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A Lâorigine du monde de Courbet, correspond, symĂ©triquement, une fin. Ou plutĂŽt un envers du monde. Le Couple (1896) de Maillol nâunit pas seulement la nymphe et le satyre. Il rĂȘve de LâHermaphrodite, de lâenvers du Genre -dans le creux du lit. Sur la table de chevet, il y a LâAmant de Lady Chatterley (1928) de D.H.Lawrence, un chef-dâoeuvre de la littĂ©rature Ă©rotique.
LâAmour lapidaire dâenfants de la Gallia Narbonensis
Comme un tableau dâHubert RobertâŠ
Sous un soleil dâhiver, par un jour de grand mistral, la Provence se fait farouche, presque rĂ©tive aux hommes, livrĂ©e aux caprices de ses Ă©lĂ©ments. Les ramures ploient, les branchages sâenvolent en spirales effrĂ©nĂ©es ; nous cheminons, luttant contre les rafales, dans un lacis de bourrasques hurlantes. Sur la rose des vents mĂ©diterranĂ©enne, le mistral occupe sa place souveraine : vent du nord-ouest, il tranche lâair comme une lame, emportant avec lui le silence et la poussiĂšre. Il a sa musique propre, sĂšche et sifflante ; il a aussi sa palette de couleurs. Le ciel, lavĂ© de toute brume, sâembrase dâune clartĂ© cristalline ; le soleil verse sur la terre une lumiĂšre dâalbĂątre, vive.
Au dĂ©tour dâune ruelle, soudain, le cĆur se serre : voici que se dresse, dans sa gloire silencieuse, lâĂ©pure souveraine de lâamphithéùtre dâArles, temple vouĂ© au soleil et au vent, la majestĂ© des ArĂšnes de NĂźmes, le gigantisme presque sacrĂ© du théùtre antique dâOrange, qui semble dĂ©fier les siĂšcles, surgi dans la lumiĂšre comme un songe de pierre. Ces instants de grĂące sont comme des Ă©piphanies du temps â le temps figĂ© dans la pierre, la pierre victorieuse du vent et des Ăąges. Devant ces colosses patinĂ©s de soleil, nous Ă©prouvons lâhumilitĂ© de notre passage, la petitesse de ce que nous sommes. Car la pierre, toujours, garde mĂ©moire de la chaleur, du souffle, du pas des hommes. Quoi de plus enivrant, alors, que de poser la main sur ces antiques gorgĂ©s de lumiĂšre blanche â ces pierres chauffĂ©es au vif soleil, qui semblent palpiter encore du feu des anciens ? La Provence entiĂšre paraĂźt alors bruire dâune langue de vent et de feu, dâun parler ancien oĂč le mot soulĂšu sâunit au pĂširo, et oĂč le monde tout entier se rĂ©sume Ă cette clartĂ© sans ombre, Ă cette chaleur qui dure au-delĂ des siĂšcles.
Cette prĂ©sence tellurique de lâAntique trouve un Ă©cho inattendu au Couvent des Bernardins, oĂč Simon Porte Jacquemus fait dialoguer, sous la voĂ»te cistercienne, les Antiques romains des Chenel et les formes voluptueuses des sculptures de Maillol, rĂ©unis par les Lorquin. Ces passionnĂ©s de marbre partagent, sans lâexpliciter, une mĂȘme origine : cette Gallia Narbonensis dont la pierre, nourrie de lumiĂšre, fut leur premier langage. LâesthĂ©tique mĂ©ridionale, dans Mythes, ne relĂšve pas dâune imitation Ă©rudite des Anciens, mais dâune intĂ©riorisation sensuelle et instinctive de la romanitĂ©, transmise par la pierre mĂȘme de la Provence. Ă travers une suite de « tableaux » de liturgie du quotidien, lâexposition met en lumiĂšre lâaisance et la sensualitĂ© des pierres, le caractĂšre minĂ©ral de lâimaginaire et du goĂ»t des formes, un dialogue entre lâĂ©ternel et lâordinaire. Or ce théùtre des jours des Provençaux, semblable aux ruines habitĂ©es dâHubert Robert oĂč lâhomme et la pierre se rĂ©pondent dans une mĂȘme mĂ©lancolie lumineuse, invite Ă une rĂ©flexion plus vaste sur le caractĂšre unique du lien des Ă©lus qui frĂŽlent depuis leur plus jeune Ăąge les Antiques de la Gallia Narbonensis.
La richesse de lâ« hĂ©ritage » latin de la Provence ne rĂ©side pas dans la capacitĂ© dâimiter des modĂšles imaginĂ©s par les Grecs ou les Romains, mais bien cette extraordinaire connivence organique que, depuis le XIXe siĂšcle, les enfants de cette terre romanisĂ©e du Midi entretiennent avec la pierre antique. Maillol, sâil crut trouver en GrĂšce les clĂ©s de son art, ne fit que reconnaĂźtre au loin ce quâil portait en lui : la mĂ©moire charnelle dâun sol romanisĂ©. Quant Ă lâesthĂ©tique des Chenel, union instinctive du marbre et de la cĂ©ramique, elle prolonge, Ă sa maniĂšre, cette fidĂ©litĂ© Ă la romanitĂ© â moins comme un modĂšle Ă imiter quâune substance vive, transmise par la matiĂšre mĂȘme.
La Salle Ă manger de Louis XVI et de Marie-Antoinette
Cette essence latine de la Provence ne se donne pourtant pas pour une Ă©vidence : il fallut quâun autre rĂ©vĂ©lĂąt, quâun regard Ă©tranger ouvrĂźt les yeux des Provençaux⊠Heureusement, ce ne fut point lâun des nĂŽtres : nous savons quel tribut CĂ©zanne dut payer Ă cette clairvoyance solitaire. Aujourdâhui, nous nous rengorgeons de la Sainte-Victoire, emblĂšme devenu totem, sans
toujours songer quâavant ces cĂ©lĂ©brations tardives, avant cette ferveur rĂ©trospective, les Aixois, sans le confesser, nourrissaient Ă son Ă©gard un sentiment obscur â un mĂ©lange dâincomprĂ©hension, de gĂȘne et dâirritation muette. CâĂ©tait comme si le peintre, en livrant sa montagne Ă la lumiĂšre, eĂ»t voulu partager son triomphe avec dâautres, alors quâil ne dĂ©sirait, au fond, que notre reconnaissance. Il attendait de nous ce simple acquiescement du regard, cette approbation silencieuse quâaccorde parfois une patrie Ă lâun des siens â mais la Provence, aveugle encore Ă sa propre splendeur, la lui refusa. La fiertĂ© des Antiques provençaux connut une destinĂ©e analogue.
En 1786, la Direction des BĂątiments du Roi commande Ă Hubert Robert quatre grands tableaux illustrant « Les AntiquitĂ©s de la France » pour la salle Ă manger des petits appartements du Roi au chĂąteau de Fontainebleau. Au Salon de 1787, le peintre expose donc : LâArc de Triomphe et lâamphithéùtre de la ville dâOrange, Le Pont du Gard, La Maison carrĂ©e, les arĂšnes et la tour Magne de NĂźmes ainsi que LâIntĂ©rieur du Temple de Diane Ă NĂźmes (Paris, musĂ©e du Louvre).
Les AntiquitĂ©s de la France dâHubert Robert constituent en rĂ©alitĂ© une recomposition libre et inspirĂ©e, un projet empreint dâespĂ©rance. DĂšs le Salon de 1785, il avait exposĂ© une toile dĂ©crite, dans le livret du Salon, comme appartenant au futur Paul Ier de Russie et reprĂ©sentant «La RĂ©union des plus cĂ©lĂšbres Monuments antiques de la France, tels que les ArĂšnes & la Maison quarrĂ©e (sic) de NĂźmes, le pont du Gar (sic), lâArc de Triomphe & le Monument de Saint-RĂ©my, & un autre Arc de Triomphe dâOrange » (Pavlovsk, Palais de Pavlovsk). Et au Salon de 1787, nul ne perçut que LâArc de Triomphe et lâamphithéùtre de la ville dâOrange et La Maison carrĂ©e relevaient du caprice architectural, rĂ©unissant en un mĂȘme cadre des monuments Ă©loignĂ©s les uns des autres. LâAmi des artistes affirmait que : « Tous les voyageurs ont rendu justice Ă lâexactitude & Ă la vĂ©ritĂ© de ces monuments ; lâArtiste ne paroĂźt (sic) avoir rien nĂ©gligĂ© pour rendre leurs effets plus sensibles. Un des plus nobles emplois de la peinture, câest de chercher Ă fausser des mains du tems (sic), ces ouvrages qui servent Ă nous faire connoĂźtre (sic) le gĂ©nie des Anciens, & Ă nous apprendre Ă les imiter. »
Plus circonspect, le critique des Inscriptions pour mettre au bas de diffĂ©rens (sic) tableaux feignait de sâinterroger :
« A-t-on représenté ce temple de Diane
Tel quâil fut autrefois ou quâil est aujourdâhui ?
Que le peintre le dise, on sâen rapporte Ă lui, Et lĂ -dessus, plus de chicane »
Hubert Robert prit bien de singuliĂšres libertĂ©s avec lâĂ©tat rĂ©el des ruines ; mais nâest-ce point la force dâune imagination vive et pĂ©tulante que dâopĂ©rer des miracles ?
Préserver sans effacer, sanctifier sans muséifier
DĂšs la visite de François Ier Ă NĂźmes, en 1533, les vestiges firent lâobjet dâune attention particuliĂšre et certains furent illustrĂ©s dans un ouvrage publiĂ© en 1559 par Jean Poldo dâAlbenas. Pourtant, EleuthĂ©rophile Millin â Aubin Louis Millin de Grandmaison âconte, au dĂ©but du XIXe siĂšcle, une histoire dâappropriation Ă la fois inquiĂ©tante et romanesque :
1 Inscriptions pour mettre au bas de différens tableaux exposés au Salon du Louvre en 1787, Paris, BibliothÚque Nationale de France, Collection Deloynes, XV, 387, p. 601 (p. 9)
« Vers le XIe ou le XIIe siĂšcle, on fit de ce temple un hĂŽtel de ville ; et pour cette destination, on y plaça une cheminĂ©e, on y ouvrit des croisĂ©es, on mura le vestibule, on abattit le perron. Un particulier lâobtint en Ă©change, et y adossa une petite maison. Cet Ă©difice passa ensuite Ă une famille qui en fit une Ă©curie.
