aux artistes de considĂ©rer de vastes ensembles d’objets tribaux. En 1889, c’est l’exposition coloniale de Paris qui rĂ©vĂšle l’art khmer et l’art indien. On peut Ă©galement mentionner la grande exposition universelle de 1900 oĂč Maillol rĂ©cupĂ©ra certains moulages qui resteront dans son atelier et influenceront sa vision de l’art archaĂŻque.

Waldemar George a bien retracĂ© la dĂ©couverte de l’antiquitĂ© par Maillol :

« Maillol dĂ©couvre la GrĂšce avant d’entreprendre son mĂ©morable voyage Ă  Olympie, Ă  Delphes et Ă  AthĂšnes. Il l’entrevoit au Louvre, il en retrouve les traces en Catalogne, il la porte en lui. Son optique n’est ni celle de David ni celle de Canova ; pas plus qu’il n’est le descendant de l’art parthĂ©nonien, il ne met Ă  profit les plus rĂ©centes conquĂȘtes de l’archĂ©ologie comme Ingres le faisait, sinon dans le Bain turc du moins dans Romulus et dans la Stratonice

Chaque Ă©poque et chaque gĂ©nĂ©ration adopte devant l’AntiquitĂ© une nouvelle perspective. Pour un lycĂ©en, le grec est une langue morte et la GrĂšce appartient au passĂ©. Mais l’Hellade inspire encore Renoir quand il Ă©voque le jugement de PĂąris. Maillol est un Grec au mĂȘme titre que le sont MallarmĂ© quand il Ă©crit L’aprĂšs-midi d’un faune ce poĂšme que dansera, sur les rythmes brisĂ©s de Debussy, le Scythe Vaslas Nijinski, et ValĂ©ry, quand il compose Narcisse. Il est Ă©pris de texte mythologique, comme l’est Picasso qui ressuscite la blonde Nausicaa Ă©voluant sur les plages Ă©gĂ©ennes ou bien quand il retrace les Ă©bats des satyres et des nymphes.

Ceci dit, la question des sources-mĂšres de Maillol reste secondaire. Elle concerne les scoliastes. Il importe beaucoup plus d’envisager l’art du maĂźtre de L’ÉtĂ© tel qu’en lui-mĂȘme enfin 
 que de l’étudier dans ses rapports mĂ©diats ou immĂ©diats avec l’Inde et l’Égypte, la GrĂšce, le XVIe et le XVIIe siĂšcles. »3

C’est grĂące Ă  son ami et mĂ©cĂšne le comte Harry Kessler que Maillol visite le British Museum en 1904, puis se rend en GrĂšce du 25 avril au 3 juin 1908, avec le poĂšte Hugo von Hofmannsthal. Il remplit de notes et de dessins son carnet de voyage, et on comprend en le parcourant que pour lui, cette culture antique est vivante. Il dessine en mĂȘme temps les sculptures, les architectures antiques et les scĂšnes de la vie de tous les jours, les passants, les bergers, les femmes, les animaux. Les photographies prises pendant le voyage, les cartes postales envoyĂ©es en tĂ©moignent : les roches PhĂ©driades Ă  Delphes, massif splendide, et, Ă  cĂŽtĂ©, la fontaine Castalie oĂč Hofmannsthal boit. Tout cela forme un continuum avec son propre univers catalan. Maillol retrouve Banyuls dans l’Attique. Dans le vivant comme dans l’art, il admire ce que Johann Joachim Winckelmann aimait dĂ©jĂ  au XVIIIe siĂšcle dans la sculpture antique : « edle Einfalt und stille GrĂ¶ĂŸe » (« noble simplicitĂ© et calme grandeur »).

A dire vrai, Waldemar-George l’avait dĂ©jĂ  remarquĂ© : « Lorsqu’il dĂ©bute, Maillol se tourne, non vers l’art grec classique, mais vers l’art Ă©gyptien. » Maillol le dit clairement : au MusĂ©e ArchĂ©ologique de Delphes, «je regarde une belle statue imitĂ©e des Égyptiens et lĂ  je me sens remuĂ© profondĂ©ment – lĂ  la grandeur est Ă©vidente, l’ampleur des formes est d’un dieu – l’art a touchĂ© son but - » Bien plus tard, en 1944, il se remĂ©more en prĂ©sence d’Henri FrĂšre, poĂšte et ami de l’artiste, d’un autre Ă©pisode du voyage:

« Me trouvant Ă  AthĂšnes, il y a dĂ©jĂ  quelques annĂ©es, je dessinais au musĂ©e une statue que l’on nomme l’Apollon Ă  l’Omphalos; c’est une statue qui magnifie l’étude de la chair Ă  un point surprenant, par consĂ©quent loin dĂ©jĂ  de la grandeur et de la majestĂ© des Ɠuvres de Phidias. Mon dessin terminĂ©, je me retourne et me trouve en face d’une trĂšs grande statue primitive, une Ɠuvre dans le style Ă©gyptien, sĂ©vĂšre et grandiose. Enfin la statue d’un dieu ! J’ai compris combien cet art surpassait l’Apollon Ă  Omphalos 4 par son Ă©lĂ©vation spirituelle cette comparaison me fit rĂ©flĂ©chir profondĂ©ment et me laissa perplexe (
) J’ai compris que la sculpture c’était ça. Ou plutĂŽt que la sculpture Ă©tait faite pour ça. Pour produire une grande impression. »5

La GrĂšce que dĂ©couvrent les modernes comme Maillol est davantage la GrĂšce archaĂŻque qui engendra le courant primitiviste, que la GrĂšce classique, qu’imitĂšrent les courants nĂ©o-classiques -de Jean Goujon, qu’aimait Maillol, Ă  Coysevox et Ă  Bouchardon. C’est cette GrĂšce archaĂŻque que les fouilles des archĂ©ologues, en particulier des Anglais et des Allemands ont mise au goĂ»t

3 Ibidem, p.41.42.

1 Bertrand Lorquin et Jean Luc Daval, Fondation Dina Vierny, Musée Maillol : guide du visiteur Paris, Fondation Dina Vierny-Musée Maillol, 1995.

