juin 18 Nr.302
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Dossier ? e r v u e o s e e nd e s f i nan c e s i m a l r u o p la loi it en prison s i r f e é t s d e ls soufou: cont e c o nd u b o u r g e o i s e u q : 0 3 20 luxem es sous is
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Brennpunkt Sommaire Nr.302 juin 2018 OP PO RT U
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Photo Couverture Responsable de la rédaction Antoniya Argirova Ont participé à ce numéro Antoniya Argirova, Oscar Campanini, François-Xavier Dupret, Veronique Faber, Jean Feyder, Julia Georgi, Ben Max, Dietmar Mirkes, David Ries, Marc Schmitz, Isabelle Schmoetten, H.B. Tcherno, Raymond Weber Layout Antoniya Argirova Impression CA-Press Esch/Alzette. Abonnements Jeanny Peffer Tél: 400 427-63 e-mail: jeanny.peffer@astm.lu Vous pouvez vous abonner à la revue Brennpunkt en versant 15 EUR (au Luxembourg) ou 25 EUR (à l’étranger) sur le compte CCP LU 71 1111 0102 3550 0000 (BIC : CCPLLULL) avec mention « abo bp3w » en n’oubliant pas votre nom et adresse complète. Cet abonnement vous donne droit à 8 numéros. Le Brennpunkt Drëtt Welt apparaît 4 fois par an. Tirage: 1100 exemplaires.
Éditorial ....................................................................................................................... 3 H
Dossier: Agenda 2030: quels défis pour la mise en oeuvre?
AT S
TO
DEVEL O P M ENT
Quels défis pour la
mise en œuvre? Agenda 2030: Zusammen für die Zukunft. Nationaler Plan und internationaler Ansatz............................................................................................................................ 4 Le rôle des organisations de la société civile locales pour le suivi de la mise en œuvre de l’Agenda 2030........................................................................................................... 6 Les Objectifs de développement durable: Les structures de la pauvreté sont maintenues.......................................................................................................................... 10 Agenda 2030 et Accord de Paris: pour une mise en œuvre intégrée.......................... 13 Entre le développement et le bien vivre: conséquences de l’Agenda 2030 sur les politiques publiques en Bolivie................................................................................... 16 Agenda 2030 in der entwicklungspolitischen Bildungsarbeit.................................... 18 Niger Wo informiert man sich zur Agenda 2030?................................................................ 20
International
Luxembourg Entreprises et droits humains: la société civile luxembourgeoise demande des mesures de prévention contraignantes...................................................................... 36 Danke, Camille Gira.................................................................................................... 38
Coin CITIM Jean Ziegler: Le capitalisme expliqué à ma petite-fille................................................ 38 Pour la dignité paysanne............................................................................................. 40 Baganda Sakho: L’émigration n’est pas la solution.................................................... 42
Le Brennpunkt Drëtt Welt est une revue luxembourgeoise, éditée par l'Action Solidarité Tiers Monde.
www.astm.lu
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Contester la loi des finances conduit en prison
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Interview avec Hans Herren....................................................................................... 22 Le Niger sous Issoufou. Contester la loi des finances conduit en prison................... 24 Fahrerflucht................................................................................................................ 29 Comment appréhender le changement social et définir ensemble un cadre renouvelé d’action collective et d’alliance pour le changement?................................................ 32
Reproduction/Nachdruck La reproduction des articles est autorisée à condition que la source soit mentionnée. Der Nachdruck ist frei unter der Bedingung, dass die Quelle angegeben wird. Réalisé grâce à un appui financier de la Coopération luxembourgeoise. Les opinions représentées dans la présente publication n’engagent que leurs auteurs.
RE
Agenda 2030 T
Edité par Action Solidarité Tiers Monde 55, avenue de la Liberté L-1931 Luxembourg Tél: 400 427-20 Fax: 400 427-27 e-mail: bpn@astm.lu web: www.astm.lu
Klima Fahrerflucht
Edito
Alors que le gouvernement luxembourgeois est en train de travailler sur la mise en œuvre de l’Agenda 2030 au et par le Luxembourg, nous avons décidé, dans le cadre de ce numéro du Brennpunkt, de mettre la lumière sur les défis qui se présentent dans ce contexte tant au Grand-Duché que dans les pays du Sud. Défis qui découlent, d’une part, de certaines faiblesses de l’Agenda : des objectifs jugés trop vagues et parfois en contradiction les uns avec les autres; un agenda qui ne s’attaque pas aux problèmes économiques qui génèrent la pauvreté; un focus trop important sur le développement économique. Défis qui sont liés, d'autre part, au choix des champs d’intervention par les Etats et à la cohérence avec les engagements déjà pris par ces derniers dans le cadre d’autres instruments internationaux ou des politiques nationales existantes. La question se pose aussi quant au rôle à jouer par la société civile. A travers les articles de ce dossier nous montrerons comment les acteurs dans différents pays s’approprient ou…pas la mise en œuvre de l’Agenda. Enfin, à l’heure de la mise en œuvre, la question du financement devient essentielle. Selon les estimations de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), les pays en développement feraient face à un déficit annuel estimé à 2500 milliards de dollars pour réaliser les ODD. D’où l’intérêt grandissant des gouvernements envers la mobilisation du secteur privé pour assurer la réalisation de l'Agenda 2030. Or, pour que les investissements privés et le développement économique contribuent de façon effective à l'atteinte des ODD, l’implication des gouvernements est également nécessaire. Ainsi, la plateforme européenne Concord a recommandé aux Etats européens de mettre en place des actions concrètes dans divers domaines stratégiques connexes: les échanges
commerciaux, les investissements, les politiques fiscales, la régulation financière, la concurrence, la justice, les voies de recours et les processus de décision au sein des institutions européennes. Des prérequis indispensables pour « transformer notre monde » comme le propose le titre de l'Agenda 2030. Loin d’être la solution miracle pour lutter contre la pauvreté et les inégalités dans le monde, c’est aux différents acteurs de s’approprier l’Agenda 2030 et d’en faire un instrument de changement positif. Et ceci vaut non seulement pour la société civile, les Etats et le secteur privé mais aussi pour chacun d’entre nous. Dans ce contexte, les efforts d’éducation à la citoyenneté mondiale sont à poursuivre et à renforcer afin de faire évoluer les comportements des citoyens en vue d’une responsabilité partagée pour l’avenir de la planète et des personnes qui la peuplent. Antoniya Argirova
éditorial
Adopté en 2015 par les Etats membres des Nations Unies, l’Agenda 2030 représente la nouvelle feuille de route pour « éradiquer la pauvreté, protéger la planète et garantir la prospérité pour tous ». Afin que ses 17 Objectifs de développement durable soient atteints d’ici 12 ans, « chacun doit faire sa part » selon les Nations Unies, « les gouvernements, le secteur privé, la société civile et les personnes comme vous ».
Dossier
Agenda 2030: Zusammen für die Zukunft Nationaler Plan und internationaler Ansatz
Véronique Faber und Julia Georgi Transformation unserer Welt: die Agenda 2030 für nachhaltige Entwicklung ist der Titel der 2015 von der Generalversammlung der Vereinten Nationen verabschiedeten Resolution A/70/1. Sie legt den Grundstein für die Agenda 2030 und ist das Ergebnis eines mehrjährigen Konsultationsprozesses. Befragungen und Diskussionen fanden auf nationaler und internationaler Ebene statt, dies unter Einbeziehung der verschiedenen Stakeholder. Das Ergebnis ist die Zusammenführung der Agenda für Armutsbekämpfung, als Nachfolge der Milleniumentwicklungsziele, und der Umweltagenda nach Rio+20.
hung zwischen den 17 Zielen, einige Spannungen und Zielkonflikte. Dies drückt sich besonders in der Debatte über Wirtschaftswachstum aus. Wohlstand und Nachhaltigkeit ringen um Priorität. Hier braucht es Instrumente, die es ermöglichen, Entscheidungen zu treffen, um die Konzepte Politikkohärenz für Entwicklung und für eine nachhaltige Entwicklung in die Praxis umzusetzen. Eine Kritik seitens der NGOs ist, dass einer auf der Wahrung der Menschenrechte gründender Ansatz nicht im Schlussdokument festgehalten wurde. Eine analytische Sichtweise Nachhaltigkeitsziele geht in die Richtung, dass die meisten Ziele schon seit Jahren in verschiedenen internationalen
Kontexten bestehen und immer nur wiederholt werden, so dass sie weder besonders neuartig, noch besonders streng sind. Wolfgang Sachs1 formuliert provokant, man solle statt über SDGs über SSGs oder „Sustainable Survival Goals“ sprechen. Tanja Brühl von der Goethe Universität Frankfurt 2 weist darauf hin, dass es problematisch ist, dass die Agenda 2030 nicht universell verbindlich ist. „Jede Form von Aufweichung des Ansatzes, so auch das Pariser Klimaabkommen, bei dem jeder Staat für sich selbst sein Reduktionsziel und das dazu passende Basisjahr festlegen kann, ist abzulehnen, denn damit zementiert sich noch mehr Unverbindlichkeit im System.“
Mit der Agenda 2030 und ihren 17 Zielen für nachhaltige Entwicklung einigte sich 2015 die Staatengemeinschaft auf die politischen Zielsetzungen der Vereinten Nationen bis 2030. Die Agenda 2030 soll der Sicherung einer nachhaltigen Entwicklung auf ökonomischer, sozialer sowie ökologischer Ebene dienen. Die „5 P“ (people, planet, prosperity, peace, partnership) nennen fünf Dimensionen, in denen gleichermaßen agiert werden muss. Die Vision der Agenda 2030 ist der gesunde Mensch, der in Frieden in einer gerechten Gesellschaft lebt, umgeben von einer intakten Umwelt und dies auf der ganzen Welt. „Leave no one behind“ ist ihr Motto. Ist die Agenda 2030 als Rahmen zu verstehen, gibt es in der Wechselbezie-
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Workshop organisiert des MDDI
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erklärt vielleicht auch, wieso im ersten Bericht an die Vereinten Nationen eine „Süd“-Komponente fast gänzlich fehlt. Die Umsetzung der Agenda 2030 erfolgt durch die nationalen Politiken der einzelnen Länder. So soll der zurzeit erarbeitete dritte nationale Nachhaltigkeitsplan die Umsetzung der Agenda 2030 in und durch Luxemburg miteinbinden. Wohl als Reaktion auf die Diskussionen während des HighLevel Political Forum bei den Vereinten Nationen organisierte das Umweltministerium in der ersten Hälfte dieses Jahres eine Sondierung und zwei Multi-Stakeholder Workshops, um konkrete Beiträge, Beteiligungen und notwendigen Instrumente mit den verschiedenen Akteuren zu erarbeiten.
