LâEXCEPTION
Câest une contrĂ©e dure, aux prises avec des menaces constantes. Mais qui ne manque pas dâopportunitĂ©s. DirigĂ©e par un chef de lâĂtat qui sort dĂ©finitivement des cadres traditionnels.
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Câest une contrĂ©e dure, aux prises avec des menaces constantes. Mais qui ne manque pas dâopportunitĂ©s. DirigĂ©e par un chef de lâĂtat qui sort dĂ©finitivement des cadres traditionnels.
La crise tunisienne semble atteindre une sorte dâapogĂ©e. Le prĂ©sident KaĂŻs SaĂŻed nâest pas apparu pendant quelques jours fin mars, alimentant toutes sortes de rumeurs. Et soulignant surtout que depuis 2011, le pays nâa toujours pas de Cour constitutionnelle, malgré⊠deux Constitutions successives qui prĂ©voient lâinstitution. Un blocage hautement politique (lâindĂ©pendance de la justiceâŠ) et rĂ©vĂ©lateur des paralysies tunisiennes. Des opposants, des intellectuels et des journalistes sont en prison. Lâautocensure revient Ă pas de gĂ©ant dans ce pays qui a Ă©tĂ© Ă lâorigine des printemps arabes. Lâinflation atteint 10 % depuis le dĂ©but de lâannĂ©e, laminant les classes populaires et moyennes. Les jeunes, tunisiens ou en transit dâAfrique subsaharienne, veulent traverser la mer Ă tout prix. Les nantis, eux, prennent lâavion et sâorganisent une vie ailleurs. LâĂtat est au bord de la banqueroute, Ă©crasĂ© par une gestion hasardeuse et une dette de plus 40 milliards de dollars (93 % du PIB). Le gouvernement a nĂ©gociĂ© pendant des mois un prĂȘt de 2 milliards de dollars auprĂšs du FMI. Une « manne » Ă©videmment assortie de contraintes majeures en matiĂšre de rĂ©forme, et que personne Ă Tunis ne semble prĂȘt Ă endosser. Alors que grosso modo, budgĂ©tairement, on ne passera pas lâannĂ©e⊠Certains imaginent peut-ĂȘtre que la Russie ou la Chine, ou lâAlgĂ©rie, ou quelques autres puissances « riches et bĂ©nĂ©voles » viendront sauver le systĂšmeâŠ
Last but not least, comme un autre symbole particuliĂšrement dĂ©primant, le musĂ©e du Bardo, magnifique, unique pour ses collections de mosaĂŻques romaines, est inexplicablement fermĂ© depuis le « coup » du 25 juillet 2021 (au risque dâendommager les ĆuvresâŠ). On pourrait croire que la Tunisie est entrĂ©e dans une zone de « no future ». On pourrait laisser tomber, dâune certaine façon, attendre avec rĂ©signation quâelle touche le fondâŠ
Et pourtant, non. Ici, dans ce pays aux trois millĂ©naires dâhistoire, lâavenir reste Ă Ă©crire. La Tunisie existe. Elle a du potentiel. Elle dispose dâune Ă©lite politique, sophistiquĂ©e, diversifiĂ©e, qui va de la gauche Ă la droite, en passant par les sĂ©cularistes et des islamistes relativement modĂ©rĂ©s. Tous reprĂ©sentatifs de la diversitĂ© nationale. Il y a des intellectuels de qualitĂ©, des
journalistes, des Ă©crivains, des artistes, et toute cette richesse ne peut ĂȘtre occultĂ©e.
Le repli nâest pas une option. La Tunisie est idĂ©alement placĂ©e, Ă deux ou trois heures des grands centres Ă©conomiques europĂ©ens. Elle a des accords avec lâUE, que lâon pourrait amĂ©liorer. Elle a un lien ancien avec lâAfrique, que les crises migratoires ne devraient pas dissoudre. Elle peut jouer aussi de son orientalisme naturel pour renforcer ses relations avec les pays du Golfe. Les Tunisiens sont des entrepreneurs et des commerçants. Le pays dispose dâune Ă©lite de mĂ©decins, dâingĂ©nieurs, de jeunes passionnĂ©s par la tech. La diaspora, affective, attachĂ©e au pays, pourrait rapidement se mobiliser. La sociĂ©tĂ© civile est rĂ©active, ambitieuse. Le monde culturel ne cĂšde pas au dĂ©sespoir. La Tunisie et les Tunisiens bĂ©nĂ©ficient toujours dâun grand capital de sympathie aux quatre coins du monde, le pays est beau, et le tourisme pourrait redevenir lâun des grands secteurs de lâĂ©conomie nationale. Il y a du savoir-faire, de lâexpĂ©rience. Le tissu existe, il est lĂ , il a besoin de confiance, et de visibilitĂ© pour redĂ©marrer au quart de tour. La Tunisie peut sâimposer en quelques annĂ©es comme une plate-forme incontournable de services, industriels, techniques, logistiques, de prestation de santĂ©, etc. Et elle sera aidĂ©e. La crise actuelle aura eu le triste mĂ©rite de montrer que le pays Ă©tait devenu stratĂ©gique, que lâon ne pouvait pas se permettre de le laisser couler. Dâavoir le chaos aux portes de lâEurope, au cĆur du Maghreb. Aussi bien Ă Paris, Rome, quâĂ Bruxelles, au siĂšge de lâUnion europĂ©enne, ou Ă Washington, au FMI et Ă la Banque mondialeâŠ
Tout est possible, Ă condition de retrouver une certaine normalitĂ© politique. Ce pays dâĂ peine 13 millions dâhabitants a juste besoin dâĂȘtre bien gouvernĂ©. De libĂ©rer les Ă©nergies et de libĂ©rer un dĂ©bat normal. Rien de spectaculaire. Juste la norme. De solder aussi une fois pour toutes les comptes du passĂ©. De tourner la page des rĂ©volutions, dâhier ou dâaujourdâhui. Et de se tourner vers lâavenir. De travailler. Sans dĂ©veloppement Ă©conomique, sans un nouveau pacte social, sans stabilitĂ©, rien nâest possible⊠Et les promesses, les discours se heurteront sur le mur des impitoyables rĂ©alitĂ©s. â
3 ĂDITO Une vraie Tunisie par Zyad Limam
6 ON EN PARLE CâEST DE LâART, DE LA CULTURE, DE LA MODE ET DU DESIGN Tunisie, le choc des images 24 PARCOURS Juste
QUE
TEMPS FORTS
28 Ăthiopie : Demeure en pĂ©ril par CĂ©dric Gouverneur
