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QuiNousDefendraDemain-Deftech_2025_FR_PAGES (2)

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QUI DÉFENDRANOUSDEMAIN ?

EN

DEHORS DE L'ARMÉE

Qui nous défendra demain en dehors de l'armée ?

Commanditaire et édito : Quentin Ladetto

Recherches, analyses et rédaction : Félix Baranger, Romain Fenouil et Matthieu Gioani

Pilotage de l’étude : Matthieu Gioani et Romain Fenouil

Illustrations des personnages : Antoine Petiteaux

Identité visuelle et design graphique : Jacc & Co (Cécile Cazanova et Lou-Anne Thomas)

Réalisé par le collectif Le Coup d’Après. www.lecoupdapres.fr

Remerciements à Fabien Girardin pour ses suggestions, à Pamela Bellier pour les sources partagées, à l’équipe de Propulseurs (Luc Legay et Anne-Caroline Paucot) pour les échanges autour de l’atelier.

ISBN : 978-3-907717-02-8

Office fédéral de l’armement armasuisse Science et technologies Recherche et innovation

Feuerwerkerstrasse 39 CH-3602 Thun

Contact : quentin.ladetto@armasuisse.ch

deftech.ch | https://www.ar.admin.ch/

Édito

Qui nous défendra demain ? Cette question n’est ni rhétorique, ni lointaine. Elle est urgente. Parce que ce que nous appelions hier « guerre » n’existe plus uniquement sous les mêmes contours. Parce que les lignes entre le militaire et le civil, entre le front et l’arrière, entre l’attaque et l’influence, se sont effacées. Et parce que la défense d’un pays ne peut plus reposer sur une réponse unique mise en œuvre par une seule institution.

Aujourd’hui, la guerre ne commence plus toujours avec des uniformes, ni ne se limite à des affrontements armés sur des terrains identifiés. Elle se glisse dans les fibres optiques, les récits collectifs, les chaînes d’approvisionnement, les plateformes logicielles, les dynamiques sociales. Elle est symétrique et asymétrique, cinétique et cognitive, étatique et non étatique. La conflictualité moderne se joue simultanément sur différents théâtres d’opérations : terrestre, maritime, aérien, spatial, électromagnétique, humain et cyber. Aucun de ces espaces ne peut être isolé des autres. Tous interagissent, s’influencent, se renforcent. La guerre est devenue un système. Sa défense doit l’être aussi.

Dans ce contexte, la question n’est plus seulement : « Quelle armée pour demain ? », mais : « Quelle société défendons-nous, et avec qui ? » Autrement dit : quelle part prendront les civils, les entreprises, les collectivités, les infrastructures critiques, les institutions éducatives et scientifiques dans la résilience collective ? Car il ne s’agit plus seulement de faire face à une invasion, mais de maintenir la cohésion d’un pays dans la durée, de protéger les conditions d’une souveraineté vivable, d’assurer la continuité d’un projet commun.

Cette étude aborde donc la défense nationale sous un angle élargi, délibérément hors des sentiers battus. Elle explore le rôle des entités extérieures à l’armée — industries, acteurs civils, partenaires privés, citoyens organisés — dans la construction d’une réponse systémique aux menaces hybrides. Il s’agit moins ici d’ajouter des briques à une forteresse classique que de penser un écosystème de défense distribué, adaptable, intelligent, et ancré dans la société.

L’approche est volontairement transversale. Elle mobilise des analyses sur les frontières floues entre paix et conflit, sur la dimension cognitive des nouvelles formes de guerre, sur l’insertion de la défense dans les chaînes de valeur technologiques et sociales. Elle pose aussi des questions sensibles : quelles responsabilités collectives face à des menaces décentralisées ? Jusqu’où déléguer la sécurité au secteur privé ? Quelles conditions démocratiques faut-il garantir pour maintenir une vigilance sans paranoïa ?

La Défense, dans cette perspective, n’est plus seulement un Département. C’est une capacité nationale à faire face, à tenir, à s’adapter. Cette capacité n’émergera pas spontanément. Elle suppose des choix structurants, une vision partagée, et une lucidité sur le monde qui vient.

Ce document n’a pas la prétention d’apporter toutes les réponses. Mais il propose des grilles de lecture, ouvre des hypothèses de façon décalée, et invite à repenser ensemble les conditions de notre sécurité collective. Car anticiper, c’est déjà commencer à se défendre, et défendre un pays, c’est savoir sur qui il peut compter.

Et vous, quel rôle allez-vous jouer ?

Prospectivement vôtre,

Quentin Ladetto, Prospective technologique, armasuisse S+T

Edito Sommaire

Condensé

SE DÉFENDRE HIER ET DEMAIN, EN DEHORS DE L’ARMÉE

DÉTOURAGE DU SUJET

SE DÉFENDRE, DANS QUEL CONTEXTE ?

LA RELATION ARMÉE-SOCIÉTÉ CIVILE EN SUISSE, INSPIRANTE POUR LES

PAYS VOISINS ?

MENACES ET ACTEURS FUTURS DE LA DÉFENSE

LES FUTURS ACTEURS DE LA DÉFENSE

Roberta, 72 ans, science citoyenne et pilote de drones

ÉVITER LE DÉCLASSEMENT ÉCONOMIQUE

Naïm, 19 ans, développeur et concepteur de l’indice de souveraineté, et lanceur d’alerte

RENFORCER LA COHÉSION SOCIALE

Claudio, 62 ans, patron d’une entreprise industrielle, représentant d’un syndicat patronal et agent d’intégration

COMPOSER AVEC L’ACCÉLÉRATION DU TEMPS

GARANTIR LA SANTÉ PHYSIQUE ET PSYCHIQUE

Karin, 43 ans, coordinatrice de quartier, militante de l’activité physique et économiste du lien social

S’ADAPTER AU NOUVEAU RÉGIME CLIMATIQUE

Thomas, 47 ans, coordinateur agricole et influenceur food

GÉRER LES INCERTITUDES GÉOPOLITIQUES

Luca, 34 ans, négociateur et sécurisateur d’approvisionnement

stratégique

DÉFENDRE LE MODÈLE DÉMOCRATIQUE

Camille, 36 ans, journaliste et animatrice de “Débats-toi”

PROTÉGER NOS CERVEAUX

LUTTER CONTRE LES DÉSTABILISATIONS

Élisa, 29 ans, professeure d’histoire et vigie des influences étrangères

QUEL EST LE LIEN ENTRE LES PERSONNAGES ET LES ENJEUX ?

CONCLUSION DE L’ÉTUDE

COMMENT S’APPROPRIER CE TRAVAIL ?

Un atelier pour se projeter concrètement

Les outils de l’atelier

Le matériel dont vous aurez besoin

La préparation de l’atelier

Déroulé de l’atelier

Étape 1 - Anticiper les menaces et leurs impacts

Étape 2 - Interagir avec les acteurs de la défense de demain

Étape 3 - Identifier des pistes d’action

Étape 4 - Tirer des enseignements pour la défense

DANS

LES COULISSES

BIOGRAPHIE DES PERSONNES INTERROGÉES

MÉTHODOLOGIE

BIBLIOGRAPHIE

Condensé

Enjeux de préservation

I. Éviter le déclassement économique

II. Renforcer la cohésion sociale

IV. Garantir la santé physique et psychique

VII. Défendre le modèle démocratique

Pour vous donner un aperçu rapide de ce travail, voici, en quelques mots et images, le condensé de cette production.

Nous avons porté volontairement notre regard sur les questions de défense en dehors du périmètre habituel des armées, afin d’imaginer les rôles que pourraient jouer demain des citoyens et des citoyennes d’un pays comme la Suisse et de ses voisins directs. Après des recherches sur les approches de défense citoyenne et une campagne d’interviews auprès d’experts en questions sociales, géopolitiques et de sécurité, nous avons recensé 28 menaces, regroupées en 9 enjeux (cf. tableau ci-dessous).

Enjeux d’adaptation et de résistance

III. Composer avec l’accélération du temps

V. S’adapter au nouveau régime climatique

VI. Gérer les incertitudes géopolitiques

VIII. Protéger nos cerveaux

IX. Lutter contre les déstabilisations

“L'approche systématique "nous contre eux" doit être combattue, pour ne pas tout voir comme une menace, et être également ouvert à la collaboration. L'intérêt de la posture de neutralité de la Suisse, c'est de parler à tout le monde, pour comprendre le point de vue de chacun et créer des opportunités.”

Myriam Dunn-Cavelty, senior Scientist and Deputy for Research and Teaching - Center for Security Studies (ETH Zurich)

"La guerre est un caméléon permanent, disait Clausewitz. Il faut être intellectuellement disposé à ces modifications permanentes et confronter les décideurs avec des choses qui parfois dérangent ; c'est seulement ainsi que nous pouvons avancer. Foch le résumait ainsi : "il faut leur apprendre à penser l'impensable."

Alain Vuitel, chef d’état-major de l’Instruction opérative (CEMIO)

Pour faire face à ces enjeux, vous découvrirez les portraits de 8 citoyens et citoyennes ordinaires, qui, chacun à leur manière, participent ou peuvent participer à un effort de défense.

Roberta, 72 ans, science citoyenne et pilote de drones

“Je préfère larguer des kits de survie que de rester dans mon fauteuil à regarder les catastrophes à la télé.”

Camille, 36 ans, journaliste et animatrice de “Débats-toi”

"J'ai écrit 'Comment discuter avec des cons' parce que j'en avais marre qu'on confonde avoir raison avec savoir convaincre. La démocratie meurt quand on refuse d'écouter ceux qu'on trouve idiots."

Élisa, 29 ans, professeure d’histoire et vigie des influences étrangères

Claudio, 62 ans, patron d’une entreprise industrielle, représentant d’un syndicat patronal et agent d’intégration

"Quand je vois un électricien turc danser au carnaval de Bâle avec une grande fierté, je me dis qu'on fait du bon travail d'intégration."

"Enseigner l'histoire aujourd'hui, c'est aussi apprendre à mes élèves que la guerre de l'information se joue en temps réel sur leurs smartphones, pas seulement dans les livres d'histoire."

Karin, 43 ans, coordinatrice de quartier, militante de l’activité physique et économiste du lien social

"Ma thèse prouve que trois 'bonjour' sincères par jour dans un escalier valent mieux qu'un psychologue de quartier. Le problème, c'est qu'on ne sait pas facturer la gentillesse."

Naïm, 19 ans, développeur et concepteur de l’indice de souveraineté, et lanceur d’alerte

"J'ai 19 ans et j'emmerde déjà des PDG de multinationales qui ont trois fois mon âge. Ils m'accusent d'être un lâche mais ils n'osent pas se confronter à la réalité et aux données que je mets sur la table."

Thomas, 47 ans, coordinateur agricole et influenceur food

"Mes followers pensent que je fais de la cuisine, mais en réalité je leur apprends à vivre avec plaisir et dignité dans un monde où les bananes et le chocolat redeviendront des produits de luxe."

Luca, 34 ans, négociateur et sécurisateur d’approvisionnement stratégique

"Négocier du lithium aujourd'hui, c'est comme négocier des armes pendant la guerre froide. Chaque contrat peut bousculer l'équilibre géopolitique d'une région entière."

SE DÉFENDRE HIER ET DEMAIN, EN DEHORS DE L'ARMÉE

Se défendre hier et demain, en dehors de l’armée

DÉTOURAGE DU SUJET

Pourquoi se préoccuper de défense aujourd’hui ?

Qui nous défendra demain, en dehors de l’armée ? Revenons sur cette question, et explicitons les termes et les motivations de cet angle, avec une perspective historique et un regard sur la Suisse.

Dépassant l’illusion de « fin de l’histoire », la dernière décennie a montré la renaissance des contestations et des conflits par des guerres hybrides dans de nombreuses zones géographiques (Europe, Afrique de l’Ouest, Sahel, Moyen-Orient, Asie du

Sud-Est, etc.). Les tensions actuelles entre la Chine et les États-Unis, ainsi que le conflit russo-ukrainien, ravivent cette réflexion pour les décideurs, chercheurs, médias et organes de réflexions américains et européens.

" En Europe depuis la seconde guerre mondiale, on ne veut plus voir les menaces. On se berce d’illusions d’un monde nouveau. C’est le post-modernisme, il n’y a pas de volonté de voir les menaces et les responsabilités, de même que les devoirs sont connotés de manière passéistes. Une illustration en dit long : la stratégie de sécurité de la Finlande est celle qui a le moins changé depuis les années 80, et aujourd’hui c’est la plus adaptée. "

Nous ? La Suisse et ses voisins

Impact de la conflictualité sur les pays voisins

Nous avons abordé ce sujet avec le présupposé, vérifié par l’Histoire, qu’une compétition, une contestation ou un affrontement entre pays se répercute directement ou indirectement sur ses voisins.

Il nous est donc inconcevable de se concentrer sur un pays, la Suisse dans notre cas, sans s’intéresser à ses voisins directs et ses périphéries, partant du principe que ces mêmes voisins n’attaquent pas la Suisse.

Retentissement sur les pays voisins

Majeur

1 Près des deux tiers des Suisses de l’étranger vivent en Europe, mars 2025

Négligeable Compétition Contestation Affrontement

Par ailleurs, d’autres grilles de lectures plaident pour un élargissement de la focale à la Suisse et ses voisins :

• Économiquement, la Suisse et ses voisins sont très imbriqués. L’Union Européenne est le premier partenaire

Intensité de la conflictualité

commercial de la Suisse et la Suisse est le quatrième exportateur vers l’UE. De plus, une dépendance historique s’est créée par les échanges de marchandises et des travailleurs frontaliers, facilitée par des accords de libre-circulation.1 Notons que la

majorité des Suisses de l’étranger vivent en France, Allemagne et Italie.

• Géographiquement, la Suisse, par la taille relativement restreinte de son territoire (220km par 350km), reste vulnérable sur la grande majorité de son territoire face à des systèmes modernes conventionnels. Si une confrontation directe avec ses voisins directs paraît inconcevable, la défense du territoire suisse s’envisage avec eux. Politiquement, la Suisse est une nation constituée de langues et de cultures diverses à la conjonction de trois aires culturelles majeures (germanophone,

En dehors de l’armée ?

Focus sur la société civile

Dans l’imaginaire contemporain, lorsque l’on parle de défense, l’armée est le premier acteur mentionné. La fin du service militaire obligatoire et le modèle de l’armée de métier dans la majorité des pays européens alimente ce réflexe. La Suisse se distingue de ses voisins par le maintien de la circonscription et la porosité historique entre l’armée et la société. La notion de guerre hors limites2 définit dans l’ouvrage éponyme des colonels chinois Wang et Liang implique ainsi fortement la société civile, dont la sphère économique.

Ainsi, pour s’affranchir de ce flou possible entre monde civil et militaire sur les questions de défense, nous avons volontairement axé notre réflexion sur la société civile.

Au-delà de ce choix, et comme l’illustre la citation ci-dessous, il ressort de notre étude et des interviews un large consensus sur la nécessité d’aller vers plus de collaboration entre civils et militaires, pour pouvoir répondre aux enjeux de demain.

Qui ?

Des acteurs

humains

Bien que cela soit le premier mot de la question, nous avons gardé sa description pour la fin, une fois les autres termes explicités. Ce “qui ?”, bien qu’incarné par des personnes dans la suite de ce travail, est à considérer de façon plus large. Il peut s’envisager comme des citoyens et citoyennes, bien sûr, mais également à travers des entreprises, des institutions, des associations, des collectifs de personnes. Nous aurions pu étendre le champ des

francophone et italophone). Malgré son relief, cette porosité avec ses voisins fait partie intégrante de son identité.

• Socialement, bien qu’elle ne soit pas dans l’Union Européenne, la Suisse vit des évolutions sociales proches de celles de ses voisins européens directs et du bloc occidental en général, malgré quelques nuances.

Toutes ses raisons nous ont donc poussé à considérer comme plus pertinent de prendre comme centre de gravité la Suisse et d’y inclure ses voisins dans l’analyse.

" La menace la plus grande, c’est la probabilité de plus en plus forte qu’il y ait une conjonction de menaces. Les armées font partie des services les plus efficaces au monde, sauf que si elles sont déjà mobilisées sur certains sujets, elles ne pourront pas tout traiter. L’armée et les services de police ne peuvent pas répondre à tout. Par exemple sur la question du dérèglement climatique, il est important de mobiliser dès maintenant des acteurs civils pour anticiper les crises. Créer cette transversalité et cette capacité à communiquer entre acteurs pour réagir plus vite. "

Mélissa Levaillant, directrice générale - SELDON Conseil

possibles à des valeurs, des traits culturels, des comportements spécifiques, des éléments naturels, les parties du vivant… Mais pour orienter cette recherche dans une perspective d’action civile ou institutionnelle, nous avons fait le choix de nous restreindre à des personnes. Libre à vous, lectrice ou lecteur, d’élargir et d’incarner les autres formes possibles de ce “qui” !

2 Wang Xiangsui et Qiao Liang, La guerre hors limites, Payot & Rivages, traduction française (2006), version originale (1999)

Qui nous défendra demain ?

SE DÉFENDRE, DANS QUEL

CONTEXTE ?

Une nouvelle conflictualité : mouvante et protéiforme

Déjà cité précédemment, les auteurs de La guerre hors limite insistent sur le caractère protéiforme des conflits « Aujourd’hui, (…) le terrain de la guerre a dépassé les domaine terrestre, maritime, aérien, spatial et électronique pour s’étendre aux domaines de la sécurité, de la politique, de l’économie, de la diplomatie, de la culture et même de la psychologie… »

Espace aérien : il sépare le sol de l’espace exoatmosphérique, le droit national s’applique

Source : armée suisse

Se défendre, dans quel contexte ?

Pour des questions de structurations des forces, la majorité des armées et l’OTAN découpent l’espace conflictuel en domaines d’opérations, avec quelques variantes en fonction des doctrines.

L’OTAN et la Suisse, s’appuient sur l’identification de sept domaines, tel que présenté dans le schéma ci-dessous :

Espace exoatmosphérique : les satellites qui s’y trouvent servent à la communication, à la collecte de renseignement et à l’alerte précoce; la souveraineté du droit international public ne s’étend pas à cet espace.

Espace de l’information : espace où des personnes échangent des informations, par exemple dans les médias ou l’espace public.

Cyberespace : espace virtuel où des données électroniques sont saisies, enregistrées, transmises ou traitées.

Espace électromagnétique : espace où circulent les ondes électromagnétiques et où des appareils utilisant ces ondes sont employés (p. ex.: appareils radio, téléphones).

Sol : endroit où vit la population; cet espace est influencé par les autres espaces d’action.

Espace maritime : les mers et les océans recouvrent plus du 70% de la surface terrestre.

Les conflits en Ukraine, au Proche-Orient, en Afrique Subsaharienne, pour ne citer qu’eux, soulignent le renforcement d’une hybridité des espaces, qui devrait continuer de s’accroître du fait de nouvelles

conflictualités, de la fluidité de l’information et des technologies numériques. Une fiction récente, la mini-série finlandaise Conflict de Aku Louhimies (2024) illustre cette hybridité.