2 Waldemar-George, Maillol Paris, Arted Ă©ditions d’art, 1971, p.41.

4 Cette statue d’Apollon en marbre pentĂ©lique avait Ă©tĂ© trouvĂ©e Ă  AthĂšnes au théùtre de Dionysos. ƒuvre du IIe siĂšcle aprĂšs J.-C., elle Ă©tait la copie d’un original en bronze rĂ©alisĂ© vers 460-450 av. J.-C. par un sculpteur du style sĂ©vĂšre, peut-ĂȘtre Kalamis.

5 Henri Frùre, Conversations de Maillol, Paris, Somogy Edition d’art, 2016.

du jour. Ce n’est plus l’art classique que dĂ©fendit autrefois Adolf Von Hildebrandt, le rival de Rodin. Maillol tĂ©moigne d’un intĂ©rĂȘt pour la sculpture grecque primitive, celle qui subit le plus fortement la leçon de l’Égypte. Celle des Kouroi et des KorĂȘs dĂ©rivĂ©s de la statuaire Ă©gyptienne et des idoles cycladiques. Presque immobiles, esquissant Ă  peine le mouvement d’avancer une jambe, Ă  peine dĂ©gagĂ©e du reste du corps, du bloc.

Le sculpteur confesse Ă  Judith Cladel : « Pour mon goĂ»t il faut le moins de mouvement possible en sculpture. Il ne faut pas que ça chahute et que ça grimace et, dans le mouvement, on grimace facilement. Rodin lui-mĂȘme reste tranquille : le mouvement il le met dans le rendu de la musculature, mais l’ensemble est sobre et calme. Les statues Ă©gyptiennes, plus elles sont immobiles, plus il semble qu’elles vont remuer 
 Les sphinx, on s’attend Ă  les voir se lever. » On sait que cette quasi-immobilitĂ© d’une femme qui avance fascina les romanciers et les artistes, de Wilhelm Jensen (1837-1911) Ă  La Femme qui marche (1932) de Giacometti. Freud lut en 1906 l’ouvrage Gradiva, fantaisie pompĂ©ienne de Wilhelm Jensen, Ă©crivain de langue allemande, publiĂ© en 1903, et en rĂ©digea un commentaire publiĂ© en 1907 : « Le dĂ©lire et les rĂȘves dans la « Gradiva » de W. Jensen (Der Wahn und die TraĂŒme in W. Jensens « Gradiva »).

Le sculpteur aima Ă  s’inspirer des statues agenouillĂ©es d’Égypte, des statues-couples caractĂ©ristiques de la statuaire funĂ©raire. La Nuit (1908-1912) oppose au regard un bloc qui rappelle les sculptures-cubes de l’AntiquitĂ© Ă©gyptienne. MĂȘme quand Maillol reprĂ©sente une femme qui se penche, il dit : « Pour moi c’est une maison » 6. Le rapport de la sculpture Ă  l’architecture est Ă©vident : clartĂ©, parallĂ©lisme, gĂ©omĂ©trisme, formes simples telles que recommandĂ©es par Paul ValĂ©ry dans son Eupalinos ou l’Architecte (1921) 7. En revanche, quand il veut saisir toute l’impĂ©tuositĂ© du dĂ©sir, il bouscule la sculpture française classique si calme, si rĂ©glĂ©e sur Phidias pour lui donner le souffle Ă©pique du combat des Lapithes et des Centaures du fronton du temple d’Olympie qu’il admira en 1908. Tel est le haut-relief du DĂ©sir de 1907. La jambe de la femme repousse l’homme, oblitĂ©rant celle de l’assaillant. Les membres du couple affrontĂ© se saisissent, opposĂ©s au sein d’un mĂȘme schĂ©ma ordonnateur.

L’amour au bord des tombes

Au lendemain de la grande boucherie que fut la premiĂšre guerre mondiale, oĂč les enfants des campagnes peuplĂ©es des pays d’Europe furent fauchĂ©s, moissonnĂ©s par le canon, l’arme technique, la brutalitĂ© de l’acier, Maillol fut le sculpteur qui, dans des paysages naturels splendides, leur rendit hommage dans une alliance inusitĂ©e, sinon rĂ©fĂ©rĂ©e Ă  l’AntiquitĂ© et au monde paĂŻen, de la gravitas et de la voluptas. Les monuments aux morts de Maillol ne sont pas catholiques ; ils viennent d’ailleurs, des Gigantomachies, comme celle de Pergame ; ce hĂ©ros-lĂ , Ă  Banyuls-sur-Mer, aux muscles bandĂ©s, n’est pas mort, et les mĂšres et les fiancĂ©es des guerriers morts pour la patrie, Ă  Banyuls (1933) dissimulent avec dignitĂ© leur douleur dans des gestes rituels. C’est l’éternel Galate blessĂ© dĂ©clinĂ© par toute la statuaire antique qui resurgit sous le ciseau de Maillol. Si la confiance en la vie dans la mort reste peut-ĂȘtre encore chrĂ©tienne, son expression est Ă©gyptienne ou encore hellĂ©nique.