38 Rémi Carayol : Disséquer la guerre par Astrid Krivian
44 Elgas : « Je cherche la liberté » par Astrid Krivian
84 Lesley Lokko : « Portons une autre voix » par Luisa Nannipieri
90 Nédra Ben Smaïl : « On ne naßt pas parent, on le devient » par Frida Dahmani
57 Lâexception Niger par Zyad Limam, Thibaut Cabrera, Seidik Abba et Emmanuelle PontiĂ©
58 LâĂ©quation Bazoum
62 Rabiou Abdou : « La rĂ©alisation du PDES est au cĆur de notre stratĂ©gie »
66 Le défi démographique
68 Lâagriculture de demain
70 Pétrole : un tournant majeur
74 Les nouvelles perspectives de lâuranium
76 Portfolio : Entre le fleuve et le désert
82 Ă la recherche des dinosaures
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94 Une addition salée
98 Marc-Antoine Eyl-Mazzega : « La tendance de fond est à une amélioration sensible du bilan carbone »
100 La production de cannabis mĂ©dical et industriel sâenvole au Maroc
101 La Tanzanie et lâInde vont se passer du dollar
102 Un nouveau mĂ©gaprojet dâhydrogĂšne vert en Mauritanie
103 Surendetté, le Ghana se veut con fiant par Cédric Gouverneur
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Violence stylisĂ©e rĂ©compensĂ©e au Fespaco ou descente aux enfers sortant sur les Ă©crans europĂ©ens : DEUX RĂALISATEURS AUDACIEUX auscultent les d ifficiles lendemains de la rĂ©volution du jasminâŠ
CâEST Ă LâUNANIMITĂ que le jury du 28e Festival panafricain du cinĂ©ma et de la tĂ©lĂ©vision de Ouagadougou (Fespaco) a dĂ©cernĂ© en mars dernier lâĂtalon dâor de Yennenga Ă Ashkal, thriller poĂ©tique et mĂ©taphorique. LâoriginalitĂ© et la rĂ©sonance politique du film de Youssef Chebbi avaient dĂ©jĂ Ă©tĂ© remarquĂ©es au Festival de Cannes. Cette enquĂȘte policiĂšre, situĂ©e Ă Tunis dans un vaste chantier dâimmeubles de luxe Ă lâarrĂȘt depuis la chute de Ben Ali, est sous tension : les deux inspecteurs (incarnĂ©s par lâaguerri Mohamed GrayaĂą et la jeune Fatma Oussaifi) sont confrontĂ©s Ă une Ă©trange sĂ©rie dâimmolations dans ces carcasses de bĂ©ton. Un long-mĂ©trage trĂšs graphique, baignĂ© dâune musique anxiogĂšne, et comme hantĂ© par la figure de Mohamed Bouazizi qui sâĂ©tait immolĂ© au dĂ©but de la rĂ©volution, suivi depuis par une centaine dâautres. Les silhouettes de ces fantĂŽmes incandescents poursuivent longtemps le spectateur aprĂšs la projection. Autant de hĂ©ros qui, selon le rĂ©alisateur, sont passĂ©s du statut de martyre Ă celui de trouble-fĂȘte dans la Tunisie dâaujourdâhui.
Câest dire lâacuitĂ© dâAshkal, Ă la lisiĂšre du mystique et du fantastique, qui a trouvĂ© un distributeur en France fin janvier.
Second film tunisien Ă ne pas manquer ce mois-ci, Amel et les fauves, qui sort en France un an aprĂšs sa diffusion officielle.
On est cette fois-ci dans le rĂ©alisme le plus sombre, avec une ouvriĂšre manipulĂ©e par son patron, mariĂ©e Ă un alcoolique, emprisonnĂ©e pour adultĂšre alors quâelle a Ă©tĂ© violĂ©e, et dont le fils va tomber dans la drogue et la prostitution⊠Mehdi Hmili a choisi de traiter frontalement cette descente aux enfers en montrant la violence de la police, soumise aux plus riches, mais aussi tout un monde interlope, lâobligeant Ă couper les scĂšnes de sexe et avec des travestis pour la diffusion dans dâautres pays arabes. Il y a peu de rĂ©pit dans cette chute sans fin dâune mĂšre et son fils, prisonniers de leur condition sociale et dâune sociĂ©tĂ© patriarcale, machiste, et corrompue. Mais il y a Ă©galement beaucoup dâĂ©nergie et dâaudace. Une preuve supplĂ©mentaire de la crĂ©ativitĂ© de ce cinĂ©ma post-rĂ©volutionnaire. â Jean-Marie
Chazeau
SI ON LâA RĂCEMMENT remarquĂ© pour la bande originale des films Black Panther, Baaba Maal sâactive depuis quatre dĂ©cennies sur la scĂšne musicale. Mais Being confirme un talent façonnĂ© entre le SĂ©nĂ©gal et la France, avec un parcours ponctuĂ© de collaborations prestigieuses : Damon Albarn, Brian Eno⊠EntourĂ© de ses complices (notamment Cheikh Ndoye Ă la basse ngoni et Momadou Sarr aux percussions), il propose ici un superbe Ă©crin de sept titres ultra-contemporains, aussi percussifs que mĂ©lodiques, interrogeant lâabsurditĂ© de notre monde actuel, tout en sondant lâĂąme de chacun. Blues, soul, Ă©lectro, folk(lore)⊠EnregistrĂ© entre Londres, Brooklyn et son pays, le CD surprend, nâa pas peur des ruptures de ton ou de narration dâune chanson Ă lâautre. Et pendant ce temps-lĂ , domine le chant, habitĂ©, de Baaba Maal⊠â Sophie Rosemont
à écouter maintenant !
Le Cri du Caire, Les Disques du festival permanent/Airfono/LâOnde & CybĂšle
Le casting est beau : Erik Truffaz Ă la trompette, Peter Corser au saxophone, Karsten Hochapfel au violoncelle⊠et Abdullah Miniawy au chant soufi. Incarnant la soif de libertĂ© de la jeunesse Ă©gyptienne, auteur de chaque vers de lâopus, il fait de ce Cri du Caire un disque de spoken word somptueusement orchestrĂ©. Et pas que : ici et lĂ , le jazz et le rockânâroll se manifestent.
Yalla Miku
Yalla Miku, Bongo Joe
Câest lâhistoire dâune alliance quasi magique. Ici, le Marocain Anouar Ait Baouna, chanteur et (entre autres) roi du guembri, lâAlgĂ©rien
Ali Bouchaki, figure de la darbouka, et lâĂrythrĂ©en Samuel Ades, maĂźtre du krar, rencontrent deux duos : lâhyperactif Cyril Cyril, et Hyperculte, lequel cultive un son entre krautrock et Ă©lectro. En rĂ©sulte un exaltant voyage transcontinental portĂ© par une authentique hybriditĂ© sonore.