"De plus en plus, sont apparus des conflits asymétriques, non plus d’État à État, mais aussi d’État à organisation (terroriste ou autre), allant jusqu’à une forme d’atomisation de la menace, pouvant descendre jusqu’au niveau de l’individu, membre d’une organisation.”

Sébastien Jakubowski, directeur - INSPE Lille-HdF

Le nouveau cycle de conflictualité

Source : Armée française - Concept d'emploi des forces terrestres (2021)

Conflit haute intensité

Seuil de violence

Face à ces changements, l’armée de Terre française définit un nouveau modèle pour qualifier l’évolution de la conflictualité3. Elle est caractérisée par le triptyque compétition, contestation et affrontement :

• La compétition est une phase où les acteurs cherchent à obtenir des gains stratégiques sans recourir à la force sur les champs politique, diplomatique, culturelle, économique, militaire. Elle prédomine dans le champ informationnel.

• La contestation est une phase de «friction intermédiaire» où la compétition peut basculer en affrontement. La notion de seuil devient structurante : “nos adversaires manœuvrent, de façon directe ou indirecte, pour atteindre leurs objectifs stratégiques en faisant en sorte que la crise reste sous ce qu’ils estiment être notre seuil d’entrée dans l’affrontement.”

Retour à la compétition

AFFRONTEMENT

contre un ennemi

CONTESTATION

contre un adversaire

COMPÉTITION

contre un compétiteur

Temps de paix

• L’affrontement survient quand le seuil est franchi, les puissances engagent alors des moyens importants pour imposer leur volonté, en premier lieu sur le champ militaire. La gestion de l’escalade est déterminante pour éviter un conflit de haute intensité et opérer un retour à la compétition. Dans ce contexte, la bataille des narratifs est cruciale, nécessitant une synchronisation de partenaires et d’actions pour imposer son histoire, justifier son intervention et décrédibiliser l’adversaire.

L’adaptation des forces armées à cette nouvelle forme de conflictualité est donc essentielle pour répondre aux défis émergents et maintenir une capacité de dissuasion et de projection de puissance.

3 RFT 3.2.0 – Concept d'emploi des forces terrestres (CEFT) 2020-2035, Armée française

Qui nous défendra demain ?

Faut-il parler de “guerre” dans cette nouvelle conflictualité ?

« Guerre » décrit une réalité conflictuelle qui risque de s’auto-alimenter

"Ça pousse une vision binaire du monde, tu ne peux que perdre ou gagner. C’est un cycle continuel de violence car l’adversaire vaincu voudra toujours se venger."

Jonas Hagmann, head of the Division for Police Sciences - Cantonal Police of Basel-Stadt

Au démarrage de cette étude, la lecture de l’ouvrage La guerre hors limite, déjà citée, nous a interrogé sur l’usage qui pouvait être fait du mot “guerre”. Peut-on ou doit-on étendre l’usage de ce mot audelà du champ lexical des conflits armés ? La question vaut d’être posée quand on voit qu’en France, par exemple, les formules “guerre contre le climat” ou “réarmement démographique” ont été récemment utilisées par le président Macron luimême.

« Guerre » est utilisé pour des réalités différentes aujourd’hui, attention à son contexte

"Le problème c’est qu’on utilise mal le mot : on parle de guerre quand ce n’en est pas une, par exemple avec le climat, et quand on est vraiment en guerre cela n’est pas assez présent dans le débat public."

Mélissa Levaillant, directrice générale - SELDON Conseil

Se défendre, dans quel contexte ?

Plutôt que de nous référer à des doctrines et de tenter de définir de façon absolue les frontières sémantiques de ce mot, nous avons directement posé la question aux personnes interviewées pour cette étude pour connaître leur point de vue.

Nous avons tenté de les résumer ci-dessous, avec trois sphères d’avis qui se distinguent, pour délimiter l’usage du mot “guerre” dans le contexte actuel des pays d’Europe de l’Ouest.

« Guerre » doit être réutilisé pour faire prendre conscience de la criticité des enjeux

"Ces 30 dernières années, nous ne voulions plus entendre ce terme, mais il faut bien aujourd’hui nommer cette réalité qui est la nôtre et parler de GUERRE. Une guerre qui prend des formes multiples et qui s’inscrit dans le temps long.’"

Alain Vuitel, chef d’état-major de l’Instruction opérative (CEMIO)

Sans émettre d’avis, nous pouvons constater qu’aucun consensus n’émerge sur l’usage de ce mot, sans doute parce qu’il revêt une dimension politique, se rapporte à une vision de la géopolitique mondiale, et qu’il peut traduire une intention spécifique (désigner un ennemi, mobiliser une population, etc.).

Impliquer la société civile avec le concept de Défense

Totale

"Si la guerre se mène au front, elle se gagne en gardant la société sur pied"

Dans la mesure où nous nous sommes penchés sur la question d’une approche hybride des questions et des politiques de défense, impliquant notamment la société civile, nous avons très vite été confrontés au concept de Défense Totale. Ce terme est apparu au sortir de la seconde guerre mondiale, dans un contexte de guerre froide. La Finlande a inventé un mot - kokonaismaanpuolustuspour nommer cette stratégie de défense qui cherche à intégrer les capacités civiles et militaires4. Sans avoir être longuement théorisé, il s’apparente davantage à une approche de la défense qu’à une doctrine figée, ce qui a facilité son appropriation par d’autres pays.

"Nous avons construit notre sécurité globale sur six piliers interconnectés : la résilience sociétale, les capacités militaires et de défense, la sécurité de l'approvisionnement, la sécurité économique, la démocratie et les valeurs et la coopération internationale."

Alexander Stubb, président finlandais, 2024 Partant d’un présupposé logique que les questions de défense sont inévitablement liées au secteur civil - en cas de conflit les civils sont souvent les premiers touchés - le concept de Défense Totale cherche à amener une réflexion globale autour des sujets de défense. La force de ce concept, c’est la flexibilité qu’il laisse aux différents pays de le décliner à sa façon. Au cours de nos interviews, nous avons remarqué que les avis étaient variés autour

de ce sujet, plusieurs personnes questionnant la pertinence ou l’efficacité du concept, en fonction des contextes.

"La "défense générale" est un concept qui a culminé dans les années 1980 - le quart de la population avait joué à ces exercices - mais qui a été abandonné avec la fin de la guerre froide. Avec la guerre en Ukraine, il y a eu une prise de conscience en Europe. Mais étant donné le sous-investissement depuis 1980, recréer des capacités aujourd’hui coûte 5 à 10 fois plus cher. Et je ne parle pas d’avions de combat. Je parle des abris de protection civile."

Alexandre Vautravers, rédacteur en chef - Revue militaire suisse

La réalité géographique et le contexte historique d’un pays semblent avoir une influence importante sur la probabilité qu’un pays bascule sur une stratégie de Défense Totale, à l’image de la Finlande et de la Suède et de sa proximité avec la Russie. Les pays les plus souvent étudiés pour leur stratégie de Totale Defence sont généralement de pays de faible puissance militaire, d’un point de vue numérique. Ils comptent ainsi sur une population extrêmement bien préparée pour faire face à l’adversité, à l’image de la Finlande, la Suède, l’Estonie, la Lituanie, Singapour, Taïwan et la Suisse.5

4 Finnish Defense "Left of Bang", Jyri Raitasalo, National Defense University Press, Mars 2023

5 Do Total Defense Strategies Increase State Resiliency?, Robert Burrell, John Collison, Irregular Warfare, Avril 2025

Alexander Stubb, président finlandais, 2024
Les 6 piliers de la Totale Defence de Singapour

Qui nous défendra demain ?

Qui nous défendra demain ?

"Ce concept de Total Defence fonctionne dans des pays qui se sentent menacés car les citoyens y adhèreront, mais ce ne sera pas le cas dans un pays qui se considère en sécurité."

"Expliquer le concept de Total Defence à un public français pourrait exposer à des accusations de catastrophisme ou d’exagération tant l’opinion publique n’est pas encore tout à fait prête, le rapport des Français à l'institution militaire reste complexe"

Se défendre, dans quel contexte ?

"Les personnes pensent plus avoir à perdre qu’à gagner avec la mondialisation. Il n’y a pas de stratégie de Total Defence [en Suisse], par contre il y a un état d’esprit défensif, notamment sur les questions migratoires."

Certaines des personnes que nous avons interrogées soulignent également les limites ou les dérives possibles d’une telle approche.

"[Sur le concept de Défense Totale] Je comprends les gens qui disent que la sécurité doit passer en 1er, mais c'est faux, ça ne marche pas comme ça. Ce n'est pas un but la sécurité, c'est un outil pour le reste. La réflexion sur la sécurité ne doit pas être l'œuvre d'une petite équipe, car sinon ça pousse à se concentrer sur une seule chose, une seule menace et ne pas voir les autres."

Jonas Hagmann, head of the Division for Police Sciences - Cantonal Police of Basel-Stadt

"Tout ce qui n’est clairement pas du domaine de l’armée ne devrait pas relever de l’armée. [...] Le terme de défense n’est pas pertinent, il faut le dépasser. Je préfère le concept de résilience ou d’anti-fragilité, un système qui peut gérer la disruption, l’imprévu et s’adapter. C’est plus proche de la réalité que l’on vit."

Myriam Dunn-Cavelty, senior Scientist and Deputy for Research and Teaching - Center for Security Studies (ETH Zurich)

Enfin, bien que les approches de type Totale Defence ne soient pas adoptés par tous les pays, ces approches infusent à l’échelle internationale, à l’image des secteurs d’activité d’importance vitale (SAVI) définis en 2006.

Nouvelle édition du livret "En cas de crise ou de guerre" (2024), Gouvernement suédois.

Ce que l’on défend

"Une culture, un territoire, des enjeux politiques. Je pense qu’on ne sait pas bien ce qu’on défend. Cela interroge quand on regarde l’exemple des Poilus, ils s’interrogent dans leurs lettres : qu’est-ce qu’on fait là ?’ À chaque fois se pose la question du peuple et de ce qu’il défend."

Karelle Menine, auteure et artiste

Au travers de notre étude, si nous nous sommes spécifiquement intéressés au “qui”, nous nous sommes aussi reposé la question du “pourquoi”. Pourquoi se bat-on ? Que cherche-t-on à défendre ? Hier ? Et demain ?

Si l’Histoire permet d’identifier plusieurs raisons pour lesquelles les pays, nations, empires, États et autres entités se sont battues et se battent encore - ressort territorial, accès aux ressources, motifs impérialistes, enjeux de puissance - on se pose moins clairement la question de savoir au nom de quoi les civils, en tant que personnes humaines, pourraient bien se battre.

Dans un monde globalisé, les ressorts activés autrefois pour mobiliser les citoyens, peuvent-ils encore fonctionner ?

"Deux choses motivent les citoyens lambdas à s’engager pour se battre : l’argent et la peur."

Léo Péria-Peigné, chercheur armement/ industrie de défense - IFRI

"Il faut que les enjeux de mobilisation soient autres choses qu’une défense de quelque chose de vague comme les ‘intérêts de la Nation’."

Léo Péria-Peigné, chercheur armement/ industrie de défense - IFRI

"On se bat contre quelque chose quand on ne fait pas suffisamment l’effort de comprendre. Se battre contre quelque chose, ça donne une sorte d’ancrage. En temps que collectif on a besoin d’une route à prendre (sécurité ontologique) et c’est plus souvent facile de se définir par opposition qu’en définissant qui on est, son identité, ses valeurs."

Jonas Hagmann, head of the Division for Police Sciences - Cantonal Police of Basel-Stadt

"En 2050 ce qui ferait le plus sens pour les individus en termes d’attachement et de solidarité, ça pourrait être la communauté de vie, territorialisée. Les lignes de fracture ne seraient pas tant géopolitiques, avec l’UE face à des empires ou grandes alliances, mais plutôt entre communautés d’un territoire départemental en difficulté, avec l’accès aux ressources par exemple."

Sébastien Jakubowski, directeur - INSPE Lille-HdF

LA RELATION ARMÉE-SOCIÉTÉ

CIVILE EN SUISSE, INSPIRANT POUR LES PAYS VOISINS ?

“La Suisse n’a pas d’armée, c’est une armée.” Cette déclaration du conseil fédéral du 25 mai 1988 est une prise de position face à l’initiative populaire “pour une Suisse sans armée et pour une politique globale de paix”. Cette maxime reste dans les esprits pour définir ce qu’est l’armée suisse : une armée de citoyens. La constitution fédérale de la Confédération suisse, entrée en vigueur le 1er janvier 2000,

ART. 2 - BUT

6 Voir les résultats des votations sur les propositions du Groupe pour une Suisse Sans Armée (GSsA), wikipedia, Mai 2025

Retour historique sur le rapport entre l’armée et la société civile

mentionne explicitement le but et les obligations de cette armée citoyenne.

La société suisse est toujours divisée sur cette question de la participation citoyenne, et sur le fait même d’avoir une armée : le Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA) reçoit un certain soutien lors des votations liées à la démilitarisation de la Suisse.

La Confédération suisse protège la liberté et les droits du peuple et elle assure l’indépendance et la sécurité du pays.

ART. 59 - SERVICE MILITAIRE ET SERVICE DE REMPLACEMENT

Tout homme de nationalité suisse est astreint au service militaire. La loi prévoit un service civil de remplacement. Les Suissesses peuvent servir dans l’armée à titre volontaire. Tout homme de nationalité suisse qui n’accomplit pas son service militaire ou son service de remplacement s’acquitte d’une taxe.

La société suisse est toujours divisée sur cette question de la participation citoyenne, et sur le fait même d’avoir une armée : le Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA) reçoit un certain soutien lors des votations liées à la démilitarisation de la Suisse.6

7 Défense spirituelle, Dictionnaire historique de la Suisse (DHS), Novembre 2006

Dans l’histoire, ce modèle de défense fut tantôt loué ou critiqué, en dehors des frontières helvétiques. Avant la première guerre mondiale, Jean Jaurès, dans son ouvrage l’Armée nouvelle (1910) déclarait : “De tous les systèmes militaires pratiqués dans le monde, c’est à coup sûr le modèle suisse qui se rapproche le plus de l’idéal d’une armée démocratique et populaire”. A l’inverse, le théoricien marxiste Karl Kautsky critique en 1912 dans Der Militarismus und die Kriege le militarisme et cette défense civile suisse qui renforce le pouvoir des classes dominantes.

A l’aube de la seconde guerre mondiale, un nouveau mouvement émerge, nommé “défense spirituelle”. Il prend racine dans la Première Guerre mondiale et incite à élargir les efforts de défense à des domaines non militaires comme l’économie et la culture. Il vise ainsi à l’affirmation des valeurs et de l’identité nationales ainsi que le refus des totalitarismes fasciste, national-socialiste ou communiste. Ce mouvement est porté par des intellectuels,

écrivains et scientifiques, de sensibilités politiques et religieuses diverses. Il se décline pendant la seconde guerre mondiale dans “Armée et foyer”, une section sous commandement militaire pour diffuser le projet culturel dans les familles, en resserrant les liens entre les citoyens-soldats et la population civile. Le mouvement de “défense spirituelle” prend fin dans les années 1960.7

En parallèle, la montée de tensions avec le bloc de l’Est et la peur de l’infiltration communiste pousse l’officier Hans von Dach à publier Total Resistance en 1957, un manuel de guérilla, à destination des citoyens et non des soldats. Très didactique sur des protocoles de sabotage et d’insurrection, le livre est officiellement rejeté en 1974 par l’état major pour nonrespect du droit de la guerre. Les enseignements de ce livre auront ensuite une forte influence à l’international, notamment dans plusieurs mouvements d’insurrection (IRA, Sandinistes, ETA, etc.).

Total Resistance, Hans von Dach (1957) Affiche (1989)

Dans ce même contexte de tension avec l’URSS et suite à la crise idéologique du mouvement de défense spirituelle, le conseil fédéral tenta d’institutionnaliser la défense civile à travers la publication, très critiquée, du Manuel de Défense civile en 1969. Imprimé à 2,6 millions d’exemplaires, dans les 3 langues officielles, ce livre symbolise la fracture entre une armée restée dans le paradigme de la Guerre froide et une société qui entre dans la modernité démocratique. Il trouva néanmoins un écho au Japon comme guide de survie aux catastrophes naturelles.8

Les années 1970 et 1980 sont un long mouvement de catharsis des conséquences de la Seconde Guerre mondiale et de la guerre froide, s’accompagnant d’une remise en cause de la doctrine de la Défense

Quelques rappels sur l’armée suisse

8 Le manuel de défense civile de 1969 : la guerre des esprits, Blog de Musée national suisse, Juin 2022

9 L’Armée suisse en 2030, Armée suisse, Juillet 2024

10 Relations avec la Suisse, OTAN, Mai 2025

11 Les sept problèmes de l’armée suisse, Swissinfo, Février 2025

spirituelle et de critiques structurelles. Ces années de transition débouchent sur des réformes majeures, Armée 95 et Armée XXI, respectivement en 1995 et 2003 : création d’un service civil, renforcement d’une posture de neutralité active, une réduction drastique des effectifs, l’ouverture aux femmes, etc.

Actuellement, l’armée suisse est confrontée à des défis structurels liés à la mondialisation et la fin de la guerre froide. Ces défis sont plus prégnants depuis le conflit russoukrainien. L’armée suisse cherche à s’adapter à ce nouveau contexte géostratégique, le document Vision 20309 en atteste ; elle renforce par ailleurs ses coopérations avec l’OTAN10 tout en espérant garder sa neutralité historique. Mais ce sujet continue de faire débat au sein de la population11

L’armée suisse est une armée dite de “milice” composée principalement de citoyens (147 000 en théorie) et appuyée par 3 600 militaires professionnels. La circonscription étant toujours en place, tous les hommes suisses doivent effectuer leur service militaire qui se compose d’une première période d’une vingtaine de semaine à l’âge de 18 ans, puis des séances d'entraînement appelés “cours de répétition”, tous les ans jusqu’à l’âge de 30 ans. Le service militaire est ouvert aux femmes sur la base du volontariat.

Ces efforts de formation de la jeunesse suisse amènent le

gouvernement fédéral à déclarer pouvoir mobiliser 34 000 soldats en moins de dix jours.

Si l’armée suisse a pour mission de défendre le territoire, son rôle s’étend également à l’aide aux populations en cas de catastrophe (tremblement de terre, inondations, glissement de terrain, etc.)

La neutralité du pays lui interdit de participer à des opérations extérieures (hors promotion de la paix).

Pour approfondir le sujet : "L'armée suisse défend"

Source : recensement de 2022, armée suisse

Qui nous défendra demain ?

Qui nous défendra demain ?

MENACES ET ACTEURS FUTURS DE LA DÉFENSE

"Capter les menaces, ça ne nécessite pas de capteurs au sens des outils, c’est un état d’esprit. Le futur est déjà présent mais inégalement réparti comme le dit Robinson."

Plutôt que d’imaginer de nouvelles menaces, nous avons cherché à identifier les menaces qui vont être les plus importantes dans les années qui viennent, pour les sociétés occidentales. D’après nos interviews, la difficulté ne réside pas tant dans le fait d’identifier les menaces que de savoir celles sur lesquelles se concentrer.