En 1670, il Ă©chut aux Augustins, qui obtinrent de Colbert des fonds pour en faire une Ă©glise, Ă condition que le monument antique seroit rebĂąti soigneusement et rendu Ă sa premiĂšre forme cependant ils bĂątirent dans l'intĂ©rieur une Ă©glise, qui, heureusement, Ă©toit isolĂ©e. Colbert auroit exĂ©cutĂ© le projet de faire transporter cet Ă©difice Ă Paris, s les artistes qu'il envoya avoient jugĂ© que cela pĂ»t s'exĂ©cuter sans compromettre lâexistence du bĂątiment. »2
Dans son Voyage dans les départemens (sic) du Midi de la France, Millin livre une méditation dont la justesse pourrait encore instruire les esprits du présent :
« On a tort de vouloir restaurer ainsi les Ă©difices antiques ; la marque que leur imprime le temps par ses outrages plaĂźt Ă lâimagination, et lâon ne doit pas lâeffacer : mais il faut tout faire pour empĂȘcher leur dĂ©gradation et leur ruine ; et il est impossible de sâimaginer comment on peut laisser de pareils chefs-dâĆuvre exposĂ©s aux insultes de la barbarie et de lâignorance. [...] Au lieu de cela, la partie opposĂ©e Ă la façade est si couverte dâordures, quâon croiroit que ce temple a Ă©tĂ© consacrĂ© Ă la dĂ©esse des cloaques ; une nuĂ©e dâenfans inonde le portique et les cĂŽtĂ©s ; la pointe acĂ©rĂ©e de la toupie perce de mille trous les belles dalles de pierre ; le sabot y trace une infinitĂ© de cercles : des polissons grimpent sur les colonnes pour avoir des nids ; dâautres assiĂšgent leurs magnifiques chapiteaux Ă coups de pierre, pour en faire partir les oiseaux, ou pour atteindre quelque ornement quâils ont dĂ©signĂ© comme le but oĂč vise leur adresse. Avec quel plaisir je me serois armĂ© dâun fouet pour chasser cette canaille dĂ©vastatrice! Mais dâautres bandes auroient succĂ©dĂ© Ă celles-ci ; et cette attaque nâeĂ»t fait quâexciter leur rage contre un chef-dâĆuvre que le temps semble vouloir respecter, malgrĂ© tout ce que les hommes font chaque jour pour le dĂ©truire. »
LâĂ©rudit Millin sâindigne de la nĂ©gligence des hommes et du sort rĂ©servĂ© aux tĂ©moins de lâAntiquitĂ©, il dĂ©nonce la barbarie des temps modernes, qui profane. Son regard, pĂ©tri dâun zĂšle moral, confĂšre aux ruines la gravitĂ© dâun memento, dâune responsabilitĂ© collective envers la beautĂ© ancienne. Ă cette vigilance courroucĂ©e de lâĂ©rudit qui perçoit souillure et dĂ©gradation rĂ©pond, chez lâartiste, la tendresse du visionnaire : le discernement dâun souffle, dâune continuitĂ© secrĂšte entre la ruine et le quotidien.
Cette disposition sâenracina chez Hubert Robert, natif de Paris, un quart de siĂšcle avant son sĂ©jour prolongĂ© en Provence, lors du voyage avec Saint-Non et Fragonard dans le Sud de lâItalie, « anciennement appelĂ©e Grande GrĂšce ». Ils y admirĂšrent la sĂ©rĂ©nitĂ© de ces populations pour lesquelles la grandeur ancienne ne constituait ni un fardeau ni un culte, mais une prĂ©sence vivante, un paysage habitĂ©. Dans ces contrĂ©es, le temps semblait pour ainsi dire sâĂȘtre arrĂȘtĂ©, et oĂč les tentatives dâintroduction de la modernitĂ© avaient Ă©chouĂ©. Saint-Non y puisa lâessence de sa Description du royaume de Naples et de Sicile, oĂč il assurait quâ« un trĂšs petit nombre [de personnes] qui aient Ă©tĂ© curieuses de porter leurs pas jusquâĂ lâextrĂ©mitĂ© du Royaume de Naples, qui aient osĂ©, pour ainsi dire, traverser la Calabre, cette belle partie de lâItalie, depuis longtemps inculte, inhabitĂ©e, et que lâon regardoit comme en proie aux bandits, et Ă lâeffroi des voyageurs. »4 Or les ruines y Ă©taient celles des pĂ©riodes fastes de cette rĂ©gion, qui avait connu les foisonnements et les Ă©mulations culturelles les plus prolixes au cours de lâAntiquitĂ© et du Moyen Ăge. Ces deux hommes brillants, en quĂȘte dâauthenticitĂ©, Ă©taient accompagnĂ©s de Jean-HonorĂ© Fragonard â ce Provençal, qui, ironie du destin, ne rĂ©alisa pas vraiment quâil existĂąt dans les terroirs de son enfant des monuments et des vies semblables Ă ceux quâil admirait dans la « Grande GrĂšce ».
Les AntiquitĂ©s de la France dâHubert Robert ne sont donc pas une reprĂ©sentation fidĂšle de cette coexistence harmonieuse entre les Provençaux et leurs vestiges. Il ne cherche pas Ă effacer le caractĂšre dĂ©labrĂ© des monuments pour les restituer dans leur perfection originelle comme lâavait fait Poussin avant lui : le temps, pour lui, est le vecteur dâune mĂ©ditation sur la fragilitĂ© des civilisations. Chez lui, la majestĂ© des Anciens sâaccompagne de la conscience de son effacement, et câest dans ce sentiment mĂȘlĂ© de regret et de douceur que sâĂ©panouit lâĂ©loquence vĂ©ritable de la ruine, Ă la fois emblĂšme de la vanitĂ© des choses humaines et source dâun Ă©merveillement paisible devant lâinnocence des vies qui sây abritent encore.
Démysthifier
Deux siĂšcles et demi plus tard, dans la Provincia Romana, la proximitĂ© du sublime et du trivial ne trahit plus une profanation chez les « descendants » des personnages peints par Hubert Robert, mais une forme dâaccoutumance â un oubli presque suave â par lequel lâexistence moderne sâinstalle parmi les chefs-dâĆuvre sans Ă©prouver le moindre trouble de leur voisinage. Ce phĂ©nomĂšne se laisse encore percevoir auprĂšs de ceux qui habitent les vestiges antiques et semblent Ă peine en discerner la majestĂ©. Par un jour dâĂ©tĂ©, lorsque la chaleur sâattarde sur les pierres et que le grĂ©sillement lointain des sonos souille lâair immobile, malgrĂ© la vulgaritĂ© criarde des enseignes de restaurants alentour, le Théùtre antique dâOrange demeure debout, intact ; il suffit de lever le regard pour que quelque chose, au plus profond de lâĂąme, sâaccorde Ă sa permanence. Ă Arles, pour fuir le vacarme des ruelles encombrĂ©es, une Ă©motion semblable saisit le visiteur traversant le cloĂźtre Saint-Trophime, lieu dâune plĂ©nitude saisissante, empreinte dâune gratitude muette et presque sacrĂ©e. Dans les Jardins de la Fontaine Ă NĂźmes, oĂč des fragments dâantiques remployĂ©s affleurent sous les strobiles, la paix du lieu semble prolonger lâantique sĂ©rĂ©nitĂ©. Sous les ombrages lĂ©gers, au dĂ©tour dâune allĂ©e dĂ©serte, la pierre recomposĂ©e conserve le souvenir des dieux, tandis que des familles promĂšnent des poussettes de plastique, dâune laideur impardonnable. PrĂšs de la Tour Magne, il est singulier dâapercevoir des coureurs, casquĂ©s dâoreillettes, glisser devant le monument dans une indiffĂ©rence presque dĂ©concertante. Certaines de ces dissonances visuelles finissent pourtant par devenir matiĂšre Ă mĂ©ditation. Ou Ă une inspiration poĂ©tique !
Mythes est avant tout une prolongation inspirĂ©e du jeu raffinĂ© auquel se livrent les Chenel. En dĂ©posant des fleurs dans des urnes antiques, en Ă©rigeant des chapiteaux en tables basses, en offrant une existence nouvelle Ă une stĂšle romaine du IIe siĂšcle â retaillĂ©e par les Byzantins pour soutenir quelque autel, puis dĂ©sormais mĂ©tamorphosĂ©e en guĂ©ridon â, ils poursuivent depuis plusieurs annĂ©es une rĂȘverie singuliĂšre sur la continuitĂ© des formes et la survivance des matiĂšres. Ils invitent Ă vivre naturellement avec ces Ćuvres, Ă se les approprier.
2 Aubin Louis Millin de Grandmaison, Voyage dans les départemens (sic) du Midi de la France, 1807-1809, IV, p. 215-216.
3 Aubin Louis Millin de Grandmaison, Voyage dans les départemens (sic) du Midi de la France, 1807-1809, IV, p. 219-220.
4 CitĂ© dans Bruno Neveu, « Le voyage de lâabbĂ© de Saint-Non dans lâItalie du Sud », Journal des Arts, Paris, octobre-dĂ©cembre 1973, p. 295-300, p. 296.