David Walters
Soul Tropical, Heavenly Sweetness
CinquiĂšme album solo pour le petit-fils de CarĂŻbĂ©ens David Walters, lâune des figures de proue multi-instrumentiste dâune soul crĂ©ole et Ă©clectique. Ici, il cultive les affinitĂ©s Ă©lectives avec des partenaires de haute voltige, tels que Flavia Coelho, Anthony Joseph, Roger Raspail, ou encore K.O.G. (Kweku Of Ghana).
Ă la rĂ©alisation, le beatmaker et producteur Guts. Le tout pour un vibrant hommage au groove antillais. â S.R.
LâARTISTE SĂNĂGALAIS est de retour avec un Ă©blouissant CD, follement avant-gardiste tout en Ă©tant accessible. Une merveille !
LORSQUâEN 1981, Tony Rinaudo arrive au Niger pour aider Ă contrer lâavancĂ©e du dĂ©sert, le jeune agronome australien dĂ©couvre les ravages dâune agriculture intensive pratiquĂ©e depuis la colonisation. Mais sous terre, il constate quâun immense rĂ©seau de racines vit toujours. Des buissons, bientĂŽt des arbres, vont protĂ©ger les sols du soleil et du vent, et faire repartir lâagriculture. Une agroforesterie qui a depuis fait Ă©cole dans une vingtaine de pays africains. Le rĂ©alisateur Volker Schlondörff (Palme dâor 1979 pour Le Tambour) a accompagnĂ© son ami de retour sur le continent : il parle toujours le haoussa, et si la vie a bien changĂ© (une escorte armĂ©e lâaccompagne dans les villages oĂč il circulait autrefois librement), son enseignement a visiblement portĂ© ses fruits, applaudi par les femmes et saluĂ© par les hommes qui transmettent son savoir. Au passage, le programme international de Grande Muraille verte est Ă©pinglĂ©, et le cinĂ©aste allemand a lâintelligence dâintĂ©grer Ă son documentaire de larges extraits de films africains, comme le trĂšs beau Les Larmes de lâĂ©migration (2010) du SĂ©nĂ©galais Alassane Diago. â J.-M.C
Le grand cinéaste allemand Volker Schlöndorff rend hommage à un pionnier australien dans le REBOISEMENT DU SAHEL.
AM : Ce nouvel album est-il lâaboutissement de longues annĂ©es passĂ©es Ă partager votre fĂ©minisme ?
Sandra NkakĂ© : Il est le reflet de mon cheminement intĂ©rieur, de mes combats. Ăcrire et ĂȘtre productrice indĂ©pendante me permet de lutter pour un monde plus juste, moins violent et moins patriarcal. Je souhaite Ćuvrer pour que les femmes soient enfin reconnues et prises pour des sujets. Des sujets qui ont des droits. La sororitĂ© est lâune des pierres angulaires de mes combats et se manifeste partout dans mes chansons : « Sisters », « Rising Up », « My Heart »⊠Mes sĆurs sont nombreuses : ce sont des amies, des femmes que je croise dans la vie de tous les jours, des crĂ©atrices. Avec leur parcours singulier, elles donnent la force de nous construire. Parmi elle, Axelle Jah NjikĂ©, autrice fĂ©ministe et crĂ©atrice du podcast La Fille sur le canapĂ©. Son approche de la systĂ©mie des violences est trĂšs inspirante.
En quoi met-il en relief vos racines camerounaises ? Mon parcours commence au Cameroun, pays qui mâa vu naĂźtre et que jâai dĂ» quitter prĂ©cipitamment. Cette coupure a Ă©tĂ© douloureuse, mais il vibre toujours en moi. La chanson « Terre rouge » parle de ce sentiment dâappartenance qui me traverse, mĂȘme si je nây vis pas. Lâautomne dernier, jâai pu me rendre Ă Fiko, le village de mon grand-pĂšre, et redĂ©couvrir les ressources merveilleuses de cette terre, de ces humains si gĂ©nĂ©reux. Jâai Ă©tĂ© accueillie comme une enfant du pays⊠Ăa mâa remplie de joie. Pourquoi ce trĂšs beau titre, Scars, « cicatrices » en français ? Il raconte Ă lui seul la capacitĂ© du corps et de lâesprit Ă cicatriser et Ă transformer les traumatismes en traces avec lesquelles on apprend Ă vivre. Jâai subi lâinceste, les violences conjugales, lâexil⊠Chanter me fait vibrer de vibrations lumineuses. Ăcrire des chansons me permet de penser le
monde et de dessiner une route qui me mĂšne jusquâĂ vous. Scars aussi, parce que je voulais dire aux personnes en reconstruction quâune vie est possible aprĂšs les traumas. Cela demande du temps, de lâaccompagnement, mais nous, victimes de violences, pouvons trouver en nous les ressources pour vivre avec, sans quâils nous dĂ©finissent. Câest un disque dâamour, de tendresse, de partage et de lutte. Ă mes sĆurs ! â Propos recueillis par Sophie Rosemont
DâUN CĂTĂ, LâUN DES ROIS DE LA KORA BallakĂ© Sissoko et le violoncelliste et producteur de haut vol Vincent Segal. De lâautre, lâaccordĂ©oniste Vincent Peirani et le saxophoniste Ămile Parisien. Les cordes et les cuivres. AprĂšs un premier concert les rĂ©unissant en 2021, au festival des Nuits de FourviĂšre, les quatre artistes ont dĂ©cidĂ© de poursuivre lâaventure en studio. Lâimprovisation est maĂźtrisĂ©e, lâentente nourrie de respect et dâadmiration, les instruments semblent mener une discussion que personne nâa envie dâinterrompre⊠Dâautant quâici, le propos est universel : si les racines sont rĂ©solument africaines, le vieux continent est aussi convoquĂ©, et les frontiĂšres gĂ©nĂ©riques sont bien poreuses. Musique traditionnelle ? Jazz ? Folk ? Musette dĂ©tournĂ©e ? On ne sait plus trop, et tant mieux ! â S.R.
SISSOKO SEGAL PARISIEN & PEIRANI, Les ĂgarĂ©s, NĂž FĂžrmat !
UBAH CRISTINA ALI FARAH, Madre piccola, Zulma, 352 pages, 22,90 âŹ.
POLYPHONIQUE, de la guerre civile somalienne Ă lâexil et la reviviscence.