On pense Ă  cette lettre de Maillol adressĂ©e Ă  Maurice Denis en 1907 : « (
) J’ai vu hier Ă  Paris, une nouvelle salle Ă©gyptienne : quelle merveille ! quel art si beau ; quelle belle assurance dans la vie et confiance dans la mort - c’est le soleil ! » 8 La salle des plĂątres au musĂ©e Maillol Ă  Paris qu’on voit Ă  travers une vitre m’a souvent donnĂ© la mĂȘme impression ambivalente : le soleil d’une brusque remontĂ©e du temps passĂ©, pourtant devenu inaccessible. Maillol aimait le Doryphore (vers 440 av. J.-C.) de PolyclĂšte, dont l’historien de la sculpture grecque Claude Rolley disait : « le Doryphore ne marche pas ; il exprime la disponibilitĂ© pour tout mouvement, sans ĂȘtre en mouvement » 9

6 Dina Vierny, une vie pour l’art documentaire rĂ©alisĂ© par Alain Jaubert, Palette Production, France 3 Sud, avec la participation du CNC, ministĂšre de la Culture et de la Communication (DAP), 2006. Dina Vierny et Alain Jaubert, Histoire de ma vie racontĂ©e Ă  Alain Jaubert Paris : TĂ©moins de l’art Gallimard, 2009, p.73.

7 Paul ValĂ©ry, Eupalinos ou l’Architecte Paris, Gallimard, 1921.

8 Voir Maurice Denis, « Aristide Maillol », Les Cahiers d’aujourd’hui, Paris : G. CrĂšs, 1921.

9 Claude Rolley, La sculpture grecque : 2, La période classique, Paris, Picard, 1999.

Mais revenons aux monuments de Banyuls, d’Elne, de Port-Vendres, de CĂ©ret. Quelque chose de grec et de paĂŻen. Et l’alliance du bleu de la MĂ©diterranĂ©e et du noir du bronze, de la matitĂ© de la pierre. C’est en sculpture l’équivalent de la poĂ©sie de Paul-Jean Toulet, se promenant en 1915 en Arles au milieu des Alyscamps, des arbres, des tombes et des senteurs vitales :

« Dans Arle, oĂč sont les Aliscans, Quand l’ombre est rouge, sous les roses, Et clair le temps, Prends garde Ă  la douceur des choses, Lorsque tu sens battre sans cause Ton cƓur trop lourd

Et que se taisent les colombes : Parle tout bas si c’est d’amour, Au bord des tombes. » 10

En 1920, Paul ValĂ©ry semble s’en souvenir dans son poĂšme : « Le cimetiĂšre marin » dont on cite ici la premiĂšre strophe :

« Ce toit tranquille, oĂč marchent des colombes, Entre les pins palpite, entre les tombes ; Midi le juste y compose de feux

La mer, la mer, toujours recommencĂ©e Ô rĂ©compense aprĂšs une pensĂ©e

Qu’un long regard sur le calme des dieux ! »

Maillol, dont Gide loua la « beautĂ© silencieuse » des Ɠuvres, trop conscient de la fragilitĂ© de la vie -ce que Toulet appelait « la douceur des choses » -, refusa de rompre l’équilibre entre la gravitĂ© et la voluptĂ©. Comment sĂ©parer l’une de l’autre, sauf Ă  forcer le trait, Ă  devenir grossier, ou Ă  l’inverse, amer ou mĂ©lancolique ? L’harmonie 11, que recherchait ValĂ©ry mais aussi l’Italien Giorgio de Chirico, dans un court texte Ă©crit en français en 1913 titrĂ© « le sentiment de la prĂ©histoire », la prĂ©histoire Ă©tant en rĂ©alitĂ© pour lui la GrĂšce archaĂŻque.

Chirico va tenter de mixer, d’hybrider ces signes du passĂ© profond, largement mythifiĂ©s, avec les rĂ©alitĂ©s de son temps, de l’ñge moderne. Jusqu’au divorce inĂ©vitable et Ă  l’incohĂ©rence. Selon le surrĂ©aliste AndrĂ© Breton, qui admirait beaucoup ses peintures de cette Ă©poque, certaines d’avant la Grande Guerre qui introduisaient des canons et des ombres inquiĂ©tantes de statues Ă©questres de chefs de guerre et de militaires, Ă©taient des prĂ©monitions « rigides » et pleines de « terreur » de la guerre de 1914-1918. Il le dit ainsi dans une confĂ©rence sur l’ « esprit moderne » Ă  l’Ateneo de Barcelone en 1922.

Les compositions appelĂ©es « places d’Italie » du mĂȘme De Chirico confrontent l’hĂ©ritage antique ou renaissant -sous la forme de monuments, d’arcades, de palais, de statues d’Ariane- et la modernitĂ© machinique : locomotives, cheminĂ©es d’usine, camions de dĂ©mĂ©nagement, instruments divers, le tout mĂȘlĂ© dans une atmosphĂšre onirique dont on sent bien qu’elle ne peut avoir cours dans la rĂ©alitĂ© concrĂšte. C’est l’origine du surrĂ©alisme mais la source antique, magique, ne remonte pas par capillaritĂ© Ă  l’ñge moderne.

10 Paul-Jean Toulet, Romances sans musique, 1915.

11 Harmonie, ce maĂźtre-mot pour Maillol si justement mis en exergue dans Antoinette Lenormand-Romain, OphĂ©lie Ferlier-Bouat, Aristide Maillol 18611944, la quĂȘte de l’harmonie, catalogue de l’exposition, Paris, MusĂ©e d’Orsay, 12 avril au 21 aoĂ»t 2022, ZĂŒrich, Kunthaus, 7 octobre au 22 janvier 2023, Roubaix, La Piscine-MusĂ©e d’art et d’industrie AndrĂ© Diligent, 18 fĂ©vrier au 21 mai 2023, avec le partenariat exceptionnel de la Fondation Dina Vierny - MusĂ©e Maillol, Paris, Gallimard, 2022.

