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Les espaces intermédiaires : une volonté de sociabilisation et de sécurisation

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LES ESPACES INTERMÉDIAIRES : UNE VOLONTÉ DE SOCIABILISATION ET DE SÉCURISATION

SÉMINAIRE HABITAT(S) - ENSAP BORDEAUX SOUS LA DIRECTION DE CAROLINE MAZEL

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LE TEUFF ANAÏS MÉMOIRE DE MASTER JANVIER 2020


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LES ESPACES INTERMÉDIAIRES : UNE VOLONTÉ DE SOCIABILISATION ET DE SÉCURISATION MÉMOIRE PRÉSENTÉ PAR ANAÏS LE TEUFF

SÉMINAIRE HABITAT(S) - ENSAP BORDEAUX - JANVIER 2020 SOUS LA DIRECTION DE CAROLINE MAZEL

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SOMMAIRE

INTRODUCTION ......................................................................p. 6 I. HISTORIQUE ET ARCHÉTYPES DES ESPACES INTERMÉDIAIRES 1. L’HABITAT INDIVIDUEL JUMELÉ ......................................................p. 14 2. L’IMMEUBLE AVEC COUR CENTRALE COUVERTE ........................p. 16 3. L’IMMEUBLE AVEC COUR CENTRALE OUVERTE ...........................p. 17 4. L’IMMEUBLE AVEC COUR OUVERTE SUR RUE...............................p. 18 5. LES GRANDS ENSEMBLES.................................................................p. 19 6. L’ÎLOT OUVERT......................................................................................p. 20 7. LES RÉSIDENCES SÉCURISÉES.........................................................p. 21

II. ANALYSE DES CARACTÉRISTIQUES SPATIALES DES ESPACES INTERMÉDIAIRES À TRAVERS DES CAS D’ÉTUDE BORDELAIS 1. FICHES D’IDENTITÉ DES PROJETS ..................................................p. 26 2. LA RÉHABILITATION DES GRANDS ENSEMBLES .........................p. 38 3. ENTRE PROLONGEMENT DE L’URBAIN ET DISCONTINUITÉ ....p. 46 4. LA COUR D’IMMEUBLE : UNE DUALITÉ ENTRE OUVERTURE ET COUVERTURE ...........................................................................................p. 50 5. UNE VARIÉTÉ SOURCE D’ESPACES INTERMÉDIAIRES QUALITATIFS .....................................................................................................................p. 56

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III. LES ESPACES INTERMÉDIAIRES À L’ÉTRANGER

1. LES CAS HOLLANDAIS ET DANOIS.................................................p. 66 2. LES ÉCOQUARTIERS ALLEMANDS ................................................p. 70 2. LES RUELLES VERTES DE MONTRÉAL .........................................p. 72

CONCLUSION ..............................................................p. 76 BIBLIOGRAPHIE ........................................................p. 78 ANNEXES .........................................................................p. 82

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Avant- propos / Cette recherche sur les espaces intermédiaires prend racine d’un certain nombre de questions que je me pose sur la fabrication actuelle de la ville. Elle vient tout particulièrement d’un exercice de semestre 3 où nous avions comme terrain d’étude les bassins à flot. Nous avions été sans cesse confrontés à des séries de barrières, clôtures et digicodes qui nous contraignaient dans nos trajets et nous obligeaient à faire un certain nombre de détours. Nous avions ressenti une certaine frustration en tant qu’individu urbain car nous n’avions pas accès aux seuls espaces végétalisés du paysage. La ville m’avait paru dans ce quartier bordelais certes sécurisée mais pour le moins enclavée. Ces espaces au sol des logements m’avaient paru très stériles et froids aux yeux des non-résidents que nous étions. J’ai donc souhaité me confronter à l’analyse de ces espaces intermédiaires afin de comprendre leur fonctionnement et leur interaction ou non avec la ville qui leur fait face. Opter pour un travail sur les espaces intermédiaires c’était avant tout opter pour le caractère ambigu de non-lieux. J’ai quelque part voulu m’approprier des espaces difficilement palpables, que j’ai d’abord entrevu comme délaissés, abandonnés, sans noms et sans limites. On traite généralement du «maîtrisable» de l’urbain, de la ville dans sa globalité d’une part. De l’architecte et de ces réponses en matière d’habitat d’autre part. Je souhaitais traiter d’une séquence spatiale qui nous échappe, bien que nous la vivons quotidiennement. Où s’arrête le «chez-soi» ? Quel type de rupture peut-on observer entre la ville, la sphère publique et l’habitation, la sphère privée ? Les questions que soulèvent les espaces annexes aux logements m’ont toujours intéressées et je souhaitais m’y confronter à travers ce mémoire de master. Je m’intéresse avant tout aux espaces intermédiaires afin de comprendre quel rôle ils jouent à l’échelle de la ville, comment ils permettent de créer une transition, un seuil de l’espace public à l’espace privé et enfin afin d’identifier comment les différents dispositifs mis en place par les architectes permettent de créer un sentiment de sécurité et de sociabilisation auprès des habitants.

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Villes en parallèle, la ville aujourd’hui entre public et privé 2

Dictionnaire l’urbanisme et l’aménagement 3

de de

Espace urbain, vocabulaire et morphologie

Je souhaitais étudier des cas précis afin de par la suite avoir les outils nécessaires pour imaginer et concevoir moi-même ces espaces. Avant tout il est nécessaire de donner quelques définitions et champs lexicaux issus de différents ouvrages. Premières définitions des espaces intermédiaires / ”Les espaces intermédiaires sont la caractérisation formelle des relations qui s’établissent entre individuel et commun (public/privé)” 1 ”Espace ”collectif” ou ”semi-public” réservé à un usage de voisinage” 2 ”Il s’agit généralement d’espaces privés visibles depuis la rue (balcons, espaces végétalisés, distributions ...), situés entre l’espace privé de l’appartement et

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l’espace public” 3 Champ lexical usité pour aborder ces espaces / ”Espaces intermédiaires”, ”entre-deux”, ”espaces tampons”, ”espaces de jonction”, ”espaces semi-privés”, ”semi-publics”, ”semi-ouverts”, ”semifermés”, ”espace d’articulation”, ”espaces de proximité”, ”espaces collectifs”, ”espaces aux abords du logement”, espaces «frictionnels» ...

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INTRODUCTION

DES ESPACES DE LIAISON : UNE SÉQUENCE SPATIALE ENTRE LA SPHÈRE PUBLIQUE ET LA SPHÈRE PRIVÉE Comment quitter la sphère publique pour gagner la sphère privée ? Quels mécanismes sont mis en place ? Le passant se sent-il concerné ou exclu de ces espaces à la fois ouverts et fermés ? Les espaces intermédiaires sont un fragment spatial difficile à cerner car ils sont pris entre deux sphères imposantes : le public et le privé. Étudier les espaces intermédiaires c’est donc avant tout s’intéresser au point de contact entre la ville et le logement. D’une part, il existe la rue appartenant au domaine public. La rue est marquée par la notion d’échange, de mixité, je me confronte sans cesse à autrui. Cet espace est partagé et les personnes autour de moi me sont étrangères. Cette sensation peut m’être inconfortable et je peux me sentir dans l’insécurité. D’autre part, il existe le logement, la sphère privée. La cellule de l’habitat constitue l’individualité, le « chez-soi ». Elle est un espace où je peux me retrouver, à la fois confortable, rassurante et vectrice de repères spatiaux. Je connais et accepte les personnes qui m’entourent. Seuls les individus que j’ai invités peuvent entrer dans mon « chez-moi ». Ces espaces traversés quotidiennement par les habitants peuvent être difficilement qualifiables. La dénomination même de ces non-lieux pose problème ; il existe en effet ,comme on l’a vu précédemment, tout un champ lexical pour parler de ces espaces : «espaces de transition», «espaces intermédiaires», «entre-deux», «espaces tampons, «espaces semi-publics», «semi-privés», «semi-ouverts» ou encore «semi-fermés»... La difficulté même d’appellation est notamment due au fait que ces espaces se fondent sur une contradiction. Pris entre deux scénarios bien distincts, les espaces intermédiaires peuvent être assez contradictoires et apparaissent comme la réponse improbable entre la nécessité et le souhait de côtoyer mon semblable, tout en rejetant l’autre, mon opposé. Comme Georg Simmel4 l’explique ils peuvent symboliser un passage, un pont, ou à l’inverse une limite, une porte. Ces espaces semblent être l’illustration même de la nature humaine, celle de vouloir mêler simultanément des situations ou des types de relations incompatibles : solitude et contact, silence et communication, ouverture et sécurité. 1

https://www.cairn. info/revue-hermesla-revue-2012-2page-21.htm#

Ces espaces sont donc soumis à une dualité d’usage et à une dualité de désignation. Je peux qualifier un espace intermédiaire de «semi-ouvert»

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comme de «semi-fermé». La bipolarité de ces dénominations montre bien le caractère opposé de ces espaces de transition, sans cesse tiraillés entre le public et le privé. Restent les situations plus tranchées où ces non-lieux deviennent «le prolongement même du logis» selon Le Corbusier, ou au contraire l’extension évidente de la rue. Mais le plus souvent, ils demeurent finalement orphelins, n’appartenant ni vraiment à l’un ni vraiment à l’autre. Le terme même «d’intermédiaires» traduit pourtant une idée de recherche conciliatrice. Leur vocation est bien de tendre des liens entre deux mondes, le public et le domestique. Ils existent en tant que fils conducteurs ou traits d’union entre ces deux sphères. Ces lieux apparaissent comme singuliers, changeant de visage et de forme d’une opération à l’autre, ceci à bon ou à mauvais escient. Des interactions entre la sphère publique et la sphère privée sont pour le moins indispensables ; l’individu doit pouvoir se confronter à autrui. Le maillage de l’un à l’autre peut être délicat mais il semble essentiel de tisser des liens entre ces deux échelles. DES DISPOSITIFS QUI INFLUENT SUR L’URBANITÉ, LA SOCIABILISATION ET LE SENTIMENT DE SÉCURITÉ Les architectes privilégient-ils des espaces intermédiaires tournés vers la rue ou vers le logement ? Traitent-il ces espaces comme de véritables traits d’union entre le public et le privé ? Le point de jonction entre la sphère privé et la sphère public se fait par le biais d’espaces de transition plus ou moins dessinés et définis par l’architecte. Les espaces qui traitent de ce passage, ou au contraire de cette rupture sont difficilement identifiables et qualifiables, à la fois du point de vue de l’habitant (l’usager) qui traverse quotidiennement ces espaces que du point de vue de l’architecte (le concepteur) qui les imagine et les conçoit. Les formes produites par les architectes induisent sur la sociabilisation entre habitants ainsi que sur le sentiment de sécurité. Pour Christian Moley5, les espaces intermédiaires ”invoquent le passage progressif de l’échelle urbaine à l’échelle domestique, les séquences enchaînées et hiérarchisées menant peu à peu de l’extérieur à l’intérieur ou, dans l’autre sens l’ouverture des appartements vers le dehors”. Le logement est rarement dissociable du contexte qui l’entoure, ce qui implique de considérer non seulement ses qualités internes mais aussi son implantation et son insertion dans un ensemble plus large. Suivant les programmes, les espaces extérieurs peuvent se limiter aux espaces de transition (halls, cages d’escalier, couloirs, caves, espaces collectifs à partager entre locataires ...) qui posent des questions souvent sensibles sur les relations de voisinage. Ils peuvent concerner plus globalement les espaces extérieurs (placette, rue, espaces de jeu ... appartenant à l’ensemble des logements, parkings) ainsi que les espaces privatifs des logements (loggias, balcons, terrasses, jardins ...). Il importe de dégager les pratiques d’appropriation réelles des habitants (aspects symboliques).

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Christian Moley, Les abords du chez-soi : en quête d’espaces intermédiaires


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Prisonniers volontaires du rêve américain 7

Urbanisme et sécurité Les cahiers de la sécurité intérieure

Une gradation et un séquençage spatial permettent une hiérarchisation dans le cheminement de la rue au logement. La gestion de ces espaces tampons ou espaces d’entre deux s’effectue par un travail sur les limites successives. On voit apparaître deux types de limites : les limites rigides telles que les digicodes, clôtures, ou les limites douces : végétations, cheminements. La limite « rigide » permet de contrôler l’accès à l’espace au pied du logement. Seules les personnes qui possèdent un badge peuvent entrer et sortir librement. Selon l’anthropologue Cristina Patriota de Moura6, le contrôle d’accès permet d’identifier chaque membre de la société et de les classer en quatre catégories : les résidents ceux qui entrent et sortent les plus facilement, les visiteurs, qui doivent s’identifier au portail et justifier leur présence, les fournisseurs de services : domestiques, livreurs, jardiniers, ouvriers et la dernière catégorie, ceux qui ne peuvent pas entrer. Les limites douces quant à elles peuvent être signifiées par un talus, un fossé ou encore une végétation luxuriante qui permet de mettre une distance entre la rue et le logement. Les personnes que je peux rencontrer dans cet espace me sont familières, ce sont en général des voisins, un ou une gardienne, des amis venant me rendre visite. Les espaces intermédiaires cherchent à introduire un échange social et une sociabilisation entre les individus. Je peux m’identifier à ces personnes qui vivent dans le même bâtiment que moi, et entretenir avec eux une sociabilité normale ou anonyme. Je n’échange pas forcément avec eux mais le simple fait de les voir et de vivre à proximité peut me rassurer et provoquer un sentiment de sécurité. Dans le modèle Anglosaxon, la forme d’impasse autour de laquelle sont disposées les enclos des maisons ou des petits immeubles génèrent une unité de voisinage favorable à une cosurveillance7. On peut donc constater que la forme a une influence sur le sentiment de sécurité et sur la sociabilisation. Quel périmètre, quelle nature l’habitant donne-t-il à ces espaces tampons ? Ces espaces sont-ils susceptibles d’apporter de l’échange social ? La gradation spatiale s’accompagne t-elle d’une gradation en matière de sociabilité ? UNE FERMETURE MASSIVE DES ESPACES INTERMÉDIAIRES La fermeture massive de ces espaces intermédiaires reflète-t-elle une société individualiste, gagnée par la peur toujours plus accrue de l’autre ou une simple demande des habitants d’espaces toujours plus sécurisés ? Les phénomènes actuels de résidentialisation et de sécurisation montrent aujourd’hui l’enjeu capital de la présence de ces sous-espaces. En effet, aujourd’hui, on constate une sécurisation et un enclavement massif des projets en construction et des projets plus anciens que l’on cherche à résidentialiser pour entrer dans la ”norme” sécuritaire. On se renferme derrière d’imposantes grilles. L’individualisme prime et l’on cherche avant tout à se fermer de la ville qui peut faire peur. On vit le plus souvent reclus chez soi,