TROIS FAMILLES. Trois destins. Un mĂȘme Ă©lan vital. Ce premier roman, dans lequel la maternitĂ© est un thĂšme central, donne la parole aux exilĂ©s de la diaspora somalienne. Le titre, Madre piccola, Ă©voque une rĂ©alitĂ© prĂ©gnante pour la population de lâun des 10 pays les plus pauvres au monde â cette traduction italienne de « tante maternelle » faisant allusion Ă la fonction quâassument en temps de guerre les sĆurs, les cousines, les amies de la famille, etc., en prenant en charge les enfants des autres. Comme ses personnages, lâauteure, nĂ©e dâun pĂšre somalien et dâune mĂšre italienne, a grandi Ă Mogadiscio et a dĂ» quitter le pays quand a Ă©clatĂ© la guerre civile, au dĂ©but des annĂ©es 1990. Son rĂ©cit se fait ainsi lâĂ©cho du dĂ©racinement et du renouveau. Ă lâaune de ces quelques mots de lâĂ©pilogue : « Notre maison, nous la portons en nous, notre maison peut voyager. Ce ne sont pas les murs de pierre qui font du lieu oĂč nous vivons une maison. » â Catherine
FayeSes peintures sur toile et sur tissu rendent compte des luttes de s on époque.
RĂTROSPECTIVE
Le musée Picasso MET
RINGGOLD, figure majeure de la scÚne américaine engagée et féministe.
UN CARNAVAL DE COULEURS. Une effervescence humaine. Difficile de passer Ă cĂŽtĂ© de lâĆuvre radicale et populaire de Faith Ringgold, depuis le mouvement des droits civiques jusquâĂ celui de Black Lives Matter. DĂšs ses premiers travaux, au dĂ©but des annĂ©es 1960, lâAfro-AmĂ©ricaine a su se frayer un chemin dans le monde de lâart majoritairement blanc et masculin : « Il nây avait aucun moyen dâĂ©chapper Ă ce qui se passait Ă lâĂ©poque ; il fallait prendre position dâune maniĂšre ou dâune autre, car il nâĂ©tait pas possible dâignorer la situation : tout Ă©tait soit noir, soit blanc, et de maniĂšre tranchĂ©e », revendique la native dâHarlem, 92 ans, dont les peintures sur toile et sur tissu, comme les installations, rendent compte des luttes de son Ă©poque. Ă travers ses relectures de lâhistoire de lâart moderne et un dialogue plastique et critique avec la scĂšne parisienne du dĂ©but du XXe siĂšcle â notamment avec Pablo Picasso et ses Demoiselles dâAvignon â, celle qui a su embrasser son destin sâemploie dĂ©finitivement Ă crĂ©er un art africain-amĂ©ricain, Ă lâidentitĂ© propre. â C.F.
« FAITH RINGGOLD: BLACK IS BEAUTIFUL », MusĂ©e Picasso, Paris (France), jusquâau 2 juillet. www.museepicassoparis.fr
AFRICA MAMA, un nom simple et efficace pour une musique qui lâest tout autant. Mais sans oublier toute la variĂ©tĂ© des racines musicales de Djeli Moussa CondĂ©. Ă lâapproche de la soixantaine, il garde toute sa vitalitĂ© instrumentiste et sâallie avec le percussionniste GĂ©rald Bonnegrace (du groupe Arat Kilo), pour une rĂ©alisation au diapason. Avec une sincĂ©ritĂ© organique en guise de fil rouge, les compositions de CondĂ© tĂ©moignent de son hĂ©ritage griot, mais Ă©galement de ses amours transculturelles⊠RĂ©sidant en France dĂšs le dĂ©but des annĂ©es 1990, il a accompagnĂ©, armĂ© de sa kora, aussi bien CesĂĄria Ăvora quâAlpha Blondy ou Manu Dibango. Depuis plus dâune dĂ©cennie, il se livre Ă un travail solo qui, une nouvelle preuve en est donnĂ©e, est captivant. â S.R.
Le destin singulier dâun des derniers mamelouks de Tunis. De la tutelle ottomane Ă la colonisation française.
EN JUIN 1887, le gĂ©nĂ©ral Husayn â esclave affranchi devenu dignitaire de lâempire ottoman, avant que la colonisation de la Tunisie par la France, en 1881, ne le contraigne Ă lâexil en Italie â dĂ©cĂšde Ă Florence. Sa mort est suivie de multiples conflits autour de sa succession, entre les annĂ©es 1880 et 1920, avec un Ă©ventail surprenant dâacteurs : le sultan AbdĂŒlhamid II et ses vizirs, les gouvernements tunisien, français et italien,
Le nouvel ouvrage dâAchille Mbembe propose une rĂ©flexion sur la Terre, ses interactions avec le vivant. Et son devenir.
SI LA GRANDE question qui a toujours occupĂ© lâhumanitĂ© Ă©tait de chercher Ă comprendre les origines de la vie, aujourdâhui, il sâagit de savoir comment elle se termine et sâil est possible de la prolonger. Notre incapacitĂ© Ă vivre ensemble, entre humains, mais aussi avec les animaux et les vĂ©gĂ©taux, nous met plus que jamais Ă lâĂ©preuve. Et ce que lâon a perdu est irrĂ©cupĂ©rable. DâoĂč lâurgence de renouer avec le cosmos et de penser la Terre comme une « communautĂ© terrestre », avec la cohorte dâespĂšces animĂ©es et
MâHAMED OUALDI, Un esclave entre deux empires : Une histoire transimpĂ©riale du Maghreb, Seuil, 272 pages, 24 âŹ.
ainsi que des reprĂ©sentants des communautĂ©s diasporiques musulmanes et juives. Câest cette trajectoire hors du commun que Mâhamed Oualdi, spĂ©cialiste de lâhistoire du Maghreb moderne et contemporain, relate. Un rĂ©cit foisonnant, ancrĂ© dans le contexte international de la lutte entre les forces ottomanes et françaises pour le contrĂŽle de la MĂ©diterranĂ©e. Qui met en lumiĂšre les multiples effets dâune telle transition sur la sociĂ©tĂ© maghrĂ©bine. â C.F.
ACHILLE MBEMBE, La CommunautĂ© terrestre, La DĂ©couverte, 208 pages, 20 âŹ
inanimĂ©es qui lâhabitent. Une planĂšte oĂč coexister et faire place Ă dâautres que soi, humains et non-humains, suppose un droit fondamental Ă la vie et Ă lâhospitalitĂ©. Et oĂč lâhistoire africaine et les traditions du continent peuvent aider le monde Ă trouver un autre chemin. Dans ce dernier volet de sa trilogie, avec Politiques de lâinimitiĂ© et Brutalisme, le philosophe camerounais Achille Mbembe continue dâinterroger les aspĂ©ritĂ©s du monde contemporain. â
Les artisanes de cette MARQUE
SUD-AFRICAINE tressent le passé et le présent pour obtenir des accessoires puissants.