Oswald Spengler publie en allemand Le DĂ©clin de l’Occident (Der Untergang des Abendlandes) en 1918 (pour la premiĂšre partie) et 1922 (pour la seconde). Pour lui, ce qu’il appelle l’Occident, en rĂ©alitĂ© l’Europe, est passĂ© par trois grandes pĂ©riodes caractĂ©risĂ©es par des attitudes contrastĂ©es : apollinienne, puis magique et enfin l’attitude faustienne qui mena l’Europe technicienne et mĂ©canique Ă  la Grande Guerre et Ă  ce « dĂ©clin » qu’il dĂ©nonce.

A la recherche de l’Age d’or

Maillol est Ă  la recherche d’un monde qu’on est en train de perdre parce qu’on finit par ne plus le voir. Qu’on le perd de vue. Comme d’autres penseurs, Ă©crivains et artistes de sa gĂ©nĂ©ration, il a entendu ce cri : « Le Grand Pan est mort » repris par le fĂ©librige Joseph d’Arbaud, disciple de FrĂ©dĂ©ric Mistral, ami de Joachim Gasquet qui frĂ©quenta CĂ©zanne 12. Dans son roman La BĂȘte du VaccarĂšs publiĂ© en 1926, une Ă©trange crĂ©ature vit aux alentours de l’étang du VaccarĂšs en Camargue. PourchassĂ©e, elle subit les brutalitĂ©s des hommes et les violences de la civilisation moderne. Elle apparaĂźt de moins en moins, avant de disparaĂźtre Ă  la fin du roman dans une fondriĂšre, laissant Ă  sa place la simple souche couverte de boue et pourtant dessĂ©chĂ©e qu’elle Ă©tait devenue. Cette crĂ©ature, c’est Pan. Non plus le glorieux Pan de la mythologie, mais le dernier avatar, exsangue et dĂ©risoire, du maĂźtre de la vĂ©gĂ©tation et des amours. Pan qui meurt, c’est tout un rapport au corps, Ă  la nature, Ă  la fusion des corps et de la nature ; ce sont de grands rythmes millĂ©naires, ce sont des prophĂ©ties, des intuitions, une spiritualitĂ© et une proximitĂ© entre hommes, nature et bĂȘtes que l’animisme soutenait, qui disparaissent avec lui. Une Ɠuvre de Bouchardon, le Faune endormi (1726 /1730), pourrait ĂȘtre mise en parallĂšle avec la mort de la crĂ©ature mythologique. Elle n’est pas sans rapport avec l’érotisme de certaines sculptures de Maillol et avec ses sculptures renversĂ©es comme la RiviĂšre : l’alliance d’Éros et de Thanatos.

Dans les premiĂšres dĂ©cennies du XXe siĂšcle, le courant fĂ©librige en Provence, la passion de poĂštes, d’artistes, d’érudits locaux, d’acadĂ©mies et de sociĂ©tĂ©s savantes, en pays catalan et ailleurs, ont Ă©tudiĂ© folklore, langues et traditions. Mais l’ethnographie n’explore que « la beautĂ© du mort » (Michel de Certeau, 1970). Le rĂ©gionalisme aboutit Ă  « l’invention de la tradition » (Hobsbawm) et parfois mĂȘme Ă  de franches impostures comme la mythologie forgĂ©e de toutes piĂšces autour des gardians de Camargue. N’est-ce pas le « marquis » Folco de Baroncelli, ami de Mistral, qui mit en scĂšne dans son domaine un supposĂ© mode de vie plein d’honneur et de comportements chevaleresques ? Le tout en harmonie avec la nature, prĂšs des Saintes-Maries de la Mer, oĂč furent mĂȘme tournĂ©s des films qui anticipent les westerns des cowboys du Far West.

Mais l’art, quand il n’imite pas, peut seul faire naĂźtre le sentiment actuel de la beautĂ©, Ă©quivalent Ă  celui qu’en leur temps, certaines pĂ©riodes d’harmonie ont pu connaĂźtre. Autour de la MĂ©diterranĂ©e, le noucentisme espagnol avec Josep ClarĂ , ami de Maillol, le Novecento italien avec Carlo CarrĂ , le cĂ©zannisme et le postimpressionnisme des Signac et autres Cross ont repensĂ© l’Antique Ă  partir du prĂ©sent de la sensation, de la lumiĂšre et de la plĂ©nitude des formes se dĂ©tachant sur l’azur. C’est bien en effet un mĂȘme rĂȘve de fusion de la modernitĂ© et de l’ñge d’or de la communion supposĂ©e avec la nature qui anime CĂ©zanne que Maillol admira comme un maĂźtre, Henri-Edmond Cross, Paul Signac -qu’on pense Ă  son tableau Au temps d’harmonie rĂ©alisĂ© en 1895 Ă  Saint-Tropez, aujourd’hui Ă  l’hĂŽtel de ville de Montreuil-, ou encore Maurice Denis, l’ami de Maillol. Faire renaĂźtre sur les rives de la MĂ©diterranĂ©e, les scĂšnes de l’ñge d’or. A l’époque, l’harmonie Ă©tait recherchĂ©e dans l’avenir radieux que promettait l’anarchie, une idĂ©ologie Ă  laquelle Maillol jeune, Ă©pris de libertĂ© et mĂ©fiant avec le pouvoir d’état centralisateur, s’était laissĂ© gagner. AprĂšs le pointillisme de Luxe, calme et voluptĂ© (1904), Henri Matisse, dĂ©lĂ©gua dans son Ɠuvre Le bonheur de vivre (1906) Ă  quelques groupes de baigneurs qui semblaient sortis d’une peinture de CĂ©zanne et Ă  quelques troupeaux de chĂšvres dessinĂ©es Ă  la hĂąte, ce soin de revivre l’antique harmonie du monde. Puis ce fut son ami AndrĂ© Derain avec ses Baigneuses Mais ce primitivisme-lĂ  peina Ă  convaincre des publics citadins dĂ©jĂ  passĂ©s Ă  une autre perception de la modernitĂ©, faite d’insolites perspectives, de machines volantes, d’hĂ©lices d’avion, de transsibĂ©rien et de remorqueurs.