LâesthĂ©tique de leurs marbres le permet dâailleurs. Les « marmor lunense », privilĂ©giĂ©s au Ier et au IIe siĂšcles, par leur grain pur, leur blancheur lĂ©gĂšrement bleutĂ©e et leur robustesse, offrent des patines merveilleuses, dont ils refusent de se priver. Loin des choix radicaux de certains musĂ©es ou institutions â nous pensons volontiers aux Marbres des collections Torloniaâ, ils ne choisissent et conservent que des statues ou des Ă©lĂ©ments dâarchitecture qui prĂ©sentent des altĂ©rations dues Ă la lente percolation des eaux calcaires, qui offrent Ă la patine dâorigine un cĂŽtĂ© dĂ©saturĂ©, laissent apparaitre des voiles opalins et des efflorescence crayeuses dâun blanc ivoirien. Les fines suintures verticales, souvent irisĂ©es dâun ton lactescent ou grĂšge, qui adoucissent le poli initial sont des trĂ©sors. Rien nâest plus plaisir, au toucher, que les liserĂ©s dâincrustations calcaires qui forme comme une brume pierreuse, un miroitement attĂ©nuĂ© du grain lunense. Le chatoiement beige rosĂ© des sculptures exhumĂ©es des sites humides, responsables dâaccumulation de calcite, dâoxydations ferrugineuses, donnant aux reliefs une coloration beige rosĂ©, aux creux des tons cendrĂ©s. Les vibrations chromatiques confĂšrent au marbre une vibration singuliĂšre, une palette du temps. De mĂȘme, chaque reprise devient un vestige de la durĂ©e, un hommage discret Ă ceux qui, avant eux, touchĂšrent ces pierres. Car les restaurations successives sont autant de dons, et il serait sacrilĂšge de les abolir.
Dans Mythes, un fragment saisissant retient le regard : les jambes dâune ArtĂ©mis, demeurĂ©es seules, des pieds jusquâaux genoux. Le marbre, Ă peine dorĂ© par les ans, conserve la souplesse dâun drapĂ© que la lumiĂšre anime ; les plis, obliques et pleins dâĂ©lan, traduisent lâinstant suspendu dâune marche divine. Comme les marbriers du XVIIe ou du XVIIIe siĂšcle qui, dans leur ferveur antiquaire, lâavaient munie dâun socle moderne pour en parfaire la silhouette, Simon Porte Jacquemus la ressuscite dans une mise en scĂšne harmonieuse, parmi les vanneries dĂ©bordantes dâartichauts. Cette ArtĂ©mis transfigurĂ©e en apparition champĂȘtre, Ă©cho lointain dâun marbre antique devenu songe dâune dĂ©esse en mouvement, glissant parmi les Ă©tals dâun marchĂ© provençal, un panier de jonc au bras, dans une lumiĂšre dâaurore. Les attachements en fer demeurent visibles â stigmates des ajouts du XVIIe ou du XVIIIe siĂšcle, traces de ces mains passĂ©es qui voulurent restituer un corps Ă la dĂ©esse mutilĂ©e. Les Chenel, fidĂšles Ă leur Ă©thique de la transparence, ne les dissimulent point : ils les laissent parler, tĂ©moigner du long destin des formes, de cette chaĂźne ininterrompue oĂč chaque Ă©poque, en touchant la matiĂšre, y dĂ©pose sa propre Ăąme.
La Provence, Provincia Romana
Mythes propose un rĂ©cit symbolique dâune Provence rĂȘvĂ©e et dâune fĂ©minitĂ© rĂ©inventĂ©e, dont les contours se dessinent, depuis la fin du XIXe siĂšcle, entre la prĂ©sence des Antiques et la lumiĂšre du corps.
La plus belle conquĂȘte de la Provence au XIXe siĂšcle nâaura pas Ă©tĂ© son repli jaloux sur elle-mĂȘme, ni cette volontĂ© de figer sa langue comme un rempart contre le monde. Mistral Ă©rige la femme en symbole de puretĂ©, non point comme ĂȘtre de dĂ©sir ou de libertĂ©. Il la veut intacte, immobile, vouĂ©e Ă cĂ©lĂ©brer le passĂ© plus quâĂ engendrer lâavenir. Cette idĂ©alisation prend la forme dâun culte quasi liturgique, oĂč la fĂ©minitĂ© sâefface dans la blancheur dâun mythe pastoral : la femme mistralienne devient une vierge consacrĂ©e, une RosiĂšre couronnĂ©e non pour son intelligence ni pour son courage, mais pour la docilitĂ© quâimpose la vertu. Le rituel, sous les apparences dâun hommage, consacre en vĂ©ritĂ© une dĂ©possession : la femme nâest plus sujet mais emblĂšme, fĂ©tiche dâune Provence rĂȘvĂ©e, instrument dâun imaginaire masculin qui confond la puretĂ© du sol avec celle du corps fĂ©minin. Ainsi se perpĂ©tue, sous le vernis poĂ©tique du FĂ©librige, une mystique de la conservation, oĂč la femme incarne la terre elle-mĂȘme â fertile, silencieuse, et toujours offerte Ă la gloire du poĂšte, jamais Ă sa propre parole.
GrĂące Ă des esprits venus dâailleurs, qui surent nous rĂ©apprendre la fiertĂ© de notre lien singulier avec lâAntiquitĂ©, la Provence connut aussi le privilĂšge dâun songe au contact de ses trĂ©sors : rĂȘver des chitĂŽns qui Ă©pousent le creux des hanches, la douceur des seins, le mouvement des jambes ; des himations qui effleurent la nuditĂ© sans la travestir. Le premier « tableau » de Mythes est ainsi un magnifique dialogue entre un buste antique et une femme de Maillol, aux courbes gĂ©nĂ©reuses. Deux dĂ©tails colorĂ©s suffisent à « placer » ce dĂ©cor : le verre de jus dâorange matinal, et la draperies couleur safran, nonchalamment abandonnĂ©e sur le tub aux formes archaĂŻsantes, hĂ©ritĂ©es de la baignoire du Capitole. Tout y cĂ©lĂšbre une nuditĂ© sereine, un plaisir du corps offert Ă la lumiĂšre, des Ă©toffes qui ne dissimulent pas mais rĂ©vĂšlent. Rien ne sâoppose, tout se souvient.
Au cĆur du parcours de lâexposition, afin de rappeler combien les nus fĂ©minins de Maillol, issus de la sĂšve antique, trouvent leurs descendantes dans les silhouettes drapĂ©es conçues par Jacquemus, Simon Porte Jacquemus a disposĂ© Soleil, la robe sculpturale de la collection Le Paysan, sur un portant, derriĂšre une statue antique et une figure de Maillol. La mise en scĂšne crĂ©e un miracle : trois prĂ©sences Ă©changent silencieusement dans un espace baignĂ© dâor pĂąle â le marbre, le bronze et lâĂ©toffe. Entre elles circule une mĂȘme respiration, une mĂȘme ferveur pour la puretĂ© des formes. La draperie « soleil » emble avoir recueilli la chaleur du jour que le marbre, depuis deux mille ans, rĂ©flĂ©chit, et que le bronze, retient comme un feu intĂ©rieur.
La magie de Mythes est cette ode Ă la longue fidĂ©litĂ© des formes mĂ©diterranĂ©ennes Ă elles-mĂȘmes, Ă leur pouvoir de rĂ©gĂ©nĂ©ration
et de mĂ©tamorphose sans sâabolir. La beautĂ© antique nâest point une relique, mais un organisme vivant, qui respire encore dans la lumiĂšre du Sud. Par la main de lâartiste, le passĂ© se perpĂ©tue, sâinvite Ă nouveau dans le concert des formes et des plis.
La magie tient moins Ă lâeffet de surprise dans ce Couvent des Bernardins, quâĂ une opĂ©ration plus secrĂšte : les formes ne sont jamais rĂ©pĂ©tĂ©es, elles se rĂ©-Ă©clairent. Un pli, de la toge Ă la cotonnade contemporaine ; un dĂ©hanchĂ©, du bronze Ă la chemise ample ; la mĂ©moire change dâangle. Rien ne se fige : la forme antique demeure un principe de croissance, source de la mode, irrigant matiĂšres sans perdre sa tenue.
Ainsi comprise, Mythes dĂ©passe la seule cĂ©lĂ©bration dâun hĂ©ritage mĂ©diterranĂ©en : elle en propose une vĂ©ritable reformulation. Par le jeu des correspondances, lâexposition invite Ă repenser la gĂ©nĂ©alogie culturelle et spirituelle de la Provence Ă la maniĂšre dont RĂ©mi Brague repensa lâEurope dans LâEurope, la voie romaine (1992). Le philosophe y dessine les contours dâune Ăąme europĂ©enne nĂ©e dâun dialogue constant avec lâaltĂ©ritĂ©, et fondĂ©e sur une filiation multiple : AthĂšnes, JĂ©rusalem et Rome. Loin dâĂȘtre une simple hĂ©ritiĂšre de la GrĂšce, lâEurope quâil dĂ©crit accepte ses hĂ©ritages tout en les ordonnant Ă la raison juridique et politique. La « secondaritĂ© » de Rome, loin dâĂȘtre une faiblesse, devient principe dâouverture Ă lâaltĂ©ritĂ© et capacitĂ© Ă se rĂ©inventer. Le dĂ©passement des dispositions grecques offre la « voie » â non pas tel un chemin unique â mais comme une aventure philosophique, un humanisme sans cesse rĂ©actualisĂ©e.
Ce que Brague nomme la « voie romaine », Simon Porte Jacquemus et ses complices lâincarnent Ă travers un théùtre plastique de la romanitĂ©, hĂ©ritiĂšre et rĂ©inventrice tout Ă la fois. LĂ oĂč le philosophe exalte la traduction comme reformulation de la mĂ©moire, Ă©clairĂ©e par lâintelligence du meilleur de cette aventure pour aller vers un meilleur, Mythes est une traduction Ă son tour de la mĂ©moire des formes antiques dans le langage du prĂ©sent. Chaque restauration dâun antique, chaque crĂ©ation en bronze ou en Ă©toffes est une réécriture dâune mĂ©moire dans le vocabulaire du prĂ©sent.