LES CRĂATIONS de la marque sud-africaine Pichulik ont de quoi sĂ©duire. Ces bijoux sont fabriquĂ©s Ă la main Ă partir de cordes rĂ©cupĂ©rĂ©es, dâĂ©lĂ©ments en laiton, de pierres prĂ©cieuses et de matĂ©riaux inattendus, le tout donnant vie Ă des formes sculpturales uniques. Il nâest donc pas Ă©tonnant de les voir embellir des collections dâOrange Culture ou de Lukhanyo Mdingi, lors des plus importants dĂ©filĂ©s de mode. Câest le signe du succĂšs du projet de Katherine-Mary Pichulik, qui a créé le label en 2013 et dirige aujourdâhui un groupe soudĂ© dâartisanes panafricaines installĂ©es dans le nouvel atelier-boutique
du Cap, oĂč naissent les collections, inspirĂ©es par des histoires de femmes puissantes et les traditions du continent. « Algiers », la derniĂšre, est nĂ©e dâun travail sur la mĂ©moire familiale de la crĂ©atrice. Un voyage qui lâa menĂ©e jusquâaux montagnes du nord-est de lâAlgĂ©rie, lieu de naissance de sa grand-mĂšre paternelle. On y dĂ©couvre des boucles dâoreilles dont la forme rappelle une vieille lampe retrouvĂ©e au grenier, les cordes couleur sable et rouille Ă©voquent des photos jaunies, et les disques en laiton imitent un ornement nuptial amazigh. Ou encore la silhouette dâun arc en ogive, en rĂ©fĂ©rence au Maghreb. pichulik.com â Luisa Nannipieri
EN PLUS DE DIX ANS de carriĂšre, la vision de Tina Lobondi a beaucoup Ă©voluĂ©. Les piĂšces de sa marque homonyme aussi. Si, au dĂ©part, la styliste franco-congolaise travaillait souvent le wax, en le mixant Ă des tissus haut de gamme, comme lâorganza, la soie ou la mousseline, pour en faire des robes de soirĂ©e, ses rĂ©flexions et ses expĂ©riences lâont menĂ©e vers la crĂ©ation de collections plus casual et une production plus responsable. Qui comprend depuis peu des sacs en bois recyclĂ© et coton bio. AprĂšs des Ă©tudes de mode en France, elle sâest trĂšs vite fait remarquer en habillant des stars dans
Ses collections, joyeuses et colorĂ©es, sont composĂ©es de chemises dĂ©contractĂ©es, jupes lĂ©gĂšres et mouvantesâŠ
LA PASSION qui lie la peintre américaine Anne
oĂč les danseuses Ă©taient protagonistes. Ses collections, joyeuses et colorĂ©es, sont composĂ©es de chemises dĂ©contractĂ©es, jupes lĂ©gĂšres et mouvantes, blazers et trenchs, Ă porter peu importe la saison. Toutes ses piĂšces sont rĂ©alisĂ©es en France en coton bio et en matiĂšres recyclables, sauf quelques-unes qui sont fabriquĂ©es en RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo avec des tissus locaux â comme ceux Ă base de feuilles sĂ©chĂ©es de raphia, quâelle utilise depuis des annĂ©es pour faire de superbes corsets. En sâinterrogeant sur lâhistoire textile de son pays dâorigine avant le wax, moins riche que celle de ses voisins, elle a dĂ©cidĂ© de dessiner tous ses imprimĂ©s et de sâen servir pour cĂ©lĂ©brer les cultures des deux Congo. Pragmatisme, tĂ©nacitĂ© et sens du business sont les ingrĂ©dients du succĂšs de la designeuse. tinalobondi.com â L.N.
Eisner Ă lâanthropologue non-conformiste Patrick Putnam lâamĂšne Ă sĂ©journer, de 1946 Ă 1954, dans une station de recherche, lieu dâhĂ©bergement et dispensaire mĂ©dical, Ă la lisiĂšre de la forĂȘt Ă©quatoriale de lâIturi (au nord-est de la colonie belge du Congo). De ces huit annĂ©es passĂ©es le long de la riviĂšre Epulu, lâartiste a extrait un goĂ»t pour les couleurs de la nature, omniprĂ©sente dans ses tableaux, et un attachement aux pygmĂ©es Mbuti, dont elle tĂ©moigne. Attentive Ă la relation sociale et philosophique que ces chasseurs-cueilleurs tissent avec la sylve, la New-Yorkaise nâa de cesse dâexplorer lâanalogie entre lâĂ©corce et le corps. Une dĂ©marche singuliĂšre et solidaire, retranscrite dans une Ćuvre picturale dĂ©pouillĂ©e et flamboyante, Ă lâorĂ©e de lâabstraction. Et un dialogue entre lâĂ©tranger et le familier, que des Ă©crits viennent enrichir, au grĂ© des mutations du regard de la peintre sur les peuples de la forĂȘt. â C.F.
« ANNE EISNER (1911-1967) : UNE ARTISTE
AMĂRICAINE AU CONGO », MusĂ©e du quai Branly, Paris (France), jusquâau 3 septembre. quaibranly.fr
Le regard nuancĂ© de la PEINTRE AMĂRICAINE ANNE EISNER sur les populations autochtones du nord-est de lâancien Congo belge.⊠blazers ou encore trenchs, Ă porter au quotidien.
AMOUR Ă MORT, amour passion, amour divin, amour tout court. Ce sentiment brĂ»lant est lâun des thĂšmes rĂ©currents de la littĂ©rature arabo-musulmane, portĂ© par la puissance de la langue arabe. Quâil occupe lâespace entier du poĂšme ou nâen constitue quâun fragment, son chant sâoffre sur tous les modes possibles. Joie, souffrance, fugacitĂ©, Ă©ternité⊠Bien avant lâavĂšnement de lâislam, puis au long de la pĂ©riode classique, les poĂštes et prosateurs rivalisent de crĂ©ativitĂ© et dâexpressivitĂ© pour lâĂ©voquer, sous toutes ses dĂ©clinaisons : versets platoniques, textes Ă©rotiques, histoires dâamour lĂ©gendaires ou populaires, notamment dans les Mille et Une Nuits, poĂšmes mystiques ou philosophiques. Mais lâamour nâest pas seulement une expĂ©rience universelle ou personnelle. Il est Ă©galement culturel, comme lâĂ©crit Roland Barthes dans Fragments dâun discours amoureux Et chaque culture en a construit sa propre vision. Ainsi, dans le monde arabe, il nous Ă©claire, au-delĂ de la poĂ©sie qui lui est dĂ©diĂ©e, sur la vision tout entiĂšre quâune civilisation sâen fait. Plus de 100 noms y disent le sentiment amoureux, de lâattirance jusquâĂ la folie. Dans ce recueil, 23 poĂštes,
HAMDANE HADJADJI ET ANDRĂ MIQUEL, Les Arabes et lâamour : Anthologie poĂ©tique, Actes Sud, 186 pages, 18 âŹ.