Die Umsetzung der Agenda 2030 in Luxemburg Mit „Mise en œuvre de l’AGENDA 2030 au et par le Luxembourg TRANSFORMER LES VIES TOUT EN PRESERVANT LA PLANETE”3 hat Luxemburg 2017 seinen ersten Voluntary National Review (VNR) beim jährlichen High-Level Political Forum der Vereinten Nationen in New York vorgelegt.
Die VNRs geben Auskunft über die Umsetzung der Agenda 2030 auf nationaler Ebene, über Errungenschaften und anstehende Herausforderungen und sind Grundlage für den Austausch der VertreterInnen in New York. Federführend für den VNR war das Umweltministerium unter Beteiligung des Ministeriums für Entwicklungszusammenarbeit und humanitäre Angelegenheiten. Diese Aufteilung
Die Workshops wurden von der Zivilgesellschaft begrüßt. Vor allem NGOs, die nicht nur zu einzelnen SDGs arbeiten, sondern auch zum Rahmenwerk Agenda 2030, brachten sich in die Diskussion ein. Mit diesem partizipativen Prozess betrat das Umweltministerium für Luxemburg ungewohnte Wege des Austausches und es ergaben sich sehr kontroverse und spannende Diskussionen zwischen den verschiedenen Stakeholdern. So hat das Verständnis von Nachhaltigkeit aus der wieder gegebenen zeitlichen Perspektive eines Partners aus dem sogenannten globalen „Süden“ mit dem Verständnis eines Vertreters des
"Ist die Agenda 2030 als Rahmen zu verstehen, gibt es in der Wechselbeziehung zwischen den 17 Zielen einige Spannungen und Zielkonflikte. Dies drückt sich besonders in der Debatte über Wirtschaftswachstum aus. Wohlstand und Nachhaltigkeit ringen um Priorität. Hier braucht es Instrumente, die es ermöglichen Entscheidungen zu treffen, um die Konzepte Politikkohärenz für Entwicklung und für eine nachhaltige Entwicklung in die Praxis umzusetzen."
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Finanzsektors nicht viel gemeinsam, bot aber einen Ansatz für gegenseitiges Lernen. Es wurde während des Prozesses deutlich, dass die Analyse der Schieflage der Welt bei allen Beteiligten ähnlich ist. Es werden aber andere Konsequenzen gezogen und es wird unterschiedlich gehandelt. Die Umsetzung der Agenda 2030 braucht Ausdauer und Mut. In drei neuen Arbeitsbereichen sind die NGOs und der Cercle de Coopération in Luxemburg besonders engagiert und schlagen deren Festschreibung als zusätzliche „Baustellen“ im dritten nationalen Nachhaltigkeitsplan fest: - Global Citizenship Education - Impakt der nationalen Politik auf die Welt und - Nachhaltiger Konsum und Produktion.
Aktivitäten in diesen Bereichen reichen von Sensibilisierungsarbeit über politische Arbeit bis zur Projektumsetzung. Mehrere luxemburgische NGOs sind in weltweiten Netzwerken engagiert, in denen auch zur Agenda 2030 und deren Umsetzung gearbeitet wird. Durch diesen Austausch ist ein gegenseitiges Lernen möglich, was beim Blick über den Tellerrand hilft und aufzeigt, wie sich internationale Wechselwirkungen gestalten können. Nicht nur „Leave no one behind“ sondern auch „Everyone takes action“ muss es heißen, denn von Konsum bis Lebensstil, von nationaler bis international Politik ist ein „Mir welle bléiwen wat mir sin“ nicht mehr möglich. Luxemburg muss seinen ökologischen Fußabdruck verkleinern. Dies erreichen wir nicht allein durch technische Ressourceneffizienz, sondern es muss zu einer Veränderung der Verhaltens-
muster und zu einer großen sozioökologischen Transformation von Wirtschaft und Gesellschaft kommen.
Véronique Faber, Cercle de coopération des ONGD und Julia Georgi, Caritas Quellen: 1 The Sustainable Development Goals and Laudato si’: varieties of Post-Development? Wolfgang Sachs (Sachs 2017: 2576 https://www. kulturzentrum-toblach.eu/fileadmin/user_upload/ tg-downloads/2017/leseecke/wolfgang_sachs_the_ sustainable_development_goals_2017.pdf 2 Die Zusammenführung von Entwicklungs- und Umweltagenda Hat sie nur Vorteile? Tanja Brühl https://www.die-gdi.de/uploads/media/Entwicklungspolitik_in_Zeiten_der_SDGs_Web.pdf 3 http://environnement.public.lu/content/dam/environnement/documents/developpement-durable/ rapport-meo-agenda2030.pdf
Le rôle des organisations de la société civile locales pour le suivi de la mise en œuvre de l'Agenda 2030 François-Xavier Dupret
avant à de nombreuses reprises dans la déclaration officielle1.
L’Agenda 2030 approuvé par les 193 Etats membres des Nations Unies en septembre 2015 définit un plan d’action global pour la réalisation d’objectifs de développement regroupant des aspects sociaux, économiques et environnementaux. Durant la phase de préparation de l’agenda, les organisations de la société civile (OSC) ont été invitées à participer à la définition de ces objectifs.
Dans le paragraphe 39 la société civile est mentionnée comme partie prenante du partenariat global « Ce Partenariat fonctionnera dans un esprit de solidarité mondiale, en particulier avec les plus pauvres et avec les personnes vulnérables. Il facilitera un engagement mondial fort au service de la réalisation de tous les objectifs et cibles, rassemblant ainsi les gouvernements, le secteur privé, la société civile, le système des Nations Unies et les autres acteurs concernés et mobilisant toutes les ressources disponibles. » Dans le
La participation de la société civile et des autres partenaires est mise en
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paragraphe 52, la résolution insiste sur l’importance de la participation des toutes les parties prenantes «C’est un Programme du peuple, par le peuple et pour le peuple – et c’est là, croyonsnous, la meilleure garantie du succès.» L’agenda fait également mention de la société civile et des partenariats multi acteurs pour le suivi de la mise en œuvre. « Nous encourageons également les États Membres à procéder à des examens réguliers, dirigés et contrôlés par le pays, des progrès accomplis aux niveaux national et infranational. De tels examens devraient tirer parti des contributions des peuples autochtones, de la société civile, du secteur privé et
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d’autres parties prenantes, en fonction de la situation, des politiques et des priorités nationales. Les parlements nationaux ainsi que d’autres institutions peuvent aussi y contribuer. » Mais qu’en est-il dans la réalité de l’appropriation de l’agenda par les OSC au niveau local ? Est-ce que la société civile s’est engagée dans le rôle proposé par la résolution ? Nous verrons brièvement quels rôles peuvent prendre les ONG pour la mise en œuvre et le suivi des ODD pour ensuite lire ce que nous enseigne l’expérience sénégalaise à travers le point de vue de Oumar Sow, coordinateur de la plateforme des OSC pour le suivi des ODD. Suite à l’approbation de l’agenda en septembre 2015, les OSC, tout en soulignant le caractère global et ambitieux de l’agenda, ont manifesté leurs inquiétudes sur des conflits et incohérences entre les objectifs et le manque de marge de manœuvre et d’engagement financier des Etats pour sa mise en œuvre. Les grandes ONG internationales de développement, d’environnement ou des droits humains, habituées des tables de négociation et séminaires internationaux, ont été présentes dans les processus de négociation autour des objectifs et des cibles et se sont appro-
priées le cadre de l’agenda. Au niveau local, de nombreuses expériences pionnières intéressantes ont vu le jour portées par des ONG ou des plateformes nationales. Parfois ces initiatives sont lancées et inspirées par des plateformes internationales comme le Global Call to Action against Poverty2 ou Socialwatch ou sont appuyées par des ONG internationales. On peut diviser l’action des OSC pour la mise en œuvre des ODD en trois axes : 1) Utilisation des ODD comme outil de suivi des efforts des gouvernements nationaux pour la lutte contre la pauvreté Les ODD, bien qu’ils ne soient pas contraignants, permettent de tenir les gouvernements nationaux redevables de l’atteinte des objectifs sur lesquels ils se sont engagés. C’est là que les ONG nationales ont un rôle primordial à jouer en demandant des comptes à leurs gouvernements et en identifiant des pistes d’amélioration. Dans ce cadre-là, les ONG nationales ou les plateformes d’ONG produisent des rapports alternatifs (shadow reports) qui complètent ou critiquent l’analyse des avancements réalisés par les états dans les revues nationales volontaires. Parfois ces rapports alternatifs sont présentés lors d’événements publics ou de rencontres internationales ce qui permet de mettre la pression sur les gouvernements. Certaines ONG travail-
lent avec les communautés locales pour fournir des données de terrain pour le suivi des indicateurs et pour combler les manques des instituts de statistique nationaux. 2) Utilisation des ODD comme argument de plaidoyer pour mettre en avant certaines thématiques Les ODD renforcent la légitimité des ONG pour porter des sujets sensibles ou délaissés vers les gouvernements. OXFAM Kenya a développé une campagne autour de la justice fiscale autour de l’ODD 10 comme outil de plaidoyer 3. L’ODD 10 est également utilisé par OXFAM pour articuler la campagne globale « Reward work not wealth » sur la lutte contre les inégalités4 . Womankind a développé un manuel de plaidoyer pour les droits des femmes autour de l’ODD 55 3) Encourager la prise en compte des populations les plus marginalisées D’autres ONG ou institutions utilisent le concept clé des ODD, le « Leave no one behind », pour attirer l’attention sur les groupes sociaux les plus marginalisés et délaissés. Un bon exemple est celui des populations indigènes qui font partie des populations les plus fragilisées par la globalisation. Plus d’un tiers des cibles sont liées directement aux problématiques des populations indigènes6. Les ODD permettent d’analyser la réalité des populations indigènes en relation avec les ODD pour
Photo: Jeremy Segrott
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inciter les gouvernements à prendre des actions concrètes pour ces groupes7. La plateforme IPMG8 qui regroupe des organisations indigènes est représentée au FPHN et porte la voix de populations indigènes auprès des gouvernements nationaux et des instances onusiennes lors des FPHN.