Lâhistoire mĂȘme de la Provence â et plus particuliĂšrement lâhistoire de sa sculpture â participe de cette aventure : tradition dâaccueil, de reprise et de rĂ©invention, elle fait du passĂ© non un monument, mais une source vivante. AprĂšs tout, câest aux Alyscamps, dans la nef de lâĂ©glise Saint Honorat, que fut créé en 1784 le premier musĂ©e public dâantiquitĂ©s français. Hubert Robert en peignit des images saisissantes, comme plus tard Van Gogh. Et dans ce jardin de pierres, la sĂšve circule encore.
Carole Blumenfeld
Maillol, un classique au-delĂ du classicisme
En 1995, dans leur guide du visiteur du musĂ©e Maillol qui venait dâouvrir Ă Paris Ă lâinitiative de Dina Vierny, Jean-Luc Daval et Bertrand Lorquin rappelaient que la Fondation et le musĂ©e se situent « derriĂšre la majestueuse Fontaine des Quatre Saisons (1739-1746) du grand sculpteur Edme Bouchardon »1 . Bouchardon, un sculpteur nĂ©o-classique du XVIIIe siĂšcle. Les deux auteurs sâamusaient Ă relever que « le faible dĂ©bit de cette fontaine luxueuse lui a valu le surnom de la « trompeuse ». En elle en effet, la sculpture lâemportait sur lâouvrage dâutilitĂ© publique. Et si cette « trompeuse » Ă lâentrĂ©e du musĂ©e Maillol agissait comme une mise en garde ? Maillol nâest-il pas toujours plus complexe quâon ne le pense et quâon ne le dit ? A ceux qui le voient « tout classique » et son art sorti tout droit de lâantique, comme Waldemar-George qui Ă©crivait en 1971 : « Maillol est un Grec »2 « tendant la main Ă Bouchardon », on peut rĂ©torquer que lâart de Maillol nâest finalement pas si « grec » que cela, ni si proche du nĂ©o-classicisme de Bouchardon. Les Ă©poques sont bien diffĂ©rentes et, dâailleurs, il y a plusieurs antiquitĂ©s. Au temps de Maillol, Ă la charniĂšre des XIXe et XXe siĂšcles, la notion dâantique est bien renouvelĂ©e, en dehors du champ des Ă©tudes classiques des Ă©lites -oĂč lâartistique est souvent rabattu sur le littĂ©raire-, par le dĂ©veloppement de lâethnographie, de lâanthropologie, des recherches sur les mythes et de lâarchĂ©ologie. Dans le monde dâHomĂšre, la ruse, la mĂ©tis, sâincarnait dans le rusĂ© Ulysse qui savait mieux que dâautres donner le change. MĂ©tis et mĂ©tamorphose ont la mĂȘme racine Ă©tymologique, justement la capacitĂ© de changer, de mĂ©tamorphoser. LâAntiquitĂ© dont se saisit Maillol, il la mĂ©tamorphose. Bien loin dâun quelconque « retour Ă lâordre », lâĆuvre rusĂ©e de Maillol nous attire sous les habits de lâantique vers sa propre vision de lâart.
LâAntiquitĂ© de Maillol nâest pas celle de Bouchardon
Le rapport de Bouchardon et de lâĂ©poque des LumiĂšres (XVIIIe siĂšcle) Ă lâantique, est la redĂ©couverte dâun style quâil sâagit dâimiter ou, mieux, de sâapproprier ; câest affaire de spĂ©cialistes, dâĂ©rudits, dâantiquaires, dâartistes acadĂ©miques ; câest culturel. Le rapport de Maillol Ă lâantique au dĂ©but du XXe siĂšcle est lâaffaire de toute une sociĂ©tĂ©, confrontĂ©e Ă sa propre capacitĂ© Ă donner du sens Ă la vie ; lâartiste est Ă lâĂ©coute dâune civilisation rurale, voire paĂŻenne, qui a perdurĂ© de façon souterraine sous le fracas de la modernisation, de lâurbanisation, du machinisme industriel ou de la production en sĂ©rie, et qui aspire -au moment sans doute oĂč elle est menacĂ©e de disparaĂźtre-, Ă montrer quâelle a conservĂ© sa vitalitĂ© et sa possibilitĂ© dâĂ©clairer le monde ; ce nâest plus culturel, câest vital !
Autant lâart nĂ©o-classique avait une mission claire : installer lâart civique dâune sociĂ©tĂ© de citoyens oĂč le modĂšle Ă suivre est celui dâune Ă©lite, celle des LumiĂšres ; autant le rapport Ă lâantique de Maillol et de sa gĂ©nĂ©ration est trouble et complexe. Paul Gauguin, qui eut une grande rĂ©trospective posthume au Salon dâautomne de 1906, Ă©tait allĂ© poursuivre un rĂȘve primitiviste dâabord en Bretagne puis jusquâĂ Tahiti et aux Marquises dans son « atelier des Tropiques ». Les dĂ©buts de Maillol lui doivent tout : de ses terres cuites Ă ses formes monolithiques qui rappellent Oviri (1894). Dans le « musĂ©e imaginaire » de la gĂ©nĂ©ration Ă laquelle appartient Maillol, câest-Ă -dire lâensemble des images quâelle a pu voir -dans les livres de photographies, dans les musĂ©es et les catalogues de vente-, la redĂ©couverte de la GrĂšce archaĂŻque, cycladique, mycĂ©nienne, dorienne, est concomitante de celle des grandes civilisations de lâAsie. Lâexposition universelle de 1878 Ă Paris a montrĂ© les masques et les idoles de Nouvelle CalĂ©donie. La mĂȘme annĂ©e, lâouverture au palais du TrocadĂ©ro du MusĂ©um ethnographique des missions scientifiques va permettre aux artistes de considĂ©rer de vastes ensembles dâobjets tribaux. En 1889, câest lâexposition coloniale de Paris qui rĂ©vĂšle lâart khmer et lâart indien. On peut Ă©galement mentionner la grande exposition universelle de 1900 oĂč Maillol rĂ©cupĂ©ra certains moulages qui resteront dans son atelier et influenceront sa vision de lâart archaĂŻque.
Waldemar George a bien retracĂ© la dĂ©couverte de lâantiquitĂ© par Maillol :
« Maillol dĂ©couvre la GrĂšce avant dâentreprendre son mĂ©morable voyage Ă Olympie, Ă Delphes et Ă AthĂšnes. Il lâentrevoit au Louvre, il en retrouve les traces en Catalogne, il la porte en lui. Son optique nâest ni celle de David ni celle de Canova ; pas plus quâil nâest le descendant de lâart parthĂ©nonien, il ne met Ă profit les plus rĂ©centes conquĂȘtes de lâarchĂ©ologie comme Ingres le faisait, sinon dans le Bain turc du moins dans Romulus et dans la Stratonice
Chaque Ă©poque et chaque gĂ©nĂ©ration adopte devant lâAntiquitĂ© une nouvelle perspective. Pour un lycĂ©en, le grec est une langue morte et la GrĂšce appartient au passĂ©. Mais lâHellade inspire encore Renoir quand il Ă©voque le jugement de PĂąris. Maillol est un Grec au mĂȘme titre que le sont MallarmĂ© quand il Ă©crit LâaprĂšs-midi dâun faune ce poĂšme que dansera, sur les rythmes brisĂ©s de Debussy, le Scythe Vaslas Nijinski, et ValĂ©ry, quand il compose Narcisse. Il est Ă©pris de texte mythologique, comme lâest Picasso qui ressuscite la blonde Nausicaa Ă©voluant sur les plages Ă©gĂ©ennes ou bien quand il retrace les Ă©bats des satyres et des nymphes.
Ceci dit, la question des sources-mĂšres de Maillol reste secondaire. Elle concerne les scoliastes. Il importe beaucoup plus dâenvisager lâart du maĂźtre de LâĂtĂ© tel quâen lui-mĂȘme enfin ⊠que de lâĂ©tudier dans ses rapports mĂ©diats ou immĂ©diats avec lâInde et lâĂgypte, la GrĂšce, le XVIe et le XVIIe siĂšcles. »3
Câest grĂące Ă son ami et mĂ©cĂšne le comte Harry Kessler que Maillol visite le British Museum en 1904, puis se rend en GrĂšce du 25 avril au 3 juin 1908, avec le poĂšte Hugo von Hofmannsthal. Il remplit de notes et de dessins son carnet de voyage, et on comprend en le parcourant que pour lui, cette culture antique est vivante. Il dessine en mĂȘme temps les sculptures, les architectures antiques et les scĂšnes de la vie de tous les jours, les passants, les bergers, les femmes, les animaux. Les photographies prises pendant le voyage, les cartes postales envoyĂ©es en tĂ©moignent : les roches PhĂ©driades Ă Delphes, massif splendide, et, Ă cĂŽtĂ©, la fontaine Castalie oĂč Hofmannsthal boit. Tout cela forme un continuum avec son propre univers catalan. Maillol retrouve Banyuls dans lâAttique. Dans le vivant comme dans lâart, il admire ce que Johann Joachim Winckelmann aimait dĂ©jĂ au XVIIIe siĂšcle dans la sculpture antique : « edle Einfalt und stille GröĂe » (« noble simplicitĂ© et calme grandeur »).