choisis par AndrĂ© Miquel et Hamdane Hadjadji, spĂ©cialistes de la langue et de la littĂ©rature arabes, viennent cĂ©lĂ©brer lâamour dans la poĂ©tique du VIe au XVe siĂšcle. Ă une exception prĂšs, cette anthologie donne la voix aux hommes, reflĂ©tant une rĂ©alitĂ© de lâhistoire : le mĂ©tier dâĂ©crivain est alors, quasi exclusivement, masculin. Or, que dire de ces vers dâAl-KhansĂą, grande poĂ©tesse aux temps du premier islam, pleurant son frĂšre bien-aimĂ©, mort des suites de blessures reçues au combat ? « Ce cĆur, tu lâas brisĂ©, jâen jure, il nâen peut plus ! / Le deuil emplit mon Ăąme et ma tĂȘte flĂ©chit. / Le dur bois de ma lance aujourdâhui sâest rompu, / CassĂ© comme le cĆur si solide du buis. » TrĂšs certainement quâils prĂ©figurent le paysage poĂ©tique des femmes du monde arabe, de lâĂąge dâor de lâislam Ă nos jours. â C.F.
UN ADOLESCENT DâORIGINE MALIENNE, embarquĂ© dans des petits trafics, est envoyĂ© par sa mĂšre dans une madrassa, au pays, pour retrouver le droit chemin. Ă son retour, dix ans plus tard, il est choisi pour devenir le nouvel imam de son quartier, prĂŽnant un islam tolĂ©rant et ouvert. Mais il reste fascinĂ© par lâargent et le business⊠« Imam, câest pas un mĂ©tier », lui rappelle sa mĂšre, inquiĂšte du virage quâil prend, alors quâil se lance dans lâorganisation de pĂšlerinages Ă La Mecque. Une initiative qui va accroĂźtre sa popularité⊠avant de tourner Ă lâarnaque. TrĂšs bien jouĂ©, dans une authentique ambiance de famille malienne, avec un scĂ©nario limpide, parfois un peu⊠angĂ©lique, ce film coproduit par Ladj Ly (Les MisĂ©rables) sâappuie sur une solide morale qui rappelle que « les actes ne valent que par les intentions ». â J.-M.C.
DRAME LE JEUNE IMAM (France),de Kim Chapiron. Avec Abdulah Sissoko, Moussa Cissé, Hady Berthe. En salles.
LâAGENCE MAROCAINE El Ouali &Hajji et la française Architecturestudio travaillent ensemble depuis des annĂ©es. Câest donc tout naturellement quâelles se sont associĂ©es pour participer au concours du plus grand complexe hospitalier dâAfrique du Nord : le nouveau CHU de Tanger. Une collaboration qui leur a permis de remporter le ArchDaily Building of the Year Award de la catĂ©gorie « Healthcare ». Le travail, reparti Ă Ă©galitĂ© entre Rabat et Paris,
visait Ă crĂ©er un nouvel espace urbain accueillant et intĂ©grĂ© dans le paysage. Le complexe de 81 000 mÂČ est constituĂ© de trois pavillons adossĂ©s Ă la colline, Ă la lisiĂšre de la ville, et reliĂ©s par une galerie centrale, dĂ©veloppĂ©s autour de trois cours intĂ©rieures. Un large parvis, recouvert dâune canopĂ©e ajourĂ©e, sert de hall dâaccueil et permet dâorienter les patients et leurs familles. La canopĂ©e marque aussi
la sĂ©paration entre les espaces publics et lâunivers mĂ©dical, avec les blocs hospitaliers et les chambres. Une grille blanche, oĂč alternent petits et grands carrĂ©s, sert dâĂ©cran aux fenĂȘtres et aux façades supĂ©rieures des pavillons, et créé un motif en dentelle qui couronne le complexe. Les clins dâĆil aux codes de Tanger et des moucharabiehs sont Ă©vidents, mais les architectes ont su se les rĂ©approprier, les adaptant Ă un grand espace et aux contraintes hospitaliĂšres. architecturestudio.fr â L.N.
Le CHU DE LA VILLE BLANCHE a remporté le prix ArchDaily Building of the Year, dans la catégorie santé.
Tout en briques et en t uiles traditionnelles de la « grande ßle », l e bùtiment de 1 500 m2 a été intégralement restauré.
FONDATION H, Antananarivo (Madagascar), inauguration du nouvel espace le 28Â avril. fondation-h.com
CRĂĂE Ă LâINITIATIVE de lâentrepreneur et mĂ©cĂšne
Hassanein Hiridjee, la Fondation H propose, depuis cinq ans, des programmes dâaccompagnement pour les artistes du continent africain et de ses diasporas, et soutient la scĂšne artistique dans lâocĂ©an Indien, tout en facilitant lâaccĂšs du plus grand nombre Ă lâart. Son nouvel espace de 1 500 m2 se dĂ©ploie au sein dâun bĂątiment historique, construit au dĂ©but du XXe siĂšcle pour accueillir la Direction centrale des postes et tĂ©lĂ©communications, sous le rĂ©gime colonial français. Tout en briques et en tuiles traditionnelles de la « grande Ăźle », le bĂątiment a Ă©tĂ© intĂ©gralement restaurĂ© et ouvre ses portes le 28 avril. Sa vocation ? Soutenir et faire rayonner la crĂ©ation artistique africaine, non seulement dans chaque pays dâancrage, mais aussi Ă lâinternational. Lâexposition inaugurale est consacrĂ©e Ă Zoarinivo Razakaratrimo, dite Madame Zo (1956-2020), tisserande insolite et icĂŽne de la scĂšne artistique malgache. Du sur-mesure pour un dessein dâenvergure. â C.F.