Comment les OSC sénégalaises se sont appropriées les ODD et contribuent à leur mise en œuvre? La société civile sénégalaise est fortement impliquée dans la mise en œuvre des ODD. Elle a été un acteur déterminant dans l’évaluation des OMD et dans l’élaboration du nouvel agenda. Et après l’élaboration de l’agenda 2030, la société civile s’est impliquée dans des actions de monitoring. Dans ce cadre, elle a préparé un rapport citoyen de contribution de la société civile qu’elle va présenter à New York lors du prochain Forum Politique de Haut Niveau (FPHN). La plateforme des organisations civile pour le suivi des ODD (POSCO-Agenda 2030) regroupe une cinquantaine d’organisations et a choisi de faire un rapport citoyen pour compléter le rapport volontaire du gouvernement. Nous sommes des organisations qui travaillons sur des ODD différents, nous avons choisi les ODD sur lesquels nous pouvons faire un rapport. Chaque ONG a apporté l’information qu’elle dispose. Ensuite, au sein d’un groupe de travail, les ONG ont analysé les données. Ce travail a été fait avec un encadrement de la part de consultants. Ce rapport est un document critique qui ressort
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Photo: Cercle des ONGD
Entretien avec Oumar Sow coordinateur de la plateforme des organisations de la société civile pour le suivi des ODD (POSCO-Agenda 2030) et coordinateur national de Global Call to Action against Poverty (GCAP) Oumar Sow, coordinateur de la plateforme des organisations de la société civile pour le suivi des ODD au Sénégal
les éléments essentiels et qui fait une analyse de la situation actuelle. Le document contient aussi des recommandations dans la perspective d’accélérer ou d’améliorer la réalisation des objectifs. La question de « ne laisser personne en rade » est essentielle pour la mise en œuvre des ODD et doit être prise en compte de manière transversale au niveau de l’analyse des différents objectifs.
Comment s’articulent ces efforts avec le gouvernement pour ces activités de monitoring? Il faut avouer que le gouvernement est ouvert. Je représente notre plateforme dans le groupe de travail ad hoc qui valide le rapport volontaire national. Nous participons et apportons à la rédaction des messages clés de la revue qui seront envoyés aux Nations Unies avant le prochain FPHN. C’est la société civile, le gouvernement, les think tanks et le monde académique qui préparent ensemble les messages qui seront envoyés. La société civile est présente et contribue aux réflexions et recommandations. Nous nous sommes accordés avec le gouvernement de faire un
rapport commun sur les avancements. La société va faire son propre rapport citoyen, mais le gouvernement insérera les recommandations de la société civile dans le rapport volontaire final. Le rapport plus critique de la société civile sera annexé au rapport officiel du gouvernement. A New York, lors du FPHN, les Etats n’ont que 15 minutes pour présenter le rapport ce qui est court pour aborder tous les enjeux de la mise en œuvre des ODD. Le Sénégal a décidé d’organiser un événement parallèle durant lequel la société civile pourra partager son propre rapport.
Quel est le niveau de participation des communautés locales et de la population? Il y a ce que l’on appelle la domestication des ODD. C’est à dire que les ODD doivent être connus et appropriés par la population. Nous avons essayé de traduire le «Leave no one behind» dans le langage national pour que les gens comprennent bien ce terme et se l’approprient. Nous utilisons maintenant l’expression « Ne laisser personne en rade ». Le gouvernement avait un plan national de dévelop-
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pement qui mettait l’accent sur trois leviers : la transformation de l’économie, le capital humain et la gouvernance. Dans ce plan national, il y avait des actions qui s’attaquaient aux inégalités et mettaient le doigt sur les laissés-pour-compte. La société civile a approfondi la réflexion en mettant en avant la nécessité d’approfondir la cartographie sociale des laissés-pour-compte. Pour savoir qui ils sont, où ils sont, combien ils sont et quelles seront les types de réponses à apporter pour ces différentes populations. Le gouvernement avait mis en place un programme de couverture maladie pour les plus pauvres et des bourses familiales de sécurité et la carte d’égalité des chances pour les personnes vivant en situation de handicap. A ce programme se se sont ajoutés les PUDC, programmes d’urgence de développement communautaire traitant des problèmes d’équité territoriale entre le monde urbain et les zones rurales. Ce programme a pour but de casser cette fracture en améliorant les infrastructures et l’accès aux marchés. Il y donc une conscience au niveau gouvernemental pour les populations marginalisées mais ces réponses ne suffisent pas car les financements ne sont pas à la hauteur des défis à relever.
Comment l’agenda 2030 a t-il influencé les politiques de développement au Sénégal ? Le Sénégal avait déjà un plan de développement national appelé le Plan Sénégal Émergent (PSE). Il a été élaboré en 2013 et est antérieur à l’agenda 2030. Quand l’agenda 2030 a été approuvé, nous avons tous participé avec le gouvernement à une réflexion pour voir comment intégrer le PSE dans les ODD ou l’inverse. Car il faut « domestiquer », il faut contextualiser les ODD si on veut qu’ils soient plus adaptés. Le gouvernement
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a donc travaillé pour aligner les deux agendas. Le nouveau plan sera aligné sur l’agenda 2030. Les politiques nationales seront alors mieux articulées avec les objectifs et cibles de l’agenda 2030.
Comment la société civile peut-elle contribuer au monitoring des ODD ? Il faut que les décisions soient guidées par des données, on ne peut pas mener des politiques de développement à long terme si on ne génère pas des données. L’agence nationale des statistiques du Sénégal est chargée de collecter et de garder les données. Cette agence est très respectée mais beaucoup de choses restent à faire. Certaines données peuvent être générées par la société civile. Nous sommes en discussion avec le Global Partnership for Sustainable Development Data9 pour analyser comment ils peuvent contribuer à ce que les données générées par les communautés, les centres de recherches, les universités puissent être exploitées et intégrées dans les statistiques liées aux ODD. Car souvent ces données ne sont pas prises en compte par les agences nationales.