12 Joseph d’Arbaud, La BĂšstio dĂłu VacarĂ©s (La BĂȘte du VaccarĂšs) Paris, Grasset & Fasquelle, 1926.

Le premier numĂ©ro de la revue puriste créée par Le Corbusier, AmĂ©dĂ©e Ozenfant - auteur d’un vĂ©ritable best-seller en 1928, Artet Paul DermĂ©e, L’esprit Nouveau, paru en octobre 1920 affirmait : « Il y a un esprit nouveau. C’est un esprit de construction et de synthĂšse guidĂ© par une conception claire. Quoi qu’on en pense, il anime aujourd’hui la plus grande partie de l’activitĂ© humaine. » Le 1er janvier 1921, le numĂ©ro 10 de cette mĂȘme revue publie un article signĂ© par Le Corbusier-Saugnier et titrĂ© « Des yeux qui ne voient pas 
 III les autos ». On y lit : « Cette prĂ©cision, cette nettetĂ© d’exĂ©cution ne flatte pas qu’un sentiment nouveau, nĂ© de la mĂ©canique. Phidias sentait ainsi ; l’entablement du ParthĂ©non en tĂ©moigne. De mĂȘme les Égyptiens lorsqu’ils polissait les pyramides. C’était au temps oĂč Euclide et Pythagore dictaient la conduite de leurs contemporains. » Les tenants de l’art moderne ont en effet espĂ©rĂ© en une sorte de fusion de l’antique et de la modernitĂ©, espĂ©rant que la grĂące et la spiritualitĂ© de l’AntiquitĂ© pourraient imprĂ©gner l’époque moderne et adoucir les rigueurs et les brutalitĂ©s du machinisme et du monde moderne. Le titre de la revue Ă©tait d’ailleurs empruntĂ© Ă  une confĂ©rence qu’avait donnĂ©e Apollinaire en 1913. Le purisme, contemporain du futurisme, de dada et du surrĂ©alisme, proclamait que la clartĂ© de l’idĂ©e et de la forme rendait Ă©gaux l’artiste et l’ingĂ©nieur, les formes de l’art et celles de l’invention technique. On verra dans cette revue Le Corbusier comparer par exemple l’architecture du ParthĂ©non et le design (la construction) d’une automobile moderne, alors que Marinetti avait en 1909 proclamĂ© dans le Manifeste du Futurisme (1909), on le sait, la supĂ©rioritĂ© d’une automobile « jetĂ©e Ă  pleine vitesse sur l’asphalte » sur la VĂ©nus de Milo.

Pas de voiture, pas de machine dans l’art de Maillol, mais le calcul, l’harmonie, le sens de la proportion associĂ©s Ă  la conviction humaniste que prĂ©sentent les corps modelĂ©s, galbĂ©s, attirants : « Je cherche l’architecture et les volumes. La sculpture c’est de l’architecture, l’équilibre de masses, une composition avec du goĂ»t. Cet aspect architectural est difficile Ă  atteindre. Je tĂąche de l’obtenir comme l’a fait PolyclĂšte. Je pars toujours d’une figure gĂ©omĂ©trique, carrĂ©, losange, triangle, parce que ce sont ces figures qui tiennent le mieux dans l’espace. » 13

En 1975, Thomas Messer voyait Maillol « en contradiction avec les modes archaĂŻques d’origine africaine et exotique qui dominent notre Ă©poque depuis que Picasso a créé les Demoiselles d’Avignon »14. C’est compter sans l’influence de l’art asiatique sur Maillol, marquĂ©, comme Modigliani, par l’art d’ExtrĂȘme-Orient. Parmi les moulages prĂ©sentĂ©s Ă  l’Exposition universelle de Paris en 1900 qu’il avait rĂ©cupĂ©rĂ©s, comme nous l’avons dĂ©jĂ  dit -et qu’on voit sur les murs de l’atelier dans de nombreuses photographies, un relief montre un couple divin bouddhique dans une scĂšne d’amour oĂč la femme-danseuse est totalement renversĂ©e en arriĂšre, sa tĂȘte venant pratiquement toucher le sol. Elle inspire une eau-forte de dĂ©cembre 1926 titrĂ©e « Bacchante » 15. Un autre relief reprĂ©sente Çiva. Le sculpteur avait dit Ă  Judith Cladel : « Les sculpteurs hindous ont fait des statues avec dix bras, mais ces statues ne sont pas agitĂ©es » 16. Par ailleurs, le 8 novembre 1910, Maillol disait au comte Kessler Ă  propos du dos de la pierre de MĂ©diterranĂ©e : « Cette forme-lĂ  est neuve, les Grecs n’ont jamais fait ça, cette forme ronde qui se rapproche de l’art oriental, des Japonais. »17

Giovanni Lista a pu Ă©crire rĂ©cemment dans La sculpture moderne du primitivisme aux avant-gardes (2018) 18: « Le nĂ©oclassicisme est reprĂ©sentĂ© par Aristide Maillol qui utilise le nu fĂ©minin comme un signe autosuffisant et autonome, dĂ©pourvu de toute narration ou contenu symbolique. Admirateur de Puvis de Chavannes, il en reprend l’approche visant un art d’harmonie, de sĂ©rĂ©nitĂ© et de silence. Ses statues, telles LĂ©da (1902), MĂ©diterranĂ©e (1905) ou Flora (1911), sont un ensemble de formes pleines lisses et Ă©purĂ©es, qui s’enchaĂźnent et se suivent en continu pour crĂ©er une figure dĂ©sindividualisĂ©e et intemporelle.