JAMAIS LE CINĂMA ALGĂRIEN nâĂ©tait remontĂ© aussi loin dans le temps. Nous sommes quelques annĂ©es avant lâoccupation ottomane, au dĂ©but du XVIe siĂšcle, oĂč Alger est gouvernĂ©e par un roi et un conseil de reprĂ©sentants des tribus berbĂšres. Pour se dĂ©faire du joug de lâoccupant espagnol, un corsaire est appelĂ© Ă la rescousse : Barberousse, incarnĂ© avec force par Dali Benssalah, le mĂ©chant du dernier James Bond. Mais une fois lâoccupant chassĂ©, le pirate va vouloir le pouvoir pour lui tout seul. Tuant le roi, il veut Ă©pouser sa femme, la reine Zaphira, qui se rĂ©vĂšle plus coriace quâil ne lâavait imaginĂ©e et devient trĂšs populaire dans la Casbah. Peu importe la rĂ©alitĂ© historique, que lâon connaĂźt dâailleurs trĂšs peu : on ne sait pas si cette reine algĂ©rienne est une lĂ©gende ou si son existence a Ă©tĂ© effacĂ©e des rĂ©cits officiels. Ce qui est sĂ»r, câest que son histoire sâest transmise au fil du temps, jusquâĂ ce film Ă grand spectacle avec batailles sanglantes en bord de mer et scĂšnes au cĆur de palais luxuriants. Une tragĂ©die classique en quatre actes dans lâAlgĂ©rie du XVIe siĂšcle : voilĂ une proposition de cinĂ©ma peu banale Ă ne pas manquer. On y croise mĂȘme une esclave blonde scandinave, affranchie et convertie Ă lâislam, incarnĂ©e par Nadia Tereszkiewicz (tout rĂ©cent CĂ©sar du meilleur espoir fĂ©minin) ! Dans le rĂŽle-titre, lâactrice algĂ©rienne Adila Bendimerad sâimpose royalement et corĂ©alise mĂȘme, avec Damien Ounouri, ce long-mĂ©trage qui ressuscite, avec un grand soin apportĂ© aux dĂ©cors et aux costumes, un chapitre mĂ©connu de lâĂ©popĂ©e de la nation algĂ©rienne. â J.-M.C.
LA DERNIĂRE REINE (AlgĂ©rie), de Damien Ounouri et Adila Bendimerad. Avec elle-mĂȘme, Dali Benssalah, Tahar Zaoui. En salles.
En 1516, un corsaire libĂšre Alger de lâoccupation espagnole, mais doit affronter une reine coriace. Entre lĂ©gende et PAGE DâHISTOIRE OUBLIĂE, un film inattendu Ă grand spectacle.
Deux NOUVELLES ADRESSES PARISIENNES à tester : des plats familiaux solaires dans un décor somptueux, et des burgers inspirés des cultures africaines.
UN SAVOUREUX RESTAURANT a pris ses quartiers sur le toit de lâInstitut du monde arabe (5e arrondissement).
Le Dar Mima (« chez Mima ») est nĂ© de la coopĂ©ration entre le groupe Paris Society et Jamel Debbouze, qui y rend hommage Ă sa mĂšre, Fatima, dite Mima. Les recettes sortent tout droit de la cuisine familiale : le pain, les pĂątisseries et le couscous, mais aussi le manâouchĂ© et le fattouche, la pastilla et le tajine. Des classiques mĂ©tissĂ©s, qui combinent touche moderne et cuisson au feu de bois. Le tout prĂ©sentĂ© dans un dĂ©cor somptueux, oĂč se cĂŽtoient marbre, zellige, marqueterie, tapis et moquettes opulentes, et mĂȘme fresques peintes Ă la main sur feuilles dâor. La terrasse est un jardin mĂ©diterranĂ©en suspendu, peuplĂ© dâamandiers et de jasmin, tel un pont paradisiaque entre Orient et Occident. darmima-restaurant.com
Toute autre vibe dans la rue du Paradis (10e). Au Bomaye, Camille Gozé et Laurent Kalala Mabuluki, revenus de plusieurs mois de voyage et de recherche sur le continent, servent des burgers inspirés des cultures africaines. Son nom (« tue-le » en lingala) est lié au légendaire match Mohamed Ali-George Foreman qui a embrasé Kinshasa en 1974.
Le lieu reprend lâesthĂ©tique brute des Ă©choppes de la ville, avec un cĂŽtĂ© street art imaginĂ© par Ernesto Novo et Kouka Ntadi, et propose une cuisine hybride, revisitant un classique de la street food. Parmi les six burgers (faits maison) Ă la carte, mention dâhonneur pour le Babi La Douce, qui rĂ©ussit Ă traduire les saveurs du garba ivoirien (attiĂ©kĂ©, thon frit et piment). Un pari fou et un rĂ©sultat Ă©tonnant, comme pour le vĂ©gĂ©tarien Allocovor, qui apprivoise le goĂ»t sucrĂ© de la banane. bomayeclub.com â L.N.
SUR UNE LANGUE DE SABLE qui sâallonge depuis les cĂŽtes du Sahara occidental, entre ocĂ©an et dĂ©sert, se trouve une ville coupĂ©e du monde qui fait rĂȘver les passionnĂ©s de surf, kitesurf ou windsurf. Sous administration du Maroc depuis plus de quarante ans, Dakhla sâĂ©tale sur un plateau de roche et de sable, le long de la baie homonyme. LâalizĂ© et le sirocco soufflent sur les plages, et la pointe du Dragon est connue pour ses
dĂ©ferlantes impressionnantes. Pour le bonheur des sportifs, qui ont contribuĂ© Ă faire de ce havre de paix une destination prisĂ©e par une clientĂšle exigeante et Ă©coresponsable. Plusieurs structures ont dâailleurs ouvert leurs portes ces derniĂšres annĂ©es, tel lâĂ©colodge La Tour dâEole (latourdeole.com), avec sa cuisine locavore et ses chambres de charme, inaugurĂ© en 2018, ou le tout nouvel
hĂŽtel Caravan by Habitas Dakhla (ourhabitas.com/fr/caravandakhla), dont le restaurant mĂ©lange cuisines latino-amĂ©ricaine et marocaine. Les locaux adorent les poissons (parfois farcis Ă la viande de dromadaire) et les fruits de mer, et Dakhla est dâailleurs aujourdâhui le premier site de production dâhuĂźtres du royaume marocain â Ă dĂ©guster dans un restaurant minimaliste et sans chichi, comme le Talhamar. â L.N.