Voyez-vous des obstacles dans le respect des engagements de l’Etat par rapport à la mise en œuvre des ODD ? Il y aura des élections présidentielles en 2019. Si un nouveau président accède au pouvoir, il faudra qu’il prenne en considération les efforts de son prédécesseur pour la mise en œuvre des ODD car il faut de la continuité dans les actions et dans le suivi. Il ne faut pas que les agendas politiques prennent le pas sur les agendas de développement. Les agendas de développement doivent servir de référence et non l’inverse. Mais souvent ce sont les agendas politiques qui ont un poids institutionnel local plus important et qui prennent le pas sur les engagements internationaux. C’est pour cela que le Plan Sénégal Émergent doit être considéré comme un instrument sur
le long terme pour la mise en œuvre des ODD. Il est important également de prendre en compte la dimension culturelle de la mise en œuvre de l’agenda. Il y a bien sûr la dimension sociale, économique et environnementale mais la société civile insiste sur le fait de prendre en compte la dimension culturelle. Cette dimension culturelle est fondamentale dans la transformation des sociétés. Lors de la dernière rencontre du forum africain pour le développement durable, les organisations de la société civile ont soulevé cet élément comme condition nécessaire à l’ appropriation locale de l’agenda. 1 Transformer notre monde : le Programme de développement durable à l’horizon 2030 http://www.un.org/ga/search/view_doc. asp?symbol=A/RES/70/1&Lang=F 2 Global Call to action against Poverty : http:// whiteband.org 1 3 TAXING FOR A MORE EQUAL KENYA A five point action plan to fight inequality. https://kenya. oxfam.org/sites/kenya.oxfam.org/files/file_attachments/Taxing%20for%20a%20more%20equal%20 Kenya%20Report.pdf 4 Reward work not wealth https://d1tn3vj7xz9fdh. cloudfront.net/s3fs-public/file_attachments/bpreward-work-not-wealth-220118-en.pdf 5 Implementing the Sustainable Development Goals to advance women’s rights and gender equality: An advocacy guide. https://www.womankind.org.uk/docs/default-source/resources/sdgimplementation-advocacy-toolkit.pdf?sfvrsn=4 6 Where are indigenous people’s rights in the sustainable development goals? The Indigenous Navigator: http://nav.indigenousnavigator.com/images/Documents/Tools/Navigator_UNDRIP-SDGs.pdf 7 Sustainable Development Goals Indigenous Peoples in Focus http://www.ilo.org/wcmsp5/groups/public/--ed_emp/---ifp_skills/documents/publication/ wcms_503715.pdf 8 The Indigenous Peoples’ Major Group for Sustainable Development https://indigenouspeoples-sdg.org/index.php/ english/who-we-are/about-the-ipmg 9 Global Partnership for Sustainable Development Data http://www.data4sdgs.org/
François Xavier Dupret, Cercle de coopération des ONGD
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Les Objectifs de développement durable: Les structures de la pauvreté sont maintenues
Jean Feyder (extrait de livre) Fin septembre 2015, l’agenda des Objectifs de développement durable a été adopté par 192 Chefs d’État et de Gouvernement lors d’un Sommet de l’ONU à New York. Ces objectifs vont largement déterminer l’agenda du développement au cours des quinze prochaines années. Des gouvernements, des instituts de développement et des ONG du monde entier vont s’y référer, les examiner et les commenter tout en s’efforçant de contribuer à leur réalisation. Il s’agit d’un agenda bien chargé puisqu’il compte 17 « Objectifs de développement durable » déclinés en 169 cibles. Il prend le relais de l’agenda des Objectifs du Millénaire pour le développement adopté en 2000 et venu à échéance en 2015. La plupart des objectifs de l’ancien agenda sont repris dans le nouveau, mais de manière nettement plus ambitieuse. Ainsi l’extrême pauvreté et la faim seraient à éliminer complètement d’ici 2030 et pas seulement à réduire de moitié. Non seulement l‘accès pour tous à une école primaire doit être assuré, mais également l’accès à une école secondaire, et même au préscolaire et à une formation professionnelle. Les droits des femmes sont mieux pris en compte et l’agenda inclut les droits à la santé sexuelle et reproductive. L’innovation majeure consiste à introduire des objectifs de durabilité, comme
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la gestion durable des ressources en eau et des forêts, à prévoir des mesures comme la prévention des changements climatiques, le développement durable des océans et des mers, la protection des écosystèmes, l’arrêt de la perte de biodiversité et de la désertification, etc. Souvent ces objectifs de développement durable sont liés à des objectifs de développement. Le nouvel agenda comprend non seulement des objectifs de nature sociale ou écologique mais aussi économique et politique. Ainsi la réduction des inégalités et l’introduction de systèmes fiscaux plus justes figurent à cet agenda. Il s’agit d’une tentative pour mieux tenir compte de la nature plus complexe et multidimensionnelle du développement. Tous les objectifs sont universels: ils valent pour tous les pays, autant pour ceux du Nord que pour ceux du Sud. Les pays riches sont donc également tenus d’éliminer la pauvreté. Des inégalités toujours plus grandes existent non seulement entre les pays, mais également à l’intérieur des pays, y compris chez nous. Ces défis ne devraient toutefois pas conduire les pays riches à oublier leurs responsabilités à l’égard des pays en développement. Certains de ces objectifs ne sont toutefois pas très précis et n’ont guère de lien avec la pauvreté. Ainsi, le nombre des morts par le trafic devrait être réduit de moitié et des documents d’identité seraient à établir pour tous. Mais le texte n’indique pas comment de tels objectifs
seraient atteints. Il préconise également de réduire le degré d’acidification des océans et de combattre le crime organisé. Aucune proposition concrète n’est faite là non plus pour y arriver. D’autres objectifs encore ne paraissent pas très réalistes, comme celui d’assurer une croissance de 7 % pour les pays les moins avancés, ou d’éliminer toute forme de violence contre les filles et les femmes. N’aurait-il pas été préférable de se limiter à un nombre d’objectifs plus réduit et réalisables?
Propositions intéressantes et faiblesses L’objectif No 2 de l’agenda comprend des propositions pertinentes en vue d’éliminer la faim et d’assurer la sécurité alimentaire. A cet effet, et d’ici 2030, la productivité agricole et le revenu des petits producteurs est à doubler, en particulier ceux des femmes, des exploitants familiaux, des éleveurs et des pêcheurs. Et, pour cela, à leur assurer un accès sûr et juste à la terre, aux autres ressources productives, au savoir, aux services financiers et aux possibilités de créer de la valeur ajoutée. Les investissements dans l’infrastructure, la recherche agricole et la mise en place de banques de semences devraient progresser y compris grâce à l’aide de la coopération internationale. Il convient de souligner que cet objectif serait à atteindre par une agriculture « durable ». Celle-ci n’est toutefois guère définie. Il est tout au plus question du
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maintien d’une diversité génétique des semences et d’animaux d’élevage ou domestiques. Aucune mention n’est faite d’une agriculture biologique ou d’une agriculture sans pesticides. Autres faiblesses : Les droits de l’homme apparaissent dans le préambule de l’agenda, mais ne sont pas retenus en tant qu’objectifs. Et aucune des mesures décrites n'est contraignante. L’agenda a été adopté par une résolution qui n’a qu’un caractère de recommandation. Même s’il revêt une certaine portée politique, chaque gouvernement peut, en fait, en faire ce qu’il veut.
Un financement incertain Les besoins de financement sont évalués à plusieurs milliers de milliards de dollars. Or, l’Aide Publique au Développement (APD) se limite, à présent, à seulement quelque 130 milliards de dollars par an. De nouvelles sources de financement sont citées. Appel est fait au secteur privé et à des partenariats public-privé. Au chapitre suivant, je soumets ce nouveau type de partenariat à un examen critique. Rien n’est prévu pour réguler les marchés financiers et pour lutter contre la spéculation financière comme celle sur les produits alimentaires. Selon l’agenda, les États devraient améliorer leurs capacités à prélever des impôts et à éviter l’évasion fiscale. A cet égard, la grande responsabilité des pays industrialisés n’est pas à oublier. Selon l’ONG « Global Financial Integrity », des flux financiers partent chaque année du Sud vers le Nord qui sont de huit à dix fois plus importants que l’Aide Publique au Développement.
Les pays riches restent-ils crédibles? Les pays riches ont un grave problème de crédibilité. Ils se sont, en fait, engagés depuis des décennies à
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Photo: fuzheado
augmenter leur Aide Publique au Développement à 0,7 % de leur Produit National Brut. En 2005, sous Présidence luxembourgeoise, les États membres de l’UE ont pris, à cet effet, un engagement politique clair et net au niveau du Conseil Européen. Aujourd’hui, nous devons constater que seuls cinq États ont atteint cet objectif: la Suède, la
Norvège, le Danemark, le Luxemburg et le Royaume-Uni. Il est honteux que des États comme l’Allemagne ou la France n’arrivent à peu près qu’à 0,4 %, l’Italie à moins de 0,2 %, les États-Unis ou le Japon à peine à 0,2 %. S’y ajoute que la qualité de cette aide laisse souvent à désirer, les pays avant tout les plus grands, comme les États-Unis, la pour-
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suivant clairement à des fins politiques et stratégiques.
L’ordre mondial néolibéral n’est pas mis en cause D’après l’agenda, le développement économique est basé sur la croissance qui doit certes être inclusive et durable, être accompagnée par un emploi productif et un travail décent pour tous. Mais en rappelant en même temps que le marché doit rester « ouvert » selon les règles de l’OMC, l’agenda ne met nullement en cause l’ordre économique mondial néo-libéral, ni la libéralisation des marchés que ce dernier impose aux pays en développement. Le processus d’appauvrissement d’un grand nombre de pays en développement, processus que les programmes d’ajustement structurel de la Banque mondiale et du Fonds Monétaire International ont provoqué, au cours des dernières décennies, n’est même pas traité. On peut donc s’attendre à ce qu’il soit poursuivi. Jean Ziegler, lui aussi, dans sa critique du document note « qu’aucune mesure concrète, réellement efficace, n’est susceptible d’être imposée aux États pour mettre un terme à la famine, comme, par exemple, l’interdiction de la spéculation boursière sur les aliments de base, de l’accaparement des terres agricoles par des hedge funds, des agrocarburants, du dumping européen sur les marchés alimentaires du monde, des fonds vautour, etc »1. Or, les pays pauvres, en particulier en Afrique, ont un besoin urgent de création d’emplois et de revenus décents étant donné le nombre de jeunes arrivant sur le marché de l’emploi. Certes, l’agenda affirme qu’il est impératif de créer des capacités de production, en particulier dans l’agriculture et dans l’industrie. Mais les petites exploitations de ces pays ne peuvent exister, se développer et vendre leurs produits sur le marché à des prix justes que si elles ne
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sont pas concurrencées par des produits alimentaires, textiles ou autres importés des pays riches ou émergents beaucoup plus compétitifs.
L’UE sert-elle le développement ?
eux. Ce processus est aggravé par de nouveaux accords de libre-échange bilatéraux ou régionaux conclus avec les pays en développement comme les accords de partenariat économique (APE).
Nous avons déjà vu comment que les États de l’UE écoulent de plus en plus leurs produits agricoles et alimentaires sur les marchés africains à des prix de dumping : nous ruinons ainsi des millions de familles de petits paysans, en les éliminant de leur propre marché. Et la seule issue qui leur reste n’est souvent que l’exode rural vers les bidonvilles et, de plus en plus souvent, la fuite vers l’Europe en passant par Lampedusa.
Ma conclusion : l’agenda des Objectifs de développement durable traite certes les symptômes de la pauvreté, mais pas ses causes structurelles. Son échec risque ainsi d’être programmé.
Une question-clé, celle de la nécessité pour les pays pauvres de réguler leurs marchés n’est pas abordée dans l’Agenda. Comment pourront-ils alors protéger leurs petits producteurs et restructurer leurs économies ? Cette lacune compromet gravement le chemin vers un développement réel et durable. Et comble de l’hypocrisie, les mêmes pays occidentaux, d’un côté, imposent aux pays en développement des marchés « ouverts » et, de l’autre, ne se privent pas de protéger fortement chez eux leurs produits agricoles sensibles, soit par des tarifs douaniers très élevés, comme cela est le cas de l’UE, soit en versant à leurs propres producteurs de fortes subventions, ce qui élimine toute concurrence étrangère.