Cartographie des menaces et enjeux

Menaces Enjeux

22. Hausse des mouvements de population

20. Chute de la biodiversité

19. Augmentation des événements climatiques

21. Épuisement des ressources naturelles

23. Montée des nationaux-populismes et essor d’un nouvel impérialisme

24. Augmentation des ingérences et déstabilisations étrangères

25. Porosité des sphères public/privé et accroissement de la corruption

27. Amplification de la manipulation mentale : propagande, fake news, lutte informationnelle

28. Émergence d’une guerre de l’attention : numérique et tyrannie du divertissement

16. Baisse du niveau d’éducation

26. Hausse de la consommation de drogues et psychotropes

06. Effritement des compétences : retraites, désindustrialisation et technologies

07. Pression du poids normatif

08. Perte d’une souveraineté technologique

01. Contournement des régulations économiques

02. Baisse des investissements publics et privés

03. Tensions sur les dépenses de protection sociale

04. Essor de l’économie informelle

05. Perte de compétitivité et faillite d’entreprises

09. Baisse de la natalité

15. Effritement des connaissances linguistiques communes

10. Fractures de la société (identités, classes, territoires)

11. Individualisation des pratiques sociales et culturelles

12. Archipélisation de certains territoires

13. Pénétration des trafics et du crime organisé

14. Amenuisement des mémoires collectives liées aux conflits passées

17. Dégradation de la santé mentale et psychiatrisation

18. Baisse de l’activité physique

V. S’adapter au nouveau régime climatique

VI. Gérer les incertitudes géopolitiques

VII. Défendre le modèle démocratique

IX. Lutter contre les déstabilisations

III. Composer avec l’accélération du temps

VIII. Protéger nos cerveaux

I. Éviter le déclassement économique

II. Renforcer la cohésion sociale

IV. Garantir la santé (physique et psychique)

Qui nous défendra demain ?

"Il n’y a pas vraiment de menace passée sous le radar, la question est celle des moyens et de la priorisation."

Myriam Dunn-Cavelty, senior Scientist and Deputy for Research and Teaching - Center for Security Studies (ETH Zurich)

"Beaucoup d’acteurs sont capables de capter des menaces : les assurances maritimes (les plus anciennes assurances), les entreprises de sécurité privées, les armateurs. Les logiques économiques les mettent en mouvement…"

Julia Tasse, responsable du programme Océan - IRIS

En effet, nous partons de l’hypothèse que pour ces phénomènes économiques, anthropologiques, sociologiques internes aux sociétés humaines, les ruptures ne viennent pas de l’apparition d’une nouvelle menace. D’où vient le risque ou le danger dans ce cas ? Ils viennent possiblement de plusieurs dynamiques :

1. Une reconfiguration des menaces anciennes : agrégation des menaces ou des chaînes de causalité de celles-ci

2. Une activation d’une ou des menaces latentes par un élément contextuel (pandémies, conflit armé distant, etc.)

Enjeux de préservation

I. Éviter le déclassement économique

II. Renforcer la cohésion sociale

IV. Garantir la santé physique et psychique

VII. Défendre le modèle démocratique

3. L’augmentation larvée des menaces jusqu’à l’éclatement au grand jour de leurs effets

4. Une différence de posture générationnelle ou idéologique face aux menaces

Nous avons donc identifié 28 menaces que nous avons rattaché à 9 enjeux majeurs. Bien que transverses par nature, nous avons cherché à les catégoriser entre les enjeux de préservation pour défendre les acquis ou les atouts et les enjeux d’adaptation et de résistance qui ouvrent la porte à des solutions ou des parades.

Enjeux d’adaptation et de résistance

III. Composer avec l’accélération du temps

V. S’adapter au nouveau régime climatique

VI. Gérer les incertitudes géopolitiques

VIII. Protéger nos cerveaux

IX. Lutter contre les déstabilisations

Dans les pages suivantes, nous avons détaillé les menaces et nous les avons rattachées à leur enjeu principal pour faciliter la lecture. Afin de ne pas simplifier le propos outre mesure, la cartographie des enjeux et des menaces (page précédente) rend compte de leurs imbrications. Là encore, nous nous sommes intéressés à la Suisse et ses voisins pour les raisons évoquées dans le cadre de l’étude.

La difficulté de faire remonter les menaces

“Il n’existe pas de menace qui n’aurait jamais été identifiée ou imaginée”. C’est ce qui ressort de avec les personnes interviewées. La difficulté réside avant tout dans la capacité à prioriser les menaces, notamment en y allouant le temps et les moyens nécessaires pour y répondre ou s’y préparer. Mais pour bien prioriser, il faut aussi avoir toutes les cartes en main, une vision claire des enjeux.

Dans cette optique, un sujet est revenu plusieurs fois dans les échanges, concernant la bonne circulation et la bonne remontée des informations décrivant les menaces. Pour différentes raisons, certaines spécifiques au contexte suisse, il n’est pas toujours évident que des informations stratégiques concernant des menaces remontent efficacement auprès des instances de décision.

"Ce qui grippe, ce n’est pas l’identification de la menace, mais la circulation de l’information, notamment la remontée des informations négatives."

Julia Tasse, responsable du programme Océan - IRIS

"En Suisse au niveau supérieur de l’administration, en mettant les formes on peut faire passer un message peu orthodoxe. En revanche ce que j’ai remarqué c’est que toutes les couches de l’administration ont un effet de filtre."

Christian Bühlmann, associate Fellow du GCSP

" [sur la détection des menaces] Un défi pour la Suisse consiste dans l’agrégation d’une image commune de la situation. Avec 26 cantons très indépendants, des corps de police et des mécanismes différents, ce n’est pas toujours simple de faire remonter l’information. D’ailleurs la première leçon du Covid, c’est que la numérisation apporte un avantage décisif pour générer et entretenir une telle image commune de la situation."

Alain Vuitel, chef d’état-major de l’Instruction opérative (CEMIO)

Comment un État perçoit et cartographie ses menaces ?

Le cas Suisse.

Situationsécuritaireetcriminelledupointdevuedelapolice

lent

Organisation criminellesetcriminalité organisée Traficde stupéfiants Traited’êtres humainsCybercriminalitéCybercriminalitéTraficdemigrants financièreetéconomiqueSécuritédespersonnes etdesbâtimentsSûretédel’aviationcivile

Extrémisme degaucheviolent

Radar de la situation

2025

Thèmes

Détection précoce

Chine Russie

Extrémisme

Extrémismededroiteviolent violent monothématique

Menace contre les minorités en Suisse

Personnes inspirées par le djihadisme VoyageursdudjihadAl-Quaïda

Lutt e contreleterrorisme

«Étatislamique»

PartidestravailleursduKurdistan(PKK)HezbollahMenacecontreles minoritésenSuisseCyberrenseignement Menace contreles infrastructures critiques Cyberopérations étatiques lors deconflitsCyberactivisme

Luttecontrelescyberattaques

Les services de renseignement de la Confédération (SRC) publient un rapport de situation annuel sur les menaces qui pèsent sur la sécurité de la Suisse. Cela permet aux différents services d’évaluer à temps les menaces et les changements de l’environnement

Autres acteurs

Moyen-Orient AfriqueProche-Orient duNordAfriqueAfriquedel’Est centraleEuropeAfriquedel’Ouest duSud-Est Europedel’Est

Développementàl’étranger a yant une i ncid ence

Asie de l’Est

Europe et coopération transatlantique en matière en sécurité

Guerre conventionnelle en Europe

Menace nucléaire

Enlèvementde ressortissantssuisses MigrationActivitésd’influence

Chine Russie Biensà double usage Syrie PakistanetIndeCoréeduNord Iran

PressionssurlaSuisse

Non-prolifération

Lutte contre l’espionnage

stratégique. Si certains éléments concordent avec nos travaux, notons que les personnes interviewées n’ont pas mentionné le terrorisme comme une menace structurelle et profonde pour nos sociétés, mais plutôt comme des évènements perturbateurs.

Pour aller plus loin

Rapport : La sécurité de la Suisse 2025

Thèmes principaux
Points de gravité

LES FUTURS

ACTEURS

DE LA DÉFENSE

Comme expliqué précédemment, c’est au travers d’acteurs humains que nous avons décidé d’incarner les réponses de la société civile aux enjeux à venir. Nous projetons ces personnages dans un horizon de 5 à 10 ans, tant sur les usages que les aspects technologiques, aidé par le rapport de tendances Anticipatech12. Le but n’est évidemment pas de souligner “ce qui va se passer” mais davantage de mettre en avant les atouts, compétences, attitudes et réservoirs d’idées des populations civiles pour contribuer à l’effort de défense, dans le contexte des nouvelles conflictualités.

Même si chacune et chacun d’entre eux répond à plusieurs enjeux, nous avons choisi de les positionner au fur et à mesure de cette étude, en les rattachant à des enjeux clés, pour mieux les illustrer.

facilitateurs et coordinateurs à même de les faire émerger. Est-ce l’État, les cantons, des initiatives citoyennes, économiques ou encore des sursauts individuels qui leur permettront de prendre vie ? Les trajectoires des personnages le laissent transparaître. A vous de vous faire un avis !

12 Anticipatech Trends report, Bavarian Foresight Institute et Defetch.ch, Septembre 2024, Lien (https://atelierdesfuturs. org/wp-content/uploads/2024/09/ AnticpaTech_Report_web.pdf)

Roberta, Thomas, Camille, Elisa, Luca, Karin, Naïm et Claudio existent-ils déjà ou existeront-ils demain ? Probablement… Nous laissons volontairement ouverte la question des catalyseurs,

Autre grande question : ces personnages font-ils ou doiventils faire partie de l’armée ? Du moment qu’ils traitent d’enjeux de défense, la question peut se poser. Mais la réponse ne nous paraît pas forcément évidente. Des différentes interviews que nous avons menées, les points de vue divergent quant à la nécessité d’intégrer tous les acteurs et actrices de défense au sein de l’armée. Il existe des futurs où ces personnages restent avant tout liés à la société civile. Il est également possible d’imaginer une hybridation des mondes, avec des profils de civilitaires. Notre intuition nous pousse à penser que ce débat mérite d’être mené et que la réflexion doit rester ouverte à ce sujet.

ROBERTA

Description

Rôle

Les

Roberta est une ancienne professeure de physique à la retraite. Bricoleuse dans l’âme, elle pratiquait le modélisme avec son père, avant de devenir fan de la série McGyver. Quand elle ne construisait pas des cabanes, elle s’intéressait aux nouvelles technologies et elle a notamment suivi de près l’émergence des premiers jeux vidéos, restant une gameuse toute sa vie. Depuis qu’elle est à la retraite, elle passe beaucoup plus de temps à oeuvrer au sein de son association de science citoyenne, Swiss CitSci : elle s’est formée au pilotage de drone, et s’en sert notamment pour documenter la fonte du permafrost ; elle propose aussi des ateliers aux familles qui souhaitent mieux comprendre les mécanismes engendrant et découlant du réchauffement climatique. Toutes les données qu’elle récupère sont directement transmises au centre d’observation du changement climatique de l’Académie suisse des sciences naturelles, à Berne. Son intérêt pour les drones lui ont permis de rencontrer des acteurs

de la sécurité civile au cours de différents évènements organisés par l’armée. Depuis, en prévision d’une prochaine catastrophe naturelle - tremblement de terre ou glissement de terrain - elle s’entraîne également à lâcher des kits de survie, pour venir en appui aux secouristes et à des populations en difficulté sur des territoires distants. C’est pour cette raison qu’elle a fait l’objet du 1er épisode de la série “Nos anciens s’activent pour la communauté” produite par un média local en partenariat avec l’agglomération de Lausanne , pour inciter les seniors à s’engager. En effet, les critiques se font de plus en plus fortes sur le poids que font peser les plus de 60 ans sur les budgets des démocraties occidentales, notamment au travers des dépenses dans les systèmes de santé et de solidarité. Depuis quelques années, plusieurs partis politiques commencent à évoquer une contribution possible, par des actions citoyennes, en échange d’un accès aux prestations de solidarité.

Déclaration

Enjeux

Renforcer la cohésion sociale

S’adapter au nouveau régime climatique

Garantir la santé physique et psychique

"Je préfère larguer des kits de survie que de rester dans mon fauteuil à regarder les catastrophes à la télé."

"On nous reproche de coûter cher à la société ? Donnez-nous juste les moyens et vous verrez ce qu’une génération qui a construit ce pays peut encore accomplir."

I. ÉVITER LE DÉCLASSEMENT ÉCONOMIQUE

Le déclassement économique compromet directement la capacité d’un État à se défendre, tant sur le plan civil que militaire. Dans un contexte de compétition stratégique accrue, des facteurs comme la perte de compétences industrielles, l’inflation normative, la porosité public/ privé et l’essor de l’économie informelle affaiblissent les ressources humaines et techniques mobilisables en cas de crise. Face à des adversaires potentiels qui utilisent les leviers économiques comme armes d’influence ou de déstabilisation (cyberattaques, rachats hostiles, normes extraterritoriales), la Suisse et ses voisins doivent anticiper pour relever ces défis pour conserver autonomie, cohésion et résilience.

"La misère est la menace principale. La misère intellectuelle, la misère du regard, la misère affective... On peut augmenter tous les budgets de défense, mais personne ne défendra le pays si on est miséreux…"

Karelle Menine, auteure et artiste

01

Contournement

des régulations économiques

Le contournement des régulations économiques (évasion fiscale, optimisation abusive, blanchiment d’argent, utilisation de paradis fiscaux) représente une menace persistante pour la Suisse et ses voisins. Depuis 2000, la mondialisation et les disparités réglementaires ont favorisé le contournement des régulations économiques, affaiblissant ainsi les finances publiques et faussant la concurrence. Malgré des efforts accrus en matière de transparence et de coopération internationale, notamment en Suisse (limitation du secret bancaire) et en France, ces pratiques persistent, comme en atteste le scandale

des «CumEx Files» qui a révélé une fraude fiscale massive en Europe (140 milliards d’euros en 20 ans) auquel s’ajoute les fraudes à la taxe carbone. Ces pratiques trouvent un relais dans les nouvelles technologies financières comme les cryptomonnaies. Par ailleurs, l’Allemagne et l’Italie font face à un dilemme entre régulation stricte et compétitivité, tandis que l’Autriche reste une plaque tournante discrète des flux financiers opaques. À l’avenir, l’évolution des chaînes d’approvisionnement comme les routes de la soie, les géants du numérique et l’essor de nouveaux paradis fiscaux risquent d’intensifier ces pratiques.

"Le monde économique, c’est toute la difficulté, ce sont des affrontements beaucoup moins visibles, avec un trait commun : ceux qui sont en posture offensive font tout pour ne pas apparaître comme tel. Ceux qui sont en défensif ne sont pas pressés de révéler la difficulté de leur situation."

Christian Harbulot, stratégiste français, spécialiste en intelligence économique - Centre de Recherche 451

Pour aller plus loin

Fraude fiscale : les chiffres records du gouvernement, Le Point, Avril 2024

Les banques et les paradis fiscaux, Revue d’économie financière, Mars 2018

« Pandora Papers » : la Suisse doit s’attaquer aux facilitateurs de la corruption et du blanchiment d’argent, Public Eye, Octobre 2021

Pour aller plus loin

Baisse des investissements publics et privés

Depuis les années 2000, la baisse structurelle des investissements publics et privés en Europe constitue une menace majeure pour la croissance économique et la compétitivité à long-terme des pays concernés, expliquant partiellement le “décrochage de l’Europe”. Dans la zone euro, l’investissement public est passé de 3,7 % du PIB en 2000 à 2,9 % en 2019, avant l’épisode de Covid-19. En Allemagne, les infrastructures vieillissantes nécessitent des investissements accrus, mais le «frein à la dette» limite les marges de manœuvre budgétaires. En France, malgré un investissement public de 4,7 % du PIB en 2020, l’efficacité

de ces dépenses reste un enjeu clé. L’Italie, avec une hausse à 5,7 % du PIB en 2023 grâce à des crédits d’impôt, montre l’importance des politiques incitatives. La Suisse, quant à elle, se distingue par une hausse de l’investissement public stable et une hausse de l’investissement privé, expliquant en partie sa bonne santé économique.

Sans efforts accrus pour inciter à l’investissement public comme privé, la zone Euro risque de freiner l’innovation, d’accentuer le déclin de ses infrastructures et d’affaiblir durablement sa compétitivité économique et sa souveraineté technologique (cf. rapport Draghi, 2024).

"Le frein à l’endettement est devenu une croyance centrale de la politique suisse. Par le passé, en période de crise, ce n’était pas un thème. En 1950, lors de la guerre de Corée, on avait doublé le budget de l’armée sans se poser de questions."

Christian Bühlmann, (regional Strategy Director - SICPA SA) s’exprime ici comme Associate Fellow du GCSP.

Les insuffisances de l’investissement européen, OFCE Science Po, Mai 2024

2000-2025, une rétrospective qui montre un tableau idyllique de la Suisse, Agefi, Décembre 2024

Perspectives économiques de l’OCDE, Volume 2024 Numéro 2, OCDE, Décembre 2024

"En France, comme en Europe et dans une partie croissante du monde, 1/3 ou 2/5 de nos budgets sont dédiés aux retraites. Toucher aux retraites n’est même pas envisagé. Ce qui grève d’autres budgets et limite notre capacité à nous transformer. […] Tous les pays d’Europe de l’Ouest sont écrasés par le poids des dépenses sociales liées au grand âge."

Léo Péria-Peigné, chercheur armement/industrie de défense - IFRI

Tensions sur les dépenses de protection sociale 03

Pour la Suisse et ses voisins, la hausse continue des dépenses de protection sociale (santé, prestations familiales, vieillesse, emploi, logement, pauvreté, dépendance, etc.) depuis 25 ans soulève des défis majeurs. Vieillissement démographique, augmentation des coûts de santé et crises économiques successives ont creusé les budgets nationaux. Bien que la Suisse dépense moins que ces voisins (33% du PIB en 2023 contre 57% pour la France et 49% pour l’Allemagne), elle est confrontée aux mêmes enjeux, avec deux décennies de retard. L’Allemagne, traditionnellement

rigoureuse, débat d’une réforme du frein à la dette pour financer ses infrastructures et son effort de défense. Pour tous ces pays, la soutenabilité long-terme des finances publiques est en jeu : nécessité de réformer les retraites, vieillissement de la population, investissements stratégiques dans la transition énergétique ou la défense. Ces nations font face à un dilemme majeur entre les dépenses liées au système social et celles de la défense, ainsi que de leur autonomie stratégique. Cela ouvre des débats structurels dans de nombreux pays.

Pour aller plus loin

Perspectives à long terme des finances publiques en Suisse, 2024 : vieillissement et neutralité carbone, Administration Suisse, Avril 2024

Faire face au vieillissement de la société en Suisse : quelles politiques ? Études économiques de l’OCDE, Février 2019

La dette publique des Etats de l’Union européenne, Toute L’Europe, Février 2025

Dépenses et recettes publiques en France, Données annuelles de 1960 à 2023, INSEE, Septembre 2024

Dépenses militaires versus dépenses sociales ?, Telos, Février 2025

"En France, la menace principale est l’appauvrissement du pays et le risque qu’une partie de la population n’ait plus accès à la société de consommation. Nous ne sommes absolument pas préparés à une rupture de digue massive sur l’accès à la consommation."