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protégés de toute éventuelle agression extérieure. Les espaces tampons sont donc plus généralement considérés comme étant des abords du chez-soi et non le prolongement même de la rue. L’espace intermédiaire est alors perçu comme un sas mettant à distance la ville du chez-soi. Dans ce cas on observe une limite nette entre la rue et le logement. L’espace intermédiaire n’est alors pas un prolongement de la rue mais l’abord de l’habitat. Pour Aldo Van Eyck8 il s’agit de ”deux mondes opposés sans transition. L’individu d’un côté, le collectif de l’autre. Entre les deux, la société dresse généralement beaucoup de barrières»

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Le processus architectural et la question des lieux https://www. unilim.fr/actessemiotiques/2973


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MÉTHODOLOGIE

La première partie de ce mémoire s’est concentrée sur des lectures d’auteurs ayant déjà traité des espaces intermédiaires. Cette étude a permis de dégager certains archétypes d’habitats et de formes d’espaces intermédiaires qui ont marqué l’histoire. J’ai pu en distinguer quelques-uns et en retenir certains concepts essentiels. Dans un second temps, j’ai choisi de réaliser une analyse spatiale en choisissant des cas d’études essentiellement bordelais afin de pouvoir facilement accéder aux terrains. Ces opérations ont été soigneusement choisies et abordent différentes typologies d’espaces intermédiaires. L’analyse de ces cas d’étude s’est basée sur une grille d’analyse spatiale préalablement définie. Celleci aborde le lien entre l’opération et son environnement urbain proche, les espaces extérieurs internes à l’opération, les espaces privatifs des logements et leur mode d’appropriation9. Des schémas ont été esquissés durant l’analyse10 afin de mieux comprendre les dispositifs et traitements des seuils mis en place par les architectes. Par la suite, des entretiens ont été effectués11 avec les habitants afin de mieux comprendre comment ils vivaient et percevaient leur habitat et les espaces qui le constituent. La vision des usagers a donc pu être croisée avec l’analyse spatiale. Cet échantillonnage a permis de distinguer et de croiser les différents types de formes, d’espaces produits et de voir si les dispositifs mis en place étaient opérants. En fin de mémoire, j’ai également souhaité introduire une dimension internationale en m’intéressant aux modèles Hollandais (Amsterdam, débordement de l’espace privatif sur la rue) Danois (espaces intermédiaires plus actifs qu’en France, davantage conçus et réfléchis par les architectes), Allemands (écoquartier Fribourg), et également Canadiens (réseau de ruelles vertes de Montréal).

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Voir en annexe p82

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Voir en annexe p84

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Voir en annexe p86


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I / HISTORIQUE ET ARCHÉTYPES DES ESPACES INTERMÉDIAIRES

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Fig Toutes les images de cette partie sont issues d’une production personnelle

Afin d’identifier comment ces espaces sont conçus aujourd’hui il me semblait indispensable d’étudier les typologies de logement qui ont marqué l’histoire. En effet, au fil du temps ces espaces ont pris différentes formes, à l’aide de l’ouvrage ”Les abords du chez-soi en quête d’espaces intermédiaires” de Christian Moley j’ai tenté de conserver certains archétypes de formes d’habitat, entre autre : les cités-jardins, les cités ouvrières, le carré mulhousien, le phalanstère, l’immeuble haussmannien, l’immeuble parisien, les grands ensembles, les résidences sécurisées.

TYPOLOGIE 1 / L’HABITAT INDIVIDUEL JUMELÉ TOURNÉ AUTOUR D’UN ESPACE VERT

LA CITÉ JARDIN DE SURESNES :

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https://www.suresnes-tourisme. com/la-cite-jardins. html

Au début du XXème siècle, une véritable politique du logement social s’instaure en France, avec l’arrivée d’Angleterre du concept urbain de «citéjardin» théorisé par Howard en 189812,. Il s’agit d’un projet de «ville campagne» formée de cercles concentriques distribuant du centre à la périphérie, édifices, maisons, boutiques, fabriques et entrepôts publics. Chaque série de bâtiments est isolée entre deux bandes de parcs et de jardins, et la ville elle-même est éloignée de toute autre ville par des champs et des bois formant une ceinture verte. Dans un contexte de crise du logement ouvrier, une solution est recherchée pour décongestionner Paris et créer des ensembles de logements auto-suffisants en périphérie de la capitale. Henri Sellier, Président de l’Office Public Des Habitations à Bon Marché du département de la Seine, Ministre de la Santé Publique puis Maire de Suresnes, initie un total de 15 cités-jardins en Île-de-France. Ces cités sont implantées dans un cadre souvent très vert et répondent aux préoccupations hygiénistes. L’une d’elles est la cité jardin de Suresnes, elle est composée d’immeubles de 4 étages se répartissant autour de jardins ainsi que de pavillons possédants chacun leur jardin en arrière plan ainsi qu’un jardinet secondaire sur rue. LA CITÉ OUVRIÈRE DE MULHOUSE : Au XIXe siècle, on assiste à la révolution industrielle, à l’essor des transports fluviaux notamment par le creusement du canal du Rhöne au Rhin. La cité ouvrière de Mulhouse est à la fois une cité ouvrière mais aussi une cité jardin.

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D’autres métiers sont représentés dans la cité dans un souci d’intégration à la rue. Un nouveau modèle d’habitation voit le jour imaginé par l’ingénieur Emile Muller. Il s’agit d’un ensemble de quatre maisons mitoyennes sur deux côtés avec des jardins et des entrées individuelles. Les plates-bandes végétalisées devant les maisons contribuent à un paysage commun. Ce modèle architectural a été choisi pour favoriser la vie familiale des travailleurs en abandonnant l’habitat collectif qui était jusqu’alors la norme.13

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http://www. crdp-strasbourg.fr/ data/patrimoinei n d u s t r i e l / mulhouse-19/ cite_ouvriere. php?parent=25

LA CITÉ JARDIN HUFEISENSIEDLUNG BRITZ / BERLIN : Cette cité a été conçue par Martin Wagner et Bruno Taut. Taut conçoit en 1912 le plan de masse et les plans types pour les maisons. 14 Il s’agit de maisons mitoyennes en bande. Celles-ci possèdent un jardinet d’entrée donnant sur la rue ainsi qu’un second véritable jardin en arrière-plan. Les jardinets sur rue permettent de créer un paysage collectif. L’entrée des maisons est marquée par une pergola en brique en sailli par rapport au reste de la façade. Ces petits seuils couverts permettent aux habitants d’y placer leur boîte aux lettres et d’éventuelles décorations et végétations. Les crépis des maisons sont colorés, blanc, rouge clair, vert olive, bleu vif, ocre clair et rendent chaque maison identifiable par ses habitants. Le réseau de ruelles jouent sur les différentes échelles de voirie. La rue principale, dont la courbure suit la géographie du terrain, croise plusieurs voies, dont l’une mène au point le plus haut du terrain, souligné par des maisons formant un demi-cercle. La pente qui en descend est aménagée en parc. Les rues secondaires desservent les maisons en bande, des ruelles piétonnes et viennent également se positionner en fond de jardin de ces maisons.

SYNTHÈSE / Les jardinets sur rue participent à un paysage collectif. Un

système de co-veillance semble s’installer et permet aux habitants d’avoir un sentiment de sécurité ; chacun voit l’autre. Un second réseau piéton plus privé s’effectue en arrière-plan au niveau des jardins de fond de parcelle.

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https://books.openedition.org/psorbonne/525?lang=fr


TYPOLOGIE 2 / L’IMMEUBLE AVEC COUR CENTRALE COUVERTE LE FAMILISTÈRE DE GUISE :

La familistère se distingue des cités ouvrières. Dans cette typologie, l’habitat collectif remplace le modèle des cités de maisons individuelles jumelées. Godin s’inspire du concept du phalanstère de Charles Fourier et proscrit donc la maison individuelle. Le familistère ou « Palais social » est formé d’un pavillon central encadré par deux ailes de taille plus modeste, destinées à l’habitation. L’habitat se concentre et s’introvertit autour d’un espace centrale couvert par une verrière. Chacun des trois bâtiments contient une cour vécue comme un lieu d’échange et de sociabilisation, qui rassemble les individus. Un réseau de coursives longe ce cœur d’îlot et mène aux appartements, celles-ci sont remplies de monde durant les fêtes.

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Christian Moley, les abords du chez-soi : en quête d’espaces intermédiaires

Godin parle des « équivalents de la richesse » terme désignant l’ensemble des conditions de confort et de salubrité que la bourgeoisie peut s’offrir par l’argent et que les familistériens pourront s’offrir15. En hygiéniste convaincu, Godin inclut dans les appartements ce qui garantit la salubrité du logement : luminosité des appartements, circulation de l’air, accès à l’eau potable à chaque étage. Tous sont locataires et profitent des mêmes services. À Guise, il n’y a pas de château du patron, de maisons d’ingénieur ou de contremaître. Un même ensemble abrite les appartements du fondateur, de l’institutrice ou du mouleur. Chaque personne qui le souhaite peut y loger selon ses besoins.

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SYNTHÈSE / Un système introverti : les circulations et les entrées sont

tournées vers un espace central couvert commun aux habitants. Celui-ci est source d’échange et de sociabilisation entre habitants. Les habitants viennent de classes sociales différentes : ouvriers, ingénieurs, patrons ; on assiste à une nouvelle forme mixité sociale au sein du familistère.

TYPOLOGIE 3 / L’IMMEUBLE AVEC COUR CENTRALE OUVERTE L’IMMEUBLE HAUSSMANNIEN :

Au milieu du XIXe siècle, Paris est une ville sombre et sale, formée de vieilles bâtisses et de ruelles sordides, pratiquement sans égout ni eau courante. Napoléon III entreprit alors de moderniser Paris, pour cela il fit appel à Georges Eugène Haussmann, celui-ci conçut «l’immeuble haussmannien». Les immeubles ne dépassent jamais 6 étages, chaque étage possède une fonction particulière et abrite une classe sociale bien distincte. Le 1er étage est haut de plafond et est réservé aux commerces. Les familles les plus riches se situent au 2e étage, avec balcon. Les étages 3 et 4 sont réservés à la petite bourgeoisie qui louait souvent leur logement aux familles du 2e étage. Le 5e étage, l’étage des classes modestes, possède aussi un balcon, mais uniquement dans le but de conserver l’équilibre de la façade. Le 6e étage est réservé aux domestiques, couramment appelées « chambres de bonnes », ces appartements étaient faits de sorte à rejoindre les cuisines facilement16. Les immeubles viennent former un front de rue continu, ils sont mitoyens et alignés et respectent certaines hauteurs ; la hauteur de l’immeuble doit être proportionnelle à la largeur de la voirie. Le logement vient se tourner sur la rue où avait lieu à l’époque une certaine vie sociale. La cour au centre de l’immeuble apparaît comme l’image de la salubrité. En effet, elle contribue avec la rue à l’aérage de la maison. Elle est relativement spacieuse et accessible au vent, au soleil, elle contient également des coins de terre ou de jardin afin que les enfants puissent jouer en dehors de l’appartement. C’est une sorte de square à domicile sécurisé. L’ambiguïté de la cour tantôt vide utilitaire, tantôt véritable espace valorisé, a contribué à la difficulté de nommer la relation qu’elle pouvait avoir avec l’immeuble. À cette époque, elle sera perçue comme un progrès hygiéniste puis elle sera réprimandée par les modernes car jugée trop étroite.

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https://www.cairn. info/revue-francaisede-sociologie-12010-2-page-321. htm


SYNTHÈSE / La cour symbolise l’image de la salubrité, elle est ouverte sur le ciel et permet ainsi d’aérer les logements. Certains usages vont commencer à apparaître au sein de cette cour : les enfants vont y jouer surveillés depuis les logements par leurs parents.

TYPOLOGIE 4 / L’IMMEUBLE AVEC COUR OUVERTE SUR RUE

A cette même époque une autre typologie voit le jour, celle de la courette sur rue. Le lien entre demeurer et se déplacer change au XXe siècle avec le développement de l’automobile. Circuler devient alors une fonction qu’on a tendance à vouloir séparer de la rue. Eugène Henard, architecte auprès de la ville de Paris à cette époque va amener une réflexion nouvelle sur la cour d’immeuble. En effet, il va inciter à l’ouvrir sur la rue et même à la faire passer de son côté. Pour parvenir à la surface minimale de la cour, les architectes vont lui annexer celle de la courette et vont la mettre en communication avec la rue, en interrompant ainsi le front bâti.

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Christian Moley, les abords du chez-soi : en quête d’espaces intermédiaires

Ils vont également imaginer un second dispositif plus radical, celui de faire passer sur l’avant de l’immeuble la cour qui était généralement à l’arrière comme dans l’immeuble Haussmannien entre autre, afin de laisser en arrièreplan que la courette. Dans ce cas de figure la cour échappe à l’obligation du minimum réglementaire puisqu’elle est incorporée au volume de la rue, du même coup augmenté. «On assainit donc mieux à la fois l’immeuble et la rue en admettant son potentiel élargissement par les reculs et ruptures ponctuels d’alignement que produisent les cours d’entrée en renfoncement.»17 L’immeuble avec cour d’entrée sur rue présente deux branches latérales, alignées avec les bâtiments mitoyens, et un retrait central, créant ainsi un espace entre la rue et le hall. Outre l’aspect hygiéniste, la forme en U à l’avantage d’offrir un développé de façade important, de permettre un grand nombre de pièces principales sur rue, ainsi qu’on le souhaitait à l’époque.

SYNTHÈSE / Le volume de la cour passe en façade de l’immeuble et vient

ménager depuis celle-ci une séquence d’entrée graduelle par l’intermédiaire d’un espace intermédiaire plus ou moins planté et délimité par une grille d’entrée. On a l’impression de reconnaître la transition que l’on observe actuellement dans de nombreux logements : une grille, une cour puis un hall d’entrée.