13 Judith Cladel, Maillol, sa vie, son Ɠuvre, ses idĂ©es, Paris, Bernard Grasset, 1937

14 Thomas Messer, « Preface », in cat .exp. Alfred H.Barr, Jr (ed), Masters of Modern Art, New York, MoMA, 1975, p. 5.

15 Marcel GuĂ©rin, Catalogue raisonnĂ© de l’Ɠuvre gravĂ© et lithographiĂ© de Aristide Maillol Tome 2, Les lithographies Les eaux-fortes, GenĂšve, Éditions Pierre Cailler, 1967, n°325.

16 Judith Cladel, op.cit., p.218

17 CitĂ© par OphĂ©lie Ferlier-Bouat, « La Nuit », Aristide Maillol (1861-1944), La quĂȘte de l’harmonie Paris, MusĂ©e d’Orsay, Gallimard, p.158.

18 Giovanni Lista, La sculpture moderne du primitivisme aux avant-gardes, Paris, Editions Ligéia, 2018, p.57.

Le nĂ©oclassicisme historique du XVIIe siĂšcle avait sublimĂ© la chair en vidant de substance le modĂšle antique. Maillol rĂ©ussit Ă  rĂ©introduire une plĂ©nitude charnelle tout en restant Ă  l’intĂ©rieur des paramĂštres de l’art de la GrĂšce classique. »

Si l’on ne peut qu’ĂȘtre d’accord avec ce que l’historien d’art italien Ă©crit de la « plĂ©nitude charnelle » rĂ©introduite par Maillol, alors que le nĂ©o-classicisme Ă©tait restĂ© purement idĂ©aliste, on doit en revanche rĂ©affirmer que le sculpteur ne se rĂ©clame pas de la GrĂšce classique -n’est donc pas nĂ©oclassique-, mais bien davantage, comme nous l’avons dit, de la GrĂšce archaĂŻque, trĂšs proche de ses sources primitives Ă©gyptiennes, de ses formes qui tiennent l’équilibre entre l’immobilitĂ© architecturale et la suggestion du mouvement, entre l’apparence humaine et la force divine, la gravitas et la voluptas. C’est en cela qu’en sculpture, il se distingue des « modernes nĂ©o-classiques » Charles Despiau, Robert WlĂ©rick, Jane Poupelet, Louis-EugĂšne Dejean ou Henry Arnold.

Maillol a su rĂ©inventer la sculpture. DĂšs 1931, l’historien et philosophe Carl Einstein Ă©crit : « Il possĂšde la rare qualitĂ© de travailler sans relĂąche la forme de façon tactile dans un geste de fluiditĂ© dense, tenant partout compte de la forme cubique d’ensemble. » Par ce geste de fluiditĂ© dense, Maillol opĂšre le passage de tĂ©moin entre la sculpture des Myron, PolyclĂšte et autres Scopas et notre modernitĂ©. Rodin n’est que fluide, Medardo Rosso, Lehmbruck Ă©galement ; Despiau, Bourdelle recherchent la densitĂ©. L’Ɠuvre de Maillol seule a cette « fluiditĂ© dense », vitale, que l’historien de la sculpture britannique Herbert Read ressentait en ces termes en 1956 : « Un torse de Maillol est une rĂ©alitĂ© palpable : nous pouvons l’apprĂ©hender visuellement, mais l’Ɠil n’est pas flattĂ©, n’est pas flatteur. Les formes sont exprimĂ©es Ă  partir d’une profondeur vitale, et nos sensations, si nous en prenons conscience, sont des sensations de poussĂ©e, de poids, d’existence solide. »19

Thierry DufrĂȘne

19 Herbert

of

Washington,

by Maillol is a palpable reality: we may apprehend it visually, but the eye is not pandered to, is not flattered. The forms are expressed from a vital depth, and our sensations, if we become aware of them, are sensations of thrust, of weight, of solid existence.” (notre traduction).

Read, The Art of Sculpture, The A.W.Mellon Lectures in the Fine Arts, 1954, National Gallery
Art,
Bollingen Series XXXV.3, Princeton University Press, 1956, p.87. “A torso

Index

TORSE D’APHRODITE

Romain, Ier-IIe siĂšcle ap. J.-C. Marbre

H. : 51 cm. – L. : 36 cm. – P. : 19 cm.

Provenance :

Ancienne collection europĂ©enne depuis le XVIIIe siĂšcle, d’aprĂšs les techniques de restauration.

Ancienne collection privée new-yorkaise depuis les années 1970. Puis dans une collection belge depuis 2018.

TÊTE D’HOMME CASQUÉ

Romain, Ier-IIe siĂšcle ap. J.-C. Marbre

H. : 48,5 cm. – L. : 20 cm. – P. : 20 cm.

Provenance :

Ancienne collection privée française, Lyon.

Ancienne collection du Dr. Rebatel (1845-1905), Lyon. Puis par descendance.

FRAGMENT DE VÉNUS

Romain, Ier-IIe siĂšcle ap. J.-C. Marbre

H. : 38 cm. – L. : 20 cm. – P. : 15 cm.

Provenance :

Ancienne collection anglaise, acquis à la fin des années 1980.