A dire vrai, Waldemar-George lâavait dĂ©jĂ remarquĂ© : « Lorsquâil dĂ©bute, Maillol se tourne, non vers lâart grec classique, mais vers lâart Ă©gyptien. » Maillol le dit clairement : au MusĂ©e ArchĂ©ologique de Delphes, «je regarde une belle statue imitĂ©e des Ăgyptiens et lĂ je me sens remuĂ© profondĂ©ment â lĂ la grandeur est Ă©vidente, lâampleur des formes est dâun dieu â lâart a touchĂ© son but - » Bien plus tard, en 1944, il se remĂ©more en prĂ©sence dâHenri FrĂšre, poĂšte et ami de lâartiste, dâun autre Ă©pisode du voyage:
« Me trouvant Ă AthĂšnes, il y a dĂ©jĂ quelques annĂ©es, je dessinais au musĂ©e une statue que lâon nomme lâApollon Ă lâOmphalos; câest une statue qui magnifie lâĂ©tude de la chair Ă un point surprenant, par consĂ©quent loin dĂ©jĂ de la grandeur et de la majestĂ© des Ćuvres de Phidias. Mon dessin terminĂ©, je me retourne et me trouve en face dâune trĂšs grande statue primitive, une Ćuvre dans le style Ă©gyptien, sĂ©vĂšre et grandiose. Enfin la statue dâun dieu ! Jâai compris combien cet art surpassait lâApollon Ă Omphalos 4 par son Ă©lĂ©vation spirituelle cette comparaison me fit rĂ©flĂ©chir profondĂ©ment et me laissa perplexe (âŠ) Jâai compris que la sculpture câĂ©tait ça. Ou plutĂŽt que la sculpture Ă©tait faite pour ça. Pour produire une grande impression. »5
La GrĂšce que dĂ©couvrent les modernes comme Maillol est davantage la GrĂšce archaĂŻque qui engendra le courant primitiviste, que la GrĂšce classique, quâimitĂšrent les courants nĂ©o-classiques -de Jean Goujon, quâaimait Maillol, Ă Coysevox et Ă Bouchardon. Câest cette GrĂšce archaĂŻque que les fouilles des archĂ©ologues, en particulier des Anglais et des Allemands ont mise au goĂ»t
3 Ibidem, p.41.42.
1 Bertrand Lorquin et Jean Luc Daval, Fondation Dina Vierny, Musée Maillol : guide du visiteur Paris, Fondation Dina Vierny-Musée Maillol, 1995.
2 Waldemar-George, Maillol Paris, Arted Ă©ditions dâart, 1971, p.41.
4 Cette statue dâApollon en marbre pentĂ©lique avait Ă©tĂ© trouvĂ©e Ă AthĂšnes au théùtre de Dionysos. Ćuvre du IIe siĂšcle aprĂšs J.-C., elle Ă©tait la copie dâun original en bronze rĂ©alisĂ© vers 460-450 av. J.-C. par un sculpteur du style sĂ©vĂšre, peut-ĂȘtre Kalamis.
5 Henri FrĂšre, Conversations de Maillol, Paris, Somogy Edition dâart, 2016.
du jour. Ce nâest plus lâart classique que dĂ©fendit autrefois Adolf Von Hildebrandt, le rival de Rodin. Maillol tĂ©moigne dâun intĂ©rĂȘt pour la sculpture grecque primitive, celle qui subit le plus fortement la leçon de lâĂgypte. Celle des Kouroi et des KorĂȘs dĂ©rivĂ©s de la statuaire Ă©gyptienne et des idoles cycladiques. Presque immobiles, esquissant Ă peine le mouvement dâavancer une jambe, Ă peine dĂ©gagĂ©e du reste du corps, du bloc.
Le sculpteur confesse Ă Judith Cladel : « Pour mon goĂ»t il faut le moins de mouvement possible en sculpture. Il ne faut pas que ça chahute et que ça grimace et, dans le mouvement, on grimace facilement. Rodin lui-mĂȘme reste tranquille : le mouvement il le met dans le rendu de la musculature, mais lâensemble est sobre et calme. Les statues Ă©gyptiennes, plus elles sont immobiles, plus il semble quâelles vont remuer ⊠Les sphinx, on sâattend Ă les voir se lever. » On sait que cette quasi-immobilitĂ© dâune femme qui avance fascina les romanciers et les artistes, de Wilhelm Jensen (1837-1911) Ă La Femme qui marche (1932) de Giacometti. Freud lut en 1906 lâouvrage Gradiva, fantaisie pompĂ©ienne de Wilhelm Jensen, Ă©crivain de langue allemande, publiĂ© en 1903, et en rĂ©digea un commentaire publiĂ© en 1907 : « Le dĂ©lire et les rĂȘves dans la « Gradiva » de W. Jensen (Der Wahn und die TraĂŒme in W. Jensens « Gradiva »).
Le sculpteur aima Ă sâinspirer des statues agenouillĂ©es dâĂgypte, des statues-couples caractĂ©ristiques de la statuaire funĂ©raire. La Nuit (1908-1912) oppose au regard un bloc qui rappelle les sculptures-cubes de lâAntiquitĂ© Ă©gyptienne. MĂȘme quand Maillol reprĂ©sente une femme qui se penche, il dit : « Pour moi câest une maison » 6. Le rapport de la sculpture Ă lâarchitecture est Ă©vident : clartĂ©, parallĂ©lisme, gĂ©omĂ©trisme, formes simples telles que recommandĂ©es par Paul ValĂ©ry dans son Eupalinos ou lâArchitecte (1921) 7. En revanche, quand il veut saisir toute lâimpĂ©tuositĂ© du dĂ©sir, il bouscule la sculpture française classique si calme, si rĂ©glĂ©e sur Phidias pour lui donner le souffle Ă©pique du combat des Lapithes et des Centaures du fronton du temple dâOlympie quâil admira en 1908. Tel est le haut-relief du DĂ©sir de 1907. La jambe de la femme repousse lâhomme, oblitĂ©rant celle de lâassaillant. Les membres du couple affrontĂ© se saisissent, opposĂ©s au sein dâun mĂȘme schĂ©ma ordonnateur.
Lâamour au bord des tombes
Au lendemain de la grande boucherie que fut la premiĂšre guerre mondiale, oĂč les enfants des campagnes peuplĂ©es des pays dâEurope furent fauchĂ©s, moissonnĂ©s par le canon, lâarme technique, la brutalitĂ© de lâacier, Maillol fut le sculpteur qui, dans des paysages naturels splendides, leur rendit hommage dans une alliance inusitĂ©e, sinon rĂ©fĂ©rĂ©e Ă lâAntiquitĂ© et au monde paĂŻen, de la gravitas et de la voluptas. Les monuments aux morts de Maillol ne sont pas catholiques ; ils viennent dâailleurs, des Gigantomachies, comme celle de Pergame ; ce hĂ©ros-lĂ , Ă Banyuls-sur-Mer, aux muscles bandĂ©s, nâest pas mort, et les mĂšres et les fiancĂ©es des guerriers morts pour la patrie, Ă Banyuls (1933) dissimulent avec dignitĂ© leur douleur dans des gestes rituels. Câest lâĂ©ternel Galate blessĂ© dĂ©clinĂ© par toute la statuaire antique qui resurgit sous le ciseau de Maillol. Si la confiance en la vie dans la mort reste peut-ĂȘtre encore chrĂ©tienne, son expression est Ă©gyptienne ou encore hellĂ©nique.
On pense Ă cette lettre de Maillol adressĂ©e Ă Maurice Denis en 1907 : « (âŠ) Jâai vu hier Ă Paris, une nouvelle salle Ă©gyptienne : quelle merveille ! quel art si beau ; quelle belle assurance dans la vie et confiance dans la mort - câest le soleil ! » 8 La salle des plĂątres au musĂ©e Maillol Ă Paris quâon voit Ă travers une vitre mâa souvent donnĂ© la mĂȘme impression ambivalente : le soleil dâune brusque remontĂ©e du temps passĂ©, pourtant devenu inaccessible. Maillol aimait le Doryphore (vers 440 av. J.-C.) de PolyclĂšte, dont lâhistorien de la sculpture grecque Claude Rolley disait : « le Doryphore ne marche pas ; il exprime la disponibilitĂ© pour tout mouvement, sans ĂȘtre en mouvement » 9
6 Dina Vierny, une vie pour lâart documentaire rĂ©alisĂ© par Alain Jaubert, Palette Production, France 3 Sud, avec la participation du CNC, ministĂšre de la Culture et de la Communication (DAP), 2006. Dina Vierny et Alain Jaubert, Histoire de ma vie racontĂ©e Ă Alain Jaubert Paris : TĂ©moins de lâart Gallimard, 2009, p.73.
7 Paul ValĂ©ry, Eupalinos ou lâArchitecte Paris, Gallimard, 1921.
8 Voir Maurice Denis, « Aristide Maillol », Les Cahiers dâaujourdâhui, Paris : G. CrĂšs, 1921.
9 Claude Rolley, La sculpture grecque : 2, La période classique, Paris, Picard, 1999.
Mais revenons aux monuments de Banyuls, dâElne, de Port-Vendres, de CĂ©ret. Quelque chose de grec et de paĂŻen. Et lâalliance du bleu de la MĂ©diterranĂ©e et du noir du bronze, de la matitĂ© de la pierre. Câest en sculpture lâĂ©quivalent de la poĂ©sie de Paul-Jean Toulet, se promenant en 1915 en Arles au milieu des Alyscamps, des arbres, des tombes et des senteurs vitales :
« Dans Arle, oĂč sont les Aliscans, Quand lâombre est rouge, sous les roses, Et clair le temps, Prends garde Ă la douceur des choses, Lorsque tu sens battre sans cause Ton cĆur trop lourd
Et que se taisent les colombes : Parle tout bas si câest dâamour, Au bord des tombes. » 10
En 1920, Paul ValĂ©ry semble sâen souvenir dans son poĂšme : « Le cimetiĂšre marin » dont on cite ici la premiĂšre strophe :
« Ce toit tranquille, oĂč marchent des colombes, Entre les pins palpite, entre les tombes ; Midi le juste y compose de feux
La mer, la mer, toujours recommencée à récompense aprÚs une pensée
Quâun long regard sur le calme des dieux ! »
Maillol, dont Gide loua la « beautĂ© silencieuse » des Ćuvres, trop conscient de la fragilitĂ© de la vie -ce que Toulet appelait « la douceur des choses » -, refusa de rompre lâĂ©quilibre entre la gravitĂ© et la voluptĂ©. Comment sĂ©parer lâune de lâautre, sauf Ă forcer le trait, Ă devenir grossier, ou Ă lâinverse, amer ou mĂ©lancolique ? Lâharmonie 11, que recherchait ValĂ©ry mais aussi lâItalien Giorgio de Chirico, dans un court texte Ă©crit en français en 1913 titrĂ© « le sentiment de la prĂ©histoire », la prĂ©histoire Ă©tant en rĂ©alitĂ© pour lui la GrĂšce archaĂŻque.