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TYPOLOGIE 5 / LES GRANDS ENSEMBLES

Le dilemme des modernes entre la rue outil (supposant de rapprocher les bâtiments de la rue pensée en galerie technique comme dans la rue pensée par Hénard) et la rue ensoleillée (supposant d’écarter les immeubles de la rue) a penché en la faveur de cette dernière18. La question des «espaces libres» a été essentiellement concentrée sur l’aménagement des anciennes enceintes de la ville et par-delà, sur leur rôle face à l’extension de celle-ci. On assiste à un changement d’échelle au niveau des réflexions sur le logement, passant à celle des limites de la ville et non plus de l’unité d’habitat. On passe alors de l’échelle du logement à celui de l’urbanisme qui devient une discipline. La notion «d’espaces libres» restera le terme générique désignant les vastes espaces laissés entre les immeubles hauts des périphéries. Ces espaces libres, vides et sans échelle domestique, représentent pour les modernes l’aboutissement du processus marquant le passage de l’immeuble à la ville, l’hygiène urbaine de l’habitat, alors que celle-ci avait initialement été envisagée à partir de la cour sous un angle sanitaire, sécuritaire, esthétique et éducatif. L’une des idées majeures des modernes sera de condamner la «rue corridor» comme la nomme notamment Le Corbusier qui selon lui confine l’air et porte l’ombre. La rue est alors pensée en coupe et devient une largeur à proportionner à la hauteur des immeubles qui la bordent, et qui seront ainsi portés à s’en reculer. Ce recul des immeubles hauts afin de ne pas ombrager la rue conduit finalement à la supprimer dans ses formes constitutives.

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Tiré de «faire l’histoire des grands ensembles»


SYNTHÈSE / On abandonne la cour d’immeuble pour passer de la rue

corridor propre aux rues parisiennes à la notion «d’open planning». Les barres et tours sont espacées et des vides résiduels non maîtrises se créent autour de celles-ci. Les espaces intermédiaires sont très pauvres et aucun véritable espace de transition n’est visible.

TYPOLOGIE 6 / L’ÎLOT OUVERT

L’îlot ouvert / «Ouverture entre bâtiments, ouverture à la lumière, ouverture à la vue mais, surtout, ouverture à l’aléatoire» Christian de Portzamparc ZAC MASSÉNA / CHRISTIAN DE PORTZAMPARC :

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https://www.christiande portzamparc. com/fr/projects/ quartier-massena/ 20

http://www.cyberarchi.com/ article/l-ilot-ouvert-et-massenadu-concept-a-larealite-16-06-201013769

Ce projet urbain est situé à Paris dans la Zac Masséna. La Zac s’étend de la gare d’Austerlitz jusqu’aux Maréchaux et même au-delà, à Ivry-sur-Seine. Bordée d’un côté par la Seine, elle est traversée par les voies ferrées et des vieux bâtiments industriels y sont laissés à l’abandon. Christian De Portzamparc met en pratique à l’échelle du quartier son concept d’îlot ouvert, de rue ouverte et lumineuse théorisée précédemment dans l’opération de Hautes Formes à Paris. Il s’oppose à la vision moderniste des barres et des tours qui signe pour lui la mort de la rue. Il cherche avant tout à concevoir un îlot poreux. L’îlot ouvert s’articule autour de trois grands thèmes : les ouvertures visuelles (chaque logement dispose de plusieurs orientations), l’autonomie des bâtiments et la diversité des programmes et de l’architecture19. «Il faut jouer sur l’harmonie et non sur l’homogénéité»20, indique Christian de Portzamparc à ce sujet. Cette méthode a été conçue dans les années 80 ; pour Christian de Portzamparc : «Issue de précédents projets, l’idée consistait à dire ‘l’urbanisme donne forme au vide»6. Le plan imaginé par De Portzamparc n’est pas figé et laisse place à des évolutions naturelles. Les bâtiments ne sont jamais mitoyens, ils sont autonomes, ouverts, séparés les uns des autres et s’ouvrent autour d’une rue traditionnelle et sur des intérieurs d’îlots plantés. Ces bâtiments prennent ainsi la lumière dans les quatres directions. La hauteur des immeubles est limitée sans être identique d’un bâtiment à l’autre. Les façades sont en général alignées, mais sans continuité d’une construction à l’autre. Ce plan d’urbanisme, assez libre, a permis aux architectes de « prendre de la lumière »

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de tous les côtés. Chaque bâtiment possède 4 ou 5 façades, les salles de bain ont ainsi pu être éclairées en lumière naturelle.

SYNTHÈSE / L’îlot ouvert théorisé par Christian De Portzamparc vient

conserver les principes de la ville traditionnelle : une rue bordée de bâtiments alignés à celle-ci et pouvant contenir certaines séquences (recul partiel comme dans la cour parisienne ouverte sur rue). Ce principe permet d’éclairer à la fois les logements mais également la rue qui apparaît comme un véritable paysage aléatoire, séquencé et varié par des ouvertures et des reculs.

TYPOLOGIE 7 / LES RÉSIDENCES SÉCURISÉES L’EXEMPLE DES GATED COMMUNITIES AMÉRICAINES Les résidences sécurisées sont des systèmes d’«enclaves privatisées», de «lotissements sécurisés» ou de «quartiers clos» délimitées par d’imposantes barrières et régularisées par des digicodes aux entrées. On peut aussi parler de Gated communities, un principe de résidences sécurisées qui a vu le jour aux États-Unis. Ces formes urbaines sont entièrement séparées du système viaire et possèdent leur propre réseau de circulation interne. Les Gated Comunities ne peuvent être considérées seules, elles n’existent que grâce à un vaste réseau d’environnements urbains (centres commerciaux, campus, bureaux, aéroports ...) qui partagent les mêmes caractéristiques : fabrication privée, accès contrôlé, monofonctionnels, dépendant de l’automobile. Ces environnements sont interdépendants et forment une «ville privée» ou plutôt un système urbain formé d’un réseau de micro sociétés privées21. Avec la généralisation d’un contrôle d’accès, ce réseau peut se superposer au territoire existant sans pour autant communiquer avec lui. Les Gated Communities apparaissent principalement dans des contextes où l’espace public n’existe pas ou est déficient. Elles annoncent la fin de la civilisation des villes et la transformation de la structure sociale en réseaux

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Stéphane Dégoutin, Prisonniers volontaires du rêve américain


non communicants. Aux Etats Unis, beaucoup de Gated Communities sont concentrées dans des zones urbaines où l’on ne trouve quasiment que cette forme d’habitat. Le paysage y est composé de voies rapides et de larges avenues bordées de murs de part et d’autre ; les sorties d’autoroute donnent directement sur les portails d’entrée.

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Stéphane Dégoutin, Prisonniers volontaires du rêve américain

Initialement ces Gated Communities étaient réservées uniquement aux riches mais ce modèle de résidences sécurisées s’est standardisé touchant même les classes moyennes et inférieures. En effet, un grand nombre de gens, de toutes classes sociales et de toutes origines, choisissent de vivre dans ces espaces privés, en dehors de la ville ouverte, démocratique, organisée autour des espaces communs à tous. Beaucoup cherchent à se loger dans un lotissement protégé par des gardiens et des caméras de surveillance et appartenir à une même communauté d’intérêts et donc de valeurs. Dans certains cas l’idéal communautaire devient le ciment du groupe, le lotissement enclos de grilles n’abrite que des membres d’une même ethnie ou d’une même génération. On voit alors se constituer des «villes privées» essentiellement asiatique, hispanique, noire, ce qui semble s’oppose à tout mélange, rencontre, échange propre à la ville.22 L’enclavement et la fabrication privée des zones résidentielles apparaissent comme une tendance mondiale. Partout dans le monde, ou presque, la principale motivation des habitants des Gated Communities est de fuir la ville elle-même. Elles se multiplient surtout au niveau des mégapoles : Los Angeles, Miami, Sao Paulo ... Dans ces quartiers sécurisés, on assiste à une urbanisation non démocratique : entre-soi, inégalité, dissociation. Les habitants veulent échapper à un environnement urbain auquel ils ne se sentent plus appartenir. Les Gated Communities semblent incarner un mouvement international du refus de la ville moderne. La forme qui préside la constitution de ces morceaux de ville entièrement protégés, est née en France (principe de la villa parisienne : voie privée qui distribue plusieurs parcelles) et en Grande Bretagne à la fin du XVIIIe et au début du XIXe7. En France, les régions où l’on trouve le plus de Gated Communities sont situées sur la Côte d’Azur et principalement dans le sud.

SYNTHÈSE / Les résidences sécurisées créent des quartiers enclavés où les réseaux viaires de la ville et ceux internes aux résidences ne communiquent pas. On observe dans ces quartiers de l’entre-soi et un certain rejet de la ville et de sa diversité. Malheureusement ce mode de fabrication de la ville par le privé semble se banaliser de plus en plus.

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II / ANALYSE DES CARACTÉRISTIQUES SPATIALES DES ESPACES INTERMÉDIAIRES À TRAVERS DES CAS D’ÉTUDE BORDELAIS

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1. FICHES D’IDENTITÉ DES PROJETS

Pour mieux comprendre la nature et l’impact de ces sous-espaces, il m’a été nécessaire de définir une palette d’opérations d’échelles différentes, permettant d’illustrer la complexité et l’enjeu des espaces intermédiaires. J’ai décidé de cibler mon travail d’analyse sur des opérations essentiellement bordelaises. J’ai sélectionné pour ce travail différents types d’opérations : - Deux opérations de grands ensembles, celle de Lacaton et Vassal au Grand parc1 et celle de LAN à Lormont2 - Quatre opérations de logements collectifs, celle de Catherine Furet à Belcier3, celle de ANMA aux Bassins à flot4, celle de LAN à Bègles5, celle de BLP à Ginko6 - Trois opérations d’habitat intermédiaire, celle des Diversités7, celle de Patrick Hernandez à Pessac8, celle de l’agence Leclerq à Bacalan9 Cibler mon travail sur différentes formes d’habitat m’a permis d’établir des études de cas que j’ai pu croiser et comparer sous différentes thématiques. En tissant les analyses entre elles, j’ai pu noter des correspondances ou de réelles distinctions, soulever de nouveaux questionnements, qui n’étaient pas spontanés aux prémisses du travail de mémoire.

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LACATON/VASSAL, GRAND PARC, RÉNOVATION DE 530 LOGEMENTS, BÂTIMENTS G, H, I, 2016 DES GREFFES DE JARDIN D’HIVER EN FAÇADE ET DE NOUVELLES CIRCULATIONS VERTICALES

La cité du grand parc comprend 4000 logements et a été construite dans les années 1960. Elle s’inscrit dans la politique des grands ensembles menée en France après la guerre. Elle est située près du centreville, à huit cents mètres des Quinconces et se développe sur soixante hectares autour d’une grande zone de verdure centrale. Le projet de réhabilitation mené par Lacaton et Vassal a permis de reconfigurer les halls d’entrée et les circulations verticales ainsi que la configuration même des appartements par l’ajout de greffes de jardin d’hiver et de balcons en façade (3,80m de jardin d’hiver et 1m de balcon). BÂTIMENT G BLOC INITIAL

BLOC RÉNOVÉ

Fig https://www. lacatonvassal.com/ index.php?idp=80

EXTENSION : JARDIN D’HIVER + BALCON

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APPROPRIATION DES EXTENSIONS


LAN ARCHITECTES, LORMONT, RÉNOVATION ET RÉSIDENTIALISATION DE 709 LOGEMENTS, 2007 DES BALCONS ÉLARGIS EN FAÇADE ET DE NOUVEAUX ESPACES COLLECTIFS

Le quartier Génicart concentre près de 10 500 personnes soit 50% de la population de la ville. Les espaces délaissés, l’émiettement du bâti ainsi que la faible densité des barres et tours au sol ont amené à repenser ces ensembles des années 60/70. Le projet de Lan consiste à mettre en place un programme de résidentialisation (terme apparu dans les années 2000, constitue la seconde phase de réhabilitation des grands ensembles opérée à partir des années 1980) et de sécurisation d’un ensemble de quatre résidences. Les cheminements au pied des barres ont été repensés et une surface de balcon supplémentaire a été ajoutée. SURFACE DE BLACON DOUBLÉE

BLOC INITIAL

BLOC RÉNOVÉ

Fig https://www. lan-paris.com/fr/ projects/lormont

EXTENSION

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CATHERINE FURET, BORDEAUX, 268 LOGEMENTS, 2005 L’ÎLOT URBAIN

Fig Photographie personnelle

Le projet de Catherine Furet est situé dans le secteur Euro-Atlantique, le long du tramway et en vis-à-vis d’un quartier d’échoppes. L’opération vient se raccrocher au bâtiment voisin qui abrite les bureaux de la société général. C’est un projet assez complexe et dense qui combine 93 grands logements familiaux, 175 logements étudiants, des locaux d’activité, un programme de bureaux, 150 places de stationnement et un jardin partagé. Les logements viennent s’ouvrir sur des courettes hautes et sur une cour/jardin. Des halls et entrées piétonnes, depuis la rue Eugène Delacroix au Nord et la rue Sarrette à l’Est, viennent ponctuer l’opération.

FAÇADE SUD DEPUIS LE COEUR D’ILOT

Fig Documents transmis par l’agence Catherine Furet

RDC

R+1

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AGENCE ANMA, 345 LOGEMENTS, 2014 LA COUR COUVERTE

Le projet de l’agence ANMA est situé dans le quartier des bassins à flot et est composé de deux corps de bâtiment, de 10 mètres d’épaisseur chacun, positionnés en vis-à-vis. Cette disposition dégage un espace central couvert par une toiture en shed, de 15.50 mètres de large, que l’on nommera «atrium». Il a été imaginé comme un jardin planté commun aux habitants et placé au-dessus des parkings en RDC. Les appartements sont traversants et s’ouvrent à la fois sur la cour et sur la rue et la sente périphérique. Les logements sont distribués par des coursives dans l’atrium.

Fig Photographie personnelle

COUPE TRANSVERSALE

R+3

Fig https://www. anma.fr/wordpress/ wp-content/ uploads/2015/09/ A N M A - B d x DP-2015_FINAL-BD. pdf

RDC

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LAN ARCHITECTURES, BÈGLES, 79 LOGEMENTS, 2015 L’ÎLOT FERMÉ CENTRÉ SUR UNE COUR

Le projet de logement de LAN est situé dans le quartier Terres Neuves et prend la forme de deux entités centrées sur une cour intérieure. Chaque appartement comme dans une maison individuelle a quatre façades, trois expositions et possède les mêmes qualités qu’une maison individuelle : un espace extérieur prive, indépendance et fort contact avec l’extérieur. Les architectes ont imaginé les bâtiments de faible épaisseur en leur annexant une loggia traversante, en contact avec l’environnement urbain périphérique mais également avec la cour commune intérieure. Chaque appartement peut utiliser cet espace conçu comme un jardin d’hiver afin d’augmenter la surface de son logement.