Jean Feyder
Sources: 1 Jean Ziegler, Chemin d’espérance, Ed. Du Seuil, 2016, p. 35
Cet article est extrait du livre "Leistet Widerstand!: Eine andere Welt ist möglich!" de Jean Feyder publié par Westendverlag en 2018. Bientôt également disponible en français.
La libéralisation des marchés et la baisse imposée des tarifs douaniers a également privé beaucoup de gouvernements des pays en développement de recettes importantes. Les budgets pour financer les programmes d’éducation et de santé ont dû être réduits. Une privatisation de plus en plus grande de l’éducation et des soins de santé en a été la conséquence, privant de soins ou de formation les plus pauvres d’entre
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Agenda 2030 et Accord de Paris : pour une mise en œuvre intégrée Paris ou New York ? Climat ou développement ? Quelles synergies possibles au niveau de la mise en œuvre de l’Accord de Paris et des Objectifs du développement durable? David Ries Imaginez un pâturage partagé entre 10 bergers. Si chacun est libre d’utiliser le pâturage comme il l’entend, tous essayeront de maximiser leur nombre de bétail. Si chacun essaye toutefois d’exploiter au maximum la terre, la durabilité de cette-dernière ne sera plus garantie. Quand l’intérêt individuel favorise l’exploitation des biens communs aux dépens de l’intérêt collectif, seule la confiance peut mener les parties individuelles à prendre des mesures de conservation. Pour installer la confiance, l’économiste et lauréate du prix Nobel, Elionor Ostrom1 mise
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sur des arrangements locaux – les 10 bergers pourraient par exemple se mettre d’accord sur un plafonnement du nombre de bétail que chacun peut mener sur le pâturage. Ostrom suggère ainsi une approche « bottom-up », approche initiée au niveau local, du bas vers le haut. A la fois l’Accord de Paris et les Objectifs du Développement Durable (ODD) semblent être fondés sur ce modèle. D’abord, à l’inverse des précédents accords sur les changements climatiques, l’Accord de Paris se fonde sur des plans nationaux (ou régionaux) de mise en œuvre pour parvenir à sa cible générale, maintenir la hausse de température bien en-deçà de 2°C et même préférablement à moins de
1,5°C. Au lieu d’imposer des cibles contraignantes aux parties signataires, l’Accord de Paris renvoie lâchement à ces-dernières la responsabilité de déterminer leurs propres contributions («nationally determined contributions» - NDCs). Quant aux 17 ODD et leurs 169 cibles, ils sont souvent considérés comme trop vagues. Toutefois, ces objectifs ne sont qu’une feuille de route globale que les pays membres de l’ONU sont encouragés à appliquer à leur contexte et à confronter à leurs priorités. De fait, tous les pays devraient transposer l’Agenda 2030 dans leur législation nationale, réviser les plans nationaux et en faire l’examen au niveau des Nations Unies.
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Des textes interconnectés Le préambule de l’Accord de Paris se place dans l’esprit du développement durable et se réfère à un bon nombre d’ODD. Par ailleurs, son engagement contraignant d’élaborer des contributions nationales, de les appliquer et de les réviser à la hausse tous les 5 ans rappelle les deux premières cibles de l’ODD 13 « Lutte contre les changements climatiques », qui réclament de tous les pays des actions pour l’adaptation et la mitigation aux changements climatiques. Quant au financement climatique, l’ODD 13 reprend la cible établie par la COP 19 où les pays développés s’étaient engagés à rassembler 100 milliards de dollar par an pour des mesures d’atténuation dans les pays en voie de développement, un montant annuel qui doit être atteint en 2020. L’Accord de Paris maintient cette cible et garantit ce même niveau de financement jusqu’en 2025. A partir de cette date, les pays développés se sont engagés à allouer un nouveau montant annuel dépassant les 100 milliards de dollar. La proximité entre ces deux engagements peut également être comprise à la lumière des nombreuses interconnections qui existent entre les changements climatiques et les Objectifs du développement durable. Les changements climatiques exacerbent notamment la pauvreté (ODD 1) car les personnes en situation de pauvreté sont souvent les plus exposées aux conditions météorologiques adverses ce qui peut également engendrer directement ou indirectement des flux migratoires. De plus, la production de biens alimentaires (ODD 2) de même que la qualité de l’air et les maladies y associées (ODD 3) sont aussi directement liées aux aléas climatiques. Ces derniers peuvent à leur tour être impactés par la manière dont on génère de l’énergie (ODD 7) ou dont on produit et consomme (ODD 12) par exemple. De plus, une analyse des mesures climatiques, proposées par 190
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pays dans la perspective d’une adhésion officielle à l’Accord de Paris, a démontré que celles-ci couvraient 154 des 169 cibles des ODD2.
Pour une mise en œuvre intégrée En ce qui concerne l’Accord de Paris, l’analyse des contributions nationales, déterminées initialement, s’est révélée plutôt décevante. Effectivement, le Climate Action Tracker a annoncé qu’avec les actions promises à l’heure actuelle, la hausse de température s’approcherait davantage de 3°C au lieu de 1,5°C. Quant à l’Agenda 2030, les premiers examens nationaux volontaires à l’ONU ont également été accueillis de manière critique par la société civile. Sur base des 44 examens soumis pour le Forum politique de haut niveau pour le développent durable de 2017, Action For Sustainable Development, une plateforme de la société civile qui vise à unir et à encourager les efforts pour le développement durable, a regretté : une absence pour la plupart des pays de l’engagement « ne laisser personne de coté » ; des violations des libertés de la société civile ; et un manque de place pour l’implication de la société
civile et ses mesures des progrès. De plus, la plateforme a montré du doigt le manque de synergies entre la mise en œuvre des ODD et la mise en œuvre de l’Accord de Paris. Effectivement, l’efficacité de l’Accord de Paris et des ODD ne dépend pas seulement de leur transposition en loi nationale. Une approche intégrée des deux engagements est également reconnue essentielle. En effet, le World Resources Institute (WRI)3 suggère l’importance d’une telle démarche, de sorte à promouvoir une « approche pangouvernementale » (« whole-ofgovernment approach »). Au Luxembourg, l’Accord de Paris a été signé à travers l’UE et le MDDI figure comme principale responsable de sa mise en œuvre. La mise en œuvre des ODD, qui semble à ce stade être principalement orientée vers une action domestique, a aussi été coordonnée par le MDDI et 4 des 6 chantiers prioritaires reviennent à ce ministère. En opposition à une telle approche unilatérale, l’agence allemande de coopération internationale (Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ)) et le WRI ont reconnu dans un rapport commun4, plusieurs avantages à
"Premièrement, une approche plus holistique mènerait en effet à une mise en œuvre plus cohérente, mettant en évidence les potentiels conflits et bénéfices mutuels entre les différentes mesures entreprises ainsi qu’entre les différents ministères impliqués. Par extension, plus de concertation mènerait également à une utilisation plus efficace du budget."
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considérer l’Accord de Paris et les ODD de manière intégrée. Premièrement, une approche plus holistique mènerait en effet à une mise en œuvre plus cohérente, mettant en évidence les potentiels conflits et bénéfices mutuels entre les différentes mesures entreprises ainsi qu’entre les différents ministères impliqués. Par extension, plus de concertation mènerait également à une utilisation plus efficace du budget. Par exemple, le peu d’implication que semble avoir la Coopération luxembourgeoise au niveau de ces deux engagements pourrait laisser deviner un manque de concertation. D’un coté, les chantiers prioritaires du Luxembourg concernant la mise en œuvre des ODD ne semblent guère inclure la Coopération, ainsi que le volet international en général. D’un autre coté, la stratégie «Environnement et changement climatique» poursuivie par la Coopération5 a été fixée en 2014 sans mise à jour en rapport avec la réalisation de l’Accord de Paris ou de l’Agenda 2030. Deuxièmement, malgré l’autonomie donnée aux gouvernements nationaux - aussi bien à travers les contributions nationales à l’Accord de Paris que les plans de mise en œuvre de l’Agenda 2030- un certain suivi et de la transparence sont nécessaires pour garantir l’efficacité des deux engagements. En ce qui concerne la mitigation, l’Accord de Paris stipule que les parties doivent publier leurs contributions nationales, les informations nécessaires à l’évaluation de ces dernières et leur inventaire de gaz à effet de serre ; quant au soutien, les pays développés doivent publier l’ensemble des aides données alors que les pays en voie de développement doivent fournir les informations relatives à leurs besoins et aux aides reçues. Ces informations sont ensuite analysées sur base de leur véracité et des progrès réalisés. En outre, un bilan mondial sera organisé tous les
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5 ans dans le but d’évaluer le progrès en rapport avec les cibles générales, portant notamment sur la hausse de température, ainsi que d’échanger sur les bonnes pratiques en vue de nouvelles contributions nationales. Sur base d’indicateurs proposés par l’ONU ou à un niveau inférieur, l’évaluation des ODD, elle, est censée être effectuée régulièrement au niveau national et infranational ce qui peut ensuite mener à des examens volontaires réguliers auprès de l’ONU. Dans cette optique, une approche intégrée avec des indicateurs communs aux deux textes internationaux permettrait d’abord de rendre compte des interconnections ainsi que de collectionner plus efficacement les données qui y sont liées. Ensuite, une telle approche permettrait aussi que l’Agenda 2030 et l’Accord de Paris ne soient plus évalués de manière complètement indépendante. La proportion d’agriculture pluviale représente un exemple d’indicateur intégré, mettant en évidence le lien entre les changements climatiques et la sécurité alimentaire (ODD 2). Le développement d’énergies renouvelables (ODD 7) pourrait également être évalué en fonction de la réduction d’émissions de gaz à effet de serre qui serait ainsi réalisée. Troisièmement, un changement d’approche, initié par les gouvernements nationaux, pourrait représenter le point de départ d’un changement global. Serait-il inimaginable de concevoir que les gouvernements nationaux puissent montrer l’exemple d’une approche intégrée aux acteurs régionaux et internationaux ?