Ses prĂ©noms pourraient lâassigner Ă lâexcellence, mais Juste Parfait Menidio, de son vrai nom, a choisi de cultiver lâautodĂ©rision. Ce grand Ă©chalas (1 m 96 pour 65 kg) sâest mĂȘme trouvĂ© le surnom de « smartboy » : « Tel un smartphone, je suis long et plat ! » explique en raillant le comĂ©dien congolais, actuellement Ă lâaffiche de la sĂ©rie Kongossa Lounge. Adepte de lâhumour dâobservation, il puise sa matiĂšre Ă rire dans son quotidien Ă Brazzaville, brossant un portrait cocasse de la sociĂ©tĂ©. « Mes sketchs sont tirĂ©s du vĂ©cu dâun Congolais lambda. Je vis dans le quartier trĂšs populaire de Bacongo, celui des sapeurs [le nom des membres de la SAPE, la SociĂ©tĂ© des ambianceurs et des personnes Ă©lĂ©gantes, ndlr]. Une Ă©nergie inspirante ! » Tandis quâil planche Ă lâĂ©criture de son cinquiĂšme spectacle, il a jouĂ© pour la premiĂšre fois en Europe (au festival Lillarious Ă Lille, Ă Paris, et Ă Bruxelles) en dĂ©but dâannĂ©e. Et sâest familiarisĂ© avec un public diffĂ©rent, qui « Ă©coute, rit, puis applaudit ». Avant dâajouter : « En Afrique, il communie avec lâartiste, lâinterpelle⊠On dĂ©bat, câest de lâinattendu ! »
Enfant, Ă Pointe-Noire oĂč il grandit, Juste Parfait se rĂȘvait dâabord prĂ©sident de la RĂ©publique du Congo, pour amĂ©liorer la vie des citoyens. ProfondĂ©ment marquĂ© par la guerre civile de 1997, il en garde un rejet viscĂ©ral pour toute forme dâintolĂ©rance et de violence : « Avoir vĂ©cu les ravages de la haine, du tribalisme, du racisme, vous apprend Ă les Ă©viter. » Au collĂšge et au lycĂ©e, il est lâagitateur de la bande, lâesprit espiĂšgle toujours prĂȘt Ă dĂ©gainer une vanne. En vue de devenir avocat, il fait ses premiers pas sur scĂšne dans un atelier théùtral, apprivoise la prise de parole en public, lâart de lâĂ©loquence, la maĂźtrise du trac. PoussĂ© par son pĂšre, ce jeune polyglotte (lingala, kituba, lari, français, anglais, portugais, mais aussi quelques notions de chinoisâŠ) poursuit finalement des Ă©tudes supĂ©rieures de traduction-interprĂ©tation Ă Johannesbourg, en Afrique du Sud. Câest lĂ -bas quâil dĂ©couvre la magie du stand-up, au Joburg Theatre : lâĂ©vidence de sa vocation dâhumoriste sâimpose.
De retour Ă Brazzaville en 2013, il Ă©crit et rode ses sketchs, Ă©cumant les scĂšnes de la capitale. Il participe au festival tuSeo, suit des sĂ©minaires dâart dramatique, intĂšgre le collectif de comiques Brazza Comedy Show. En 2017, il dĂ©croche le Graal de tout humoriste africain francophone : une participation Ă lâĂ©mission rĂ©fĂ©rente Le Parlement du rire (diffusĂ© sur Canal+ Afrique). Un accomplissement qui lui fait gagner en visibilitĂ©. Aux blagues clivantes, ce jeune talent prĂ©fĂšre rassembler les publics de 7 Ă 77 ans, de classes sociales, confessions et ethnies diffĂ©rentes. Il Ă©vite dâaborder certains sujets, susceptibles selon lui de heurter ou de susciter des incomprĂ©hensions, voire des polĂ©miques. Ce qui ne lâempĂȘche nĂ©anmoins pas de parler de politique. « En me glissant dans la peau dâun humoriste, jâai le courage dâexprimer mon avis, ma vĂ©ritĂ©, sans choquer. Mon message passe. » ThĂ©rapeutique dâun point de vue personnel, le rire est Ă©galement salvateur pour la sociĂ©tĂ© : « Je me sens utile, car je rĂ©unis des Congolais en Ă©gayant leur quotidien. Sâil ne va pas dĂ©velopper un pays, un sketch peut toutefois faire bouger les mentalitĂ©s. Notre peuple rassemble plusieurs dizaines dâethnies : ayons conscience que la diffĂ©rence est une richesse. On a tous Ă y gagner. » â
«Sâil ne va pas dĂ©velopper un pays, un sketch peut lesfairetoutefoisbougermentalitĂ©s.»
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Il paraĂźt que le continent africain est Ă la traĂźne. En matiĂšre de dĂ©veloppement Ă©conomique et humain, dâindustrialisation. Il paraĂźt aussi quâil est champion en matiĂšre de pas mal de maux : insĂ©curitĂ©, corruption, mal-gouvernance, sĂ©cheresse, famine. Ceci expliquant peut-ĂȘtre cela, le monde entier se bouscule Ă son chevet pour le soutenir, lâaider. Les organisations et les institutions financiĂšres internationales multiplient les lignes de crĂ©dit pour des projets structurants, des idĂ©es utiles innovantes, des routes, des Ă©coles, des barrages, crĂ©ent et annulent les dettes. Mais avant tout, lâAfrique est devenue peu Ă peu une formidable terre dâopportunitĂ©s, surconvoitĂ©e par les pays du monde entier. Vive le multilatĂ©ral, le business Sud-Sud, et la palette incroyablement variĂ©e dâoffres business quâelle arrive Ă capter.
Il suffit de comptabiliser le nombre impressionnant de sommets bilatĂ©raux qui lâenglobent. Finie lâĂ©poque de lâomniprĂ©sent sommet France-Afrique, qui a changĂ© de nom par pudeur aprĂšs 2010 pour devenir « Afrique-France », voire de format en 2021 pour sa 28e édition, oĂč Macron Ă©tait le seul chef dâĂtat face Ă de jeunes Africains⊠Bref, Ă force de critiques, la formule se cherche, sans vraiment trouver le ton. Mais dans lâintervalle, il a fallu compter avec les sommets Ătats-Unis-Afrique, Chine-Afrique, Inde-Afrique⊠Et pas seulement avec des « pays-continents », puisque le prĂ©sident Erdogan, lors du 3e Sommet de partenariat Turquie-Afrique, organisĂ© en plein Covid-19, en dĂ©cembre 2021, avait dĂ©cidĂ© dâenvoyer 15 millions de doses de vaccins Ă lâintention des nations africaines, tout en permettant Ă ses entreprises de signer un nombre record de contrats avec le continent « pauvre ». En juillet, nos chefs dâĂtat sont invitĂ©s Ă SaintPĂ©tersbourg par Vladimir Poutine pour le Forum de partenariat Russie-Afrique. Un partenariat Ă©conomique, certes, mais hautement politique dâabord, au moment oĂč le conflit avec lâUkraine met la grande nation au banc des accusĂ©s dans le monde occidental et que son influence grandit sur le continent noir. Dans un an, ce sera au tour de lâAngleterre, qui rĂ©cidive avec une deuxiĂšme Ă©dition Ă Londres du sommet Royaume-Uni-Afrique. Lors de son premier round, en 2020, prĂšs de 27 contrats pour un montant dâenviron 8 milliards de dollars y avaient Ă©tĂ© signĂ©s. Et je passe volontairement sur la multiplication des rencontres entre les Unions, europĂ©enne, africaine, et autre ConfĂ©rence internationale de Tokyo sur le dĂ©veloppement de lâAfrique (TICAD), oĂč le Japon est coorganisateur.
Bref, notre « pauvre » Afrique excite drĂŽlement les papilles du monde. Elle devrait finir par en tirer profit. En mode BtoB. Version XXIe siĂšcle. DĂ©barrassĂ©e des complexes et des pesanteurs dâhier â
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