TORSE DE VÉNUS

Romain, vers le IIe siĂšcle ap. J.-C. Marbre

H. : 30,5 cm. – L. 16 cm. – P. : 9 cm.

Provenance :

Ancienne collection europĂ©enne depuis les annĂ©es 1940 d’aprĂšs les techniques de soclage. Ancienne collection privĂ©e, issu d’une succession et prĂ©sentĂ© dans une maison de style gĂ©orgien situĂ©e Ă  The Paragon, Bath.

FEMME DRAPÉE

Romain, IIe siĂšcle ap. J.-C. Marbre

H. : 158 cm. – L. : 60,5 cm. – P. : 41 cm.

Provenance :

Ancienne collection europĂ©enne depuis le XVIIIe siĂšcle d’aprĂšs les techniques de restauration.

Ancienne collection du marchand d’art François Antonovitch. Dans sa collection dĂšs les annĂ©es 1980 d’aprĂšs les tĂ©moignages.

TORSE DE VÉNUS

Grec, Hellénistique, IIe-Ier siÚcle av. J.-C. Marbre

H. : 25,5 cm. – L. : 9,5 cm. – P. : 8,5 cm.

Provenance :

Ancienne collection privĂ©e amĂ©ricaine, New-York, depuis les annĂ©es 1940 d’aprĂšs les techniques de soclage.

Ancienne collection privée américaine, New York, acheté dans les années 1990.

TÊTE D’ATHÉNA

Romain, Ier siĂšcle av. J.-C Ier siĂšcle ap. J.-C.

Marbre

H. : 31 cm. – L. : 20 cm. – P. : 18 cm.

Provenance :

Dans une collection europĂ©enne depuis le XVIIIe siĂšcle d’aprĂšs les techniques de restauration.

Puis dans une collection privée anglaise depuis les années 1970 ou 1980.

Transmis par descendance au sein de la mĂȘme famille.

FRAGMENT DE JAMBES DRAPÉES

Romain, Ier-IIe siĂšcle ap. J.-C.

Marbre

H. : 59 cm. – L. : 60 cm. – P. : 36 cm.

Provenance :

Ancienne collection privée française avant 2000.

FRAGMENT D’UNE MAIN AVEC UNE LANCE

Romain, IIe-IIIe siĂšcle ap. J.-C.

Marbre

H. : 10 cm. – L. : 9 cm. – P. : 6 cm.

Provenance :

Ancienne collection privée anglaise, probablement acheté dans les années 1990.

MAIN GAUCHE

Romain, IIe-IIIe siĂšcle ap. J.-C.

Marbre

H. : 29 cm. – L. : 12 cm. – P. : 8 cm.

Provenance :

Ancienne collection privée parisienne de la rue du Faubourg Saint Honoré, puis par succession dans les années 1990.

CLIPEUS AVEC LE PORTRAIT D’UN JEUNE HOMME

Romain, vers le IIe siĂšcle ap. J.-C.

Marbre

H. : 56 cm. – L. : 55 cm. – P. : 10 cm.

Provenance :

Ancienne collection privée de David Sylvester (1924-2001), Londres.

Vendu chez Sotheby’s, Londres, « The Property of David Sylvester Esq., C.B.E ; Antiquities », 10 juillet 1990, lot 271.

Puis dans une collection privée anglaise, 1990-2014.

Avec Ariadne Galleries, New York et Londres, acquis au précédent.

Puis dans une collection privée américaine depuis 2016.

STATUE D’UN JEUNE SATYRE

Romain, Ier-IIe siĂšcle ap. J.-C.

Marbre

H. : 111 cm. – L. : 45 cm. – P. : 28 cm.

Provenance :

Ancienne collection privĂ©e europĂ©enne du XVIIIe-XIXe siĂšcle d’aprĂšs les techniques de restauration.

Vendu chez Sotheby’s, New York, « Antiquities », 17 DĂ©cembre 1996, lot 91.

Sur le marchĂ© de l’art londonien.

Vendu chez Christie’s, New York, « Antiquities», 10 DĂ©cembre 2004, lot 588.

Ancienne collection privĂ©e new-yorkaise d’un antiquaire, acquis Ă  la vente prĂ©cĂ©dente.

CHAPITEAU CORINTHIEN

Romain, Ier-IIe siĂšcle ap. J.-C. Marbre

H. : 49 cm. – L : 50 cm. – P. 50 cm.

Provenance :

Ancienne collection privĂ©e, Suffolk, jusqu’en 2023.

PANTHÈRE ASSISE

Romain, milieu du IIe siùcle ap. J.-C., rùgne de l’empereur Hadrien (117-138)

Marbre Bigio Antico

H. : 42 cm. – L. : 23 cm. – P. : 35 cm.

Pattes avant, base et oreilles restaurées au XVIIIe siÚcle

Provenance :

Ancienne collection privée du conte Xavier Branicki (1816-1879), Chùteau de Montrésor, France.

Dans la mĂȘme famille depuis le dĂ©but du XIXe siĂšcle.

FRAGMENT DE JAMBE GAUCHE

Travail italien, XVIIe siĂšcle

Marbre

H. : 75 cm. – L. : 51 cm. – P. : 31,5 cm.

Restauration d’une station ancienne

Provenance :

Ancienne collection française du Sud de la France depuis les années 1960. Vendu par la galerie Ginac, 28 rue Ségurane, Nice, en 1999.

Ancienne collection privée de Mme V. T., dans sa résidence parisienne du 8Úme arrondissement, acquis au précédent.

SATUE ASSISE D’INEFER

Égyptien, Basse Ă©poque, XXVe-XXVIe dynastie Granite d’Assouan

H. : 32 cm. – L. : 25,5 cm. – P. : 11 cm.

Provenance :

Ancienne collection privĂ©e de Maurice Nahman (1868-1948), Le Caire. Vendu Ă  l’HĂŽtel Drouot, Paris, Collection Maurice Nahman, 26-27 fĂ©vrier 1953, lot 41. Acquis par Marguerite Bordet (1909-2014), artiste plasticienne, Ă  la fin des annĂ©es 1990. Puis dans une collection privĂ©e parisienne Ă  partir de 1999.