LOGGIA TRAVERSANTE

FAÇADE EN HIVER / LOGGIA FERMÉES

Fig https://www. lan-paris.com/fr/ projects/begles

HIVER / OPACITÉ

FAÇADE EN ÉTÉ / LOGGIA OUVERTES

ÉTÉ / TRANSPARENCE

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BLP, BORDEAUX, RÉSIDENCE JULES VERNE, BORDEAUX QUARTIER GINKO, 145 LOGEMENTS, 2011 L’ÎLOT INTROVERTI

La résidence Jules Verne est composée de 145 logements, elle est située à l’amorce du nouveau quartier Ginko et à la rencontre de 4 axes majeurs du quartier. L’opération vient s’insérer autour d’espaces variés : la place du Canal, le chemin des écoliers et la venelle verte. Elle est composée de six entités : trois plots au Nord espacés les uns des autres et alignés le long du Canal. Le bâtiment A en R+9 s’avance au plus près du lac. Les bâtiments B et C sont implantés sur le canal au milieu des espaces verts. Une passerelle relie en étages les deux entités pour ne former qu’un seul immeuble. Les bâtiments D et E implantés au cœur de l’îlot constituent de l’habitat intermédiaire collectif et possèdent des espaces de transition assez riches : escalier extérieur privé, vaste jardin privé ...

Fig Photographie personnelle

COUPE SUR L’HABITAT INTERMÉDIAIRE : TERRASSE COLLECTIVE, ENTRÉES PRIVATIVES

RDC

Fig Documents transmis par l’agence BLP

R+1

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LES DIVERSITÉS, 127 LOGEMENTS, 2009 UN REZ DE CHAUSSÉE LIBÉRÉ

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«Les Diversités, expérimentation d’habitat social Bordeaux», Janvier 2010, Guy Tapie, Caroline Mazel, Claire Masson

Fig Photographie personnelle

L’opération de la Grenouillère, aujourd’hui rebaptisée «Les Diversités» vient se placer à Bordeaux à proximité du tram A. Elle est composée de 121 logements, un tiers en accession, deux tiers en location23. L’ambition de ce projet est de concevoir des alternatives au lotissement pavillonnaire qui domine en France. Les architectes ont pu chercher des solutions sur le thème de la transformation de la ville et du logement et inventer de nouvelles typologies d’habitat individuelles denses, urbaines et contemporaines. 7 architectes différents ont été mandatés afin de réaliser ces logements. Les logements viennent dresser un front bâti à l’angle du tram et en arrière-plan se rehausser afin de disposer d’un rez-de-chaussée aéré, libéré, perméable et appropriable.

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PATRICK HERNANDEZ, LOGEMENTS, 2004

HAMEAU

DE

CANDAU,

PESSAC,

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L’ÎLOT OUVERT

L’opération de P.Hernandez vient s’insérer dans un quartier de Pessac qui s’apparente à du périurbain. Elle vient marquer l’angle de la rue du commandant de l’Herminier et de l’avenue de Candau et un parking en dresse le pourtour. L’îlot est constitué de venelles traversantes et de courettes communes aux habitants. Le projet a été imaginé comme une médina composée de maisons individuelles accolées et rythmée de passages plus ou moins larges, de cours et de placettes minérales.

Fig Photographie personnelle

VENELLES PATIO

COUPE LONGITUDINALE

RDC

R+1

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Fig https://www. darchitectures.com/ maisons-locativesgroupees-hameaude-pessac-candaugironde-a2860.html


AGENCE LECLERCQ, RÉHABILITATION, VILLAGE DE BACALAN, 280 LOGEMENTS, 2012 LA RÉSIDENCE SÉCURISÉE

Fig Photographie personnelle

L’opération de réhabilitation de l’agence Leclerq vient se placer au cœur du quartier de Bacalan, sur un site d’anciennes écuries impériales transformées en chais. La partie neuve de l’opération est dédiée à du logement social et celle réhabilitée à des locataires ou propriétaires. Les bâtiments en pierre ont été conservés mais pour changer l’usage du bâti, la forme a été modifiée afin de lui apporter les qualités de l’habitat, des ouvertures ont également été ajoutées au niveau des façades en pierre. Le projet abrite 280 logements et a été subdivisé en plusieurs unités afin de retrouver une échelle plus intime, notamment par la création de courettes hautes desservant une quinzaine d’appartements chacune. ORGANISATION INTERNE BÂTIMENT A BÂTIMENT A

SIMPLEX

Fig http://www. francoisleclercq.fr/ fr/projets/villagebacalan

DUPLEX

DUPLEX DESCENDANT

R+2

R+3

RDC

R+1

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2. LA RÉHABILITATION DES GRANDS ENSEMBLES

RECONFIGURATION DES VIDES RÉSIDUELS ET GREFFES D’ESPACES SEMI-EXTÉRIEURS EN FAÇADE

LA RECONFIGURATION DES VIDES RÉSIDUELS : Aborder la requalification urbaine et spatiale des grands ensembles à travers ce mémoire était pour moi indispensable. En effet, comme j’ai pu m’en rendre compte à travers ma première partie, les grands ensembles sont les formes urbaines les plus dépourvues en terme d’espaces intermédiaires. Ceci est dû à la configuration même des grands ensembles réalisés sur la technique dite « du chemin de grue », permettant de réaliser de façon rationnelle de longues barres ponctuées de quelques tours. Elle consiste à utiliser une voie ferrée sur laquelle roule la grue qui élève les composants et disposant ainsi, de part et d’autre de son « chemin », plusieurs immeubles rectilignes 2. Les tours et barres sont alors dispersées sur le terrain et des vides résiduels hors d’échelle se créent entre les bâtiments. Le quartier du grand parc ainsi que celui de Génicart apparaissent comme des morceaux de ville hors de la ville et constituent des sites relativement clos, déconnectés du système viaire de la ville. Les unités d’habitation se sont progressivement fractionnées, et l’espace public a suivi la même logique : découpages, hiérarchisation plus progressive du public et du privé, réduction des espaces collectifs mal utilisés. L’arrivée du tram A a permis, autant à Génicart qu’au Grand Parc, un renouvellement urbain important au sein de ces deux cités, d’intégrer ces territoires au reste de la ville et dans un même temps de repenser ces ensembles de logements. Afin de palier à ce constat d’un manque de sous espaces, les architectes ont dû imaginer et concevoir de nouveaux dispositifs afin d’enrichir à la fois les espaces résiduels dû à l’émiettement du bâti, mais également les cellules habitables en greffant en façade une surface supplémentaire prenant forme dans l’opération de Lacaton et Vassal d’un jardin d’hiver et d’un balcon et dans le projet de Lan d’un agrandissement du balcon initial qu’ils ont transformé en jardin d’hiver. Je souhaitais particulièrement m’intéresser à la reconfiguration des sols de ces ensembles ainsi qu’au système de greffes de jardin d’hiver dans ces deux opérations afin de relever notamment leur composition et leur mode d’appropriation. Que deviennent ces espaces supplémentaires ajoutés en prolongements des logements ? Qu’apportent-ils en matière de confort, de lumière, de vues ? Ces espaces sont-ils agréables aux différentes saisons ? Observe-t-on une certaine appropriation de la part les habitants ? Le projet de transformation de Lacaton et Vassal concerne trois immeubles ; au total 530 logements. Les architectes ont cherché dans un premier temps à reconfigurer les halls d’entrée et les circulations verticales. Les halls d’entrée ont été vitrés de manière traversante afin de laisser la lumière filtrer et de rendre ces halls plus agréables aux résidents. Les escaliers ont également

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Fig «Nouvelles circulations» Photographies personnelles

DES CHEMINEMENTS PIÉTONS ET DES CIRCULATIONS VERTICALES VITRÉES POUR FAIRE LE LIEN ENTRE EXTÉRIEUR ET INTÉRIEUR

DES CHEMINEMENTS DIVERSIFIÉS ET VÉGÉTALISÉS

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Fig «Nouveaux cheminements» Photographies personnelles


été vitrés et déplacés sur la façade, ce qui permet aux couloirs des différents étages d’être éclairés. Les ascenseurs ont été remplacés par des ascenseurs vitrés rythmant la façade arrière. Cette nouvelle configuration des circulations est très appréciée des habitants. Une femme âgée : « J’étais présente pendant les travaux, je trouve ça beaucoup plus agréable maintenant (...) je n’ai plus besoin d’allumer la lumière du couloir pour ouvrir ma porte » Les cheminements au pied des barres ont également été redessinés, de la végétation borde des allées bétonnées et permet de rendre une échelle plus humaine à ces imposantes barres. Les barres étant espacées les unes des autres, on assiste tout de même à un certain manque de seuils et de sousespaces évident. Malgré la réhabilitation des rez-de-chaussée, les espaces intermédiaires y sont défectueux voir totalement absents, cela venant bien évidemment de la forme originelle et du positionnement initial du bâti. Aucune véritable transition n’est édifiée autour des barres. On assiste à un manque de sous espaces et la « promenade » au sol malgré les travaux entrepris, est assez désagréable. On se trouve comme oppressés par la hauteur et l’ombre des grandes barres qui nous entoure. Le problème de la résidentialisation de Génicart était de sécuriser, tout en gardant le principe même du grand ensemble, le plan libre. Le risque majeur était de replier davantage le quartier sur lui-même. Dans l’opération de LAN, les espaces végétalisés redéfinis deviennent des lieux de vie et de rencontre entre les habitants des tours. Ils s’apparentent à un parc ou à un grand jardin collectif apprécié par les usagers. Un enfant : «je peux aller faire du vélo en bas de chez moi et jouer avec mes amis sur la place» La mise en place de grilles a aussi permis de modifier les vides résiduels des pieds d’immeubles. Des promenades piétonnes bordées de végétation ont été redessinées. De plus, on peut observer une gradation des cheminements, certains sont peu larges, alors que d’autres s’apparentent à des sortes de rues dédiées aux piétons (rue Henri Dunant). La promenade est assez agréable, on en oublierait presque que l’on longe des tours d’immeuble. Les chemins sont fréquemment empruntés par les habitants, des enfants passent en trottinette ou en vélo. Les cheminements ont permis de rendre l’accès aux habitants à leur logement plus sécurisé et plus agréable. Au niveau des barres périphériques réhabilitées, des chemins à distance des façades permettent de longer le bâtiment sans pour autant perturber les habitants des rez-dechaussée. Des jardins ont été redessinés et sont utilisés par les habitants des barres. En plus du travail de requalification des cheminements piétons, l’esplanade Saint-Hilare a été créée. Celle-ci est très utilisée par les habitants, des enfants y jouent, à l’abri des tours avoisinantes. On peut constater que la reconfiguration des vides résiduels de ces grands ensembles a été davantage maîtrisée dans le projet de LAN. Les cheminements ont été diversifiés et séquencés, contrairement au grand parc où les allées de largeurs similaires s’enchaînent et se répètent sans véritable variété.

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Fig https://www. lacatonvassal.com/ index.php?idp=80

UNE FAÇADE REDESSINÉE PAR L’AJOUT DE JARDINS D’HIVER EN FAÇADE

UNE SURFACE DE LOGGIA AUGMENTÉE (DE 93 À 160 CM DE PROFONDEUR)

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Fig «Réhabilitation» https://www. lan-paris.com/fr/ projects/lormont


UN SYSTÈME DE GREFFE D’ESPACES SEMI-EXTÉRIEURS EN FAÇADE

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Projet de réhabilitation du Grand Parc https:// w w w. d a i l y m o t i o n . com/video/xz99lr

Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal ont néanmoins permis d’enrichir les cellules d’habitation à l’origine pauvres en espaces intermédiaires. Pour eux, la cité possède des atouts incontestables et une position stratégique qu’ils ont cherché à exploiter : «Depuis l’intérieur la vue sur Bordeaux est panoramique et unique, compte tenu du profil général très bas de la ville. C’est une situation d’habiter exceptionnelle».24 Concernant les extensions, les habitants bénéficient d’une surface assez importante supplémentaire (3,8m de profondeur de jardin d’hiver) ainsi qu’un balcon d’1m de profondeur. Lors des entretiens j’ai pu constater que les habitants étaient en général assez satisfaits de cette surface supplémentaire qu’ils utilisent été comme hiver, il s’agit pour certains d’un véritable apport au logement. Une mère de famille : « Nous avons plus de surface presque le double de l’appartement initial, il sert plutôt l’été (...) il me sert de jardin, de pièce pour mettre des plantes, d’espace dans lequel mes filles peuvent jouer (...) une superficie en plus » Un étudiant : « La terrasse est un réel apport, on y est tout le temps, été comme hiver » Pour d’autres habitants, vivant seuls il s’agit d’un espace assez inexploité. Une personne âgée : « Pas de réelle utilité car je vis seule et je n’ai rien à y mettre » Entre le jardin d’hiver et le balcon un rideau a été installé. Une chose frappante quand on arrive sur le site est justement que ces rideaux sont pour la plupart

Fig «Modes d’appropriation» Photographies personnelles

UNE APPROPRIATION PRENANT DIFFÉRENTES CONFIGURATIONS SPATIALES

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tirés ce qui pose des questions sur le réel usage et l’appropriation des jardins d’hiver. Invitée par les habitants, j’ai pu visiter les extensions, les jardins d’hiver, et constater que les rideaux laissaient filtrer la lumière. Lors des entretiens dans un second temps, j’ai pu me rendre compte qu’il s’agissait en réalité pour certains habitants d’un simple souci de vis-à-vis entre les barres. Une jeune femme : « Mes rideaux sont toujours tirés car il y a du vis-à-vis et la lumière pénètre quand même » Les habitants se sont véritablement approprié la surface pourtant assez réduite de balcon : des vélos, pots de fleurs y sont installés. Dans le projet de LAN, un travail sur les façades a aussi été effectué, visant au départ à isoler thermiquement les immeubles. Comme dans l’opération de Lacaton et Vassal au grand parc des espaces supplémentaires ont été greffés en façade. Des volets coulissants en polycarbonate permettent d’uniformiser la façade. Celle-ci se transforme et peut devenir complètement uniforme lorsque les volets sont fermés. Les espaces ajoutés en façade peuvent faire office de loggia, de balcon ou de jardin d’hiver. Cette nouvelle pièce est particulièrement appréciée en été par les habitants. Une jeune femme : «c’est un espace très agréable, comme une terrasse, j’y vais pour lire un livre (...) je peux y ranger des choses contrairement à avant où la surface était trop petite» Les façades de la résidence La Boétie ont elles aussi été redéfinies, un bardage bois vient comme au niveau des tours délimiter de nouvelles extensions.