Première prise de conscience Bien que la recherche de bonnes pratiques n’ait pas mené à un modèle type, les idées politiques semblent tout de même évoluer. D’un côté, de nombreuses interconnections entre les changements climatiques et les ODD
sont mises en lumière, non seulement au niveau théorique mais également au niveau de l’action, comme le montre par exemple le plan kenyan d’adaptation aux changements climatiques. Grâce au développement d’une agriculture résiliente aux dérèglements climatiques, ce plan d’adaptation devient le point focal entre les actions climatiques nationales et les ODD6. D’un autre côté, un nombre croissant d’organismes internationaux promeuvent une mise en œuvre intégrée, comme par exemple le World Sustainable Development Forum (lancé en 2018 au Mexique) ou même un événement de haut-niveau des Nations Unies, intitulé «Changements Climatiques et l’Agenda de Développement Durable ». Ces deux tendances semblent pointer vers une première prise de conscience de l’importance d’une approche intégrée de l’Accord de Paris et des ODD. En conclusion, les mécanismes de suivi et d’évaluation propres à ces deux engagements permettent de maintenir le dialogue ouvert et ils rendent des modifications en cours de route possibles. Malgré les voix critiques qui regrettent le manque de substance, le manque d’indications relatives à l’application et le caractère généralement volontaire, la nature «bottom-up» des deux engagements pourrait également constituer une opportunité. En effet, la société civile, les groupes de recherche ainsi que les autres parties non-gouvernementales pourraient s’approprier ce changement de perspective afin que l’Accord de Paris et les ODD ne soient pas encore entièrement condamnés. A nous de lutter pour une mise en œuvre qui est à la fois plus ambitieuse et qui permet une approche intégrée de l’Accord de Paris et de l’Agenda 2030 ! Sources: 1 OSTROM, Elinor, 2015. Governing the Commons. Cambridge University Press, pp. 19-21
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2 NORTHROP, Eliza et al., 2016. Examining the Alignment between the Intended Nationally Determined Contributions and Sustainable Development Goals [en ligne]. Washington, DC : World Resources Institute, 56p. https://www.wri. org/sites/default/files/WRI _ INDCs _ v5.pdf 3 Idem 4 BOUYE, Mathilde, HARMELING, Sven et SCHULZ, Nils-Sjard, 2017. Joining-up implementation of the 2030 Agenda and the Paris Agreement [en ligne]. Bonn : Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit
(GIZ) GmbH, 4p., http://www.wri.org/sites/ default/files/giz-agenda-2030-factsheet.pdf 5 DIRECTION DE LA COOPERATION AU DEVELOPPEMENT ET DE L’ACTION HUMANITAIRE, 2014. Environnement et changement climatique. Stratégies et orientations [en ligne]. Luxembourg : Direction de la Coopération au développement et de l’action humanitaire, 35 p. 6 FOOD AND AGRICULTURE ORGANIZATION OF THE UNITED STATES, 2017. Integrating Agriculture in National Adaptation Plans (NAP– Ag) Programme. Safeguarding livelihoods
and promoting resilience through National Adaptation Plans. Case study Kenya [en ligne]. Rome : Food and Agriculture Organization of the United States, 14p. http://www.fao.org/3/ai8257e.pdf
David Ries, étudiant en relations internationales
Entre le développement et le bien vivre: conséquences de l'Agenda 2030 sur les politiques publiques en Bolivie Oscar Campanini La Bolivie, au cœur de l'Amérique du Sud, se distingue internationalement non seulement par le fait que c’est historiquement l'un des pays les plus pauvres d’Amérique, mais aussi par les luttes sociales qui ont inspiré d'importantes demandes de justice et d'équité : la guerre de l'eau (2000), qui a mis en évidence l'inégalité et la marginalisation résultant de la privatisation des services de base ou la Guerre du gaz (2003), qui a montré la crise et les conflits sociaux résultant de la recette néolibérale des organisations multilatérales, entre autres. Ces processus sociaux ont favorisé un changement de gouvernement (2005) qui a fixé comme horizon de transformation le paradigme du "bien vivre", qui récupérait les principes et les propositions de ces luttes sociales, en y intégrant les connaissances et les valeurs des cultures qui caractérisaient la Bolivie depuis l'Antiquité. Une partie fonda-
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mentale de ce paradigme était la remise en question de l'état actuel des choses au niveau civilisateur et notamment : -de la concentration de la richesse dans quelques mains, du consumérisme, de l'individualisme ("vivre mieux") -du capitalisme, de la crise écologique, du réchauffement climatique et des dommages causés à "Mère Nature" -du développement et de l'exploitation irrationnelle des ressources naturelles. Ce paradigme a cependant subi de profonds changements lors de sa mise en œuvre et lors des différents processus de discussion au sujet des plans nationaux de développement (2006-2011 et 2016-2020), de l’agenda national pour 2025, de l'évaluation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) et de l’élaboration des Objectifs de Développement Durable (ODD). Dans le cadre des réflexions sur l’Agenda 2030, nous aimerions souligner quelques idées centrales de ces transformations.
La sacralisation des objectifs et des indicateurs : l'irréalité des chiffres L'agenda 2030 a été critiqué pour les difficultés qui existent en ce qui concerne les objectifs et les indicateurs et la capacité de les mesurer au niveau global. Ce problème s'est déjà manifesté dans le cadre des OMD et le cas de l'eau potable en Bolivie en est une illustration. En 2014, au moment de l'évaluation des OMD, la Bolivie se vantait d'avoir dépassé les objectifs fixés plus tôt que prévu en se basant sur les données récentes de recensement (2012). Alors que les données semblaient montrer que cela était vrai en ce qui concerne l’accès à l'eau potable - ce qui n'était pas le cas de l'assainissement de base - elles cachaient plusieurs inégalités : 92% de la population urbaine avait accès à l'eau, mais seulement 58% dans les zones rurales ; les zones métropolitaines avaient près d'un demi-million d'habitants sans accès à l’eau et plus
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central de l’Agenda 2030 et des plans et agendas de développement en Bolivie a été celui de remettre le développement économique au centre du débat. Bien que cela ne soit pas seulement un résultat de l'agenda 2030, « le bienvivre » et de multiples mouvements sociaux réclamant la justice sociale ont été réduits par le développement et ses objectifs, démantelant ainsi une importante proposition alternative au modèle civilisateur actuel. Une contradiction semblable à celle de l'Agenda 2030 : un accord qui cherche à éradiquer la pauvreté, à combattre les inégalités, à promouvoir la prospérité et à protéger l'environnement sans s'attaquer aux problèmes économiques qui les génèrent.
Oscar Campanini, directeur de l’ONG Comunidad Sustentable, partenaire de l’ASTM en Bolivie
Photo: Jonathan Alvarez C
de 2 millions sans assainissement de base. Pire encore, ces indicateurs ne disaient rien sur la quantité, la qualité, la continuité ou l'accessibilité de ces services de base. Bref, l'établissement d'objectifs, bien qu'important pour le suivi et l'évaluation des progrès, a réduit les problèmes et les solutions en Bolivie à un chiffre qui cache plus qu'il n'est censé refléter.
Une contradiction ouverte à plusieurs reprises: l'empire de l'extractivisme Alors que plusieurs facettes et outils du capitalisme mondial ont été explicitement remis en question, la pratique du gouvernement est entrée en contradiction ouverte avec ces questionnements. Un exemple est celui des biocarburants : alors qu'en 2007 Evo Morales proposait explicitement la «répudiation des plans et projets de production d'énergie tels que les biocarburants, qui détruisent et refusent au peuple l’accès à la nourriture» et la condamnation
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de « l'utilisation de semences transgéniques parce qu'elles mettent fin à nos semences millénaires et nous obligent à dépendre de l'agro-industrie »...... en 2018, non seulement l'utilisation de graines de soja génétiquement modifiées s'est répandue, mais les entreprises agro-industrielles négocient avec le gouvernement des projets pilotes pour le maïs, le riz et le coton. Parallèlement, les incitations pour la production d'éthanol sont devenues officielles... Ces contradictions - permanentes et sur des questions multiples - montrent qu'à la place du bien vivre, les politiques gouvernementales ont priorisé les revenus économiques des activités extractives, et ce malgré les violations des droits humains qu'elles engendrent aux niveaux local et national.