Chirico va tenter de mixer, dâhybrider ces signes du passĂ© profond, largement mythifiĂ©s, avec les rĂ©alitĂ©s de son temps, de lâĂąge moderne. Jusquâau divorce inĂ©vitable et Ă lâincohĂ©rence. Selon le surrĂ©aliste AndrĂ© Breton, qui admirait beaucoup ses peintures de cette Ă©poque, certaines dâavant la Grande Guerre qui introduisaient des canons et des ombres inquiĂ©tantes de statues Ă©questres de chefs de guerre et de militaires, Ă©taient des prĂ©monitions « rigides » et pleines de « terreur » de la guerre de 1914-1918. Il le dit ainsi dans une confĂ©rence sur lâ « esprit moderne » Ă lâAteneo de Barcelone en 1922.
Les compositions appelĂ©es « places dâItalie » du mĂȘme De Chirico confrontent lâhĂ©ritage antique ou renaissant -sous la forme de monuments, dâarcades, de palais, de statues dâAriane- et la modernitĂ© machinique : locomotives, cheminĂ©es dâusine, camions de dĂ©mĂ©nagement, instruments divers, le tout mĂȘlĂ© dans une atmosphĂšre onirique dont on sent bien quâelle ne peut avoir cours dans la rĂ©alitĂ© concrĂšte. Câest lâorigine du surrĂ©alisme mais la source antique, magique, ne remonte pas par capillaritĂ© Ă lâĂąge moderne.
10 Paul-Jean Toulet, Romances sans musique, 1915.
11 Harmonie, ce maĂźtre-mot pour Maillol si justement mis en exergue dans Antoinette Lenormand-Romain, OphĂ©lie Ferlier-Bouat, Aristide Maillol 18611944, la quĂȘte de lâharmonie, catalogue de lâexposition, Paris, MusĂ©e dâOrsay, 12 avril au 21 aoĂ»t 2022, ZĂŒrich, Kunthaus, 7 octobre au 22 janvier 2023, Roubaix, La Piscine-MusĂ©e dâart et dâindustrie AndrĂ© Diligent, 18 fĂ©vrier au 21 mai 2023, avec le partenariat exceptionnel de la Fondation Dina Vierny - MusĂ©e Maillol, Paris, Gallimard, 2022.
Oswald Spengler publie en allemand Le DĂ©clin de lâOccident (Der Untergang des Abendlandes) en 1918 (pour la premiĂšre partie) et 1922 (pour la seconde). Pour lui, ce quâil appelle lâOccident, en rĂ©alitĂ© lâEurope, est passĂ© par trois grandes pĂ©riodes caractĂ©risĂ©es par des attitudes contrastĂ©es : apollinienne, puis magique et enfin lâattitude faustienne qui mena lâEurope technicienne et mĂ©canique Ă la Grande Guerre et Ă ce « dĂ©clin » quâil dĂ©nonce.
A la recherche de lâAge dâor
Maillol est Ă la recherche dâun monde quâon est en train de perdre parce quâon finit par ne plus le voir. Quâon le perd de vue. Comme dâautres penseurs, Ă©crivains et artistes de sa gĂ©nĂ©ration, il a entendu ce cri : « Le Grand Pan est mort » repris par le fĂ©librige Joseph dâArbaud, disciple de FrĂ©dĂ©ric Mistral, ami de Joachim Gasquet qui frĂ©quenta CĂ©zanne 12. Dans son roman La BĂȘte du VaccarĂšs publiĂ© en 1926, une Ă©trange crĂ©ature vit aux alentours de lâĂ©tang du VaccarĂšs en Camargue. PourchassĂ©e, elle subit les brutalitĂ©s des hommes et les violences de la civilisation moderne. Elle apparaĂźt de moins en moins, avant de disparaĂźtre Ă la fin du roman dans une fondriĂšre, laissant Ă sa place la simple souche couverte de boue et pourtant dessĂ©chĂ©e quâelle Ă©tait devenue. Cette crĂ©ature, câest Pan. Non plus le glorieux Pan de la mythologie, mais le dernier avatar, exsangue et dĂ©risoire, du maĂźtre de la vĂ©gĂ©tation et des amours. Pan qui meurt, câest tout un rapport au corps, Ă la nature, Ă la fusion des corps et de la nature ; ce sont de grands rythmes millĂ©naires, ce sont des prophĂ©ties, des intuitions, une spiritualitĂ© et une proximitĂ© entre hommes, nature et bĂȘtes que lâanimisme soutenait, qui disparaissent avec lui. Une Ćuvre de Bouchardon, le Faune endormi (1726 /1730), pourrait ĂȘtre mise en parallĂšle avec la mort de la crĂ©ature mythologique. Elle nâest pas sans rapport avec lâĂ©rotisme de certaines sculptures de Maillol et avec ses sculptures renversĂ©es comme la RiviĂšre : lâalliance dâĂros et de Thanatos.
Dans les premiĂšres dĂ©cennies du XXe siĂšcle, le courant fĂ©librige en Provence, la passion de poĂštes, dâartistes, dâĂ©rudits locaux, dâacadĂ©mies et de sociĂ©tĂ©s savantes, en pays catalan et ailleurs, ont Ă©tudiĂ© folklore, langues et traditions. Mais lâethnographie nâexplore que « la beautĂ© du mort » (Michel de Certeau, 1970). Le rĂ©gionalisme aboutit à « lâinvention de la tradition » (Hobsbawm) et parfois mĂȘme Ă de franches impostures comme la mythologie forgĂ©e de toutes piĂšces autour des gardians de Camargue. Nâest-ce pas le « marquis » Folco de Baroncelli, ami de Mistral, qui mit en scĂšne dans son domaine un supposĂ© mode de vie plein dâhonneur et de comportements chevaleresques ? Le tout en harmonie avec la nature, prĂšs des Saintes-Maries de la Mer, oĂč furent mĂȘme tournĂ©s des films qui anticipent les westerns des cowboys du Far West.
Mais lâart, quand il nâimite pas, peut seul faire naĂźtre le sentiment actuel de la beautĂ©, Ă©quivalent Ă celui quâen leur temps, certaines pĂ©riodes dâharmonie ont pu connaĂźtre. Autour de la MĂ©diterranĂ©e, le noucentisme espagnol avec Josep ClarĂ , ami de Maillol, le Novecento italien avec Carlo CarrĂ , le cĂ©zannisme et le postimpressionnisme des Signac et autres Cross ont repensĂ© lâAntique Ă partir du prĂ©sent de la sensation, de la lumiĂšre et de la plĂ©nitude des formes se dĂ©tachant sur lâazur. Câest bien en effet un mĂȘme rĂȘve de fusion de la modernitĂ© et de lâĂąge dâor de la communion supposĂ©e avec la nature qui anime CĂ©zanne que Maillol admira comme un maĂźtre, Henri-Edmond Cross, Paul Signac -quâon pense Ă son tableau Au temps dâharmonie rĂ©alisĂ© en 1895 Ă Saint-Tropez, aujourdâhui Ă lâhĂŽtel de ville de Montreuil-, ou encore Maurice Denis, lâami de Maillol. Faire renaĂźtre sur les rives de la MĂ©diterranĂ©e, les scĂšnes de lâĂąge dâor. A lâĂ©poque, lâharmonie Ă©tait recherchĂ©e dans lâavenir radieux que promettait lâanarchie, une idĂ©ologie Ă laquelle Maillol jeune, Ă©pris de libertĂ© et mĂ©fiant avec le pouvoir dâĂ©tat centralisateur, sâĂ©tait laissĂ© gagner. AprĂšs le pointillisme de Luxe, calme et voluptĂ© (1904), Henri Matisse, dĂ©lĂ©gua dans son Ćuvre Le bonheur de vivre (1906) Ă quelques groupes de baigneurs qui semblaient sortis dâune peinture de CĂ©zanne et Ă quelques troupeaux de chĂšvres dessinĂ©es Ă la hĂąte, ce soin de revivre lâantique harmonie du monde. Puis ce fut son ami AndrĂ© Derain avec ses Baigneuses Mais ce primitivisme-lĂ peina Ă convaincre des publics citadins dĂ©jĂ passĂ©s Ă une autre perception de la modernitĂ©, faite dâinsolites perspectives, de machines volantes, dâhĂ©lices dâavion, de transsibĂ©rien et de remorqueurs.
12 Joseph dâArbaud, La BĂšstio dĂłu VacarĂ©s (La BĂȘte du VaccarĂšs) Paris, Grasset & Fasquelle, 1926.
Le premier numĂ©ro de la revue puriste créée par Le Corbusier, AmĂ©dĂ©e Ozenfant - auteur dâun vĂ©ritable best-seller en 1928, Artet Paul DermĂ©e, Lâesprit Nouveau, paru en octobre 1920 affirmait : « Il y a un esprit nouveau. Câest un esprit de construction et de synthĂšse guidĂ© par une conception claire. Quoi quâon en pense, il anime aujourdâhui la plus grande partie de lâactivitĂ© humaine. » Le 1er janvier 1921, le numĂ©ro 10 de cette mĂȘme revue publie un article signĂ© par Le Corbusier-Saugnier et titrĂ© « Des yeux qui ne voient pas ⊠III les autos ». On y lit : « Cette prĂ©cision, cette nettetĂ© dâexĂ©cution ne flatte pas quâun sentiment nouveau, nĂ© de la mĂ©canique. Phidias sentait ainsi ; lâentablement du ParthĂ©non en tĂ©moigne. De mĂȘme les Ăgyptiens lorsquâils polissait les pyramides. CâĂ©tait au temps oĂč Euclide et Pythagore dictaient la conduite de leurs contemporains. » Les tenants de lâart moderne ont en effet espĂ©rĂ© en une sorte de fusion de lâantique et de la modernitĂ©, espĂ©rant que la grĂące et la spiritualitĂ© de lâAntiquitĂ© pourraient imprĂ©gner lâĂ©poque moderne et adoucir les rigueurs et les brutalitĂ©s du machinisme et du monde moderne. Le titre de la revue Ă©tait dâailleurs empruntĂ© Ă une confĂ©rence quâavait donnĂ©e Apollinaire en 1913. Le purisme, contemporain du futurisme, de dada et du surrĂ©alisme, proclamait que la clartĂ© de lâidĂ©e et de la forme rendait Ă©gaux lâartiste et lâingĂ©nieur, les formes de lâart et celles de lâinvention technique. On verra dans cette revue Le Corbusier comparer par exemple lâarchitecture du ParthĂ©non et le design (la construction) dâune automobile moderne, alors que Marinetti avait en 1909 proclamĂ© dans le Manifeste du Futurisme (1909), on le sait, la supĂ©rioritĂ© dâune automobile « jetĂ©e Ă pleine vitesse sur lâasphalte » sur la VĂ©nus de Milo.