Fig «Modes d’appropriation» https://www. lan-paris.com/fr/ projects/lormont

UNE APPROPRIATION VISIBLE EN FAÇADE

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La réhabilitation de certains grands ensembles a permis la reconfiguration des vides résiduels (promenades, cheminements piétons) entre les barres et tours, de repenser les circulations internes (halls, circulations verticales) et de redéfinir de nouveaux sous-espaces (loggia, jardin d’hiver, balcon). Ces surfaces supplémentaires au sein de la cellule habitable ont permis une appropriation prenant différentes formes ; chaque habitant utilise cette extension comme il le souhaite. DE NOUVEAUX ESPACES COLLECTIFS ET DE NOUVELLES CIRCULATIONS

LAN

LACATON & VASSAL

DE NOUVEAUX ESPACES PRIVATIFS EN FAÇADE

LAN

LACATON & VASSAL

ESPACE PRIVÉ

CHEMINEMENTS

ESPACE COLLECTIF

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Fig Schémas synthétiques issus d’une production personnelle


3. ENTRE PROLONGEMENT DE L’URBAIN ET DISCONTINUITÉ

Il me semblait important de montrer comment s’effectuait le lien entre les opérations et leur environnement urbain proche. Pour cela, les deux opérations les plus opposées en terme d’ouverture et de contact avec la rue étaient celles de Catherine Furet à Belcier et de BLP à Ginko, j’ai donc trouvé intéressant de les comparer de ce point de vue. Toutes deux possèdent une grande diversité programmatique et des qualités indéniables dans leur mode de distribution interne des logements ; néanmoins leur manière d’imaginer la relation entre la rue et l’opération diffère. Dans ces deux réalisations, les entrées sont délimitées par des grilles et gérées par des contrôles d’accès (badge, digicode). Toutefois le paysage de rue créé dans ces opérations diverge. Dans l’opération de BLP à Ginko, le projet entier se retourne sur les cœurs d’îlot et non sur les rues périphériques comme c’est le cas dans la ville traditionnelle : entrée, hall et adressage sur rue. On assiste ici à une opération introvertie. Aucun élément de l’opération n’est en contact direct avec l’environnement urbain proche. En tant que passant, on longe seulement un pourtour de grille et on peut seulement percevoir la végétation des jardins de l’habitat intermédiaire qui se déploient sur la rue. Les halls ne communiquent pas avec la rue, on accède à son logement de manière interne. En effet, depuis la rue on peut distinguer les halls des trois plots de logement collectif, bordant le canal, mais on se retrouve contraint à passer une grille et à traverser un sas extérieur afin d’accéder aux halls communs aux résidents de l’immeuble. Les jardins de la partie d’habitat intermédiaire sont tournés vers la rue et les portes d’entrée sont positionnées de manière interne. Pour accéder à son logement il faut donc comme pour la partie de logement collectif, badger, traverser une allée piétonne avec les jardins privatifs de part et d’autre pour enfin arriver à son entrée privée. Pour certains habitants ce système d’accès est perçu comme plus sécurisant. Une mère de famille : « je trouve plus sécurisé et plus privé de rentrer chez moi par le cœur îlot » Dans l’opération de Catherine Furet, les halls et accès sont conçus en prolongement et en vis-à-vis immédiat avec la rue. Sur l’allée Eugène Delacroix (passage du tram) la façade est séquencée par la répétition de trois volumes mitoyens composés chacun d’une partie en R+7, d’une autre en R+5 et d’une dernière plus basse en R+2 le long de laquelle viennent s’effectuer les accès. Ces accès au cœur d’îlot sont gérés de la manière suivante : une grille avec contrôle d’accès mène à une cour extérieure avec sur le côté un hall d’entrée ouvert à l’angle, sur la rue et sur la cour, en face un escalier mène à une terrasse haute desservant d’autres logements. Lors de mon entretien avec l’architecte Catherine Furet j’ai pu comprendre que ces entrées avaient été conçues comme de véritables «cours sur rue» et dessinées à la perpendiculaire

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Fig «L’îlot introverti» Photographies personnelles

DES ENTRÉES AUX LOGEMENTS DEPUIS LE CŒUR D’ÎLOT, UN PAYSAGE DE RUE FORMÉ DE BARRIÈRES

1

2

3

DES ACCÈS VARIÉS MAIS EN CONTINUITÉ AVEC LA RUE 1/ ACCÈS SUR LA RUE SARRETTE : TRANSPARENCE 2/ COUR SUR RUE ET HALL D’ANGLE 3/ REZ DE CHAUSSÉE «URBAIN»

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Fig «Une rez-dechaussée urbain» Photographies personnelles


de la rue du tram. Le rez-de-chaussée est composé d’une alternance de commerces d’accès privés. Une réelle continuité entre l’environnement urbain et l’opération semble s’effectuer. Ceci est dû à la configuration spatiale des accès et à leur traitement. Le long du tram les espaces internes à l’opération sont rehaussés permettant une certaine intimité alors que sur la rue Sarrette, en périphérie, la grille laisse filtrer la vue sur le coeur d’ilot. Tous les halls de l’opération de Catherine Furet s’ouvrent sur l’espace public et communiquent également avec le cœur d’îlot. Les halls sont également vitrés, accueillants et créent un paysage de rue vivant et dynamique, on peut percevoir les habitants donner vie à la rue : relève du courrier, passage constant ... Contrairement à l’opération de BLP à Ginko, les habitants possèdent un adressage sur rue. Les espaces conçus permettent une transition douce et efficace entre le public et le privé. Le dispositif mis en place par l’architecte est assez efficace car il permet d’avoir des grilles ponctuelles et crée un paysage de rez-de-chaussée très urbain par l’alternance de grilles d’entrées privées et de commerces. Un autre dispositif encore bien différent est celui de venelles traversantes mis en place par Patrick Hernandez. L’opération est située dans un quartier résidentiel mais possède des qualités indéniables en terme de lien entre privé et public. En effet, les accès séquencent le pourtour de l’opération et sont matérialisés par des portillons ouverts en permanence. Depuis l’entrée sur l’avenue de Candau on voit de manière traversante l’autre portillon donnant sur la rue du Commandant de l’Herminier. On peut donc accéder assez aisément à cette médina rythmée de passages plus ou moins larges, de cours et de placettes minérales. Cette transition est alors douce et une certaine fluidité se met en place entre la rue et l’opération.

Fig «Une continuité urbaine» Photographies personnelles

DES RÉSEAUX DE VENELLES PIÉTONNES TRAVERSANTES EN CONTACT AVEC LES RUES PÉRIPHÉRIQUES

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La transition entre la rue et l’opération peut être soit brutale et elle matérialisée par une clôture, aucun bâtiment n’est en contact avec la rue (BLP), ou alors plus douce (C.Furet) et des seuils successifs sont traités (courettes, halls vitrés) ou alors en continuité avec la rue (P.Hernandez) par des venelles traversantes.

P.HERNANDEZ

COMMERCE

HALL D’ANGLE

C.FURET COURETTE SUR RUE

GRILLE

BLP

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ACCÈS PAR COURETTE ACCÈS DIRECT

HALL

Fig Schémas synthétiques issus d’une production personnelle


4. LA COUR D’IMMEUBLE : UNE DUALITÉ ENTRE OUVERTURE ET COUVERTURE

Au fil du temps, la cour d’immeuble a pris différentes formes et a généré différents usages comme j’ai pu le comprendre dans la première partie de ce précédent mémoire elle peut être : en cœur d’îlot, ouverte sur la rue ou encore couverte. Certaines opérations ont repris ces dispositifs, l’opération d’ANMA dans le quartier des bassins à flot prend la forme de deux barres parallèle reliées par une cour couverte, celle de LAN à Bègles de deux entités fermées centrées sur des cours ouvertes. Les espaces intermédiaires de ces deux opérations sont tout aussi distincts que les cours de ces réalisations ellesmême. Les espaces intermédiaires adjacents tels que les balcons, loggias, circulations découlent de cet espace central qu’est la cour d’immeuble. Cette cour est l’espace intermédiaire majeur des opérations que chaque usager va obligatoirement traverser. Dans le projet d’ANMA, les logements sont traversants et possèdent deux façades bien distinctes : l’une avec un balcon et ouvrant sur la rue et l’autre en second jour s’ouvrant sur une coursive. L’accès s’effectue par quatre halls disposés le long des rues adjacentes (rue Blanqui, sente des radoubs, rue Lucie Aubrac, rue Delbos). On entre alors immédiatement dans une rue intérieure couverte rehaussée de quelques marches (parking en RDC). Au premier abord elle apparaît pour le moins aseptisée, le moindre son résonne et on s’oblige même à réduire le son de nos voix pour éviter de briser le calme qui imprègne le lieu. Au travers des témoignages, on constate que cette première sensation est également éprouvée par les usagers qui trouvent cet espace assez désagréable et vecteur de tensions entre habitants. Un père de famille : « Le gang des grands-mères râlent quand les enfants jouent dans la cour (...) je n’aime pas habiter ici » Un cinquantenaire : « C’est catastrophique (...) esthétique mais pas pratique, trop chaud l’été, rares enfants qui jouent (...) autres habitants râlent à cause du bruit (...) pas de repas ni rien dans l’atrium (...) c’est une aberration !» En effet, cet espace central n’est qu’un simple passage de la rue au logement et aucun usage ni mode d’appropriation ne prend vie. Le même espace mais non couvert, laissé à l’air libre aurait été beaucoup plus apprécié par les habitants. Néanmoins, cet espace certes mal configuré permet une certaine sociabilisation entre habitants notamment à travers son système de desserte des logements qui s’effectue par des coursives. Ces coursives s’étirent dans cette rue couverte et des passerelles relient les deux ailes du bâtiment. Elles sont vécues par les habitants comme un palier commun permettant de se rencontrer entre voisins. Un jeune homme : « Je connais bien mes voisins : Malika etc... car on a un palier en commun » Une autre configuration spatiale opposée est celle de la cour ouverte

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Fig «La cour couverte» Photographie personnelle

UN RÉSEAU DE COURSIVES INTERNES

UN RÉSEAU INTERNE DE PALIERS EXTÉRIEURS ET DE LOGGIAS TRAVERSANTES

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Fig «La cour ouverte» Photographies personnelles


que l’on peut observer dans l’opération de LAN à Bègles. Ici un réseau de paliers extérieurs prend vie aux extrémités de la cour commune. Ces paliers distribuent chacun deux logements et favorisent, comme dans l’opération d’ANMA une certaine sociabilisation entre habitants. Une femme : « (...) palier qui distribue seulement deux logements donc c’est super car je connais bien mes voisins» Les paliers sont larges et sont investis par les habitants qui se les approprient comme de véritables prolongements extérieurs de leur logement, ils y laissent vélos, chaussures, petits meubles... De plus, l’opération dialogue à la fois avec la cour mais aussi avec l’environnement urbain adjacent. Les halls et loggias suivent cette même logique d’un dialogue entre la sphère privée et la sphère publique. En effet, les halls sont extérieurs et permettent de voir à travers les grilles le cœur de l’opération. Les espaces extérieurs sont généreux, ils sont composés de terrasses, pour les logements les plus hauts, et de larges loggias traversantes pour les autres niveaux. Elles s’ouvrent d’un côté sur l’espace public et de l’autre sur la cour privée intérieure. Les loggias sont en prolongement du séjour et sont revêtues d’un carrelage foncé qui permet aux habitants de s’approprier cet espace supplémentaire à leur guise. Ces prolongements du logement sont investis et c’est un réel espace de vie pour les habitants qui peuvent y placer du mobilier, de la végétation. Une femme : « J’aime mon logement (...) ma pièce préférée est la loggia, je peux y mettre un hamac, c’est très agréable en été » En alternative à la cour commune certains architectes ont imaginé de nouveaux espaces de transition. C’est le cas dans l’opération de Patrick Hernandez, les venelles sont ponctuées d’espaces plus larges qui s’apparentent à des courettes ou placettes minérales collectives. Celles-ci viennent prendre vie par le passage constant des habitants. Les entrées sont individualisées et s’effectuent depuis ces cours et venelles. Les habitants sont donc contraints à les emprunter quotidiennement. Une jeune femme : « simples passage », « venelles ouvertes tout le temps » Néanmoins, ces cours communes que l’on aurait pu penser très utilisées par les enfants entre autre et vecteur d’un échange social entre habitants se retrouvent confrontées à des défauts d’usage. Une mère de famille : « Enfants qui jouaient mais Domofrance a décrété qu’il n’y avait pas le droit de jouer au ballon (...) ça laisse des traces sur les murs blancs » Ces cours à usage collectif longent d’autres espaces à usage privé qui prennent la forme de patios ou de terrasses. En effet, le passage de la rue à son logement s’effectue de la manière suivante : on entre chez soi le long de la venelle ou depuis une placette par un portillon en bois. Derrière celui-ci on accède à des espaces privés à ciel ouvert pour enfin arriver à la porte de son logement. Le patio central est minéral et vient en quelque sorte répondre aux placettes et venelles de l’opération. On assiste à différents degrés d’intimité par la mise en place de différentes échelles de places. Ces patios constituent un espace agréable sur lequel ouvrent les différentes pièces de la maison. Une jeune femme : « patio agréable en été, on peut y faire pousser des plantes », « pas de vis-à-vis », « endroit préféré : le salon il peut s’ouvrir sur le patio »

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Entre cour commune couverte ou ouverte et système de réseaux de placettes les architectes usent de tous les moyens pour faire de ces espaces de transition des lieux de sociabilisation. Certaines configurations sont plus efficaces que d’autres en on s’en rend rapidement compte en échangeant avec les habitants qui sont les principaux usagers de ces espaces. Un dialogue entre espaces privatifs des logements (terrasses, loggias) et cour commune permet de rendre celle-ci plus vivante. De plus, des circulations extérieures dans l’enceinte de cette cour peuvent être vecteur d’échange social entre usagers. Néanmoins, certains dispositifs semblent dysfonctionner et sont alors perçus par les habitants comme des lieux non pas d’échange mais de fortes tensions sociales. Certains espaces imaginés par les architectes comme lieu de sociabilisation et d’échanges y échappent dû à des défauts d’usage et de pratique quelquefois liés non pas à la configuration même de l’espace mais à des interactions difficiles entre bailleurs sociaux et habitants.

DES ENTRÉES PAR DES PATIOS PRIVÉS DEPUIS DES PLACETTES COMMUNES

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Fig «La place à différentes échelles» Photographies personnelles


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Ces trois projets expérimentent la cour : couverte, ouverte, ou plus intime sous la forme de placettes collectives. Les circulations et espaces privatifs des logements dialoguent avec celle-ci (loggias traversantes, cours privées, patios, coursives ...)