Christian Harbulot, stratégiste français, spécialiste en intelligence économique

Centre de Recherche 451

Essor de l’économie informelle

L’économie informelle demeure une menace de fond en Europe, impactant les finances publiques, la logique de marché et la protection sociale. Malgré des disparités entre pays, elle représente une part significative du PIB (9% en Suisse, 15% en France et en Allemagne, 25% en Italie). Cette économie souterraine, alimentée par le travail non déclaré et l’évasion fiscale, fragilise les systèmes sociaux, les investissements publics et fausse la concurrence. Les réformes successives, la numérisation et le renforcement des contrôles

ont permis de réduire son poids depuis 20 ans, mais la crise du Covid-19 a ravivé certaines pratiques informelles. Bien que la digitalisation limite son essor, d’autres dynamiques comme l’essor du travail indépendant, le vieillissement de la population et la difficile intégration de migrants économiques favorisent une demande de services morcelée qui est propice à l’économie informelle. Ces enjeux nécessitent des politiques adaptées pour réguler ces nouvelles formes d’emplois et limiter les pertes fiscales.

Situation économique et financière de la Suisse, Direction Générale du Trésor, Août 2024

Quelle est la part de l’économie informelle dans le PIB ?, Sandra Pellet, Janvier 2014

L’économie informelle en Europe, Institut Jean Lecanuet, Novembre 2018

Pour aller plus loin

Perte de compétitivité et faillite d’entreprises

La perte de compétitivité et l’augmentation des faillites d’entreprises constituent une menace prégnante sur les pays concernés. En 2024, la Suisse a enregistré une hausse de 15 % en un an de faillites, touchant surtout la construction (22 % des cas). En France, les 66 000 défaillances d’entreprises en 2024 marquent un record historique, affectant fortement l’immobilier et le transport. L’Allemagne, en récession depuis 2023 (-0,3 %), a vu son économie se contracter encore de 0,1 % en

2024, affaiblissant ses industries manufacturières ; et en Italie, la dépendance aux exportations vers l’Allemagne inquiète. Les défis à venir de la transition énergétique, du vieillissement démographique ainsi que la compétition technologique accrue avec la Chine et les ÉtatsUnis impliquent des investissements massifs dans l’innovation et l’adaptation industrielle pour préserver l’emploi et les systèmes sociaux (cf. rapport Draghi, 2024).

Dans le nord de l’Italie, à Brescia, le décrochage de l’économie allemande inquiète, Le Monde, Novembre 2024

Défaillances d’entreprises en France: un niveau record qui devrait se prolonger, Rexecode, Septembre 2024

Rapport Draghi : 6 points clefs et 12 graphiques à retenir, Le Grand Continent, Septembre 2024

Les faillites d’entreprises prennent l’ascenseur en Suisse, SwissInfo, Janvier 2025

"La France dans 20-30 ans c’est un tiers de personnes ayant plus de 60 ans et un niveau technique un peu défaillant chez les jeunes. Pour générer un maximum de forces, de potentiel militaire, la dronisation peut aider. Mais il faut se préparer à cela."

Léo Péria-Peigné, chercheur armement/industrie de défense - IFRI

Effritement des compétences : retraites, désindustrialisation et technologies

L’effritement des compétences en Europe s’accélère sous l’effet combiné du vieillissement démographique, de la désindustrialisation et des mutations technologiques. Les vagues successives de délocalisation ainsi que le progrès technologique des compétiteurs économiques laissent les territoires européens en grande difficulté : les écueils de l’industrie automobile allemande, et dans une moindre mesure italienne, en attestent. Les départs des baby-boomers peuvent également signifier une perte sèche de compétences liées à l’expérience dans le système économique actif, plus particulièrement dans les secteurs stratégiques. De même, la

rupture de compétence rend plus compliqué le relancement d’une filière ex nihilo.

Le renouvellement démographique est également questionné : la part de personnes de 65 ans ou plus est de 22,9 % en Italie, 21,5 % en Allemagne, 19% en Suisse, et ce principalement du fait d’une faible fécondité. Si ces tendances persistent, l’Europe pourrait connaître un déclin de sa compétitivité industrielle et une pénurie de travailleurs et de compétences clés, rendant urgente une refonte des politiques de formation et d’innovation pour éviter une perte durable d’expertise et d’indépendance économique.

Pour aller plus loin

Désindustrialisation : Allemagne, République tchèque et France au ralenti, France 24, Février 2025

La France limite son vieillissement au sein d’une Europe qui vieillit de plus en plus, Observatoire des Territoires, 2021

Pression du poids normatif

La pression normative s’intensifie en Europe, imposant des règles strictes aux États et aux entreprises. Entre 2019 et 2024, l’UE a adopté 13 000 nouvelles lois. En France, la conformité aux normes européennes coûte en moyenne 3 % du PIB annuel aux TPE/PME. À l’avenir, la multiplication des normes pourrait accentuer encore la charge administrative, ralentir l’innovation et renforcer les mouvements populistes contestant les ingérences de l’UE. Autre risque :

une paralysie face à l’accélération du monde, d’autant plus dans les projets d’infrastructures essentiels (centrales nucléaires, logements, industrie). Pour préserver leur compétitivité et leur souveraineté, ces pays devront trouver un équilibre entre harmonisation réglementaire et flexibilité économique. La Suisse, non intégrée à l’UE mais liée par de nombreux traités, partage une partie de ces problématiques de son principal partenaire commercial.

Pour aller plus loin

Dérive normative de l’UE : une simplification s’impose selon le Sénat, Vie Publique, 2024

La sobriété normative pour renforcer la compétitivité des entreprises, Rapport du Sénat français, 2024

Les accords bilatéraux avec l’UE constituent un pilier essentiel de la prospérité de la Suisse, Fédération des entreprises suisses, Novembre 2024

"Pour un pays dont les principales ressources sont intellectuelles et créatives, nous devons saisir les technologies d’IA comme une opportunité"

Hannes Gassert, entrepreneur - Liip

Perte d’une souveraineté technologique

L’arrivée de D. Trump au pouvoir aux États-Unis remet ce sujet sur le devant de la scène : la souveraineté sur certains domaines technologiques est devenue un enjeu stratégique majeur pour la Suisse et ses voisins. Depuis les années 2000, la dépendance européenne aux technologies étrangères, notamment américaines et chinoises, s’est accentuée, exposant ces pays à des risques économiques, sécuritaires et géopolitiques. La domination des géants du numérique (GAFAM notamment), la vulnérabilité des infrastructures critiques et la pénurie de semi-conducteurs illustrent

cette menace. Malgré des initiatives nationales et européennes pour renforcer l’innovation locale, le retard accumulé dans l’intelligence artificielle, le cloud et la cybersécurité limite l’autonomie stratégique du vieux continent. À l’avenir, le risque de cyberattaques, la perte de compétitivité et l’influence réduite sur la scène internationale pourraient fragiliser davantage ces États. Parmi les pistes évoquées, une coopération renforcée et des investissements ciblés permettraient d’assurer une véritable souveraineté technologique face aux grandes puissances mondiales.

Pour aller plus loin

"Ce qui empêche les gens d’avoir des enfants, ce sont les conditions matérielles. Aujourd’hui l’aide à l’enfance est en lambeaux (modes de garde, aides...) et surtout la question du logement est ultra-problématique."

Léo Péria-Peigné, chercheur armement/industrie de défense - IFRI

Pour aller plus loin

Dépendances stratégiques : la souveraineté de l’UE sur les infrastructures de communication menacée, Parlement Européen, Février 2025

L’Union européenne entre autonomie stratégique et souveraineté technologique : impasses et opportunités, Fondation pour la recherche stratégique, Avril 2021

Le rapport Draghi : la force de réformer, Le Grand Continent, Septembre 2024

Baisse de la natalité

Depuis vingt ans, la Suisse, la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Autriche enregistrent une baisse continue de leur natalité, avec des taux de fécondité compris entre 1,2 et 1,7 enfant par femme. C’est nettement sous le seuil de renouvellement des générations fixé à 2,1.

L’Italie présente la situation la plus critique avec 1,24 enfant par femme en 2023, tandis que la France, traditionnellement mieux positionnée, a vu son taux chuter de 1,95 en 2000 à 1,68 aujourd’hui. La suisse suit la même tendance, de 1,50 en 2000 à 1,39 en 2023, alors que l’Allemagne connaît une légère amélioration grâce aux réformes familiales,

passant de 1,38 à 1,54 sur la même période.

Cette baisse de la natalité génère des défis concrets : vieillissement accéléré des populations, déséquilibres entre actifs et retraités, pénuries de main-d’œuvre dans certains secteurs, désertifications rurales. Les projections indiquent que la population de plus de 65 ans doublera d’ici 2050, mettant sous pression les systèmes de protection sociale. Pour maintenir leur population active, ces pays devront compter sur l’immigration de plusieurs millions voire dizaines de millions de personnes au total, ce qui posera nécessairement des défis sociaux majeurs.

Population projections in the EU, Eurostat, Mars 2023

Visualised: Europe’s population crisis, Février 2025

Évolution démographique dans les régions et les villes, OCDE, 2023

Scénarios de l’évolution démographique de la Suisse 2025-2055, Avril 2025

Nom

NAÏM

Description

Âge

19 ans

Rôle

Développeur et concepteur de l’indice de souveraineté, et lanceur d’alerte

Naïm est un étudiant surdoué en informatique Il y a un an, il a co-fondé avec son mentor Cy- berdeep, un groupe indépendant de cybersé- curité à succès, qui étend désormais ses ac- tivités à travers toute la Suisse et même chez ses pays voisins. Il est notamment le concep- teur du fameux indice de souveraineté qui fait beaucoup parler de lui depuis plusieurs mois maintenant. Ce concept multidimensionnel (économique, politique, technologique) s’ap- puie sur des briques logicielles puissantes qui donnent une cartographie des vulnéra- bilités d’une entreprise ou d’une collectivité pour l’aider à renforcer sa résilience et son indépendance vis-à-vis d’autres puissances étrangères. Fan de nouvelles technologies, il explore depuis quelques temps avec son équipe l’usage d’interfaces neuronales com-

Enjeux

Éviter le déclassement économique

Gérer les incertitudes géopolitiques

Lutter contre les déstabilisations

plexes. Celles-ci leur permettent d’améliorer leur concentration et d’être ainsi plus productif. Grâce à ses accès à de nombreuses bases de données, il a également choisi d’endosser un rôle de lanceur d’alerte, en révélant sur la place publique, via une crypto-fondation, certains cas d’entreprises ou de personnalités suisses ne respectant pas leurs engagements en ma- tière de souveraineté. Des administrations pu- bliques ou des entreprises qui importent pour moins cher des produits déjà fabriqués en Suisse se sont vues épinglées par sa fondation. Évoluant sous couvert d’anonymat, ses adver- saires l’accusent d’être un “lâche qui se cache derrière son clavier”. Des soupçons de partia- lité commencent à peser sur lui au vu de cette double activité, ce qui menace sa crédibilité et le laisse à la merci de groupes de pression.

Déclaration

"Mon indice de souveraineté a révélé que 73% des entreprises suisses qui disent faire du ‘Swiss Made’ dépendent en grande partie de serveurs américains ou chinois. Elles ne le savaient même pas…"

"J’ai 19 ans et j’emmerde déjà des PDG de multinationales qui ont trois fois mon âge. Ils m’accusent d’être un lâche mais ils n’osent pas se confronter à la réalité et aux données que je mets sur la table."

Qui nous défendra demain ?

II. RENFORCER

LA COHÉSION

SOCIALE

II. Renforcer la cohésion sociale

La capacité d’un État à faire face aux crises dépend autant de ses forces armées que de la solidité du lien social. “La Suisse n’a pas d’armée, elle est une armée”, explique d’ailleurs dans un article le général Dominique Juilland pour insister sur l’importance des intrications fines entre société et armée helvètes. Or, ce lien se fragilise sous l’effet cumulé de fractures identitaires, sociales et territoriales, de l’individualisation croissante des pratiques culturelles, et de l’isolement progressif de certains espaces. Cette désagrégation favorise la pénétration de réseaux criminels et affaiblit la transmission des mémoires collectives, pourtant essentielles en cas de mobilisation ou de crise. Renforcer la cohésion sociale devient donc un impératif stratégique pour garantir l’efficacité de toute défense, qu’elle soit civile ou militaire.

"[La menace la plus sous-estimée] c’est la destruction de la cohésion sociale par la polarisation de la société, à cause d’éléments multi-factoriels, le populisme, le développement des médias, la démocratisation de la prise de parole via les réseaux."

Hagmann, head of the Division for Police Sciences - Cantonal Police of Basel-Stadt

Source : la Suisse n’a pas d’armée, elle est une armée !”, Dominique Juilland, Inflexions, 2012

Fractures de la société (identités, classes, territoires) 10

Depuis le début des années 2000, les pays étudiés ont été confrontés à des disparités croissantes en matière de revenus, d’accès aux services publics et de défis identitaires émouvants, souvent exacerbés par les flux migratoires et les tensions culturelles. En France, une enquête récente révèle que 92 % des Français estiment vivre dans une société de plus en plus violente et par ailleurs la méfiance s’accroît envers les institutions. En Allemagne, malgré une économie robuste, les inégalités persistent, avec des disparités

notables entre l’Est et l’Ouest du pays. En Italie, le Nord et le Sud se différencient toujours. En Suisse et en Autriche, bien que les niveaux de vie soient élevés, des tensions liées à l’immigration et à l’intégration sociale émergent, mettant en lumière des défis persistants en matière de cohésion sociale. Ces dynamiques illustrent une tendance plus large en Europe, où les fractures sociales, propulsées par les défis identitaires alimentent le débat public et influencent les orientations politiques.

"Aujourd’hui, les démocraties se trouvent confrontées à un défi majeur : la fragmentation et l’effritement de la cohésion sociale. Nous assistons à une brutalisation de la parole publique donc du débat public, non pas seulement en raison de la technologie - qui en est l’amplificateur majeur - mais aussi pour des causes strictement politiques : défiance grandissante vis-à-vis des institutions et des responsables politiques, des mécanismes de solidarité qui se grippent, l’isolement social et la peur du déclassement générateurs de colère."

Asma Mhalla, politologue et essayiste, enseignante à Sciences Po Paris et auteure de Technopolitique (Seuil 2024)

Pour aller plus loin

La France est-elle fracturée ? Les résultats d’une enquête, CEVIPOF, Novembre 2024

En Autriche, la question migratoire a écrasé la campagne pour les législatives, Le Monde, Septembre 2024

Allemagne : du droit d’asile au contrôle des frontières, 75 ans de politiques migratoires, Le Monde, Octobre 2024

Pour aller plus loin

Individualisation des pratiques sociales et culturelles

L’individualisation des pratiques sociales et culturelles a significativement progressé dans les pays étudiés, comme dans le reste de l’Europe. Elle traduit une “volonté de choisir son destin” selon Pierre Bréchon, ce qui fragilise par conséquent les institutions traditionnelles (famille, religion, partis politiques, etc.). En France, à titre d’exemple, l’essor des séries télévisées et la pratique du streaming illustrent

cette évolution. Malgré ces émergences, une étude suisse conduite entre 1976 et 2019 souligne le fait que les pratiques culturelles restent fortement déterminées par des variables socio-culturelles. La dynamique d’individualisation à l’œuvre, bien qu’elle favorise l’autonomie et la diversité des choix, pose des défis pour la cohésion sociale et le maintien de liens communautaires sur le long-terme.

"J’observe une transformation des sociétés occidentales. Le modèle républicain basé sur l’engagement des citoyens au profit de la communauté, a évolué vers un modèle libéral, dans lequel l’intérêt propre des citoyens est plus important que leurs devoirs."

Jonas Hagmann, (regional Strategy Director - SICPA SA) s’exprime ici comme Associate Fellow du GCSP.

"La culture pour les citoyens, c’est comme la R&D pour l’entreprise. C’est important d’investir dans ces sujets pour renouveler et garder une vision commune."

Hannes Gassert, entrepreneur - Liip

Les individualismes en Europe, Pierre Bréchon, Mars 2002

Individualisation et autonomisation de la pratique sérielle en France, Questions de communication, Juillet 2024

Comportements culturel en Suisse : dimensions et évolution 1976-2019, Décembre 2022

Pour aller plus loin

Archipélisation de certains territoires

L’archipélisation désigne la fragmentation croissante des territoires en zones fonctionnant selon des logiques socio-économiques, culturelles ou sécuritaires distinctes. Centres urbains attractifs, zones périurbaines en déclassement, régions alpines confrontées à la dépopulation et espaces ruraux relégués coexistent sans réelle articulation stratégique. Cette discontinuité nuit à la cohésion nationale, complique

la projection des services publics, et rend plus difficile une mobilisation rapide et coordonnée en cas de crise. Dans le même temps, cela peut s’avérer un facteur de résilience supplémentaire avec des cohésions renforcées à des échelles plus réduites, une décentralisation des initiatives, ainsi que des territoires enclavés donc plus difficiles d’accès pour un éventuel assaillant.

"L’urbain accroît la logique de fragmentation. Ce que j’observe, empiriquement, c’est qu’il me semble que, de plus en plus, les individus en ville cherchent à reconstruire une sorte de vie de quartier, même au sein des grandes villes qui ne sont pas uniformes. Les quartiers prennent aujourd’hui de plus en plus de sens. Cette reconstitution est peut-être une forme de rapprochement, comme on peut l’observer dans des zones rurales où les interconnaissances sont plus fortes, avec l’envie d’un esprit de solidarité qui se construit plus facilement."

Sébastien Jakubowski, directeur - INSPE Lille-HdF

En parallèle, la menace de l’autonomisation de certains territoires en Europe s’est confirmée depuis quelques années. Par exemple, 60% des Français se disent ouverts à un référendum concernant l’indépendance de la Corse. Côté italien, la Lombardie et la Vénétie ont organisé en 2017 des référendums consultatifs où plus de 95 % des votants ont plébiscité une plus grande autonomie. En Allemagne, le clivage économique est toujours très

marqué entre les Länder de l’Ouest et de l’Est, résultante de l’histoire récente. Ces situations peuvent fragiliser les cohésions nationales et poser un défi majeur. À terme, la pression séparatiste pourrait accentuer l’instabilité politique et questionner le modèle d’États-nations unifiés. Des pays, comme la Russie, ont d’ailleurs identifié les indépendantistes comme des vecteurs potentiels de fragmentation de la cohésion nationale.