Pas de voiture, pas de machine dans lâart de Maillol, mais le calcul, lâharmonie, le sens de la proportion associĂ©s Ă la conviction humaniste que prĂ©sentent les corps modelĂ©s, galbĂ©s, attirants : « Je cherche lâarchitecture et les volumes. La sculpture câest de lâarchitecture, lâĂ©quilibre de masses, une composition avec du goĂ»t. Cet aspect architectural est difficile Ă atteindre. Je tĂąche de lâobtenir comme lâa fait PolyclĂšte. Je pars toujours dâune figure gĂ©omĂ©trique, carrĂ©, losange, triangle, parce que ce sont ces figures qui tiennent le mieux dans lâespace. » 13
En 1975, Thomas Messer voyait Maillol « en contradiction avec les modes archaĂŻques dâorigine africaine et exotique qui dominent notre Ă©poque depuis que Picasso a créé les Demoiselles dâAvignon »14. Câest compter sans lâinfluence de lâart asiatique sur Maillol, marquĂ©, comme Modigliani, par lâart dâExtrĂȘme-Orient. Parmi les moulages prĂ©sentĂ©s Ă lâExposition universelle de Paris en 1900 quâil avait rĂ©cupĂ©rĂ©s, comme nous lâavons dĂ©jĂ dit -et quâon voit sur les murs de lâatelier dans de nombreuses photographies, un relief montre un couple divin bouddhique dans une scĂšne dâamour oĂč la femme-danseuse est totalement renversĂ©e en arriĂšre, sa tĂȘte venant pratiquement toucher le sol. Elle inspire une eau-forte de dĂ©cembre 1926 titrĂ©e « Bacchante » 15. Un autre relief reprĂ©sente Ăiva. Le sculpteur avait dit Ă Judith Cladel : « Les sculpteurs hindous ont fait des statues avec dix bras, mais ces statues ne sont pas agitĂ©es » 16. Par ailleurs, le 8 novembre 1910, Maillol disait au comte Kessler Ă propos du dos de la pierre de MĂ©diterranĂ©e : « Cette forme-lĂ est neuve, les Grecs nâont jamais fait ça, cette forme ronde qui se rapproche de lâart oriental, des Japonais. »17
Giovanni Lista a pu Ă©crire rĂ©cemment dans La sculpture moderne du primitivisme aux avant-gardes (2018) 18: « Le nĂ©oclassicisme est reprĂ©sentĂ© par Aristide Maillol qui utilise le nu fĂ©minin comme un signe autosuffisant et autonome, dĂ©pourvu de toute narration ou contenu symbolique. Admirateur de Puvis de Chavannes, il en reprend lâapproche visant un art dâharmonie, de sĂ©rĂ©nitĂ© et de silence. Ses statues, telles LĂ©da (1902), MĂ©diterranĂ©e (1905) ou Flora (1911), sont un ensemble de formes pleines lisses et Ă©purĂ©es, qui sâenchaĂźnent et se suivent en continu pour crĂ©er une figure dĂ©sindividualisĂ©e et intemporelle.
13 Judith Cladel, Maillol, sa vie, son Ćuvre, ses idĂ©es, Paris, Bernard Grasset, 1937
14 Thomas Messer, « Preface », in cat .exp. Alfred H.Barr, Jr (ed), Masters of Modern Art, New York, MoMA, 1975, p. 5.
15 Marcel GuĂ©rin, Catalogue raisonnĂ© de lâĆuvre gravĂ© et lithographiĂ© de Aristide Maillol Tome 2, Les lithographies Les eaux-fortes, GenĂšve, Ăditions Pierre Cailler, 1967, n°325.
16 Judith Cladel, op.cit., p.218
17 CitĂ© par OphĂ©lie Ferlier-Bouat, « La Nuit », Aristide Maillol (1861-1944), La quĂȘte de lâharmonie Paris, MusĂ©e dâOrsay, Gallimard, p.158.
18 Giovanni Lista, La sculpture moderne du primitivisme aux avant-gardes, Paris, Editions Ligéia, 2018, p.57.
Le nĂ©oclassicisme historique du XVIIe siĂšcle avait sublimĂ© la chair en vidant de substance le modĂšle antique. Maillol rĂ©ussit Ă rĂ©introduire une plĂ©nitude charnelle tout en restant Ă lâintĂ©rieur des paramĂštres de lâart de la GrĂšce classique. »
Si lâon ne peut quâĂȘtre dâaccord avec ce que lâhistorien dâart italien Ă©crit de la « plĂ©nitude charnelle » rĂ©introduite par Maillol, alors que le nĂ©o-classicisme Ă©tait restĂ© purement idĂ©aliste, on doit en revanche rĂ©affirmer que le sculpteur ne se rĂ©clame pas de la GrĂšce classique -nâest donc pas nĂ©oclassique-, mais bien davantage, comme nous lâavons dit, de la GrĂšce archaĂŻque, trĂšs proche de ses sources primitives Ă©gyptiennes, de ses formes qui tiennent lâĂ©quilibre entre lâimmobilitĂ© architecturale et la suggestion du mouvement, entre lâapparence humaine et la force divine, la gravitas et la voluptas. Câest en cela quâen sculpture, il se distingue des « modernes nĂ©o-classiques » Charles Despiau, Robert WlĂ©rick, Jane Poupelet, Louis-EugĂšne Dejean ou Henry Arnold.
Maillol a su rĂ©inventer la sculpture. DĂšs 1931, lâhistorien et philosophe Carl Einstein Ă©crit : « Il possĂšde la rare qualitĂ© de travailler sans relĂąche la forme de façon tactile dans un geste de fluiditĂ© dense, tenant partout compte de la forme cubique dâensemble. » Par ce geste de fluiditĂ© dense, Maillol opĂšre le passage de tĂ©moin entre la sculpture des Myron, PolyclĂšte et autres Scopas et notre modernitĂ©. Rodin nâest que fluide, Medardo Rosso, Lehmbruck Ă©galement ; Despiau, Bourdelle recherchent la densitĂ©. LâĆuvre de Maillol seule a cette « fluiditĂ© dense », vitale, que lâhistorien de la sculpture britannique Herbert Read ressentait en ces termes en 1956 : « Un torse de Maillol est une rĂ©alitĂ© palpable : nous pouvons lâapprĂ©hender visuellement, mais lâĆil nâest pas flattĂ©, nâest pas flatteur. Les formes sont exprimĂ©es Ă partir dâune profondeur vitale, et nos sensations, si nous en prenons conscience, sont des sensations de poussĂ©e, de poids, dâexistence solide. »19
Thierry DufrĂȘne
19 Herbert
of
Washington,
by Maillol is a palpable reality: we may apprehend it visually, but the eye is not pandered to, is not flattered. The forms are expressed from a vital depth, and our sensations, if we become aware of them, are sensations of thrust, of weight, of solid existence.â (notre traduction).
Read, The Art of Sculpture, The A.W.Mellon Lectures in the Fine Arts, 1954, National Gallery
Art,
Bollingen Series XXXV.3, Princeton University Press, 1956, p.87. âA torso
Index
TORSE DâAPHRODITE
Romain, Ier-IIe siĂšcle ap. J.-C. Marbre
H. : 51 cm. â L. : 36 cm. â P. : 19 cm.
Provenance :
Ancienne collection europĂ©enne depuis le XVIIIe siĂšcle, dâaprĂšs les techniques de restauration.
Ancienne collection privée new-yorkaise depuis les années 1970. Puis dans une collection belge depuis 2018.
TĂTE DâHOMME CASQUĂ
Romain, Ier-IIe siĂšcle ap. J.-C. Marbre
H. : 48,5 cm. â L. : 20 cm. â P. : 20 cm.
Provenance :
Ancienne collection privée française, Lyon.
Ancienne collection du Dr. Rebatel (1845-1905), Lyon. Puis par descendance.
FRAGMENT DE VĂNUS
Romain, Ier-IIe siĂšcle ap. J.-C. Marbre
H. : 38 cm. â L. : 20 cm. â P. : 15 cm.
Provenance :
Ancienne collection anglaise, acquis à la fin des années 1980.
TORSE DE VĂNUS
Romain, vers le IIe siĂšcle ap. J.-C. Marbre
H. : 30,5 cm. â L. 16 cm. â P. : 9 cm.
Provenance :
Ancienne collection europĂ©enne depuis les annĂ©es 1940 dâaprĂšs les techniques de soclage. Ancienne collection privĂ©e, issu dâune succession et prĂ©sentĂ© dans une maison de style gĂ©orgien situĂ©e Ă The Paragon, Bath.
FEMME DRAPĂE
Romain, IIe siĂšcle ap. J.-C. Marbre
H. : 158 cm. â L. : 60,5 cm. â P. : 41 cm.
Provenance :
Ancienne collection europĂ©enne depuis le XVIIIe siĂšcle dâaprĂšs les techniques de restauration.
Ancienne collection du marchand dâart François Antonovitch. Dans sa collection dĂšs les annĂ©es 1980 dâaprĂšs les tĂ©moignages.