Le développement économique à tout prix Finalement, nous sommes revenus au début des problèmes : le problème
Le bien vivre Le « Bien Vivre » ne peut pas être assimilé au développement, car le développement, tel qu’il est conçu dans le monde occidental, est inapproprié et très dangereux à appliquer dans les sociétés autochtones. L'introduction du développement parmi les peuples autochtones détruit lentement notre propre philosophie du Bien Vivre, car il désintègre la vie communautaire et culturelle de nos communautés en anéantissant les fondements de la subsistance et de nos capacités et connaissances pour répondre à nos propres besoins. Fernando Huanacuni Mamani, 2010, actuel ministre des Affaires étrangères de la Bolivie cité dans (Gudynas, 2011)
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Agenda 2030 in der entwicklungspolitischen Bildungsarbeit Julia Georgi und Isabelle Schmoetten Was sind unsere Bedürfnisse? Was brauchen wir, um zufrieden und glücklich zu leben? Im Atelier "Our World Our Dignity Our Future" entwickeln sich hitzige Diskussionen unter den TeilnehmerInnen, wenn sie sich bei der Beantwortung dieser Fragen in Gruppen auf vier Dinge einigen, um sie dann dem Plenum vorzustellen. Auch gehen die Meinungen oft weit auseinander, in wieweit die genannten Bedürfnisse überall auf der Welt gleich sind. Dabei zeigt sich regelmäßig, dass bereits die Zwölfjährigen gut über die bestehenden Schieflagen in unserer Welt Bescheid wissen. In den anschließenden Vertiefungsateliers geht es dann ganz aktiv und methodisch vielfältig um die genauere Betrachtung von Themen wie Bildung, Gesundheit, Ernährung, Wasser und Klimawandel. Entgegen jeglicher Resignation geht es dabei um die Frage, was denn jeder einzelne machen kann, um unsere Welt zu verändern gemäß dem afrikanischen Sprichwort der tausend kleinen Schritte, die zusammen die Welt verändern. Dabei ist es wichtig, auch unseren PartnerInnen aus dem sogenannten globalen Süden eine Stimme zu geben. Seit der Fête de la solidarité 2015 bieten neun luxemburgische NROs diesen halb- bis ganztägigen Workshop an, für Jugendliche und jüngere Erwachsene im formalen und
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non-formalen Bildungsbereich. Anlass für diese vom Cercle.lu koordinierte Aktivität war die Verabschiedung der Agenda 2030 mit ihren 17 Nachhaltigkeitszielen (kurz: SDGs, für Sustainable Development Goals). Schon bei der Planung des Workshops, aber auch bei der Umsetzung wurden und werden die fünf Kernbotschaften der Agenda 2030 angewendet: Mensch und Planet stehen im Mittelpunkt eines friedlichen Lebens in Wohlstand und Partnerschaft. Methodisch werden die drei Kriterien des Beutelsbacher Konsens für politische Bildungsarbeit umgesetzt: 1) Die TeilnehmerInnen werden in die Lage versetzt, sich ihre eigene Meinung zu bilden, 2) Die Kontroversität des Themas, der Agenda 2030, wird dargestellt und diskutiert und 3) Der Ablauf wird den jeweiligen TeilnehmerInnen angepasst. Sie werden dabei unterstützt, die politische Situation der Gesellschaft und ihre eigene Position zu analysieren und nach Mitteln und Wegen suchen, sich eigenverantwortlich für eine bessere Welt einzusetzen. In den Evaluierungen kam oft das Echo, dass die Jugendlichen es schätzten, dass ihnen zugehört wurde und ihre Meinung und Ideen in die Handlungsvorschläge einflossen. Ziele des Workshops sind: Die Agenda 2030 kennenzulernen, kritisch zu sehen, zu erkennen, was sie sein kann und mit konkreten Handlungsansätzen den Workshop zu verlassen. Bei der Agenda 2030 geht es nicht um reines Informieren und
Auswendiglernen, es geht um Verstehen und Mut zur Veränderung, es geht um Gestaltung und dafür aktiv zu werden. Die Agenda 2030 ist die Antwort auf die Frage nach den Bedürfnissen der Menschen: „The world we want“ post 2015. Unter dem Arbeitstitel "The Road to Dignity by 2030: Ending Poverty, Transforming All Lives and Protecting the Planet" wurde in weltweiten Konsultationen die Agenda als Kompromiss für einen globalen gemeinsamen Nenner gefunden. Die Agenda 2030 mit den 17 Nachhaltigkeitszielen und 169 Unterzielen ist keine Checkliste, die man als richtig und gemacht abhaken kann, sondern sie generiert Fragen. Sie zeigt einen holistischen, ethischen Ansatz auf, um die Perspektive zu wechseln, um Denkanstöße zu geben, und zwar bei allem, was uns in unseren Handlungen leitet, sei es am Kühlschrank, bei der Arbeit oder in der Freizeit. Das gemeinsame Ziel dabei ist, allen ein menschenwürdiges Leben zu ermöglichen, ohne die Mutter Erde noch mehr zu zerstören, unter dem Leitmotiv: Leave no one behind ! Das 4. SDG dieser internationalen Agenda 2030 strebt hochwertige Bildung für alle an. In dem Unterziel 4.7 heißt es konkret: „Bis 2030 sicherstellen, dass alle Lernenden die notwendigen Kenntnisse und Qualifikationen zur Förderung nachhaltiger Entwicklung erwerben unter anderem durch Bildung für nachhaltige Entwicklung und nachhaltige Lebensweisen, Menschenrechte, Geschlechtergleichstellung, eine Kultur des Friedens und der
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Photo: Magali Paulus
Gewaltlosigkeit, Weltbürgerschaft und die Wertschätzung kultureller Vielfalt und des Beitrags der Kultur zu nachhaltiger Entwicklung.“ Dieses Unterziel richtet sich neben Regierungen und institutionellen Bildungseinrichtungen auch ganz klar an die luxemburgischen NROs, die in der Bildungs- und Sensibilisierungsarbeit tätig sind. Mit den hier erwähnten „Lernenden“ sind aber nicht nur Kinder und Jugendliche gemeint. Auch Erwachsenen müssen Bildungsprozesse im Sinne der Agenda 2030 ermöglicht werden. In der Arbeitsgruppe Zesumme fir d’Agenda 2030 arbeiten deshalb inzwischen mehrere NROs an Sensibilisierungsaktivitäten, die sich an ein breiteres Publikum wenden. Zesumme fir d’Agenda 2030 wird im
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öffentlichem Raum aktiv, z.B. beim Festival de l’esprit critique. Im Herbst folgt eine Kommunikationskampagne, die den/die einzelne(n) BürgerIn ansprechen wird. Weitere Aktivitäten sind in der Planungsphase. Die Arbeitsgruppe ist keine geschlossene Gruppe, Ideen und InteressentInnen sind herzlich willkommen. Für die Umsetzung der Agenda 2030 ist die Beteiligung aller erwünscht (und nötig). Aber bisher kennt nur ein kleiner Teil der Bevölkerung das politische Leitprogramm der UNO bis 2030 und kaum jemand erkennt die Absicht in den Ikonen, die die 17 Nachhaltigkeitsziele symbolisieren. Deswegen schlagen die NROs vor, dass die Promotion de la responsabilité globale en tant que citoyen global Teilbaustelle des
vom Ministère du Développement durable et des Infrastructures (MDDI) zu erstellenden dritten nationalen Nachhaltigkeitsplan wird. Denn ohne Informationen wird kein Handeln erfolgen. Wir müssen die Veränderungen für eine gelingende Welt von morgen aktiv mitgestalten, indem wir über den Tellerrand gucken und solidarisch handeln. Dafür muss die Agenda 2030 aus der Nische geholt werden und der breiten Öffentlichkeit vertraut gemacht werden, damit sie als gutes, bereicherndes Werkzeug genutzt werden kann.
Julia Georgi und Isabelle Schmoetten arbeiten mit bei Zesumme fir d’Agenda 2030
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Wo informiert man sich zur Agenda 2030? Ben Max
Im Juli 2017 hat Luxemburg seinen Plan für die Umsetzung der Agenda 2030 vor dem UNO-Nachhaltigkeitsforum „HLPF“ in New York vorgestellt. Die luxemburgische Nachhaltigkeitsagenda konzentriert sich auf vier Schwerpunkte, die von den 17 Zielen für nachhaltige Entwicklung abgeleitet wurden und für den luxemburgischen Staat sachdienlich sind: die demografische Entwicklung, die Vielfältigkeit der Wohn- und Arbeitsbevölkerung, die Angewiesenheit der luxemburgischen Wirtschaft von einem Wirtschaftszweig und der schädliche Einfluss unserer globalisierten Welt auf Klima und Umwelt. Trotz Luxemburgs Teilnahme an dem globalen Weltzukunftsvertrag wurde über die 17 Oberziele für nachhaltige Entwicklung und die 169 Unterziele eher spärlich berichtet und viele Bürger sind nicht über die Agenda informiert oder wissen gar nicht erst, dass sie existiert. Wer sich, in Luxemburg, gerne über die globale Nachhaltigkeitsagenda informiert muss leider oft auf Informationsseiten von Nachbarstaaten oder den Vereinten Nationen zurückgreifen da das lokale Informationsangebot sehr begrenzt ist, vor allem zu der Umsetzung der SDGs (Sustainable Development Goals) in Luxemburg. Das luxemburgische Angebot begrenzt sich auf einen inhaltlich zwar ausführlichen, aber recht unübersichtlichen Bericht zu der Agenda 2030, welcher als
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PDF-Download erhältlich ist. Gemäß dem 17ten SDG „Partnerschaften zur Erreichung der Ziele“ hängt der Erfolg der Nachhaltigkeitsagenda 2030 vor allem von einer gesunden Zusammenarbeit von Staat, NGOs, Privatunternehmen und der Zivilgesellschaft ab. Schließlich sind die SDGs unsere Verantwortung gegenüber zukünftigen Generationen. Deswegen sind einfach zugängliche Informationen und Hinweise bezüglich der 17 Nachhaltigkeitsziele elementar wichtig, um diese Ziele erreichen zu können. Leider steht der Normalbürger oft vor einem Meer an Seiten und Informationen die nur schwer zu ordnen sind. So kann man schnell vor zu vielen Zielvorgaben den Wald vor lauter Bäumen nicht mehr sehen. Wer sich über die Agenda 2030 und die 169 Zielvorgaben aufklären mag, benutzt am besten die Seiten der Vereinten Nationen, die sich den 17 Nachhaltigkeitszielen widmen. Hier findet man nicht nur präzise Informationen zu den SDGs, sondern auch wo und wie Projekte für die verschiedenen Ziele vorangehen sowie Erfahrungsberichte aus den 193 UN-Mitgliedsstaaten. Des Weiteren sind staatliche Informationsseiten unserer Nachbarländer hilfreich um sich über die Agenda und mögliche Wege zum Ziel aufzuklären. Informationen für Privatunternehmen zu den SDGs findet man eher weniger. Oftmals handelt es sich hierbei um Berichte von transnationalen Konzernen, wie sie ihren Teil zur
Agenda 2030 beitragen wollen, bei denen man die angepriesenen Schritte zur Nachhaltigkeit aber besser kritisch hinterfragen sollte. Hier ist oft nicht klar, ob man nach außen ein Bild als aktiver Teilnehmer an der Agenda projizieren will oder ob die Agenda 2030 dem Unternehmen wirklich am Herzen liegt. Nach interaktiven Portalen - wie das 2030 Watch Portal1 und der SDG-Index 2- oder Agenda-bezogenen Informationsblättern, wie die Umsetzung der globalen 2030-Agenda für nachhaltige Entwicklung3 , sucht man in Luxemburg leider vergebens. Hier besteht eindeutig Nachholbedarf und nur durch bessere Aufklärungsmöglichkeiten können wichtige Akteure wie Unternehmen und Zivilgesellschaft für die Agenda 2030 sensibilisiert und mobilisiert werden. Quellen: 1 2030 Watch ist ein Monitoring-Instrument zur Umsetzung der nachhaltigen Entwicklungsziele in und durch Deutschland. 2 Beim SDG-Index handelt es sich um einen Index von der Bertelsmann-Stiftung mit Hilfe dessen man den Status von bislang 149 Ländern bei der Umsetzung der SDGs vergleichen kann. 3 Dieses Positionspapier wird von 39 NG0s unterstützt und dokumentiert die Umsetzung der 2030-Agenda in und durch Deutschland. Vertrieb durch das Forum Umwelt und Entwicklung.