Après la catastrophe de Blatten, la population des montagnes suisses va-t-elle décroître ?, Blick, Juin 2025

La Lombardie et la Vénétie réclament plus d’autonomie, Les Echos, Octobre 2017

Les indépendantistes du Comté de Savoie, nouveau filon de la propagande russe en France, Intelligence Online, Juin 2025

Sondage “Les Français et la Corse”, Odoxa, Mars 2022

L’Archipel français - Naissance d’une nation multiple et divisée, Jérôme Fourquet, 2019

Pénétration des trafics et du crime organisé

La Suisse est aujourd’hui confrontée à une intensification des activités du crime organisé sur son territoire. Les réseaux criminels transnationaux, notamment la ‘Ndrangheta italienne et des groupes originaires des Balkans, exploitent la position géographique et l’infrastructure financière du pays pour orchestrer des opérations de trafic de stupéfiants, de contrefaçon et de contrebande. L’Office fédéral de la police a identifié le pays comme un carrefour stratégique pour le trafic international de cocaïne, avec des importations massives.

Depuis les années 2000, la pénétration du narcotrafic en Europe s’est

accentuée, transformant certains territoires en plaques tournantes du commerce de drogues. En 2022, l’Union européenne a enregistré un record de 323 tonnes de cocaïne saisies, soit une hausse de 373 % par rapport à 2012 (68,2 tonnes). Ces chiffres représentent seulement entre 10 à 20% de l’ensemble de la drogue importée, selon les autorités. À l’avenir, l’essor des drogues de synthèse et l’adaptation rapide des réseaux criminels aux nouvelles technologies accentueront cette menace, nécessitant une coopération renforcée entre États pour freiner cette dynamique, qui inclut aussi celle de la vente frauduleuse de médicaments.

Pour aller plus loin

Pourquoi les saisies de cocaïne poursuivent leur hausse frénétique, L’Echo, Janvier 2024

Genève parmi les villes avec le plus de traces de cocaïne dans ses eaux usées, Le Messager, Avril 2024

La Suisse, carrefour insoupçonné du trafic international de cocaïne, Swissinfo, Mars 2024

Rapport d’information en conclusion des travaux d’une mission d’information visant à évaluer l’efficacité de la politique de lutte contre les trafics de stupéfiants, Assemblée nationale française, Février 2025

"En Suisse on enseigne l’histoire mais pas nationale. Quand on ne parle pas de sa propre histoire, il me paraît audacieux et mal à propos de se demander pourquoi les jeunes ne souhaitent pas s’engager et sont mal informés. [...] Il serait temps que l’éducation prenne ses responsabilités, ce qu’on enseigne ne facilite pas la cohésion sociale."

Pour aller plus loin

Amenuisement des mémoires collectives liées aux conflits passés

Cet amenuisement des mémoires - en particulier autour de la résistance, des modes opératoires de défense civile/militaire et des symboles qui y sont associésconstitue une menace silencieuse pour la résilience des sociétés européennes, dont la Suisse. Cela affaiblit la capacité à penser et organiser une défense duale (civile/ militaire) intégrée. La “fin de l’histoire” comme annoncée par Francis Fukuyama a pu amener les pays occidentaux à se considérer dans une période post-historique, scindée des évolutions actuelles du monde.

De ce fait, l’histoire des peuples tend à “se patrimonialiser”, à

figer les mémoires collectives en effaçant les rapports de pouvoir et les différences de perceptions communautaires voire individuelles. Cela peut avoir pour conséquence de rendre ces mémoires moins vivantes, de freiner l’adhésion collective à ce passé et d’en faciliter l’instrumentalisation.

La transmission directe des mémoires se trouve confrontée à la disparition des derniers témoins, et les commémorations du XXème siècle se banalisent. Des initiations au niveau scolaire voient le jour sur des initiatives individuelles de professeurs, comme les classes défense en France.

Les atermoiements de la Suisse dans sa culture du souvenir, Swissinfo, Avril 2021

Les jeunes et la guerre - Représentations et dispositions à l’engagement, DGRIS/IRSEM, Avril 2024

Présentation d’un projet d’accrochage scolaire dans un dispositif de classe Défense en lien avec les blessés de Guerre, Claire Jannin (enseignante dans l’Académie de Créteil et doctorante en histoire), 2021

Effritement des connaissances linguistiques communes

Les pays d’Europe de l’Ouest sont confrontés à une érosion progressive de leurs mémoires collectives, notamment liée aux langues régionales. Par exemple en Suisse, le romanche est utilisé en langue principale par 0,5% de la population, principalement dans le canton des Grisons, contre 1,1% en 1910. La montée de l’anglais comme langue de travail et de la communication

globale contribue aussi à une atmosphère de fragmentation linguistique. “Nous parlons suisse”, contre-argumente avec malice la Confédération pour démontrer la spécificité et le dynamisme suisse avec ses 4 langues officielles. Selon l’UNESCO, près de 40% des langues parlées dans le monde sont en danger d’extinction, reflétant une tendance mondiale préoccupante.

Pour aller plus loin

Zoom sur le romanche, quatrième langue suisse, Confédération suisse

Premiers résultats de l’Enquête sur la langue, la religion et la culture 2019, Confédération suisse

L’éducation multilingue, un pari pour préserver les langues autochtones et la justice, Unesco, Octobre 2024

Les langues régionales en France : état des lieux et initiatives de sauvegarde, Revue Illusio

II.

Nom

CLAUDIO

Description

Après une carrière dans la police, Claudio s’est reconverti comme électricien et il dirige aujourd’hui une entreprise dans le secteur électrique, située dans le Canton de Bâle-Campagne. Il gère une activité dont le secteur est en tension au niveau du recrutement, ce qui l’a poussé à se rapprocher du milieu des syndicats patronaux. Depuis 3 ans, il est devenu représentant d’un syndicat patronal, au travers duquel il cherche à s’assurer que les entreprises de son secteur puissent recruter dans de bonnes conditions. Son principal levier est de permettre à des personnes étrangères de pouvoir venir travailler facilement en Suisse. Au-delà du travail de lobbying, il s’active également sur les réseaux sociaux pour faire connaître les besoins du secteur auprès de communautés étrangères. Pour

Enjeux

Renforcer la cohésion sociale

Éviter le déclassement économique

Défendre le modèle démocratique

62 ans

Rôle

Patron d’une entreprise industrielle, représentant d’un syndicat patronal et agent d’intégration

faire face aux contestations sur l’immigration dite “massive” d’une partie de la population, il œuvre dans l’association “On a tous un ami étranger” qui aide les étrangers résidant et travaillant en Suisse à s’intégrer. Il cherche notamment à favoriser l’intégration par des activités qui mêlent culture, histoire et modes de vie suisses. Il est en première ligne pour faire participer les “recrues” comme il les appelle, au carnaval de Bâle : une façon de faire société dans l’exubérance. Cette activité lui a valu l’occasion de débattre publiquement à la télévision avec certaines formations politiques qui considèrent que son association favorise l’immigration en faisant la promotion du mode de vie suisse, induisant des problèmes sociaux majeurs (pression sur les loyers, les salaires, le système éducatif et de soins, etc.).

Déclaration

"Les politiques dénoncent l’immigration massive, mais ils sont les premiers à m’appeler quand leurs entreprises cherchent de la main-d’œuvre qualifiée. L’hypocrisie a des limites !"

"Quand je vois un électricien turc danser au carnaval de Bâle avec une grande fierté, je me dis qu’on fait du bon travail d’intégration."

Qui nous défendra demain ?

III. Composer avec l'accélération du temps

L’ACCÉLÉRATION

L’ACCÉLÉRATION DU TEMPS

Nos sociétés évoluent désormais dans un état d’urgence permanent, qualifié de “présentisme” (cf. travaux de Hartmut Rosa, François Hartog et Jérôme Baschet), où l’information circule à grande vitesse, mais où la capacité à traiter, comprendre et donc agir se fragilise. Deux dynamiques critiques alimentent cette tension : la baisse du niveau d’éducation, qui affecte la transmission des savoirs fondamentaux et des repères collectifs, et la guerre de l’attention, qui capte les esprits dans des flux numériques incessants, souvent dominés par le divertissement et la distraction. Cette accélération altère la formation du jugement, l’engagement citoyen, et la disponibilité mentale à faire face aux crises. À l’inverse, la conception chinoise embrasse le temps long et les stratégies d’encerclement, comme le détaillent très bien les deux colonels de l’armée de l’air chinois Qiao Liang et Wang Xiangsui, dans leur ouvrage référence La guerre hors limites. Penser la défense de demain supposerait-il donc de ralentir pour mieux comprendre, instruire pour mieux résister, et recréer des conditions propices à la lucidité collective ?

"Comment conserver l’esprit de milice dans une société urbanisée et individualisée ? L’accélération de la vie, sous l’effet des technologies mais également des diverses sollicitations tant professionnelles que privées, fait que les citoyens n’ont plus le même élan à s’investir dans la vie publique."

Alain Vuitel, chef d’état-major de l’Instruction opérative (CEMIO)

16

Baisse du niveau d’éducation

La baisse du niveau d’éducation en Europe constitue une menace majeure pour l’avenir économique et démocratique de ces sociétés. Les derniers résultats PISA montrent une chute du niveau global des élèves de tous les pays européens depuis 2018, accentuant les inquiétudes sur la qualité des systèmes éducatifs respectifs. Seule la Suisse se maintient dans le top 10 mondial en compagnie de l’Estonie, avec un niveau relativement stable. À long

terme, la montée du numérique, la pénurie d’enseignants et l’inadéquation des compétences avec le marché du travail risquent d’aggraver cette situation, mettant en péril les cursus scientifiques nécessaires face aux enjeux du XXIème siècle, et la cohésion sociale. De même, la baisse rapide de la professionnalisation induit des problèmes concernant les attentes du marché de l’emploi.

"Nous ne sommes pas capables d’associer l’enjeu éducatif et la construction d’une économie performante. La politique d’accroissement de puissance par pays, c’est un mot qui écorche les oreilles de ce milieu [l’éducation] : la puissance est un gros mot mais il a une réalité."

Christian Harbulot, stratégiste français, spécialiste en intelligence économique - Centre de Recherche 451

Pour aller plus loin

Classement PISA 2022

Rapport 2023 sur l’éducation en Suisse : état actuel des connaissances et défis à relever à tous les niveaux de formation, Secrétariat d’Etat à la formation, à la recherche et à l’innovation, Mars 2023

Le développement des écoles de culture générale affaiblit l’apprentissage, economiesuisse.ch, Janvier 2023

En Suisse, les défauts de l’éducation s’accentuent, Le Temps, novembre 1998

IV. GARANTIR LA SANTÉ PHYSIQUE

ET PSYCHIQUE

La résistance physique et morale, avec un aguerrissement lié à l’entraînement continu, permettent à un pays de mobiliser efficacement ses forces civiles et militaires en cas de crise. Un rapide détour sur le site de recrutement pour la milice des armées suisses le confirme. “Être au top physiquement et mentalement sont des conditions importantes pour ta disponibilité à l’engagement en faveur de la sécurité de la Suisse”, pouvons-nous lire sur l’application de préparation à ce service militaire. Or, la progression des troubles de la santé mentale et la sédentarisation croissante des modes de vie constituent des menaces silencieuses pour la résilience collective. La psychiatrisation accrue, conjuguée à la baisse généralisée de l’activité physique, affaiblit les forces humaines disponibles en cas de crise, réduit la résistance au stress et altère les réflexes collectifs d’entraide et d’engagement. Garantir une population en bonne santé, sur les plans physique et psychique, devient ainsi un enjeu stratégique majeur pour toute politique de défense intégrée.

Dégradation de la santé mentale et psychiatrisation

Depuis les années 2000, les problèmes de santé mentale et la psychiatrisation des problèmes individuels et collectifs se sont intensifiés en Europe. Par exemple, “70% des Romandes et des Romands se disent stressés par leur travail”, dévoile un sondage réalisé par Blick et l’institut M.I.S Trend en novembre 2023. “Nous entrons dans une période rouge où jusqu’à 70% de la population pourrait être concernée par le stress chronique, ce qui serait catastrophique”, complète une psychologue. En France, 20% de la population

est touchée par des troubles psychiatriques, 35,1 % des personnes âgées de 15 à 85 ans ont consommé des psychotropes au moins une fois dans leur vie. Cette prise de conscience croissante est révélatrice de problèmes structurels venant du monde du travail, avec des impacts psychologiques rejaillissant sur tous les pans de la vie. À l’avenir, cette tendance pourrait s’accentuer sous l’effet de crises économiques et sociales, renforçant ainsi la nécessité d’approches alternatives aux seuls traitements médicamenteux.

Le stress au travail bouffe 70% de la population romande, Blick, Décembre 2023

Innovation et recherche en santé mentale et psychiatrie, Ministère de la Santé français, Janvier 2025

Les médicaments psychotropes en Suisse (Quantités, coûts, acheteurs et prescripteurs), Observatoire Suisse de la Santé, Janvier 2022

Pour aller plus loin

Baisse de l’activité physique

Depuis le début des années 2000, la baisse de l’activité physique est devenue une menace pour la santé publique en Europe. Selon l’OMS, près de 35 % des adultes européens sont insuffisamment actifs, augmentant les risques de maladies chroniques. En Italie, plus de 40 % de la population est considérée comme sédentaire, l’un des taux les plus élevés d’Europe. En revanche, côté suisse, l’armée se réjouit des résultats du test de fitness en 2023, jugés “encourageants”, et note une nette progression en 3 ans de jeunes “considérés comme entraînés”. À l’inverse, les armées américaines déplorent une difficulté dans le recrutement en lien avec ce pro-

blème d’obésité et de sédentarité. En 2023, elles n’ont recruté que 75 % des effectifs nécessaires. Alors que seulement 23% des 17-24 ans sont aptes au service, du fait des critères scolaires et physiques requis.

Ces tendances globales peuvent induire des difficultés de recrutement pour les armées, mais également des problèmes de santé publique et le coût de la prise en charge afférent. Une différence existe entre générations, avec une émergence en Europe occidentale d’une classe d’âge des plus de 65 ans en bonne santé, corrélée avec la hausse de l’espérance de vie en bonne santé. Un paradoxe pour les sociétés d’Europe de l’Ouest ?

Test de fitness de l’armée : tendance réjouissante, communiqué du Conseil fédéral suisse, Juillet 2024

State of the Recruiting Market, Department of the Army, Juillet 2022

Un nouveau rapport de l’OMS met en évidence les progrès et les défis liés à l’amélioration des niveaux d’activité physique dans l’Union européenne, Novembre 2024

Nouveau rapport de l’OMS sur le vieillissement en bonne santé : d’ici 2024, les personnes âgées de 65 ans et plus seront plus nombreuses que les jeunes, Octobre 2023

Les Européens en manque d’activité physique

Part des adultes ne pratiquant pas suffisamment d’activité physique pour la santé, selon des recommandations de l’OMS*

*Soit au moins 1h15 d’activité intense ou 2h30 d’activité d’intensité modérée par semaine. Dernières données comparables disponibles : 2016.

Sources : OMS via The Lancet

IV. Garantir la santé physique et psychique

Nom

KARIN

Description

Âge

43 ans

Rôle

Coordinatrice de quartier, militante de l’activité physique et économiste du lien social

Ancienne sportive de haut niveau (membre de l’équipe nationale de handball) et diplô- mée d’un master en économie, Karin est au- jourd’hui coordinatrice ou “faiseuse” de quar- tier. Elle coordonne à la fois les projets de développement ainsi que les activités et la vie quotidiennes d’un écoquartier de Genève, caractérisé par sa vocation sociale du fait de la forte proportion de personnes en difficultés économiques et sociales. Son rôle est notam- ment d’impliquer tous les habitants, jeunes et seniors, dans la vie du quartier, pas seulement en tant que “consommateurs” mais avant tout comme “acteurs” et “décideurs”. Pour cela elle assure le lien entre les habitants, les associa- tions et les services municipaux, et s’occupe aussi de gérer les conflits ou d’aplanir les tensions qui pourraient apparaître. Du fait de son expérience sportive, elle a également pour missions de déployer des actions pour favo- riser l’activité physique au sein des habitants. Si elle enfile parfois la tenue de coach en leur

Enjeux

envoyant des messages pour les motiver, elle travaille surtout avec les acteurs que sont les entreprises, les associations et les services municipaux pour développer une organisa- tion de la vie qui permette de faciliter l’accès de chacun à l’activité physique. Son métier lui sert également de terrain de recherche pour la thèse qu’elle mène en parallèle sur l’économie des actes invisibles. Pour le compte de l’Uni- versité de Genève, elle mène des travaux de recherche-action pour souligner la valeur des liens minces et de la poésie de la vie ordinaire. Elle cherche notamment à identifier dans quelles mesures des actes de liens faibles, comme prendre des nouvelles régulières de ses voisins âgés, compenserait des politiques massives et planifiées ? Ou dans quelle mesure rendre visible voire valoriser les actions personnelles qui ont une visée commune (en- tretenir un parterre de fleurs dans le quartier) est de nature à les faire perdurer ?

Garantir la santé physique et psychique

Renforcer la cohésion sociale

Composer avec l’accélération du temps

Déclaration

"Ma thèse prouve que trois ‘bonjour’ sincères par jour dans un escalier valent mieux qu’un psychologue de quartier. Le problème, c’est qu’on ne sait pas facturer la gentillesse."

"Je crois à la force arachnéenne, à la résistance, par petites touches, il faut entrer dans le détail. La résistance n’est pas un phénomène révolutionnaire, c’est du quotidien et ça passe par le lien. Pour ça il va falloir libérer du temps, pour permettre cet éveil. Je reprends l’idée de la toile d’araignée : elle n’est visible que sous la pluie. On a oublié que les petits gestes sont très puissants et invisibles. En élargissant le regard, on se redonne une force incroyable."

Karelle Menine, auteure et artiste

"Le jour où j’ai arrêté de faire des réunions de quartier et que j’ai commencé à organiser des corvées de jardinage, les conflits de voisinage ont diminué de 70%, les gens se disputent moins quand ils transpirent ensemble."

Qui nous défendra demain ?

V. S’ADAPTER

AU NOUVEAU

RÉGIME

CLIMATIQUE

V. S’adapter au nouveau régime climatique

Le dérèglement climatique ne constitue plus une menace diffuse, mais un facteur structurant des vulnérabilités contemporaines, aux effets déjà tangibles sur de nombreux territoires. L’intensification des événements extrêmes - inondations, canicules, glissements de terrain - met sous pression les infrastructures civiles, les capacités logistiques et les forces de secours, civiles comme militaires, et favorise une hausse des mouvements de population. Parallèlement, la chute de la biodiversité et l’épuisement progressif des ressources naturelles fragilisent les écosystèmes vitaux et les chaînes d’approvisionnement. S’adapter à ce nouveau régime climatique devient une condition essentielle pour maintenir la sécurité, l’autonomie stratégique et la continuité des fonctions critiques dans un monde instable.

"Le réchauffement climatique dépasse tout, et recouvre les différents pans : c’est une menace existentielle mais également politique, économique… Elle est moins anticipée, l’outil militaire n’est pas totalement adapté."