TORSE DE VĂNUS
Grec, Hellénistique, IIe-Ier siÚcle av. J.-C. Marbre
H. : 25,5 cm. â L. : 9,5 cm. â P. : 8,5 cm.
Provenance :
Ancienne collection privĂ©e amĂ©ricaine, New-York, depuis les annĂ©es 1940 dâaprĂšs les techniques de soclage.
Ancienne collection privée américaine, New York, acheté dans les années 1990.
TĂTE DâATHĂNA
Romain, Ier siĂšcle av. J.-C Ier siĂšcle ap. J.-C.
Marbre
H. : 31 cm. â L. : 20 cm. â P. : 18 cm.
Provenance :
Dans une collection europĂ©enne depuis le XVIIIe siĂšcle dâaprĂšs les techniques de restauration.
Puis dans une collection privée anglaise depuis les années 1970 ou 1980.
Transmis par descendance au sein de la mĂȘme famille.
FRAGMENT DE JAMBES DRAPĂES
Romain, Ier-IIe siĂšcle ap. J.-C.
Marbre
H. : 59 cm. â L. : 60 cm. â P. : 36 cm.
Provenance :
Ancienne collection privée française avant 2000.
FRAGMENT DâUNE MAIN AVEC UNE LANCE
Romain, IIe-IIIe siĂšcle ap. J.-C.
Marbre
H. : 10 cm. â L. : 9 cm. â P. : 6 cm.
Provenance :
Ancienne collection privée anglaise, probablement acheté dans les années 1990.
MAIN GAUCHE
Romain, IIe-IIIe siĂšcle ap. J.-C.
Marbre
H. : 29 cm. â L. : 12 cm. â P. : 8 cm.
Provenance :
Ancienne collection privée parisienne de la rue du Faubourg Saint Honoré, puis par succession dans les années 1990.
CLIPEUS AVEC LE PORTRAIT DâUN JEUNE HOMME
Romain, vers le IIe siĂšcle ap. J.-C.
Marbre
H. : 56 cm. â L. : 55 cm. â P. : 10 cm.
Provenance :
Ancienne collection privée de David Sylvester (1924-2001), Londres.
Vendu chez Sothebyâs, Londres, « The Property of David Sylvester Esq., C.B.E ; Antiquities », 10 juillet 1990, lot 271.
Puis dans une collection privée anglaise, 1990-2014.
Avec Ariadne Galleries, New York et Londres, acquis au précédent.
Puis dans une collection privée américaine depuis 2016.
STATUE DâUN JEUNE SATYRE
Romain, Ier-IIe siĂšcle ap. J.-C.
Marbre
H. : 111 cm. â L. : 45 cm. â P. : 28 cm.
Provenance :
Ancienne collection privĂ©e europĂ©enne du XVIIIe-XIXe siĂšcle dâaprĂšs les techniques de restauration.
Vendu chez Sothebyâs, New York, « Antiquities », 17 DĂ©cembre 1996, lot 91.
Sur le marchĂ© de lâart londonien.
Vendu chez Christieâs, New York, « Antiquities», 10 DĂ©cembre 2004, lot 588.
Ancienne collection privĂ©e new-yorkaise dâun antiquaire, acquis Ă la vente prĂ©cĂ©dente.
CHAPITEAU CORINTHIEN
Romain, Ier-IIe siĂšcle ap. J.-C. Marbre
H. : 49 cm. â L : 50 cm. â P. 50 cm.
Provenance :
Ancienne collection privĂ©e, Suffolk, jusquâen 2023.
PANTHĂRE ASSISE
Romain, milieu du IIe siĂšcle ap. J.-C., rĂšgne de lâempereur Hadrien (117-138)
Marbre Bigio Antico
H. : 42 cm. â L. : 23 cm. â P. : 35 cm.
Pattes avant, base et oreilles restaurées au XVIIIe siÚcle
Provenance :
Ancienne collection privée du conte Xavier Branicki (1816-1879), Chùteau de Montrésor, France.
Dans la mĂȘme famille depuis le dĂ©but du XIXe siĂšcle.
FRAGMENT DE JAMBE GAUCHE
Travail italien, XVIIe siĂšcle
Marbre
H. : 75 cm. â L. : 51 cm. â P. : 31,5 cm.
Restauration dâune station ancienne
Provenance :
Ancienne collection française du Sud de la France depuis les années 1960. Vendu par la galerie Ginac, 28 rue Ségurane, Nice, en 1999.
Ancienne collection privée de Mme V. T., dans sa résidence parisienne du 8Úme arrondissement, acquis au précédent.
SATUE ASSISE DâINEFER
Ăgyptien, Basse Ă©poque, XXVe-XXVIe dynastie Granite dâAssouan
H. : 32 cm. â L. : 25,5 cm. â P. : 11 cm.
Provenance :
Ancienne collection privĂ©e de Maurice Nahman (1868-1948), Le Caire. Vendu Ă lâHĂŽtel Drouot, Paris, Collection Maurice Nahman, 26-27 fĂ©vrier 1953, lot 41. Acquis par Marguerite Bordet (1909-2014), artiste plasticienne, Ă la fin des annĂ©es 1990. Puis dans une collection privĂ©e parisienne Ă partir de 1999.
TORSE DE JEUNE HOMME
Romain, vers le Ier siĂšcle av. J.-C. Marbre
H. : 92,5 cm. â L : 40 cm. â P. 25 cm.
Provenance :
Ancienne collection privée de Don Rodolfo Boncompagni Ludovisi (1832-1911), Villa Ludovisi, Rome.
Acquis en 1897 par le Baron Léon de Somzée (1837-1901), Bruxelles.
Vendu par J.Fievez « Collections de SomzĂ©e », Bruxelles, 24 mai 1904, lot 24. Acquis par le marchand dâart belge RenĂ© Withofs (1919-1997), puis par descendance. Ancienne collection privĂ©e de 1998 Ă 2025.
TORSE MASCULIN
Romain, Ier-IIe siĂšcle ap. J.-C.
Marbre
H. : 87,6 cm. â L. 70 cm. â P. : 42 cm.
Provenance :
Ancienne collection europĂ©enne depuis le XVIIIe siĂšcle dâaprĂšs les techniques de restauration.
Acquis par la Merrin Gallery, New York, en 1989. Puis vendu chez Christieâs New York le 9 dĂ©cembre 2008, lot 150 Puis dans une collection privĂ©e jusquâen 2025.
TORSE DE DIONYSOS
Romain, Ier-IIe siĂšcle ap. J.-C.
Marbre
H. : 55 cm. â L. : 42 cm. â P. 20 cm.
Provenance :
Ancienne collection privée parisienne de M. W., acquis dans les années 1990 et exposé dans sa maison au Touquet.
FRAGMENT DâUNE STATUE DâHERMAPHRODITE
Romain, Ier-IIe siĂšcle ap. J.-C.
Marbre
H. : 33 cm. â L. : 35 cm. â P. : 33 cm.
Provenance :
Ancienne collection privĂ©e dâAlain Peyrefitte (1925-1999).
Puis ancienne collection de Françoise Sagan, (1935-2004), donnĂ© par elle-mĂȘme Ă Mr. X, Paris.
Vendu Ă Drouot le 13 dĂ©cembre 2019, lot 157. Puis collection privĂ©e anglaise jusquâen 2025.
ARISTIDE MAILLOL
Torse de lâĂle de France ou Jeune fille marchant dans lâeau, 1922
Bronze
H. : 120 cm. â L. : 56 cm. â P. 40 cm.
ARISTIDE MAILLOL
TĂȘte de lâHarmonie (Dina), 1943
Bronze
H. : 25,5 cm. â L. : 20 cm. â P. 20 cm.
ARISTIDE MAILLOL
Nymphe sans bras, 1930
Bronze
H. : 156 cm. â L. : 62 cm. â P. : 46 cm.
ARISTIDE MAILLOL
Petite Nymphe drapée, 1936
Bronze
H. : 29 cm.
ARISTIDE MAILLOL
Baigneuse à la draperie ou Baigneuse drapée ou La Seine (1er état), 1921
Bronze
H. : 179 cm. â L. : 67 cm. â P. : 43 cm.
ARISTIDE MAILLOL
Ătude pour le monument Ă Paul CĂ©zanne (torse), 1912
Bronze
H. : 14 cm. â L. : 15,5 cm. â P. : 5 cm.
ARISTIDE MAILLOL
Jeune femme ou Torse de femme ou Petit nu, vers 1896
Bronze
H. : 28 cm. â L. : 7,5 cm. â P. : 5,8 cm.
ARISTIDE MAILLOL
Les mains, 1930
Bronze
H. : 15 cm. â L. : 9 cm. â P. : 4 cm.
ARISTIDE MAILLOL
La main, 1938
Bronze
:
ARISTIDE MAILLOL
Femme accroupie, 1911
Bronze
ARISTIDE MAILLOL
Flore drapée (avec guirlande de fleurs), 1909
Bronze
ARISTIDE MAILLOL
Jeune fille allongée, 1921
Plomb
ARISTIDE MAILLOL
Torse dâune nymphe, 1931
Bronze
H. : 131 cm.
ARISTIDE MAILLOL
Le jeune homme, 1930
Bronze
H. : 32 cm. â L. 10,5 cm. â P. : 7 cm.
ARISTIDE MAILLOL
Le Couple ou Lâhomme et la femme, 1896
Bronze
H. : 17 cm. â L. : 16 cm. â P. : 8,5 cm.
Commissaire dâexposition
Simon Porte Jacquemus
Direction artistique et production
Duan Zhang de CourrĂšges, Romain Cluzel, Sophie Pinet, Guillaume Semerciyan et Emma de Villemandy
Ollivier, Adrien et Gladys Chenel
Alexandre et Pierre Lorquin
Galeries participantes
Galerie Chenel et Galerie Dina Vierny
Graphisme
Adrien Chenel et Alexandra Baltas
Textes
Carole Blumenfeld et Thierry DufrĂȘne
Photographies
Adrien Chenel
Lieu dâexposition
CollĂšge des Bernardins
Marie Aristide
Imprimé par Burlet Graphics
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Publié en novembre 2025
Edition de 1000 exemplaires.