ANMA / LA COUR COUVERTE

LAN / LA COUR OUVERTE

COUR

COUR

LOGGIA

PLACETTE

P.HERNANDEZ / PLACETTES PRIVÉES À USAGE COLLECTIF

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CIRCULATION

CIRCULATION

COUR/PATIO PRIVÉ

Fig Schémas synthétiques issus d’une production personnelle


5. UNE DIVERSITÉ SOURCE INTERMÉDIAIRES QUALITATIFS

D’ESPACES

En analysant les différentes opérations j’ai pu me rendre compte que les opérations les plus variées en terme de programme (forte mixité sociale et d’usages) étaient celles qui généralement contenaient les espaces intermédiaires les plus riches : c’est le cas dans l’opération Village Bacalan de l’agence d’architecture Leclerq, l’opération de Catherine Furet à Belcier et celle des Diversités. Ces opérations varient les cheminements, les modes d’accès au logement et possèdent de grandes qualités en terme de seuils et d’espaces de transition. En effet, dans le projet à Belcier, on peut voir une grande diversité programmatique : une partie de l’opération est dédiée aux étudiants boursiers, et une autre à des locataires ayant peu de revenus et n’ayant de ce fait pas choisi l’endroit où ils habitent. Lors de l’entretien avec Catherine Furet, j’ai pu me rendre compte qu’elle engageait dans chaque projet de logement une réelle réflexion sur les espaces de transition. Pour elle «Les espaces intermédiaires peuvent s’organiser sans qu’il n’y ait de fonction initiale (...) quand on nous attribue un logement on ne choisit pas donc c’est important de faire des logements agréables». Dans cette opération, les logements se retournent vers le jardin intérieur commun aux habitants. On voit apparaître deux strates qui communiquent entre elles, trois terrasses hautes au niveau de la rue du tram et un jardin ainsi que des cheminements en rez-dechaussée. Les cheminements sont revêtus de carreaux de ciment et bordés de végétation. Afin de faire vivre ce jardin elle parle de « raccourcis » en termes d’usage afin d’obliger certains habitants à passer à travers ces espaces pour se rendre à leur logement. Ce jardin central commun est agréable, ensoleillé de par la variation volumétrique des bâtiments périphériques. Il a été aménagée au minimum avec des lampadaires et quelques bancs rendant cet espace complètement appropriable par les habitants. Pour l’architecte «quand on a réussi à bien imaginer les espaces intermédiaires on peut toujours rajouter du mobilier». Cette séquence spatiale confirme son impact dans les rapports sociaux rendus plus évidents grâce à la présence de cet espace central. En effet, la cour est vécue par les habitants et permet une forme de sociabilisation entre étudiants et familles. Une jeune femme : « La cour est agréable pour jouer au badminton l’été », « C’est un lieu d’échanges (...) des enfants y jouent (...) mélange de famille et d’étudiants, permet de se rencontrer » Les accès sont également variés et s’effectuent depuis la rue directement comme on l’a vu précédemment, ou depuis des terrasses collectives privées rehaussées. Sur ces terrasses communes donnent d’autres terrasses privatives. On peut se rendre compte que les moyens d’accéder à son logement sont très divers : ils sont soit individuels et on entre dans son logement par sa

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terrasse privée ou ils peuvent être collectifs, une porte d’accès à la circulation commune donne sur les terrasses hautes. On assiste à un mélange de flux et de degrés de privatisation assez importante sur ces terrasses hautes, entre ceux qui les vivent (terrasses privées) ceux qui les traversent (passage de la rue au logement) et ceux qui se les approprient (étudiants). Par ailleurs, le fait d’individualiser certains accès permet certains modes d’appropriation notamment de la circulation elle-même, c’est le cas des duplex qui possèdent leur escalier privé au niveau des pignons. En effet, les habitants sont venus y placer des objets et de la végétation. Même si rien n’indique que cet espace leur appartient, le simple fait que leur usage soit exclusif à une famille entraine une appropriation implicite. Une forme d’appropriation semble se mettre en place sur les terrasses privées : des fauteuils ou canapés ainsi que de la végétation y sont installés. En échangeant avec les habitants on peut voir qu’ils ont une réelle appropriation de ces espaces extérieurs. L’architecte souhaitait donner aux logements le plus de surface de terrasse possible «terrasses de 20m2 en étage, il y en a même qui ont mis des piscines (...) je ne voulais pas mettre de gravillon donc j’ai donné toute la surface au logement (...) les toitures de la résidence étudiante ont été transformées en terrasses communes pour les étudiants puisqu’ils n’ont pas de balcons privés». Catherine Furet arrive à rythmer ces espaces intermédiaires, qui deviennent une véritable promenade entre différentes strates : terrasses hautes, allées piétonnes et cour basse. Elle diversifie les entrées aux logements qui se font par des couloirs éclairés en lumière naturelle, par des terrasses à ciel ouvert ou encore par des escaliers extérieurs le long des façades des trois volumes en gradins en cœur d’îlot. Les espaces sont riches, diversifiés et réfléchis pour les habitants.

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Fig «Des typologies d’accès variées» Photographies personnelles

DES ACCÈS RYTHMÉS, SÉQUENCÉS ET VARIÉS 1/ ACCÈS PRIVÉ PAR UNE TERRASSE EXTÉRIEURE 2/ ACCÈS DEPUIS UNE TERRASSE HAUTE 3/ ACCÈS PAR UN ESCALIER PRIVÉ EN PIGNON

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L’opération Village Bacalan de l’Agence Leclerq possède des espaces intermédiaires riches et diversifiés ainsi que des modes de dessertes variés comparables à l’opération de Catherine Furet. Le programme allie une partie de logement social, sur la rue Pourmann, ainsi qu’une autre dédiée à des locataires ou propriétaires qui se situe au niveau des anciens chais. Les accès sur la rue sont matérialisés par de simples grilles et d’autres cheminements piétons internes parallèles à la rue Pourmann permettent d’accéder aux logements. Il n’y a pas de véritable contact avec la rue hormis les grilles qui gèrent l’entrée comme dans une résidence sécurisée. Cet îlot semble fonctionner comme l’opération de BLP à Ginko où les entrées des logements s’effectuent depuis l’intérieur de l’îlot. La partie neuve de logement social vient faire la jonction entre la rue et l’opération, c’est la seule façade du projet que l’on perçoit depuis les rues périphériques. La façade est composée de grandes loggias avec des persiennes en bois. Derrière ce premier bâtiment, un réseau de larges coursives métalliques vient relier les entités qui se font face. Les coursives sont espacées des façades et chaque « branche » dessert deux portes d’entrée. Les habitants se sont appropriés cet espace en prolongement de leur logement et sont venus y placer meubles, vélos ... Une femme de trente ans : « certains mettent des meubles à chaussures sur la coursive (...) certains habitants préfèrent être sur la coursive plutôt que sur la loggia côté rue » Une mère de famille : « J’ai une grande loggia mais je préférerais avoir une partie en cellier pour cacher mon bazar» La seconde typologie se trouve dans les anciens murs des écuries. Les deux entités jumelles viennent s’ouvrir sur un large espace planté privé à usage collectif. Celle-ci est très appréciée par les habitants. Une femme de quarante ans : « le plus c’est la cour commune (..) très utilisée durant les beaux jours par enfant et habitants (..) les gens promènent leur chien » Une mère de famille : « espaces communs agréables (...) ma grande fille joue avec des copains en bas » Une partie des logements est accessible directement en rez-de-chaussée depuis l’espace planté. Les habitants passent dans un premier temps par une allée bordée de végétation, puis, dans un second temps, ils entrent par le biais d’un petit portillon sur une terrasse privée. Cette terrasse fait office de sas d’entrée et de seuil. Elle met en recul l’ancienne façade des écuries afin d’éviter les vis-à-vis depuis l’allée piétonne et l’espace planté. Une seconde épaisseur de logements vient elle aussi récupérer la façade des chais mais celle-ci est accessible depuis une terrasse commune haute. Les habitants bénéficient d’une surface de terrasse généreuse où ils sont venus placer de la végétation, du mobilier. Les entités jumelles sont reliées en R+1 par une cour centrale plus privée, distribuant une quinzaine de logements, comparable aux terrasses hautes de Catherine Furet. Sous cette cour, les architectes sont aussi venus placer un parking. Cette cour commune de logement est agréable, elle est végétalisée par des bacs de plantation et des passerelles/coursives dessinent le paysage. Les portes d’entrée des duplex et simplex s’ouvrent sur cet espace tampon

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DES ESPACES INTERMÉDIAIRES RICHES ET DES ACCÈS DIVERSIFIÉS : JARDINETS, PORTILLONS, TERRASSES COMMUNES, ESCALIERS LATÉRAUX 1 / LOGEMENT SUR L’ESPACE PLANTÉ À USAGE COLLECTIF 2 / COUR HAUTE ET PALIERS COMMUNS

situé en R+1 et depuis les passerelles en R+2. Les passerelles sont larges et chacune d’entre elles distribue quatre logements. Une forme de sociabilisation s’effectue sur ces vastes paliers communs. Une jeune architecte : « certains utilisent les paliers de manière commune (…) ils ont installé une table de bar et font des apéritifs entre voisins » L’opération les Diversités, est elle aussi très riche en variation de sousespaces. Au niveau de l’angle sur l’avenue Emile Counord, des commerces et services sont venus s’insérer en rez-de-chaussée, sous les logements. Il y a une assistante maternelle, une couturière, une infirmière. Les activités participent à la vie de l’îlot et à une sociabilisation entre habitants. Une jeune femme : « on rencontre les autres parents le vendredi matin car l’endroit où est l’assistante maternelle est ouvert au public » Les accès à l’opération s’effectuent le long des rues périphériques à l’îlot. Il n’y a pas réellement de halls d’entrée, il s’agit plutôt de halls extérieurs couverts permettant de laisser passer piétons et voitures. En effet, une simple grille à contrôle d’accès laisse filtrer la vue depuis l’espace public. Le cœur d’îlot est tantôt végétalisé, au niveau des espaces à ciel ouvert, tantôt bétonné, sous les pilotis, afin de dégager des garages à vélos, à moto et de laisser passer la voiture. Des espaces ouverts en rez-de-chaussée, sans réelle définition, mais protégés par l’enceinte de l’îlot, peuvent être vecteur d’un lien social et permettre des interactions fortes entre habitants. Une mère de famille : « mes enfants font du vélo, jouent au tennis (...) c’est aussi agréable de se promener sous les bâtiments (...) on croise et s’arrête discuter avec ses voisins »

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Fig «Des accès hiérarchises» Photographies personnelles


La voiture occupe cependant une place assez importante dans l’opération puisqu’une grande partie de l’espace au sol lui est dédiée. Un second cœur d’îlot est accessible depuis le rez-de-chaussée, celui-ci est rehaussé et des parkings ont été insérés en dessous. Les propositions des sept architectes en matière de logement sont assez diversifiées en terme d’espaces intermédiaires. Elles varient entre bâtiment sur pilotis, alternance de serre et de parties isolées, logements autour d’une cour haute, logements évoquant de lofts d’artiste. Les manières d’habiter sont différentes de part et d’autre de l’îlot. Des escaliers métalliques viennent s’insérer entre les volumes afin d’accéder aux logements sur pilotis ; un escalier dessert au minimum deux logements. En étage, les bâtiments sont reliés par un système de petites coursives privées collectives qui permettent aux habitants d’accéder à leur logement. En ce qui concerne les serres des logements sur rue il s’agit d’un espace agréable pour les habitants. Les logements évoquant des lofts d’artistes possèdent eux un grand jardin privatif tourné vers le cœur d’îlot. Une autre partie des logements se concentre autour du second cœur d’îlot végétalisé (en R+1). On peut se déplacer autour de cette cour, des vélos y sont installés et cet espace est approprié par les habitants. Les logements sur cette partie de l’opération possèdent des grandes loggias en bois qui viennent s’ouvrir vers l’espace privatif de la cour. L’opération est assez intéressante de par la variété des systèmes de distribution des logements, la diversité également des prolongements du logement et la richesse des propositions apportées par les architectes. Les sept propositions s’entremêlent pour n’en former qu’une. Cette opération est d’autant plus intéressante qu’elle mêle une grande variété de seuils et d’espaces de transition nourris du nombre important d’architectes ayant travaillé sur l’îlot.

Fig «Des espaces et sousespaces traités» Photographies personnelles

COUR COMMUNE HAUTE ET CIRCULATION DISTRIBUANT LES TRIPLEX SUR PILOTIS

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Fig «De vastes jardins habités» Photographies personnelles

DES ALLÉES BORDÉES DE JARDINS PRIVÉS INVESTIS PAR LES HABITANTS

Le projet de Blp à Ginko mêle logements collectifs et habitats intermédiaires collectifs. La partie d’habitat intermédiaire est assez intéressante en terme d’espaces intermédiaires. En effet, comme dans les projets précédents les seuils et les moyens d’accès sont très variés. Le mode de distribution interne de l’îlot s’apparente à un système de venelles vertes piétonnes bordées des jardins privatifs d’un côté et des logements de l’autre. Comme dans le projet de Catherine Furet une courette haute (parking en dessous) dessert une partie des logements. Ici, toutes les entrées sont individualisées, les modes d’accès sont variés, on entre soit directement depuis le rez-de-chaussée par une entrée couverte ou par un escalier privé en façade, ou encore par son jardin. Ces modes de desserte sont assez opérants, on a vraiment la sensation d’entrer dans sa maison individuelle. Les habitants possèdent tous une surface assez importante de terrasse ou jardin et on peut observer une réelle appropriation de ces prolongements du logement : jeux d’enfants, serre, pots de fleurs, barbecue, mobilier ... Un père de famille : « Mon espace préféré est mon jardin, on peut y prendre l’apéro et faire des barbecues pendant l’été (…) mes enfants peuvent aussi y jouer en sécurité.» Les jardins en cœur d’îlot sont séparés les uns des autres par des haies assez basses laissant passer la vue. Aux étages supérieurs, les logements possèdent une autre typologie d’espaces extérieurs prenant la forme de terrasses/loggias en bois.