Léo Péria-Peigné, chercheur armement/industrie de défense - IFRI

Changements importants du climat en Suisse basés sur des données d’observation.

source : OFEV/MétéoSuisse (2023)

Sécheresse

Étés nettement plus secs

Fortes pluies

11% plus intenses 25% plus fréquentes 1901 - 2023

Précipitations hivernales +20 à 30% Depuis 1864

Jours de neige

-50% au-dessous de 800m

-20% vers 2000m Depuis 1970

Période végétative + 2 à 4 semaines - Depuis 1961

+2,8°C*

Vagues de chaleur

Plus fréquentes et plus intenses Depuis 1901

Froid

Jusqu’à -60% de jours de gel - Depuis 1961

Limite du zéro degré + 300 à 400 m Depuis 1961

Volume des glaciers -65% - Depuis 1850

*moyenne climatique actuelle 2023 moins Ø 1871-1900

Pour aller plus loin

Augmentation des événements climatiques 19

L’augmentation des événements climatiques extrêmes menace de plus en plus la Suisse et ses voisins, avec des inondations, des sécheresses et une érosion accrue des sols. Selon plusieurs experts, l’urbanisation et l’intensification agricole amplifient ces phénomènes en réduisant la capacité des sols à absorber l’eau. En Suisse et en Autriche, les régions alpines subissent des précipitations intenses et des glissements de terrain. En France, les épisodes extrêmes deviennent plus fréquents, provoquant par exemple des crues

dévastatrices. L’Italie, particulièrement exposée, voit ses côtes érodées par la montée des eaux. D’ici 2050, ces phénomènes devraient s’intensifier sous l’effet du changement climatique, augmentant les risques pour les populations et les infrastructures. Face à cette menace croissante, l’adoption de stratégies d’adaptation, comme la gestion durable des sols et la protection des zones côtières, est essentielle pour limiter les dégâts et préserver la résilience de ces territoires.

Fortes précipitations, National Centre for Climate Services (NCCS)

Confédération suisse, 2022

Dans toutes les régions, une France meurtrie par la crise climatique, Le Monde, Septembre 2024

Des progrès sont nécessaires dans toute l’Europe pour protéger nos eaux et mieux gérer les risques d’inondation, Commission européenne, Février 2025

Pour aller plus loin

Chute de la biodiversité

La chute de la biodiversité représente une menace majeure pour la Suisse, la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Autriche. Depuis 2000, l’intensification agricole, l’urbanisation et le changement climatique ont contribué à la disparition d’espèces et à la dégradation des écosystèmes. En Suisse, sur les 10 876 espèces évaluées, 36% sont inscrites sur les listes rouges des espèces menacées, disparues ou éteintes. Les pays subissent l’effondrement des popu-

lations d’abeilles compromettant la pollinisation, tandis que l’Italie et l’Autriche voient leurs écosystèmes alpins se réduire. Les décennies à venir risquent d’aggraver cette crise avec l’accélération du changement climatique et l’expansion urbaine. Ajoutons que dans une perspective “One Health”, qui lie la santé environnementale, la santé animale et la santé humaine, la chute de la biodiversité est un risque majeur pour ces trois composantes.

État de la biodiversité en Suisse, Office fédéral de l’environnement (OFEV)

Confédération suisse, 2023

Rapport Planète Vivante 2024 : les populations de vertébrés sauvages ont décliné de 73% depuis 1970, WWF, Octobre 2024

Stratégie de l’UE en faveur de la biodiversité à l’horizon 2030, Union européenne, 2020

One Health : une seule santé animale, humaine et environnementale, Muséum national d’Histoire naturelle

"La société suisse dans son ensemble n’a pas conscience de sa dépendance vis-àvis de certains produits, d’infrastructures critiques ou de matières premières."

Christian Bühlmann, (regional Strategy Director - SICPA SA) s’exprime ici comme Associate Fellow du GCSP

Épuisement des ressources naturelles

La raréfaction des ressources naturelles constitue un défi majeur pour les pays d’Europe de l’Ouest, qui ne sont pas les plus dotés en gisements naturels. D’après une étude de l’OCDE en 2018, la consommation de métaux évoluera de 7 à 19 milliards de tonnes par an d’ici à 2060. Ces augmentations exponentielles pour les prochaines décennies seraient notamment due à la transition énergétique vers l’électricité. Les pays d’Europe du Sud, comme l’Italie, seront particulièrement touchés par

Pour aller plus loin

la pression sur les ressources en eau dans les prochaines décennies. D’ici 2050, le changement climatique devrait aggraver la disponibilité de l’eau et des terres cultivables, menaçant la sécurité alimentaire et énergétique. Pour limiter ces risques, des politiques d’économie circulaire et d’optimisation des ressources deviennent des pistes de réponse à plus large échelle. Faute de quoi des contestations, voire affrontements, pourraient subvenir.

Utilisation des ressources, Office fédéral de l’environnement (OFEV)

Confédération suisse, 2022

La transition énergétique face au défi des métaux critiques, IFRI, Janvier 2018

Perspectives des ressources mondiales 2024 - Résumé pour les décideurs, ONU

Pénurie d’eau : quels pays seront les plus affectés à l’horizon 2050 ? Statista, Mars 2024

Hausse des mouvements de population

L’augmentation des mouvements de population, migrations économiques, climatiques ou liées aux conflits, constitue un défi majeur. Le nombre estimé de migrants internationaux n’a cessé d’augmenter au cours des cinq dernières décennies. Actuellement, environ 281 millions de personnes vivent dans un pays autre que leur pays de naissance. En Suisse, 2 241 258 étrangers résidaient dans le pays à la fin de l’année 2023 (soit environ ¼ de la population locale), 2/3 étaient originaires d’un État membre de l’UE ou de l’AELE. En Allemagne, le

Pour aller plus loin

pic d’immigration était atteint en 2015, avec 1,1 million de demandeurs d’asile dans l’année, essentiellement venus de Syrie, d’Afghanistan, et d’Irak. À l’horizon 2100, jusqu’à 20 millions de personnes pourraient être contraintes de migrer dans la région méditerranéenne à cause du changement climatique. Cette pression croissante risque d’exacerber les tensions sociales et politiques, mettant à l’épreuve les infrastructures et les systèmes de protection sociale de ces pays.

Climat : vers des migrations de plus en plus importantes, ONU Changement climatique et déplacements : les mythes et les faits, UNHCR, 2023

Special Report on Climate and Environmental Coastal Risks in the Mediterranean, MedEC, 2024

Statistiques du Secrétariat d’État aux migrations (SEM) Confédération suisse

Nom

THOMAS

Description

Thomas est ingénieur agronome de formation, spécialisé dans les modes de production résilients. Depuis 4 ans maintenant il est coordinateur agricole pour une institution publique, en partenariat avec un groupement de producteurs du Valais. Son rôle est d’optimiser et d’anticiper les productions agricoles par rapport aux conditions climatiques et aux capacités de production, tout en prenant en compte les besoins de la population, dans une optique de souveraineté alimentaire. Pour cela il pilote et coordonne au quotidien les producteurs du groupement, en s’appuyant sur différents capteurs positionnés sur les exploitations. Et il travaille également sur le long terme, en partenariat avec des comités politiques et d’experts pour chercher à anticiper les évolutions climatiques et leurs impacts sur les productions. Faudra-t-il en abandonner certaines ? En développer de nouvelles ? Comment s’ap-

Enjeux

S’adapter au nouveau régime

climatique

Gérer les incertitudes géopolitiques

Renforcer la cohésion sociale

47 ans Âge

Rôle

Coordinateur agricole et influenceur food

puyer sur les évolutions en R&D agronomique pour optimiser les systèmes de production ? En parallèle de cette activité, il est également influenceur Food avec sa chaîne “Les recettes de la souveraineté”. Passionné de cuisine, il cherche à apprendre aux citoyens à se faire plaisir en cuisinant uniquement avec des productions locales, tout en y apportant un angle nutritionnel. Sa chaîne, au début confidentielle, a vu sa notoriété décoller lorsque l’Europe a connu ses premières ruptures d’approvisionnement, que ce soit sur des productions locales à cause des mauvaises récoltes liées aux conditions climatiques, ou sur des produits plus exotiques à cause de conflits géopolitiques. Sa vidéo sur les Basler Läckerli sans miel a été la première à dépasser les cent-milles vues.

Source complémentaire : qui nous nourrira demain, en France, en 2050 ? Le coup d’Après, Novembre 2024.

Déclaration

"Aujourd’hui, être coordinateur agricole, c’est jouer aux échecs avec le climat : anticiper ses coups, protéger nos pionsproducteurs, et toujours avoir trois plans d’avance pour nourrir la population."

"Mes followers pensent que je fais de la cuisine, mais en réalité je leur apprends à vivre avec plaisir et dignité dans un monde où les bananes et le chocolat redeviendront des produits de luxe."

Qui nous défendra demain ?

VI. GÉRER

LES INCERTITUDES GÉOPOLITIQUES

VI. Gérer les incertitudes géopolitiques

L’environnement stratégique européen entre dans une phase de profonde instabilité, marquée par la résurgence des logiques impériales, la montée des régimes nationaux-populistes et la remise en cause des équilibres multilatéraux. Dans ce contexte, les ingérences étrangères, qu’elles soient informationnelles, politiques ou économiques, se multiplient, testant la résilience des sociétés démocratiques. Parallèlement, la compétition pour des ressources naturelles de plus en plus rares attise les tensions et accentue la conflictualité. Face à cette recomposition des rapports de force, la défense ne peut plus être pensée uniquement en termes militaires : elle exige une vigilance accrue, une capacité d’anticipation et un engagement élargi des sociétés civiles.

"Le commerce international ne constitue pas un vecteur de pacification. [...] C’est perçu comme la base alors que cela devrait être un outil. On a pensé que le fait d’être interdépendant économiquement permettait de dépasser les divergences internationales. Beaucoup d’Etats pensent le contraire, la majorité d’ailleurs. La Chine en use pour en profiter mais la Russie aussi et beaucoup d’autres."

Julia Tasse, responsable du programme Océan - IRIS

"Le motif impérialiste est toujours là, comme le montre l’exemple de la Russie. L’action intérieure sous le seuil, l’action informationnelle, fait partie du mode opératoire des Russes, car ils savent très bien qu’ils n’ont pas les moyens de se mesurer de manière conventionnelle à l’OTAN."

Léo Péria-Peigné, chercheur armement/industrie de défense - IFRI

"On pourrait aller jusqu’à un affrontement majeur si la Chine voulait récupérer Taïwan par la force. C’est un conflit avec un spectre large sur les tensions, qui pourrait aussi se traduire de manière économique. Il y a un risque pour la Suisse de devoir se positionner entre les deux belligérants pour conserver son accès à certains marchés."

Christian Bühlmann, (regional Strategy Director - SICPA SA) s’exprime ici comme Associate Fellow du GCSP.

Pour aller plus loin

Montée des nationaux-populismes et essor d’un nouvel impérialisme

La montée des nationalismes en Europe et l’essor de nouveaux impérialismes (russe, chinois et américain), fragilisent la stabilité politique et économique des pays démocratiques européens. Cela s’illustre par les scores des partis d’extrême droite notamment. En Allemagne, l’AfD a obtenu 19 % des voix ou plus dans toutes les classes d’âge des moins de 70 ans, tandis qu’en France, le Rassemblement National a recueilli 41,5 % des suffrages au second tour de la présidentielle

de 2022. En Italie, l’alliance menée par Fratelli d’Italia a consolidé son pouvoir, et en Autriche, le FPÖ, parti d’extrême droite, arrive en tête des élections législatives avec 29 % des voix en septembre 2024. Cette poussée nationaliste combinée aux vues impérialistes russes, américaines, chinoises, entre autres, induit un risque d’affaiblissement des institutions démocratiques et un durcissement des rapports de force entre pays.

"Le populisme et la montée des nationalismes d’extrême-droite menacent la démocratie, avec des ingérences étrangères qui vont chercher à l’exploiter. Il y a une volonté de saper les démocraties pour montrer que ce modèle n’est pas forcément le plus efficace. Sans compter la remise en cause de l’ordre international fondé sur le droit, qui est une menace pour les démocraties occidentales."

Mélissa Levaillant, directrice générale - SELDON Conseil

Les Européens abandonnés au populisme, Fondapol, Mai 2024 « Je vois surgir beaucoup d’anciens types d’impérialisme », une conversation avec Duncan Bell, Le Grand Continent, Novembre 2023 Comprendre la percée de l’extrême droite en Allemagne : 10 points, 15 cartes et graphiques, Le Grand Continent, Février 2025

VI. Gérer les incertitudes géopolitiques

Nom

LUCA

Description

Âge

34 ans

Rôle

Négociateur et d’approvisionnementsécurisateurstratégique

Luca fait partie de la toute première promotion de profils hybrides formés par l’armée Suisse pour gérer la transition écologique. Désormais dans le civil, il est membre d’une cellule créée pour faire face aux tensions de plus en plus fortes autour de l’accès à certaines ressources stratégiques. Il est à la fois négociateur dans l’import/export et coordinateur de la sécurité opérationnelle pour assurer l’approvisionne- ment de certaines ressources. Luca est tout d’abord chargé de négocier auprès de four- nisseurs étrangers l’achat de ressources stra- tégiques pour certaines entreprises suisses ou services de l’État, notamment des nouveaux matériaux pour les technologies de pointe. Pour cela il doit pouvoir s’appuyer sur de so- lides connaissances autour des enjeux géo- politiques, économiques et environnementaux au niveau mondial. En fonction des missions, il a la possibilité de mobiliser certaines res- sources ou services proposés par la Suisse

Enjeux

Éviter le déclassement économique

Gérer les incertitudes géopolitiques

Lutter contre les déstabilisations

comme monnaie d’échange. En plus de gé- rer la partie commerciale et transactionnelle, il est également chargé de gérer et sécuri- ser l’acheminement de ces ressources. C’est là où sa formation et son expérience au sein des forces spéciales est un atout pour antici- per d’éventuels accrocs. Car dans un contexte de tensions géopolitiques et de contraintes sur l’accès à certaines ressources critiques, son équipe et lui peuvent être amenés à de- voir déjouer des tentatives d’usurpation de la part de puissances étrangères ou d’organisa- tions pirates. Les moyens auxquels il recourt sont laissés à sa discrétion, avec l’assentiment de sa direction. Son équipe s’est notamment spécialisée en cryptographie quantique, et ce pour accroître leurs capacités d’interception des communications cryptées et renforcer la confidentialité de leurs échanges avec des in- terlocuteurs de tout type.

Déclaration

"Les gens croient que la transition écologique, ce sont des panneaux solaires et des éoliennes. Moi je vois surtout des rapports de force géopolitiques où la Suisse doit apprendre à jouer dans la cour des grands pour survivre."

"Négocier du lithium aujourd’hui, c’est comme négocier des armes pendant la guerre froide. Chaque contrat peut bousculer l’équilibre géopolitique d’une région entière."

Qui nous défendra demain ?

VII. DÉFENDRE LE MODÈLE DÉMOCRATIQUE

Pour aller plus loin

VII.

Dans un contexte mondial marqué par une complexité croissante et des interdépendances accrues, les modèles démocratiques sont confronté à une multitude de menaces qui mettent à l’épreuve leurs fondamentaux. Les ingérences étrangères, facilitées par la numérisation et la mondialisation, cherchent à influencer les processus électoraux et à déstabiliser les institutions. Parallèlement, la corruption endémique érode la confiance des citoyens dans leurs gouvernements, érodant ainsi l’intégrité et l’efficacité des systèmes démocratiques. Ces défis sont exacerbés par des technologies émergentes ainsi que des ruptures politiques et géopolitiques.

"La position de neutralité de la Suisse s’est toujours accompagnée d’un travail de médiation, c’est important pour un petit pays d’être protégé par le droit international."

Hagmann, head of the Division for Police Sciences - Cantonal

Augmentation des ingérences et déstabilisations étrangères

Les dernières années ont vu la résurgence d’anciennes tensions à l’échelle internationale, accompagnés d’une diversité de mode d’actions opérationnels et informationnels (russo-ukrainien, israélo-palestinien). Mais ces dynamiques d’ingérences sont en réalité portées sur toutes les zones géographiques et tous les sujets stratégiques. Elles se concrétisent d’autant plus rapidement et brutalement à l’ère de l’hyper-connectivité actuelle. Elles peuvent viser plusieurs objectifs : déstabiliser les institutions démocratiques et créer des divisions

sociales ; remettre en cause les frontières physiques et numériques ; paralyser des infrastructures critiques ; capter les données personnelles. Ces opérations de déstabilisations ne sont pas créées ex-nihilo. Elles exploitent des brèches existantes dans les sociétés visées avec une stratégie sur du longterme (Cf. feuille de route de la subversion du KGB, formalisé dans les années 1980).

Sun Tzu, « le grand secret qui permet de venir à bout de tout tient dans l’art de la division »

"Les États peuvent se sentir en menace face à des actions ponctuelles ciblées, inattendues, imprévisibles, qui visent de plus en plus, et de manière explicite, des enjeux symboliques forts, de moins en moins relatifs à l’expression de la question régalienne ou militaire. En France par exemple, le monde enseignant est aujourd’hui particulièrement ciblé."

Rapports de VIGINUM (Secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale française)

Ingérences étrangères : d’Israël au Qatar, sur la piste de l’argent des campagnes d’influence, Le Monde, décembre 2024

Panorama de la cybermenace ANSSI, 2024

Minuit moins dix à l’horloge de Poutine, David Chavalarias, Juillet 2024

Police of Basel-Stadt

Pour aller plus loin

Porosité des sphères public/privé et accroissement de la corruption

L’accroissement de la corruption représente une menace croissante pour la démocratie en Europe. Les partenariats public-privé, bien que bénéfiques pour l’innovation et l’efficacité, ont parfois conduit à des conflits d’intérêts et à une influence indue des entreprises sur les politiques publiques. Par exemple, en France, le phénomène du “pantouflage» a vu des hauts fonctionnaires ou politiques rejoindre des entreprises privées, suscitant des préoccupations quant à l’indépendance des décisions publiques. En Allemagne, des cas de corruption dans l’attribution de marchés publics ont mis en lumière les risques de collusion entre les secteurs. L’Italie, quant à elle, est confrontée à l’influence des organisations criminelles sur la politique

et l’économie. La Suisse n’est pas exempte de ces défis, avec des cas de corruption dans le secteur financier.

Avec la mondialisation et la numérisation, les réseaux de corruption deviennent plus complexes. Les tensions économiques et géopolitiques accroissent également ce risque, notamment dans les secteurs stratégiques. Pour contrer ces menaces, les pays doivent renforcer les mécanismes de transparence et coopérer au niveau international. Des technologies émergentes, comme la blockchain et l’intelligence artificielle, peuvent être utilisées pour dissimuler des activités corruptives… mais également pour lutter efficacement contre celles-ci.