TORSE DE JEUNE HOMME

Romain, vers le Ier siĂšcle av. J.-C. Marbre

H. : 92,5 cm. – L : 40 cm. – P. 25 cm.

Provenance :

Ancienne collection privée de Don Rodolfo Boncompagni Ludovisi (1832-1911), Villa Ludovisi, Rome.

Acquis en 1897 par le Baron Léon de Somzée (1837-1901), Bruxelles.

Vendu par J.Fievez « Collections de SomzĂ©e », Bruxelles, 24 mai 1904, lot 24. Acquis par le marchand d’art belge RenĂ© Withofs (1919-1997), puis par descendance. Ancienne collection privĂ©e de 1998 Ă  2025.

TORSE MASCULIN

Romain, Ier-IIe siĂšcle ap. J.-C.

Marbre

H. : 87,6 cm. – L. 70 cm. – P. : 42 cm.

Provenance :

Ancienne collection europĂ©enne depuis le XVIIIe siĂšcle d’aprĂšs les techniques de restauration.

Acquis par la Merrin Gallery, New York, en 1989. Puis vendu chez Christie’s New York le 9 dĂ©cembre 2008, lot 150 Puis dans une collection privĂ©e jusqu’en 2025.

TORSE DE DIONYSOS

Romain, Ier-IIe siĂšcle ap. J.-C.

Marbre

H. : 55 cm. – L. : 42 cm. – P. 20 cm.

Provenance :

Ancienne collection privée parisienne de M. W., acquis dans les années 1990 et exposé dans sa maison au Touquet.

FRAGMENT D’UNE STATUE D’HERMAPHRODITE

Romain, Ier-IIe siĂšcle ap. J.-C.

Marbre

H. : 33 cm. – L. : 35 cm. – P. : 33 cm.

Provenance :

Ancienne collection privĂ©e d’Alain Peyrefitte (1925-1999).

Puis ancienne collection de Françoise Sagan, (1935-2004), donnĂ© par elle-mĂȘme Ă  Mr. X, Paris.

Vendu Ă  Drouot le 13 dĂ©cembre 2019, lot 157. Puis collection privĂ©e anglaise jusqu’en 2025.

ARISTIDE MAILLOL

Torse de l’Île de France ou Jeune fille marchant dans l’eau, 1922

Bronze

H. : 120 cm. – L. : 56 cm. – P. 40 cm.

ARISTIDE MAILLOL

TĂȘte de l’Harmonie (Dina), 1943

Bronze

H. : 25,5 cm. – L. : 20 cm. – P. 20 cm.

ARISTIDE MAILLOL

Nymphe sans bras, 1930

Bronze

H. : 156 cm. – L. : 62 cm. – P. : 46 cm.

ARISTIDE MAILLOL

Petite Nymphe drapée, 1936

Bronze

H. : 29 cm.

ARISTIDE MAILLOL

Baigneuse à la draperie ou Baigneuse drapée ou La Seine (1er état), 1921

Bronze

H. : 179 cm. – L. : 67 cm. – P. : 43 cm.

ARISTIDE MAILLOL

Étude pour le monument Ă  Paul CĂ©zanne (torse), 1912

Bronze

H. : 14 cm. – L. : 15,5 cm. – P. : 5 cm.

ARISTIDE MAILLOL

Jeune femme ou Torse de femme ou Petit nu, vers 1896

Bronze

H. : 28 cm. – L. : 7,5 cm. – P. : 5,8 cm.

ARISTIDE MAILLOL

Les mains, 1930

Bronze

H. : 15 cm. – L. : 9 cm. – P. : 4 cm.

ARISTIDE MAILLOL

La main, 1938

Bronze

:

ARISTIDE MAILLOL

Femme accroupie, 1911

Bronze

ARISTIDE MAILLOL

Flore drapée (avec guirlande de fleurs), 1909

Bronze

ARISTIDE MAILLOL

Jeune fille allongée, 1921

Plomb

ARISTIDE MAILLOL

Torse d’une nymphe, 1931

Bronze

H. : 131 cm.

ARISTIDE MAILLOL

Le jeune homme, 1930

Bronze

H. : 32 cm. – L. 10,5 cm. – P. : 7 cm.

ARISTIDE MAILLOL

Le Couple ou L’homme et la femme, 1896

Bronze

H. : 17 cm. – L. : 16 cm. – P. : 8,5 cm.

Commissaire d’exposition

Simon Porte Jacquemus

Direction artistique et production

Duan Zhang de CourrĂšges, Romain Cluzel, Sophie Pinet, Guillaume Semerciyan et Emma de Villemandy

Ollivier, Adrien et Gladys Chenel

Alexandre et Pierre Lorquin

Galeries participantes

Galerie Chenel et Galerie Dina Vierny

Graphisme

Adrien Chenel et Alexandra Baltas

Textes

Carole Blumenfeld et Thierry DufrĂȘne

Photographies

Adrien Chenel

Lieu d’exposition

CollĂšge des Bernardins

Marie Aristide

Imprimé par Burlet Graphics

Aucune partie de cette publication ne peut ĂȘtre transmise sous quelque forme ou par quelque moyen que ce soit, Ă©lectronique ou mĂ©canique, y compris la photocopie, l’enregistrement ou tout systĂšme de stockage ou de recherche, sans l’autorisation prĂ©alable des dĂ©tenteurs des droits d’auteur et des Ă©diteurs.

Publié en novembre 2025

Edition de 1000 exemplaires.

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