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On peut se rendre compte que la variété d’espaces de transition bien traités offre des espaces intermédiaires riches et qualitatifs. Ceci est une question de degré d’intimité par le traitement d’espaces et de sous-espaces se répondant et se complétant. Ainsi un jardin, une cour ou une allée, bordé d’accès et de jardinets privatifs se verra animé par le constant passage des habitants. Tout est une histoire d’usage, de formes et dispositifs permettant la rencontre, l’échange, la sociabilisation et l’appropriation. PRIVÉ

LES DIVERSITÉS

CIRCULATION PRIVÉE COLLECTIVE

ESPACE PRIVÉ COLLECTIF

LECLERQ

BLP

Fig Schémas synthétiques issus d’une production personnelle

C.FURET

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III / LES ESPACES INTERMÉDIAIRES À L’ÉTRANGER

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1. LES CAS HOLLANDAIS ET DANOIS

Mon premier travail d’analyse, centré essentiellement sur le cas de la Communauté urbaine de Bordeaux m’a permis d’établir une grille d’analyse assez efficace et parlante. Néanmoins, cette étude concernant les espaces intermédiaires d’opérations bordelaises m’a semblé quelque peu insuffisante. L’exemple de la ville de Bordeaux et de ses environs ne peut suffire pour traiter de cette séquence spatiale si déterminante que sont les espaces intermédiaires. La CUB s’est finalement révélée être un tremplin permettant d’ouvrir cette étude sur d’autres exemples européens et outre-Atlantique. Se satisfaire de ces neuf cas d’étude bordelais serait assez réducteur. Cette première confrontation, ainsi que les voyages que j’ai pu réaliser au Danemark et en Hollande, m’ont donné envie dans un second temps, d’élargir mon champ d’observation et d’analyse au-delà des frontières. Cette nouvelle approche du sujet m’a permis de confronter mon idée qu’architecture et culture s’entremêlent et interagissent l’une sur l’autre. En effet, les voyages effectués au Danemark cette année et en Hollande il y a quelques années m’ont permis d’établir un comparatif avec mon premier travail d’analyse concernant l’exemple français de la ville de Bordeaux et de sa périphérie. En effet, avec la découverte, en parallèle, de cette culture architecturale et urbaine nordique, notamment par le biais de villes comme Amsterdam et Copenhague, j’ai pu enrichir ma réflexion, aborder de nouveaux questionnements et élargir ma problématique initiale. En découvrant les capitales Amsterdam et Copenhague, j’ai découvert un nouveau rapport public/privé, une cohabitation positive entre ces deux types d’espaces. Au Danemark, comme en Hollande, il existe une certaine corrélation et complicité entre les deux sphères qui fait qu’elles apparaissent comme indissociables : le privé fonctionne avec le public, l’un s’assimilant à l’autre. Cette fusion du chez-soi et de la rue est dû notamment à un soin tout particulier porté aux espaces intermédiaires. Ces derniers semblent être un lien, un fil conducteur entre le privé et le public. Gradués, hiérarchisés, valorisés, ces entre-deux participent au passage doux et plaisant de la rue vers la cellule du logement. Mais cette transition spatiale est d’autant plus réussie qu’elle s’accompagne, à la base, d’une réponse urbaine et architecturale spécifique. Les deux sphères présentent en effet des aspects qualitatifs propres, non négligeables, voire peut-être déterminants. Tout d’abord, on a la rue hollandaise ou danoise, calme, régie par des circulations douces. La voiture y est quasiment bannie ; elle laisse place aux vélos et autres transports en commun. Cette attitude face à la question de la mobilité modifie complètement la perception de l’espace public. La mobilité ainsi que les notions de mixité, de densité et de nature,

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a toujours été un ingrédient déterminant quant à la fabrique d la ville. Dans notre culture, la rue est souvent assimilée au bruit, au danger, aux flux routiers incessants. La rue hollandaise, fragmentée, laissant peu de place aux voitures devient un espace relativement apaisant. À cette rue, où règne une certaine quiétude, s’ajoute une réponse architecturale atypique, dont le maître mot semble être l’ouverture. En effet, le logement, contrairement à notre habitat français, est généreusement vitré sur la rue. On assiste, là-bas, à une quasi-mise en scène de l’intérieur, du chez soi, qui est volontairement caché dans nos cultures. Certes les réglementations hollandaises et danoises permettent de grandes libertés d’ouvertures quant au dimensionnement des baies, mais il demeure aussi cette volonté assumée de vivre avec la rue. Cette dernière est l’extension même du chez soi. Le moindre espace intermédiaire, pris entre la rue et l’habitation devient un salon ou un espace repas meublé jour et nuit. Cette absence de peur de l’autre devient déconcertante pour le français qui, aujourd’hui hélas, prône la fermeture totale de ces entre-deux. Les Néerlandais et Danois eux, préfèrent habiter la rue. Soucieux de la nature, ils intègrent de la végétation partout. Elle semble, dans leur culture, être le seul moyen d’unir agréablement, et non de séparer ou d’éloigner, la rue de l’habitation. Ils font usage essentiellement de «limites douces» qu’ils emploient à bon escient. Ce constat positif montre que la sphère publique et la sphère privée, soigneusement traitées, peuvent; au moyen d’espaces intermédiaires maîtrisés, cohabiter. Ces rapports nouveau entre la rue et la cellule d’habitation m’ont permis de mesurer, une fois de plus, l’enjeu capital que représentent ces entre-deux souvent mal définis.

Fig DES FAÇADES GÉNÉREUSEMENT VITRÉES ET DES ESPACES SUR RUE INVESTIS

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«Logements D a n o i s » Photographies personnelles


ZOOM SUR UNE RÉALISATION HOLLANDAISE / BORNEO-SPORENBURG À AMSTERDAM

Fig https:// w w w. m v rd v. n l / projects/161/ borneo-12

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Article Quartiers à l’étranger: BorneoSporenburg à Amsterdam

Fin du XIXe, début du XXe siècle, les presqu’îles de Borneo et Sporenburg situées dans la zone portuaire orientale d’Amsterdam ont été aménagées pour accueillir les gros navires en partance pour les anciennes colonies et pour les États-Unis. La création du canal de la mer du Nord, la construction des écluses d’Orange et le développement du nouveau port à l’ouest de la zone portuaire ont progressivement mis un terme aux activités des lieux. Les presqu’îles ont alors été transformées en un quartier résidentiel. Le plan directeur a été imaginé par le bureau d’architectes West 8 et l’urbaniste Adriaan Geuze entre 1994 et 1998. Le quartier devait avoir une forte densité résidentielle, avec cent logements par hectare, pour un total de 17 000 habitants.25 Les architectes ont exploré de nouvelles typologies d’habitat intermédiaire et ont détourné le modèle des maisons individuelles en bandes développées aux Pays-Bas au bord des canaux. L’espace public est réduit à la rue. Les maisons sont sur 3 niveaux et sont riches en espaces intermédiaires : jardins privés, patios, cours, toitures-terrasses, tout ceci dans un espace réduit suivant une trame urbaine bien précise (4,2 x 16 mètres et 5 x 16 mètres). Elles sont traversantes donnant d’un côté sur la rue et de l’autre sur le port. Les seuils et espaces de transition sont opérants et un lien s’effectue entre les opérations et le paysage alentour. Différents architectes ont travaillé sur ce quartier, il y a notamment deux maisons réalisées par MVRDV, la n°12 et la n°18. Une véritable réflexion a été apportée en terme de lien entre intérieur et extérieur : jardin sur le toit, véranda face à l’eau ...

Fig https:// w w w. m v rd v. n l / projects/161/ borneo-12 Fig https:// w w w. m v rd v. n l / projects/162/ borneo-18

BORNÉO 12 - MVRDV

BORNÉO 18 - MVRDV

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ZOOM SUR UNE RÉALISATION DANOISE / BJARKE INGELS - 8 HOUSE, COPENHAGUE

Fig «8» Photographie personnelle

Le projet de BIG se situe en bordure du canal et prend la forme d’un 8 contenant dans chaque boucle une cour commune aux habitants, à la jonction de ces deux boucles on trouve les services collectifs. L’objectif des architectes était de réaliser non pas un bloc d’appartements traditionnel, mais un quartier constitué de couches horizontales, avec trois types d’habitations différents et des magasins, le tout relié par un parcours piéton et cyclable. Une réflexion a été menée sur les logements cherchant à répondre aux différents besoins des habitants au cours de leur vie : jeunes, vieux, famille nucléaire, personne célibataire, familles qui s’agrandissent ou deviennent plus petites ...26 L’espace intermédiaire majeur et particulier dans cette opération prend la forme d’une rue utilisée comme un parcours cyclable et piéton, qui permet d’arriver jusqu’au dixième étage et jusqu’au rez-de-chaussée, tout en desservant les différents appartements27. Les rues danoises sont envahies par les vélos, le projet intègre donc cette culture en faisant en sorte que chaque résident puisse se rendre devant sa porte à vélo. Ici on entre dans son appartement par un circuit extérieur, avec comme paysage de fond le canal, en passant tout d’abord par cette rampe puis par une terrasse privée. On assiste à différents degrés de privatisation par l’enchaînement de seuils successifs : de la rue hors de l’opération, à la rue/rampe, à la terrasse privée puis à son logement.

TERRASSES PRIVÉES SUR LE CANAL ET SUR LE PARCOURS EXTÉRIEUR

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https://big. dk/#projects-8 26

https://www. floornature.eu/big-8house-5633/ 27

Fig «Des espaces privatifs qualitatifs» Photographies personnelles


2. LES ÉCOQUARTIERS ALLEMANDS

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https://www. actu-environnement. com/ae/news/eco_ quartiers_grenelle_ attali_ffb_fntp_3692. php4

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https://www. techno-science.net/ definition/3465.html

Tandis que les Gated Communities et autres résidences sécurisées se construisent, une réponse venue des pays nordiques suscite beaucoup d’intérêt : l’émergence des écoquartiers. Ces opérations assez expérimentales, renouent avec un fondement important : la cohabitation bâti/nature. Plus subtilement, ces nouveaux quartiers verts portent une attention toute particulière aux espaces intermédiaires, qui sont responsables des rapports public/privé. Tiraillés entre le renouveau des centres urbains, le problème de l’étalement urbain et la nécessite de produire de l’architecture soucieuse de son environnement, les architectes urbanistes et les municipalités ont entrepris de nouveaux types d’opérations, il s’agit des écoquartiers. Un écoquartier est «un quartier urbain, conçu de façon à minimiser son impact sur l’environnement, visant généralement au moins une autonomie énergétique, et cherchant à diminuer son empreinte écologique et/ou rembourser sa dette écologique.»28 L’appellation même «d’écoquartier» s’accompagne d’un programme qui a pour but de promouvoir l’éco civisme au sein de la population en introduisant de nouveaux comportements envers l’environnement, ceci par le biais des organismes mandatés. Pour accomplir cette mission l’organisme doit envisager un ensemble d’activité qui permettent d’atteindre les objectifs suivants : 1 / améliorer la propreté des quartiers de façon permanente 2/ réduire les quantités de déchets par la réduction, le réemploi, le recyclage et la valorisation 3/ améliorer les espaces naturels et le patrimoine végétal 4/ sensibiliser les enfants dans les écoles et les citoyens en général sur les différentes techniques de compostages29 En matière d’écoquartiers, les grandes métropoles nord européennes ont pris le pas sur les pays latins, les opérations remarquables se trouvant notamment à Stockholm, Malmö, Londres ou encore Fribourg-en-Brisgau (quartier Vauban). La tendance nordique touche peu à peu la France (ex : Ginko à Bordeaux). Ces nouveaux quartiers sont perçus comme le devenir de nos villes, qui pour leurs survies, doivent nécessairement se renouveler ou se développer de manière plus réfléchie et moins égoïstement. Compléter mes analyses précédentes avec ce type d’opération m’a semblé évident, étant donné l’impact présent et futur de ces quartiers verts. De plus, ces nouveaux morceaux de ville sont souvent méticuleusement travaillés quant aux espaces intermédiaires. Il existe une telle volonté de lier l’habitat à son environnement proche que les entre-deux sont traités comme de véritables ponts tendus entre le privé et le public. L’opération est traitée comme un tout. Dans ce type d’habitat la voiture est à bannir, le piéton et le cycliste sont rois. L’habitant accède à son logement par des venelles vertes paisibles, sécurisées pour

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les enfants. L’ensemble est marqué par une certaine sérénité générale. Le projet de la ville allemande de Fribourg est un des exemples les plus réputés en matière d’éco quartier. En effet, on peut y pénétrer en vélo mais on comprend assez vite que ce n’est pas la bonne idée. Aux abords de Vauban, deux garages collectifs en silo sont à disposition des résidents, dont l’un est entièrement recouvert de panneaux photovoltaïques. Autre signe : sur la seule voie pénétrante, la circulation est limitée à 30km/h.30 Une contreallée réservée aux cyclistes et aux piétons ainsi que les voies du tramway rappellent la priorité donnée aux modes de transports doux. Les vélos sont omniprésents ; ceux des parents sont équipés de charrettes, dans lesquelles ils disposent indifféremment provisions et bébés. L’écoquartier est devenu le rêve des élus et des collectivités de toute l’Europe et apparait comme un véritable exemple à suivre. Concilier le public et le privé par des espaces de transitions exemplaires, générer une sociabilisation possible, vaincre l’usage des barricades, le tout en protégeant l’environnement relève de l’exploit. Pénétrer dans ce hameau vert, accéder peu à peu, sans quelconque utilisation de ruptures, de barrières, de frontières. L’usage des espaces, qui cohabitent sans se nuire, se lit et s’affirme, sans fragmentation nécessaire. L’absence de la voiture et la présence forte des voies piétonnes secondaires donnent l’impression d’une sorte de promenade architecturale.