Le crime organisé a-t-il infiltré la politique suisse? «C’est un risque», 24 Heures, Avril 2025

‘Qatargate’ : after the discovery of 800,000 euros in cash, Eva Kaili’s compromising text messages, Mediapart, Mai 2023 Corruption, trafic d’influence... les atteintes à la probité en légère hausse en 2023 en France, Gouvernement français

Janet Yellen, Bitcoin And Crypto Fearmongers Get Pushback From Former CIA Director, Forbes, Avril 2021

VII. Défendre le modèle

Nom

CAMILLE

Description

Camille est journaliste et animatrice pour la Radio Télévision Suisse (RTS). Après avoir commencé sa carrière en tant que journaliste d’investigation, elle fait aujourd’hui partie des animatrices vedettes de la RTS, notamment en tant que présentatrice du journal de l’info. Pratiquant le théâtre depuis le plus jeune âge, elle avait rejoint un club d’art oratoire au cours de sa formation de journaliste, et écumait les concours d’éloquence, faisant d’elle une spé- cialiste de la rhétorique. C’est son goût pour le “vrai débat” qui l’a amené à proposer un nou- veau concept d’émission à sa chaîne. Depuis 2 ans, en plus de son rôle de présentatrice du journal, elle anime une fois par semaine, en prime time, le programme “Débats-toi”, qui cherche à faire de l’éducation citoyenne sur l’art du débat et l’esprit critique. Son émission propose une approche pédagogique, en par- tant des points de vue personnels et des ré-

Enjeux

Défendre le modèle démocratique

Protéger nos cerveaux

Composer avec l’accélération du temps

Âge

36 ans

Rôle

Journaliste et animatrice de “Débats-toi”

actions émotionnelles des invités, et en les confrontant à un travail de recherche journa- listique, appuyé sur des sources expertes et étayées par des statistiques, sur tous les sujets traités. Pendant l’émission Camille s’attache à décortiquer à la fois sur le fond - les arguments des personnes invitées à débattre - en s’ap- puyant sur des outils de data science et d’IA pour fact-checker, et sur la forme, en iden- tifiant quels moyens rhétoriques sont mis en oeuvre. L’objectif pour elle étant de réussir à faire converger les participants sur une vision partagée des constats, et parfois même des solutions. En plus de son émission, elle est éga- lement l’autrice du petit manuel “Comment discuter avec des cons gens qui ont d’autres opinions ?“ car il est important pour elle d’ap- prendre à vivre ensemble, même si nous ne sommes pas d’accord sur tout.

Déclaration

"Mes outils d’IA détectent en temps réel les sophismes et les fake news, mais le plus dur reste de faire accepter aux gens que leurs émotions ne sont pas des arguments, même quand ces émotions sont légitimes."

"J’ai écrit ‘Comment discuter avec des cons’ parce que j’en avais marre qu’on confonde avoir raison avec savoir convaincre. La démocratie meurt quand on refuse d’écouter ceux qu’on trouve idiots."

VIII. PROTÉGER NOS CERVEAUX

Dans un environnement saturé de sollicitations, le cerveau devient un champ de bataille stratégique. La hausse de la consommation de drogues et de psychotropes, la baisse du niveau d’éducation, l’explosion des flux numériques et l’amplification des manipulations mentales - propagande, fake news, opérations d’influence - exposent les individus à une guerre cognitive permanente. Préserver l’intégrité mentale des citoyens n’est plus seulement un enjeu sanitaire ou éducatif : c’est une condition de la souveraineté et de la résilience démocratique.

"Ce que j’appelle les hyper-technologies sont par nature duales, civiles et militaires à la fois. Cela crée un renversement de paradigme profond : tout citoyen devient à la fois cible et combattant, cela perturbe les frontières entre les rôles traditionnels. Mais cette réalité demeure minorée par le grand public qui n’en mesure pas encore toutes les implications."

Asma Mhalla, politologue et essayiste, enseignante à Sciences Po Paris et auteure de Technopolitique (Seuil 2024)

Pour aller plus loin

Hausse de la consommation de drogues et psychotropes

La consommation de psychotropes est en hausse en Europe, posant un défi majeur pour la santé publique et la cohésion sociale. En France, l’usage de cocaïne concerne désormais 1,1 million de Français (11-75 ans) au moins une fois dans les 12 derniers mois, et 750 000 pour l’ecstasy/MDMA. D’après les analyses d’eau usées à Zürich, Bâle et Genève, la Suisse a l’un des taux de consommation de la cocaïne parmi les plus hauts d’Europe dans les catégories aisées. Sur le plan des psychotropes, la consommation française est parmi les plus élevées du continent, avec par exemple le doublement de celle des mineurs entre 2010 et 2021. L’Allemagne, l’Italie et l’Autriche suivent une tendance

similaire, avec une augmentation notable de la consommation de médicaments psychotropes, notamment chez les jeunes et les seniors. L’essor des ventes en ligne et des nouvelles substances psychoactives accroît le risque de dépendance et complique la régulation. La crise sanitaire liée à l’explosion de la consommation de Fentanyl aux États-Unis est dans cette même tendance. D’ici 2030, l’accès facilité aux psychotropes et l’impact des crises socio-économiques pourraient amplifier le phénomène, nécessitant des politiques de prévention et de traitement adaptées pour limiter les effets sur la société et les systèmes de santé.

Drogues et addictions, chiffres clés 2025, Observatoire français des drogues et des tendances addictives

Médicaments psychotropes : une hausse préoccupante de la consommation chez les enfants, Vie Publique, 2023

Swiss capital Bern considers legal cocaine project, Reuters, 2023 Rapport européen sur les drogues 2025: Tendances et évolutions, EUDA

La Menace Cognitive est la première série du Deftech Podcast, produit dans le cadre du programme de prospective technologique d’armasuisse Science et Technologie. Ecrite et présentée par Bruno Giussani, expert des enjeux sociétaux liés aux technologies numériques, cette série de six épisodes (qui sera augmentée par un «épisode bonus» fictionnel) explore une dimension aussi invisible que décisive des conflits contemporains : l’intégrité de nos esprits. Dans un monde saturé d’écrans, d’intelligence artificielle, de réseaux et de neurotechnologies, notre attention, nos perceptions et notre autonomie de pensée et de décision sont devenues des cibles.

Ce podcast ne parle pas seulement de désinformation ou de fake news. Il interroge la transformation en cours : celle d’une guerre silencieuse où l’esprit humain devient un champ de bataille.

À travers des exemples concrets, des analyses rigoureuses et des voix engagées La Menace Cognitive propose une grille de lecture percutante des enjeux liés à la souveraineté cognitive, à l’éducation, à la régulation et à l’éthique face à des technologies qui façonnent déjà nos vies, et ce en toute transparence.

Ce podcast n’est pas une alerte. C’est une expression de lucidité. Et peut-être, un manuel de résistance.

Deftech Podcast

Qui nous défendra demain ?

IX. LUTTER

CONTRE LES DÉSTABILISATIONS

IX. Lutter contre les déstabilisations

Dans un monde hyperconnecté, les formes de conflictualité évoluent rapidement, brouillant les frontières entre paix et guerre. Les sociétés sont désormais ciblées au cœur de leur esprit collectif, par des campagnes de désinformation, de propagande et de manipulation cognitive orchestrées par des acteurs étatiques ou non étatiques. À cela s’ajoute une guerre de l’attention permanente, où le divertissement de masse et la surcharge informationnelle affaiblissent la vigilance citoyenne et la capacité de discernement. Enfin, la porosité croissante entre sphères publique et privée, doublée d’un essor préoccupant de la corruption, mine la confiance dans les institutions. Ces déstabilisations, invisibles mais profondes, imposent une défense qui soit aussi cognitive, éthique et civique.

Amplification de la manipulation mentale : propagande, fake news, lutte informationnelle

L’amplification de la manipulation de l’information à travers la propagande, les fake news et la lutte informationnelle constitue une menace croissante en Europe, du fait de l’utilisation des outils numériques qui décuple la portée des actions. Dans les pays européens, la campagne de désinformation russe «Doppelgänger» a massivement ciblé les réseaux sociaux en 2022 pour saper, par exemple, le soutien à l’Ukraine. En Suisse, Swissinfo a révélé

en 2024 que des contenus manipulés sur la neutralité du pays circulaient largement sur Telegram. Avec l’essor des deepfakes et de l’IA générative, la désinformation pourrait exploser d’ici 2030, fragilisant davantage la confiance dans les institutions et menaçant la stabilité démocratique en Europe ; tant dans la production et la diffusion de contenus, que dans l’entraînement des modèles d’IA génératives.

"Pour comprendre la situation actuelle, il est impératif de revenir aux travaux de Hannah Arendt, notamment sur la question du mensonge en politique. En semant le mensonge permanent, on finit par créer le doute systématique, cela mine la confiance fondamentale nécessaire au contrat social, et en l’absence de celui-ci, nous retombons dans la vision hobbesienne : la loi du plus fort."

Asma Mhalla, politologue et essayiste, enseignante à Sciences Po Paris et auteure de Technopolitique (Seuil 2024)

"De plus en plus de pays cherchent à exercer leur influence en projetant des forces de renseignement dans différents pays avec pour cible des politiques, universitaires ou intellectuels."

Sébastien Jakubowski, directeur - INSPE Lille-HdF

Pour aller plus loin

« Doppelgänger » : autopsie de l’opération de désinformation russe, Le Monde, juin 2023

« Changer l’IA mondiale avec le récit russe » : comment un ex-policier américain devenu propagandiste du Kremlin veut détourner les IA occidentales, Le Grand Continent, Février 2025

Comment la Suisse est visée par la machine de propagande russe, Swissinfo, Février 2025

Les manipulations de l’information - Un défi pour nos démocraties, Ministère français des Armées, 2018

Le gouvernement lutte contre la désinformation, Ministère allemand des Affaires étrangères, Avril 2024

"La guerre dite hybride ne s’attaque pas tant aux trois piliers du triptyque de Clausewitz -peuple, armée, gouvernement- qu’à la déstabilisation des liens entre chacun de ces pôles, la détérioration des relations entre ces acteurs, en fragilisant la cohésion interne."

Asma Mhalla, politologue et essayiste, enseignante à Sciences Po Paris et auteure de Technopolitique (Seuil 2024)

Émergence d’une guerre de l’attention : numérique et tyrannie du divertissement

L’émergence d’une guerre de l’attention, alimentée par le numérique et l’essor du divertissement en ligne, pose un défi majeur aux sociétés européennes. “Selon leurs propres données, les jeunes [12/19 ans] en Suisse passent en moyenne 3 heures 7 minutes sur Internet un jour de semaine”, et 4 heures 30 minutes selon l’étude JAMES, et principalement pour du divertissement. Les tendances sont similaires dans les autres pays européens,

avec un usage massif du numérique dès l’enfance, encouragé par divers programmes d’éducation qui sont aujourd’hui questionnés. Cette surexposition fragilise les capacités cognitives, réduit le sommeil et favorise l’isolement social. D’ici 2030, l’essor de l’IA et de la réalité augmentée risque d’intensifier cette captation de l’attention, menaçant la cohésion sociale et les référentiels communs.

"Dans un avenir proche, il sera nécessaire de sensibiliser des acteurs clés tels que les enseignants ou les acteurs de la société civile en prise avec les territoires à la notion de défense, non seulement au niveau individuel, mais aussi comme responsabilité collective vis-à-vis de la société dans son ensemble."

Asma Mhalla, politologue et essayiste, enseignante à Sciences Po Paris et auteure de Technopolitique (Seuil 2024)

Pour aller plus loin

Rapport sur les résultats de l’étude JAMES 2024 (Jeunes | activités | médias - enquête Suisse), Université de Zurich

La civilisation du poisson rouge, Bruno Patino, 2019

Rapport datamind 2023, Digimind

La Suède juge les écrans responsables de la baisse du niveau des élèves et veut un retour aux manuels scolaires, Le Monde, Mai 2023

La tyrannie du divertissement - Ne laissez pas les loisirs gâcher votre vie et celle de vos enfants, Olivier Babeau, 2023

"Il faut accepter des actions offensives dans les mêmes champs que nos adversaires. Nous sommes trop naïfs dans les voies contre-offensives, il faudrait privilégier des actions pour empêcher un pays d’avoir envie d’essayer de nouveau de nous mettre en difficulté ou en vulnérabilité.

Sébastien Jakubowski, directeur - INSPE Lille-HdF

Nom

ÉLISA

Description

Âge

29 ans

Rôle

Professeure d’histoire et vigie des influences étrangères

Élisa est titulaire d’un doctorat en histoire contemporaine de l’Université de Zurich. Également passionnée d’informatique, elle a réalisé sa thèse sur les moyens de contre-offensive face aux tentatives de déstabilisation étrangères en ligne. Elle est depuis deux ans professeure d’histoire au secondaire et passe beaucoup de temps, en plus de ses cours, à proposer des ateliers pour apprendre à détricoter les narratifs d’influences étrangères avec ses élèves. C’est une manière pour elle de souligner la complexité de l’histoire. Elle est également présidente et membre d’une association de professeurs d’histoire qui œuvrent pour vulgariser et mieux faire connaître l’histoire

Enjeux

Lutter contre les déstabilisations

Protéger nos cerveaux

Défendre le modèle démocratique

de la Suisse auprès des citoyens, au travers d’événements festifs. En lien avec sa thèse, elle développe également une activité de vigie des influences étrangères au sein de son association, où elle identifie et cartographie les opérations d’influence étrangères en ligne qui tentent d’imposer ou d’influencer certains narratifs. En collaboration avec les services de renseignement, elle organise et coordonne des opérations de contre-offensive en ligne pour neutraliser certaines menaces étrangères. Au vu du succès de ses interventions, l’armée lui a proposé de se former aux crypto-monnaies et à la blockchain, afin d’analyser ces nouveaux terrains de jeu des influences économiques.

Déclaration

"Enseigner l’histoire aujourd’hui, c’est aussi apprendre à mes élèves que la guerre de l’information se joue en temps réel sur leurs smartphones, pas seulement dans les livres d’histoire."

"Mes élèves de 16 ans arrivent parfois mieux que les adultes à détecter une opération d’influence russe ou chinoise sur TikTok. Ils ont juste besoin qu’on leur donne les clés de lecture."

"Les crypto-monnaies ne servent pas qu’à spéculer, elles deviennent l’arme numérique des influences économiques étrangères. C’est le nouveau champ de bataille que peu de gens comprennent encore."

Qui nous défendra demain ?

Quel est le lien entre les personnages et les enjeux ?

Quel est le lien entre les personnages et les enjeux ?

Pour vous faciliter la lecture, nous avons conçu ce tableau récapitulatif des enjeux et les personnages présentés précédemment.

I. Éviter le déclassement économique

II. Renforcer la cohésion sociale

III. Composer avec l’accélération du temps

IV. Garantir la santé physique et psychique

V. S’adapter au nouveau régime climatique

VI. Gérer les incertitudes géopolitiques

VII. Défendre le modèle démocratique

VIII. Protéger nos cerveaux

IX. Lutter contre les déstabilisations

Enjeux Roberta
Thomas Claudio Camille Élisa Luca Karin Naïm

CONCLUSION DE L’ÉTUDE

Conclusion de l’étude

de la défense civile, Suisse, 1969

Le paysage des menaces auquel est confrontée la Suisse ne cesse de se densifier et de se complexifier. Si les conflits armés traditionnels, les tensions géopolitiques et les stratégies militaires classiques demeurent d’actualité, ils sont désormais complétés – et non remplacés – par des formes d’agression plus hybrides, plus insidieuses, parfois moins visibles mais tout aussi déstabilisantes.

"Les nouvelles menaces ne remplacent pas les anciennes, elles s’additionnent à toutes celles déjà existantes."

Ces menaces dites « non conventionnelles » prennent racine dans des domaines jusqu’ici périphériques à la doctrine de défense : flux économiques, chaînes logistiques, systèmes numériques, réseaux sociaux, données personnelles, environnement informationnel. Elles mobilisent des technologies civiles, des acteurs non étatiques, des leviers d’influence et d’atteinte à l’autonomie stratégique, qui échappent souvent aux grilles de lecture classiques.

Dès lors, il est impératif d’adopter une approche étendue de la préparation nationale. Celle-ci ne peut plus reposer uniquement sur les forces armées et les dispositifs de sécurité traditionnels. Elle doit inclure l’ensemble du tissu civil : les institutions publiques, les entreprises technologiques, les infrastructures critiques, les collectivités locales et, surtout, la population elle-même.

"La sécurité

de demain passe par la nécessité d’impliquer tout le monde, notamment les citoyens."

Alain Vuitel, chef d’état-major de l’Instruction opérative (CEMIO)

La résilience devient un pilier de sécurité au même titre que la dissuasion. Elle repose sur la capacité à anticiper, à absorber les chocs, à maintenir les fonctions vitales et à rétablir rapidement un fonctionnement normal face à une crise. Cette résilience doit être cognitive, technologique, sociale et territoriale. Elle implique des mesures de formation, de coordination intersectorielle, de protection des données, de veille stratégique et d’éducation à l’information.

La souveraineté de la Suisse et de l’Europe ne pourra être assurée qu’au prix d’un élargissement de notre conception de la défense. Il ne s’agit pas d’opposer la guerre conventionnelle à la guerre hybride, mais de reconnaître que les deux coexistent et se renforcent mutuellement. Les menaces évoluent, se combinent, s’adaptent. Nos capacités de réponse doivent suivre la même dynamique.

Préparer la Suisse aux défis de demain, c’est ainsi intégrer pleinement les dimensions civiles, technologiques et cognitives de la sécurité nationale. C’est reconnaître que la défense du pays commence bien avant la ligne de front. Et que cette ligne, désormais, traverse aussi nos relations, nos infrastructures, nos villes et nos esprits.

Livre

"Il faut des process, de la diversité et rassembler des acteurs avant-gardistes (recherches privé et public), financés par les acteurs publics. La collaboration entre le gouvernement et les acteurs privés sera primordiale."

"Chaque citoyen et chaque habitant de la Suisse doit être capable d’une certaine indépendance face aux menaces. C’est-àdire que l’on doit être en mesure de survivre plusieurs jours de manière autonome si les chaînes d’approvisionnement ne fonctionnaient plus. Et les communautés locales doivent assurer elles-mêmes leur défense et ne pas attendre que d’autres le fassent à leur place (état, administration, entreprise ou acteur externe.)"

COMMENT S'APPROPRIER CE TRAVAIL ?

Qui nous défendra demain ?

Un atelier pour se projeter concrètement

Cette étude “Qui nous défendra demain ?” nous a permis d’identifier un certain nombre de menaces à venir, et d’imaginer différents personnages qui pourraient composer les forces de défense hybride de la Suisse de demain. Ce travail d’anticipation a pour but premier de venir vous interpeller, de provoquer des questionnements et de favoriser un temps de réflexion et de prise de recul.

Mais pour aller un cran plus loin, nous proposons un format d’atelier, qui puisse vous permettre de passer à l’action. Les questionnements et réflexions que vont amener la lecture de cette étude doivent pouvoir être partagés, confrontés et enrichis. Quoi de mieux dans ce cas, qu’un format d’atelier collaboratif, pour tirer les fils de ce travail prospectif et surtout en tirer des enseignements ou des pistes d’action qui serviront dès aujourd’hui.

L’objectif de cet atelier est donc de “jouer” avec les différentes menaces et personnages, pour imaginer quels impacts cela pourrait avoir sur votre activité, à votre échelle, et ensuite en tirer des pistes d’action concrètes, pour mieux se préparer au(x) futur(s) possible(s) dès maintenant.

