L&L n°oct 09-ok
21/09/09
18:15
Page 1
J’ai cru longtemps qu’être écrivain c’était écrire. J’ai compris depuis peu que j’écris surtout quand je n’écris pas. Cela fait bientôt une année que je n’ai pas rédigé la moindre phrase, pas même jeté trois mots dans un carnet. Non, je suis dans l’entre-deux. Entre deux livres, entre deux états, entre deux élans contradictoires. L’écriture est pour moi l’art de l’évitement, du contournement. Je retarde, je diffère le moment de m’y mettre. J’ai toujours mieux à faire. Écrire me fait peur. Alors je vais à la Poste, je rends visite à mon père à l’hôpital, je vais acheter des fraises au marché (ou des figues), je téléphone. Et chaque soir, au moment d’ouvrir le livre posé au pied de mon lit, je me sens piteuse. Au moment où je lis les phrases bien balancées écrites par les autres, les mots qui s’enchaînent et claquent comme par magie, quand le rythme et l’atmosphère d’un roman me touchent par leur justesse et leur force, je me promets de me remettre à écrire dès le lendemain. Mais le lendemain est jour de travail, le surlendemain jour de soucis, le jour suivant la maison est inondée, le jour d’après je prends le train. Ensuite c’est le week-end et je n’aime pas commencer un livre au moment où tout le monde s’apprête à prendre l’apéro. Alors écrire quand ? Lundi matin, un type vient réparer la chaudière, mardi déjà j’ai réunion pour le travail, et aujourd’hui, je dois rédiger une chronique pour Laurent Bonzon, on n’en sort pas. Heureusement, l’écriture n’a pas besoin de moi pour opérer, elle m’accompagne malgré moi à la Poste, à l’hôpital, dans le TGV, et par-dessus l’épaule du type qui répare la chaudière. Tout devient livre, tout m’intéresse, tout m’excite, et j’ai autant de projets que de jours qui passent. Mon voisin tente de dresser son chien et c’est le début d’un roman palpitant, je passe une heure dans la salle d’attente de mon médecin et ça pourrait bien être le premier chapitre de mon futur livre. Michael Jackson meurt et hop, je change de projet, c’est dire si mon cerveau est structuré. Bref, bientôt une année que je regarde le monde qui tourne sans moi, que j’ai mal au ventre quand j’envisage d’apprivoiser la première phrase. Je n’ai plus d’excuse, Obama est élu, Sarkozy repasse bientôt, De Villiers sous le bras, on ne m’attend nulle part pour changer le monde. Alors cette fois c’est sûr, demain je m’y mets. Brigitte Giraud
© Médiathèque de Roanne
n°245 - octobre 2009
Lectura en photos
Ascension de la grande pyramide par un touriste. Tirage albuminé des Ateliers Bonfils, rapporté par le docteur Dethève vers 1890. Médiathèque de Roanne.
librairie
Demain je m’y mets
À l’étude !
Évaluer le montant de la dépense publique d’achat de livres – principalement pour les bibliothèques et les établissements scolaires –, et mesurer l’accès des librairies indépendantes à ces marchés, ce sont les deux principaux objectifs d’une étude de grande ampleur lancée par la Direction du livre et de la lecture. Ce travail fait suite aux préconisations de Hervé Gaymard dans son rapport sur la situation du livre et aux observations du Syndicat de la
L’Atelier du poison soluble, Cécile Gambini, Du ski dans la purée.
zoom/p.5 Expositions L’Atelier du poisson soluble à la médiathèque de Saint-Étienne, Simone Weil à la médiathèque de Roanne, Lire en fête à Villeurbanne : trois expositions à découvrir.
À l’honneur ce mois-ci à la une de Livre & Lire, la nouvelle exposition virtuelle conçue par la médiathèque de Roanne pour le site Lectura,portail des bibliothèques des villes-centres de Rhône-Alpes.« Aux premiers temps des photographes – Roanne, cité modèle 1840-1940 », c’est l’occasion d’un voyage singulier à travers l’histoire d’une technique qui s’impose peu à peu comme un nouveau moyen d’appréhender un monde en pleine transformation. De la pratique des professionnels à celle des amateurs, de la pratique documentaire au reportage, cette exposition montre la richesse du thème et celle des fonds de la médiathèque de Roanne. L. B. www.lectura.fr
librairie française, qui s’est alarmé des limites du dispositif de 2004 plafonnant les rabais consentis aux acheteurs publics par leurs fournisseurs. L’ARALD, pour Rhône-Alpes, aux côtés de cinq autres régions, a été choisie pour mener l’un des volets qualitatifs qui complèteront l’état des lieux national. Au-delà des préconisations qui seront faites aux acheteurs publics, aux bibliothécaires et aux libraires, des propositions pourront être formulées pour faire évoluer le cadre réglementaire et législatif et faciliter l’accès des librairies à la commande publique.
Dossier : bourses d’écriture 2009
rentrée littéraire /p.8-9
en + + + + + + + + +
Des romans et des romans (suite) Les dernières parutions d’une rentrée 2009 très riche pour les écrivains qui vivent en Rhône-Alpes.
© Cécile Gambini
les écrivains à leur place
le mensuel du livre en Rhône-Alpes
essais/p.11 Voyages de photographes, voyage d’écrivain Une étude de Danièle Méaux, qui tente le portrait du voyageurphotographe à travers ses propres images et un essai de Dominique Saint-Pierre sur la présence de Gertrude Stein dans le Bugey.
Avant, après ! À quoi ça sert, comment ça marche et qu’est-ce que ça donne, les bourses d’écriture ? Réponses avec les écrivains qui bénéficient d’une aide en 2009, découverte des différents projets littéraires et coup d’œil sur ceux qui publient cette année après avoir bénéficié en 2008 du dispositif de soutien à la création littéraire mis en place par la DRAC Rhône-Alpes et la Région. Un dossier à découvrir p. 2-4.
Joël Bastard s’est envolé il y a quelques jours pour Montréal… Le poète séjournera trois mois au Québec, dans le cadre de la résidence d’écrivains croisée Lyon/Montréal, organisée par l’ARALD et L’UNEQ, avec le soutien de la Région Rhône-Alpes et du Conseil général des arts et lettres du Québec. L’auteur de Beule et de Se dessine déjà (deux recueils parus chez Gallimard) nous enverra prochainement quelques-unes de ses nouvelles… En attendant son premier roman, Manière, qui paraît en novembre,toujours aux éditions Gallimard.
> www.arald.org