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https://www. spirale.attac.org/ article/leco-quartiervauban-de-fribourg

Fig https:// fr.wikipedia.org/wiki/ Q u a r t i e r _ Va u b a n _ (Fribourg-enBrisgau)

ÉCOQUARTIER DE FRIBOURG

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3. LES RUELLES VERTES DE MONTRÉAL

Fig https:// ruellemontrose. w o r d p r e s s . com/2013/09/03/ notre-ruelle-est-surla-carte/

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https:// journalmetro. com/actualitesrosemont-la-petitepatrie/743786/ le-developpementde-ruelles-vertesrenforce-dansrosemont/

Avant 2011

2014

2011

2015

2012

2016

2013

2017

2018

Une autre réponse venue du Canada tend à une ville de flux plus doux. A Montréal, un système de ruelle verte a été mis en place dans certains quartiers de la ville, l’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie en est le parfait exemple. Selon un article de métro, 81 ruelles avaient déjà été créées dans Rosemont–La Petite-Patrie en 2015. Une ruelle verte est «une ruelle renaturalisée par les habitants avoisinants». Les ruelles initiales servaient auparavant à livrer le charbon. Il s’agit d’un mouvement des habitants volontaires qui souhaitent se réapproprier l’espace de leur ruelle et améliorer leur qualité de vie en milieu urbain. Ce dispositif vise à verdir les ruelles, à rendre les accès plus sécuritaires en apaisant la circulation en fermant une ou deux entrées. Ce mouvement s’effectue en collaboration avec l’écoquartier de leur arrondissement. Le programme a pour objectif de contrer les effets des îlots de chaleur, de réduire les bruits environnants, de récupérer l’eau de pluie, d’embellir la ville, d’augmenter la biodiversité et favoriser la fraternisation entre voisins. Les ruelles sont à l’initiative des habitants de l’écoquartier euxmêmes, les dossiers sont déposés et chaque année certains sont sélectionnés. «Il est conseillé aux résidents intéressés de constituer un comité de voisins de quatre ou cinq personnes minimum, et d’organiser des activités qui pourraient susciter l’intérêt du voisinage et récolter le plus de signatures possible des personnes alentour, avant de déposer une demande»31. Ce principe de ruelles vertes a donné naissance à des formes de cours, d’impasses permettant aux enfants de jouer librement et aux habitants d’investir les lieux comme de véritables prolongements de leur logement. Des enfants : « j’aime ma ruelle, il y a des plantes, j’aime m’amuser dehors

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» « ma ruelle c’est un bel endroit on peut jouer dehors ce n’est pas juste un endroit pour jouer mais aussi un bel endroit à regarder », « j’aime ma ruelle y a des balançoires, un trampoline et j’aime ça » Cet espace est un lieu propice à la rencontre et une vie de quartier semble se créer au sein de ces ruelles : les habitants s’impliquent dans la gestion de leur ruelle et s’apparentent à celle-ci. En effet, ils taillent les arbres ensemble, jardinent, font des repas et du cinéma en pleine air ; une véritable dynamique de quartier semble se crée autour de cette unité qu’est la ruelle. Une jeune femme « Dans les ruelles on crée des liens avec les autres, on échange des services, on se fait des amis, on se sociabilise, ça permet également une sécurité dans la ruelle, parce que plus les gens se connaissent et se parlent plus la ruelle est sécurisée » Ce dispositif mis en place dans certaines rues de Montréal semble assez efficace car il permet de : - Tisser des liens avec les membres de son voisinage - Améliorer la qualité de son milieu de vie, des abords de son logement; - Apaiser la circulation (rétrécissement de la voie de circulation) et sécuriser les déplacements des habitants

Fig https://soverdi. org/realisations/ realisations

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CONCLUSION

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Ce mémoire établi en deux temps, m’a permis de mieux comprendre l’enjeu d’une séquence spatiale déterminante : les espaces intermédiaires. Au moyen de ma première grille d’étude, plus pratique que théorique, faite d’exemples précis, concrets et variés, j’ai pu formuler un premier constat. Mobilisée, sur le terrain, il m’a été d’abord possible de m’imprégner du réel impact de ces entre-deux. Ces derniers sont en effet de véritables traits d’union spatiaux, responsables de relations entre deux sphères distinctes : le public et le privé. Deux mondes qu’il est nécessaire de lier, de distinguer et de protéger. Bien que les opérations concernant Bordeaux soient très différentes les unes des autres, leur analyse méthodique m’a permis de constater bon nombre de similitudes. Pour l’ensemble des cas étudiés, j’ai découvert que l’environnement urbain proche avait un impact déterminant sur les espaces intermédiaires. En effet, lorsque les rez-de-chaussée sont travaillés en continuité de la ville, comme c’est le cas dans l’opération de Catherine Furet, l’urbain va se prolonger au travers des grilles et une transition douce va alors s’opérer. Ceci s’effectue par un travail sur les halls et les distributions qu’il est important de mettre en relation avec la rue. Le rôle de l’architecte dans la conception de ces espaces va être de trouver la forme la plus appropriée répondant aux exigences de l’environnement urbain avoisinant dans lequel s’insère l’opération. Plus les espaces de transition entre le public et le privé sont variés, séquencés, gradués, plus l’opération va être riche et des liens entre habitants vont pouvoir se développer. Il en va de même des espaces au sein de l’opération où une hiérarchisation doit être opérée afin d’obtenir des espaces communs vécus, appropriés et qualitatifs. Les espaces intermédiaires sont un travail de seuils et de limites successives. Ces dernières peuvent être dures, franches, ou au contraire, beaucoup plus souples voir éphémères. Cette première confrontation par des cas d’étude bordelais, ainsi que les voyages à Copenhague et Amsterdam, m’ont donné l’envie, dans un second temps, d’élargir mon champ d’observation et d’analyse au-delà des frontières. Cette nouvelle approche du sujet m’a permis de conforter l’idée qu’architecture et culture s’entremêlent et interagissent l’une sur l’autre. Au Danemark, comme en Hollande, il existe une certaine corrélation et complicité entre les deux sphères opposées qui fait qu’elles apparaissent comme indissociables : le privé fonctionne avec le public, l’un s’assimilant à l’autre. Cette fusion du chez-soi et de la rue est dû à un soin tout particulier porté aux espaces intermédiaires. Tandis que les Gated Communities et autres résidences sécurisées fleurissent, une nouvelle réponse nordique, suscite beaucoup d’intérêt : l’émergence des écoquartiers. Ces opérations renouent avec un fondement important : la cohabitation bâti/nature. Plus subtilement, ces nouveaux quartiers verts portent une attention particulière aux espaces intermédiaires, responsables des rapports public/privé. Les ruelles vertes de Montréal quant à elles amènent à repenser le lien entre l’urbain et l’habitat en générant un nouvel espace de transition prenant la forme d’une cour collective ou d’une impasse. Ceci nous montre l’importance d’un lien entre forme et entre-deux. Il en va de même pour la cour qui selon son échelle génère différents usages et degrés d’intimité et de privatisation. Des circulations en rapport avec celle-ci vont être source d’échange social entre usagers.

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Aujourd’hui la tendance architecturale est à la hiérarchisation de ces sousespaces, à la végétalisation de ces entre-deux, mais aussi à la sécurisation par ces zones tampons. Car l’espace intermédiaire possède une qualité chère à nos sociétés contemporaines, il permet l’éloignement de la rue. Et éloigner, c’est protéger. Sécuriser est devenu un besoin universel. Et quand l’éloignement ne suffit pas, l’espace se cloisonne, se barricade, se ferme au moyen de limites rigides. Des quartiers entiers se cloisonnent et se coupent de l’espace public, c’est le cas à Ginko notamment. D’une opération à l’autre, d’un site à l’autre, les espaces intermédiaires sont vus, vécus, perçus de manière différente. Ils sont à la fois une limite et un espace de liaison. Leur présence révèle un aspect capital, les espaces intermédiaires génèrent le lien social et induisent certains modes d’appropriation. Plus l’espace tampon est de qualité plus l’échange social se fait naturellement. Lorsque les espaces intermédiaires sont maîtrises, bien traités, la sociabilisiation est alors possible. La maitrise des différentes échelles de privatisation des espaces mêlant le privée à usage collectif, le semi-collectif, le semi-privé, le privé, le public va permettre davantage d’interactions entre les habitants. Faire cohabiter la sphère publique et la sphère privée se révèle donc un enjeu capital dans la production de l’habitat. Car bien que leur relation soit difficile, ces mondes ne peuvent survivre l’un sans l’autre. Le traitement des abords du chez soi est donc tout aussi déterminant que celui de la cellule d’habitation elle-même. Produire ces entre-deux de qualité, c’est créer une harmonisation entre public et privé, une continuité entre rue et habitation. C’est aussi engendrer, cultiver voire transcender le lien social. Je dois pouvoir à la fois ressentir l’urbain, le dialogue possible et pressentir l’intime, le chez-soi. Cette séquence spatiale sert en effet de palier entre deux mondes opposés, mais pourtant voisins. Elle n’est finalement qu’un fil tendu entre le public et le privé, que l’architecte doit rendre qualitatif et opérant. Sans cesse tiraillés entre des nécessités contradictoires, les entre-deux doivent être un bon compromis entre intimité, protection et nécessité de l’autre, de la rue ; cette multitude d’objectifs est souvent bien difficile à concilier. La nature humaine est faite de contradictions auxquelles les architectes ont parfois bien du mal à répondre.

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BIBLIOGRAPHIE

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ANNEXES

LA GRILLE D’ANALYSE SPATIALE Inspirée de celle de C.Mazel

DONNÉES DE BASE : - Nom de l’architecte : - Année de réalisation : - Type d’opération : collectif, individuel, habitat intermédiaire collectif ou individuel - Quantitatif de logements : RELATION ENTRE L’OPÉRATION ET L’ENVIRONNEMENT URBAIN PROCHE : - Localisation à l’échelle de la ville : intra/extra rocade, intra/extra boulevard - Caractéristiques du quartier dans lequel l’opération s’insère : quartier dynamique, quartier dortoir … - Implantation des bâtiments sur la parcelle : rapport de hauteur avec les bâtiments voisins, mitoyenneté, assemblés/dispersés, en grappe - Aspect de la façade vue de la rue : percée, opaque, transparence - Traitement du rez-de-chaussée - Perception ou non des espaces extérieurs de l’ilot depuis la rue : Les espaces sont-ils traités en prolongement de l’espace urbain ou comme une césure ? Continuité ou discontinuité ? - Système d’entrée dans l’opération : grille, digicode, seuil végétalisé, dispositif poreux ou non ESPACES EXTÉRIEURS INTERNES À L’ÎLOT : - Cour, placette, végétation dense : qu’observe-t-on lorsqu’on passe la grille d’entrée ? - Dominance végétale/minérale - Nature et matérialité des cheminements : système de venelles, d’allées plantées ? - Traitement des espaces : hétérogénéité ou homogénéité, répétition d’un même système ou variation ? - Type de mobilier urbain - Ces espaces sont-ils utilisés ? Sont-ils porteurs d’échanges entre habitants et de lien social ? - Aspect de la façade donnant sur le cœur d’îlot ou les espaces internes

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ESPACES PRIVATIFS DES LOGEMENTS - Mode d’entrée au logement : circulation collective, entrée individuelle, entrée par une terrasse, un balcon, une cour ? Comment est traité ce seuil d’entrée ? - Sur quels espaces ouvrent les logements ? rue (espace public) ou cœur d’îlot (espace privé) ? - Nature des prolongements du logement : balcons, terrasses, loggias - Rapport aux espaces privatifs et à l’environnement urbain extérieur (protégés, isolés) - Ces espaces privatifs donnent-ils sur le cœur d’îlot ou sur la rue ? Quelle orientation ? - Observe-t-on une certaine appropriation de ces espaces privatifs ?

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LA MÉTHODE DU SCHÉMA ET DU CROQUIS En me rendant sur les différentes opérations j’ai pu esquisser différents schémas qui m’ont permis de mieux comprendre les systèmes de seuils mis en place, en voici quelques extraits :

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ENTRETIEN AVEC CATHERINE FURET

CONTACT AVEC L’ESPACE PUBLIC NATURE DU PASSAGE Comment s’effectue le passage de l’espace privé à l’espace public ? En contact avec la rue ? Par un digicode ? Dans votre opération les halls sont en contact de la rue et les passages piétons montent, côté allée Eugène Delacroix, rue Sarrette à l’inverse on voit le cœur d’îlot, pourquoi ? Mise à distance coté tram ? HALLS Comment dessinez-vous les halls ? En contact direct avec la rue ou non ? Vitrés ? Pourquoi ? Doit-il y avoir une continuité entre l’environnement urbain et vos opérations ? CHEMINEMENTS ET ESPACES INTERNES À L’OPÉRATION Comment ont été imaginés et pensés les cheminements intérieurs ? Matériaux et végétation ? Les cours hautes et placettes basses ? Comme des lieux où les gens puissent se rencontrer ? Quels usages pour vous de ces terrasses hautes sur lesquelles donnent les terrasses privées des logements ? Quels usages imaginiez-vous ? Savez-vous si les habitants les apprécient ? Et si oui pourquoi ? LES CIRCULATIONS Comment avez-vous imaginé les circulations internes ? Couloirs ? Vitrés ? Accès par des terrasses pour certains ou individualisés (grand escalier en pignon), collectifs pour d’autres (couloirs) LES PROLONGEMENTS DU LOGEMENT Grande variété d’espaces extérieurs aux logements dans cette opération : Terrasses pour certains, balcons pour d’autres, comment avec vous imaginé cette variété de prolongement du logement ? En fonction de la lumière, des usages ? Les terrasses sont généreuses, comment les avez-vous conçues et imaginées ?

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ENTRETIEN AVEC LES HABITANTS

ACCÈS AU LOGEMENT - Pouvez-vous me décrire comment vous accéder à votre logement ? Quels espaces traversez-vous ? Cour ? Placette ? - L’entrée à votre logement s’effectue-t-il depuis la rue directement ? Depuis un cœur d’îlot ? - Il y a-t-il un portillon pour accéder à votre immeuble ? Devez-vous badger ou taper un code ? Le fait d’avoir un portail d’entrée vous procure-t-il un sentiment de sécurité ? - Traversez-vous un hall ? A quoi ressemble-t-il ? Sur quoi donne-t-il ? VIE AU SEIN DE L’OPÉRATION - Il y a-t-il des espaces que vous traversez après avoir passé le portillon d’entrée ? De quoi sont-ils composés ? Mobilier ? - Connaissez-vous vos voisins ? Certains espaces vous permettent-ils te vous rencontrer ? - Rencontrez-vous vos voisins dans les espaces proches de votre logement ? Vous y arrêtez-vous ou les traversez-vous seulement ? Que représentent ces espaces pour vous ? Un simple passage de la rue à votre logement ou un espace appropriable ? PROLONGEMENT DU LOGEMENT - Comment percevez-vous votre immeuble et votre logement ? Aimez-vous vivre ici ? Quel est l’espace autour de votre logement que vous préférez ? - Est-ce que vous rentrez dans votre logement par votre terrasse, une cour, un couloir ? Est-ce agréable de rentrer par sa terrasse (par exemple) ? - Avez-vous un balcon, une terrasse, une loggia ? De quoi se compose-t-elle ? Est-ce un réel apport à votre logement ? - Que voyez-vous depuis votre balcon ? Avez-vous mis du mobilier ? (barbecue, mobilier ?)

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REMERCIEMENTS / Je tenais tout particulièrement à remercier Caroline Mazel, directrice de recherche au sein du séminaire Habitat(s), pour son suivi régulier ainsi que ses conseils avisés tout au long de ce travail de recherche. Je remercie les habitants des opérations que j’ai pu étudier pour leur bienveillance et leur coopération qui m’a permis d’enrichir ce mémoire de leurs paroles, ainsi que l’architecte Catherine Furet qui a su répondre à mes interrogations et enrichir ma réflexion. Enfin, un grand merci à ma famille et à mes proches pour leur écoute attentive durant cette année mais aussi tout au long de ces années de vie partagées.

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Alors qu’ajourd’hui un grand nombre de résidences sécurisées s’élévent partout dans le monde, certaines opérations bordelaises, hollandaises, danoises ou encore canadiennes, mettent à l’honneur la richesse et la diversité d’espaces intermédiaires bien traités ; des transitions et des seuils vecteurs d’échange et de lien social, un fil tendu entre deux sphères opposées mais pourtant jumelles, l’urbain et l’habitat.

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Les espaces intermédiaires : une volonté de sociabilisation et de sécurisation by Anaïs Le Teuff - Issuu