Bon atelier ! À vous de jouer !

Bonus:pourcellesetceuxd’entrevousquiseraientdéjàfamiliers du formatAnticipaScope,vouspouvezmixerl’usagedesmenaces etpersonnagesde“Quinousdéfendrademain?”aveclamécanique d’atelierd’AnticipaScope.

Matériel

et préparation de l’atelier

Le matériel dont vous aurez besoin

- La fiche de description des rôles

- Les fiches menaces

- Les fiches personnages

- Les templates d’atelier pour chaque étape

- Le template de création de personnage

- En physique : des stylos, des post-its, du brouillon

- En distanciel : un tableau virtuel partagé, avec des espaces de travail pré-aménagés

La préparation de l’atelier

Nombre de participants

Pour qu’un groupe de travail fonctionne efficacement, nous recommandons une taille de groupe de 4-5 personnes maximum, avec si possible des profils variés. Si vous êtes plus nombreux, formez plusieurs petits groupes, et répartissez-vous les différentes menaces à explorer.

Durée de l’atelier

Au vu de l’étendue du sujet et des réflexions pouvant être abordées, cet atelier peut être configuré pour un format allant de 2 heures à 1 journée. Plus vous aurez de temps, plus vous pourrez aborder un nombre important de menaces, ou les traiter plus en profondeur.

Dans l’idéal nous recommandons un format minimal d’une ½ journée.

Initialisation de l’atelier

Avant de démarrer l’atelier, il sera nécessaire de définir avec vos participants le point de vue que vous souhaitez adopter : allez-vous adopter le rôle de l’armée, d’une institution publique (à définir le plus précisément possible), d’une entreprise ou d’une association ?

Pour enrichir la réflexion, vous pouvez vous répartir les rôles au sein de l’équipe, en adoptant chacun un point de vue différent.

Si vous avez plusieurs groupes de travail, vous pouvez par exemple choisir d’adopter des points de vue différents en fonction des groupes, pour amener encore plus de diversité dans les réflexions.

Comment s'approprier ce travail ?

DÉROULÉ DE L’ATELIER

Durée : de 2 heures à 1 journée

ÉTAPE 1 - Anticiper les menaces et leurs impacts

ÉTAPE 2 - Interagir avec les acteurs de la défense de demain

ÉTAPE 3 - Identifier des pistes d’action

VUE D’ENSEMBLE

CONTEXTE ?

ÉTAPE 1

Anticiper

les menaces et leurs impacts

ÉTAPE 4 - Tirer des enseignements pour la défense

Pour cette première étape de l’atelier, l’objectif est avant tout de se familiariser avec les menaces recensées dans le cadre de l’étude, et de réfléchir à leurs impacts possibles (voir template p.85).

1. Choisissez une menace sur le mapping ou tirez au sort une des 28 menaces

2. Commencez par estimer la probabilité que cette menace se manifeste et qu’elle pourrait être sa dynamique d’évolution : est-elle sous-jacente ou avérée ? Va-t-elle s’accentuer ou diminuer ? À quelle condition ?

3. Cherchez ensuite à identifier…

- Comment cette menace pourrait se manifester à l’échelle des individus (s’informer, se nourrir, se déplacer, se divertir…) ?

- Quels en seraient les impacts sur votre activité (en fonction du point de vue que vous avez retenu) ?

4. Imaginez maintenant la brève d’une agence de presse (AFP, Reuters, etc.) pour concrétiser la menace (titre, chapô, 3 premières lignes)

5. Réitérez cette mécanique avec autant de menaces que vous le souhaitez, en fonction du temps d’atelier dont vous disposez

Note : nous recommandons un minimum de 3 menaces sur un atelier

ÉTAPE 2

Interagir avec les acteurs de la défense de demain

Pour cette deuxième étape, vous allez maintenant pouvoir interagir avec les personnages que nous avons imaginé dans le cadre de l’étude. Ces profils hybrides pourraient constituer les nouveaux acteurs de la défense de demain. Comment pourraient-ils vous aider à répondre aux menaces ? (voir templates p.86 et p.87).

Temps 1 - Jouer avec les personnages existants

1.1. Pour chaque menace que vous avez traité à l’étape précédente, répétez la même mécanique qui va suivre :

1.2. Identifiez parmi les 8 personnages celles ou ceux qui pourraient vous aider à traiter la menace en répondant aux questions suivantes :

- En quoi ce personnage peut-il nous aider ?

- Dans quel cadre et à quel moment faire appel à lui ?

- Comment entrer en interaction avec lui ? À quelle occasion ?

- Qu’avons-nous à lui apporter ?

- Quels liens entretient-il avec l’appareil de défense ou les institutions ?

Temps 2 (optionnel) - Créer de nouveaux personnages

2.1. En utilisant le support de création de nouveau personnage, vous pouvez imaginer de nouveaux personnages :

- pour répondre à des menaces identifiées pour lesquelles nous n’avons pas encore de moyens d’action

- en faisant évoluer des personnages déjà existants, que vous pourriez encore hybrider ou développer

2.2. Une fois le template renseigné, utilisez le prompt proposé en page suivante pour donner vie à votre personnage.

ÉTAPE 2 (SUITE)

Prompt pour générer un personnage

Peinture numérique, style réaliste.

Sujet principal : [décrire le personnage principal, son action, sa posture, ses vêtements]

Décor et ambiance : [brève description du décor et de l’ambiance]

Personnages secondaires : [optionnel, présence d’autres personnages, diversité, interactions]

Cadrage : cadrage américain, sujet principal centré, à mi-corps ou en pied

Palette de couleurs : couleurs chaudes et terreuses (beige, ocre, kaki), variations subtiles pour la peau, les vêtements, les objets

Textures : traces de pinceau visibles, détails réalistes sur le sujet principal, arrière-plan artistique, rendu tactile des tissus

Lumière : douce, diffuse et chaude, ombres subtiles

ÉTAPE 3

Identifier des pistes d’action

Pour cette troisième étape, vous allez maintenant revenir dans le présent et chercher à identifier des actions à mettre en œuvre dès aujourd’hui pour mieux se préparer et renforcer vos capacités de défense (voir template p.88).

Temps 1

1. En repartant des personnages utilisés ou créés à l’étape précédente, identifiez quelles actions, décisions ou dispositifs sont à mettre en œuvre dès aujourd’hui pour les faire émerger et favoriser leur apparition.

Temps 2

2.1. Pour chaque menace que vous avez traité, estimez sur le curseur le niveau de préparation actuel des citoyens pour y faire face.

2.2. Illustrez avec quelques mots clés les réactions possibles de la société civile face à ces menaces.

2.3. Enfin, notez les atouts et ressources potentiels de résistance, résilience ou anti-fragilité dont pourraient faire preuve les citoyens pour faire face à ces menaces.

Temps 3

3. Pour finir, identifiez quelles actions mettre en œuvre dès aujourd’hui pour : - réduire la probabilité que ces menaces arrivent ? - diminuer les impacts envisagés ces menaces ?

ÉTAPE 4

Tirer des enseignements pour la défense

Pour cette quatrième et dernière étape, l’objectif est de prendre du recul sur l’atelier que vous venez de vivre et d’en tirer quelques enseignements plus généraux, sur le rapport entre la société et les enjeux de défense (voir template p.89).

En partant du support d’atelier :

1. Identifiez les liens que pourraient développer vos personnages avec l’armée

2. Définissez ce qui relève selon vous du périmètre de la défense parmi les différents secteurs de la société, en repartant notamment des actions que vous avez identifiées à l’étape précédente. Quel serait le rôle de l’armée par rapport à ces actions ?

3. Décrivez, selon vous, dans quel cas, serait-il pertinent d’utiliser le terme de “guerre” ?

Analyse d’une menace

Commencez par estimer la probabilité que cette menace se manifeste et qu’elle pourrait être sa dynamique d’évolution : est-elle sous-jacente ou avérée ? Va-t-elle s’accentuer ou diminuer ? À quelle condition ?

Comment cette menace pourrait se manifester à l’échelle des individus (s’informer, se nourrir, se déplacer, se divertir…) ?

Quels en seraient les impacts sur votre activité (en fonction du point de vue que vous avez retenu) ?

3

Imaginez maintenant la brève d’une agence de presse (AFP, Reuters, etc.) pour concrétiser la menace (titre, chapô, 3 premières lignes)

Personnages & menaces

Personnage 1

Roberta

Personnage 2

Naïm

Personnage 3

Claudio

Personnage 4

Karin

Personnage 5

Thomas

Personnage 6

Luca Personnage 7

Camille

Personnage 8

Élisa

Menace 1
Menace 2

Comment s'approprier ce travail ?

Nouveau

personnage

Prénom :

Nom :

Âge :

Intitulé de poste :

Activités

Ses compétences clés

Visage

Son lien avec la technologie

Comment en est-il/elle arrivé là ?

Pistes d’actions

Actions, décisions ou dispositifs pour faire émerger les personnages

Niveau de préparation (placez une croix sur le curseur)

Pas préparé Moyennement préparé Bien préparé

Réactions possibles de la société civile face à cette menace

Ressources et préparation de la société civile

Atouts et ressources potentiels des citoyens pour faire face

Pistes d’actions à mettre en oeuvre dès aujourd’hui...

...pour réduire la probabilité que ces menaces arrivent

...pour diminuer les impacts envisagés ces menaces

Enseignements

Liens à développer entre les personnages et l’armée

Périmètre de défense...

...au sein de l’armée

Usage du terme « guerre »

...hors de l’armée

DANS LES COULISSES

Qui nous défendra demain ?

BIOGRAPHIE DES PERSONNES INTERROGÉES

Christian BÜHLMANN

Dr. Christian Bühlmann est Associate Fellow de la Global Fellowship Initiative du GCSP (Geneva Centre for Security Policy) et directeur stratégique régional chez SICPA. Il possède plus de 35 ans d'expérience dans le civil et les armées. Il a été officier de carrière dans les forces armées suisses pendant plus de 20 ans.

Myriam DUNN CAVELTY

Myriam Dunn Cavelty est Senior Scientist et directrice adjointe pour la recherche et l'enseignement au Centre d'études sur la sécurité (CSS) de l'École polytechnique fédérale de Zurich (ETH Zurich).

Hannes GASSERT

Hannes Gassert est entrepreneur, développeur, activiste, auteur et commissaire d’exposition au croisement des médias, de la technologie et de la culture.

Jonas HAGMANN

Dr. Jonas Hagmann est un politologue suisse. Il mène des recherches et enseigne sur les politiques et pratiques de sécurité urbaine, nationale et internationale. Son profil et ses travaux scientifiques sont disponibles sur www.jonashagmann.net.

Christian HARBULOT

Christian Harbulot est un expert international en intelligence économique, dont la carrière est marquée par d’importantes contributions dans le domaine. Il a créé l’Ecole de Guerre Economique (EGE) et le CR451, en plus d’écrire de nombreux ouvrages.

Sébastien JAKUBOWSKI

Sébastien Jakubowski est professeur des universités en sociologie des organisations et des institutions à l’Université de Lille. Membre du Clersé, il est directeur de l’INSPE de l’Académie de Lille - Hauts-deFrance.

Biographie des personnes interrogées

Mélissa LEVAILLANT

Mélissa Levaillant est docteure en science politique et relations internationales, co-fondatrice et directrice générale de SELDON Conseil. Au sein de SELDON Conseil, elle développe tout particulièrement des projets de prospective stratégique pour le secteur public et le secteur privé.

Asma MHALLA

Asma Mhalla est une politologue et essayiste franco-tunisienne. Elle est enseignante à Sciences Po Paris et auteure de Technopolitique (Seuil 2024).

Karelle MENINE

Karelle Menine est une auteure franco-suisse. Titulaire d’un master d’histoire ancienne et journaliste diplômée de l’Institut Pratique de Journalisme (IPJ), elle fut notamment reporter pour la Radio suisse romande jusqu’en 2007.

Léo PÉRIA-PEIGNÉ

Léo Péria-Peigné est chercheur au Centre des études de sécurité de l'Ifri où il travaille au sein de l'Observatoire des conflits futurs sur la prospective capacitaire en matière d'armement et sur l'emploi des systèmes d'armes à venir.

Julia TASSE

Julia Tasse est responsable de programme (Climat, Énergie, Sécurité) et chercheuse à l’IRIS, où elle travaille sur les liens entre climat, océan et sécurité.

Alexandre VAUTRAVERS

Alexandre Vautravers est rédacteur en chef de la Revue militaire suisse (RMS+). Il est également directeur scientifique du Centre d'Histoire et de Prospective Militaires (CHPM).

Alain VUITEL

Le divisionnaire Alain Vuitel est responsable de l’instruction aux échelons militaire-stratégique et opératif ainsi que de la formation collective des officiers généraux de l'Armée suisse.

MÉTHODOLOGIE

Nous avons interrogé 13 personnes aux profils variés (chercheur, consultant, artiste, commandant des armées, etc.), lors d’entretiens semidirectifs. Durée des échanges : entre 1h00 et 1h45.

Les entretiens ont été réalisés par un binôme alternativement composé de Matthieu Gioani, Félix Baranger et Romain Fenouil entre septembre 2024 et janvier 2025, à distance.

Cette phase d’entretiens a été précédée puis complétée par des recherches bibliographiques pour enrichir les menaces identifiés. Les sources retenues et

complémentaires sont mentionnées dans les paragraphes relatifs et en bibliographie.

Suite aux entretiens, un premier travail de synthèse, d’identification des enseignements et de formalisation des frameworks a été réalisé au printemps 2025, aboutissant à la création des 8 personnages et de leur incarnation par le dessin.

Les personnages ont été conçus par Antoine Petiteaux, à partir de générations exploratoires sur Flux et dessinés ensuite en dessin numérique.

Qui nous défendra demain ?

BIBLIOGRAPHIE

Ouvrages

Gergorin J. L. et Isaac-Dognin L. (2018).

Cyber - La guerre permanente. Edition du cerf.

Liang Q. et Xiangsui W. (1999). La Guerre hors limites. Rivage.

Goya M. (2019).

Sous le feu. Tallandier.

Bloch M. (1946).

L’étrange défaite. Gallimard Fourquet J. (2019).

L’Archipel français - Naissance d’une nation multiple et divisée. Seuil.

Sites web et documentation numérique

Asare, P. (2022, septembre 19).

Sécurité alimentaire de la Suisse en 2022 : Événements et développements actuels. Agrarforschung Schweiz. https://www.agrarforschungschweiz. ch/fr/2022/09/securite-alimentairede-la-suisse-en-2022-evenements-etdeveloppements-actuels/

Bouffartigue, P. (2018).

Jérôme Baschet, Défaire la tyrannie du présent. Temporalités émergentes et futurs inédits. Temporalités. Revue de sciences sociales et humaines, 28, Article 28. https://doi.org/10.4000/temporalites.5067

Collison, R. B., John. (2025, avril 10).

Total Defense Strategy : How Small Nations Strengthen Resilience and Trust. Irregular Warfare Initiative. https://irregularwarfare.org/articles/totaldefense-strategy-national-resilience/ Défense nationale. (s. d.). hls-dhsdss.ch. Consulté 27 juin 2025, à l’adresse https://hls-dhs-dss.ch/ articles/008602/2008-11-11/

Défense spirituelle. (s. d.). hls-dhsdss.ch. Consulté 26 juin 2025, à l’adresse https://hls-dhs-dss.ch/ articles/017426/2006-11-23/

Bibliographie

Cette bibliographie est complémentaire aux sources mentionnées dans l'étude.

Deroche-Leydier, Y., & Grimonpont, A. (s. d.). Renforcer la résilience alimentaire des territoires.

Kaiser, E. (2021, février 23). L’autosuffisance alimentaire en Suisse ? Alterna. https://www.alterna. eco/post/l-autosuffisance-alimentaire-ensuisse

Kipman, S.-D. (2002). La guerre, c’est la vie. Topique, 81(4), 27-35. https://doi.org/10.3917/top.081.0027

La Guerre hors limites. (2004, janvier 14). Ecole de Guerre Economique. https://www.ege.fr/infoguerre/2004/01/ la-guerre-hors-limites

« La sécurité de la Suisse 2025 » : La confrontation mondiale a des répercussions directes sur la Suisse. (s. d.). Consulté 20 juillet 2025, à l’adresse https://www.vbs.admin.ch/fr/ src-securite-de-la-suisse-2025

La sécurité des approvisionnements alimentaires. (2022). Le rapport public annuel 2022 | Cour des comptes. (2022, février 16). https:// www.ccomptes.fr/fr/publications/le-rapportpublic-annuel-2022

Les opérations sous le seuil, outil primordial de la compétition stratégique. (s. d.). Consulté 12 juin 2025, à l’adresse https://www. defnat.com/e-RDN/vue-article-cahier. php?carticle=236

Malik, M. (2023a, avril 20). Modéliser les révolutions : Une cliométrie des inégalités. Le Grand Continent. https://legrandcontinent.eu/ fr/2023/04/20/modeliser-les-revolutionsune-cliometrie-des-inegalites/

Malik, M. (2023b, juin 3). La Guerre hors limites, un aggiornamento. Le Grand Continent. https:// legrandcontinent.eu/fr/2023/06/03/laguerre-hors-limites-un-aggiornamento Mohler, M. (2018). La défense spirituelle : La contre-propagande en Suisse pendant la Seconde Guerre mondiale. Bulletin de l’Institut Pierre Renouvin, 47(1), 109-119. https://doi. org/10.3917/bipr1.047.0109

Renforcer la capacité de défense | Armée Suisse. (s. d.). Consulté 20 juillet 2025, à l’adresse https:// www.bundespublikationen.admin.ch/fr/ product/000000000862713470/renforcer-lacapacit%C3%A9-de-d%C3%A9fense

RFT 3.2.0—Concept d’emploi des forces terrestres (CEFT) | Portail fédérateur de l’armée de Terre. (2023, mai 11). https://www.terre.defense.gouv.fr/ ccf/nos-publications/documents-reference/rft320-concept-demploi-forces-terrestres-ceft

Rigendinger, B. (2025, février 7). Les sept problèmes de l’armée suisse. SWI swissinfo.ch. https://www.swissinfo.ch/ fre/politique-federale/les-sept-problèmes-delarmée-suisse/88829583

Sécurité des activités d’importance vitale (SAIV)—Armement.defense. gouv.fr. (s. d.). Consulté 20 juillet 2025, à l’adresse https://armement.defense. gouv.fr/securite-et-habilitation/securite-desactivites-dimportance-vitale-saiv

Vision 2030, Armée Suisse. (s. d.). Consulté 20 juillet 2025, à l’adresse https://www.vtg.admin.ch/fr/vision-2030-fr

Zaugg, S. (2023, septembre 11). Comment les importateurs suisses de denrées agroalimentaires ont-ils résisté au COVID-19?

Agrarforschung Schweiz. https:// www.agrarforschungschweiz.ch/fr/2023/09/ comment-les-importateurs-suisses-dedenrees-agroalimentaires-ont-ils-resiste-aucovid-19/

ISBN : 978-3-907717-02-8

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