Ben Max arbeitet für die ASTM bei „Zesumme fir d’Agenda 2030"
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Dossier
Wo informiert man sich zur Agenda 2030? Generelle Informationen Ăźber die SDGs: https://www.un.org/sustainabledevelopment/fr/objectifs-de-developpement-durable/ http://www.undp.org (FR&ENG) https://sustainabledevelopment.un.org/ https://www.coe.int/en/web/un-agenda-2030/ https://www.17ziele.de/ https://www.globalgoals.org/ SDG-Indikatoren / SDG-Watch: http://ec.europa.eu/eurostat/web/sdi/overview/ (Eurostat) http://www.sdgindex.org/ https://unstats.un.org/sdgs/ Agenda 2030 in Luxemburg http://environnement.public.lu/content/dam/environnement/documents/developpement-durable/rapport-meo-agenda2030.pdf https://sustainabledevelopment.un.org/memberstates/luxembourg Nachhaltige Businessideen und -konzepte im Rahmen der Agenda 2030: https://sdgcompass.org/ http://www.bmz.de/de/ministerium/ziele/2030_agenda/index.html https://www.unglobalcompact.org/sdgs/about http://globalsdgawards.com/ http://www.businessfor2030.org/ https://sdghub.com/ http://www.sdgfund.org/
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Hans Herren: «On a besoin d'une transformation de l'agriculture et du système alimentaire» Le 12 avril dernier, le Suisse Hans Herren avait été invité à donner une conférence lors du 30ième anniversaire de l’association Bio-Lëtzebuerg. C‘est en marge de cette conférence que j’ai pu lui poser les questions qui suivent. Hans Herren dirige à Washington le Millenium Institute qui se consacre au développement durable. Entre 2005 et 2008, il avait assumé la coordination des travaux de quelque 400 experts qui, sur invitation de la Banque mondiale et de l’ONU, avaient rédigé le rapport sur l’agriculture mondiale (IAASTD ) qui préconise une transition vers l’agroécologie. Je l’avais rencontré une première fois début 2013, en Éthiopie, comme membre d’une délégation de la Fondation suisse Biovision qu’il a aidé à créer. Cette délégation visitait certains des projets agroécologiques soutenus par leur fondation. Interview réalisée par Jean Feyder Vous avez été un des principaux coordinateurs des travaux menés entre 2005 et 2008 à Johannesbourg qui ont abouti au rapport IAASTD. Un des messages-clé de ce rapport a été de dire : Continuer avec le modèle agricole actuel n’est pas une option. Ce message a-t-il été reçu et comment ? Oui, ce message a été reçu. Il a surtout été reçu au niveau de RIO+20 et de l’agenda des Objectifs de développement durable. Lorsqu’il est sorti, beaucoup de gouvernements ne lui ont pas réservé beaucoup d’attention, certains l’ont même activement combattu, comme les Américains, les Canadiens, les Australiens. Même la FAO n’a jamais organisé une séance pour présenter le rapport, certains gouvernements s’opposant à ce que le rapport soit divulgué parmi ses Etats membres. Heureusement, les ONG ont repris le bâton, nous avons été 150 ONG à nous organiser, à réunir les points essentiels dans un document appelé «Time to act». Nous avons pris part à la conférence RIO+20 pour y présenter ce document, nous y avons fait beaucoup de bruit et nous sommes parvenus à l’introduire dans le rapport final de cette conférence avec le message
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qu’on a besoin d’une transformation de l’agriculture et du système alimentaire. Aujourd’hui, si vous regardez l’agenda des Objectifs de développement durable (ODD), vous retrouvez notre langage en particulier dans l’objectif no 2 (qui prévoit l’élimination de la faim et de la pauvreté d’ici 2030), celui sur la santé, l’environnement et la biodiversité. C’est par le biais des ODD que le rapport sera maintenant mis en pratique.
peuvent faire cela. Ceci est contraire aux recommandations du rapport IAASTD selon lequel il faut promouvoir la petite paysannerie et l’agroécologie. Il faut, bien sûr, qu’ils disposent de surfaces viables et tenir compte du type de production et du contexte dans lequel ces paysans se trouvent. Il faut leur donner des moyens techniques, financiers et aussi d’éducation pour qu’ils puissent améliorer leur sort.
Ce rapport a également eu comme finalité de motiver la communauté internationale à réserver à l’agriculture des pays en développement, aux petits paysans une attention plus grande, à consacrer également à ce secteur une part plus importante des financements. Ces buts ont-t-ils été atteints ?
Les gouvernements africains sont-ils devenus plus sensibles au rôle de l’agriculture et à celui de l’agroécologie ?
Je ne pense pas qu’il y ait eu beaucoup de changements au niveau du nombre de projets ou de la mise à disposition des moyens en faveur des petits paysans. D’un autre côté, les statistiques montrent qu’il y a eu des investissements accrus mais effectués pour de grands projets. L’Éthiopie en est un exemple où on a construit des fabriques d’engrais, développé de grandes fermes, ou le Ghana où, avec l’aide des Brésiliens, on développe une agriculture à large échelle. Ceci au prétexte qu’il faut nourrir tous ces gens qui sont dans les villes et que ce ne sont pas les petits paysans qui
Dans certains quartiers, ça bouge assez. En 2011, à la suite d’une conférence que nous avons organisée à Addis Abeba avec le concours de la FAO sur le rapport IAASTD, l’Union Africaine a adopté un texte intitulé « Ecological, organic agriculture initiative of the African Union ». L’Union Africaine a adopté ensuite un plan pour promouvoir l’agriculture agroécologique. Mais au départ, rien ne s’est passé en pratique. Jusqu’au moment où, avec l’argent des Suisses, nous avons avec des ONG pris l’initiative de développer des pratiques agroécologiques au niveau des petits paysans dans quatre, puis dans huit pays différents. Bientôt on sera à douze. Nous faisons surtout de la formation, du plaidoyer et nous coopérons avec des centres de recherche.
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Photo: Bio Lëtzebuerg
Une menace pour la planète, perçue de plus en plus depuis la conférence de la COP21 à Paris, sont les changements climatiques mais aussi la perte de biodiversité. L’agroécologie constitue-telle un moyen de lutter contre ces menaces ?
Hans Herren lors de la conférence organisée par Bio Lëtzbuerg
Au Sommet de l’UA de Maputo en 2003, l’engagement a été pris que chaque gouvernement réserve au moins 10 % de son budget à l’agriculture. Cet objectif a-t-il été atteint ? Jusqu’à présent seulement six pays y sont arrivés. Puis la question de la destination de cette aide se pose. Certains veulent apporter des fonds à la construction de routes, mais toutes les routes ne peuvent pas entrer en ligne de compte. Il faut donc faire beaucoup attention lors de l’interprétation des chiffres.
Les travaux préparatoires sont en cours au niveau de l’Union européenne pour procéder à une nouvelle réforme de sa politique agricole commune (PAC) en 2020. Quels devraient être les principaux éléments d’une telle réforme? Je suis aussi membre de l’International Panel of Food System (IPES) dont fait
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également partie Olivier de Schutter. L’IPES avance un large programme de réformes pour la PAC. Il est d’abord proposé que cette politique change de nom et s’appelle « Common Food Policy ». Cette politique devrait faire une chose : ne plus produire des excédents et les exporter. Voilà le grand problème : comme chacun a investi dans l’accroissement de la production laitière, on arrive à des excédents et on les envoie en Afrique. Ici, il faut produire moins et mieux. Il faut absolument arrêter de produire toujours plus. Ce paradigme de produire toujours plus pour nourrir le monde ne tient pas la route. Les politiciens y sont tous attachés comme si le secteur agricole était là avant tout pour faire de l’argent. Il doit avant tout servir à nourrir surtout la population locale, même si on doit également faire un peu de commerce et exporter. Importer toujours plus de ressources naturelles pour assurer une augmentation de la production puis exporter à nouveau, n’est pas une politique crédible.
Absolument ! C’est un des arguments principaux pour transformer l’agriculture. La proposition française de remettre le carbone dans le sol n’est possible qu’avec une agriculture bio ou agroécologique. C’est avant tout la rotation des cultures mise en œuvre selon les principes de l’agroécologie qui permet d’emmagasiner des quantités de carbone dans le sol. Je ne pense pas qu’on arrivera à résoudre le problème des changements climatiques sans changer d’agriculture. Ceci constitue du reste l’essentiel de la mission que je poursuis. Si on ne le fait pas, ce sera extrêmement difficile de limiter l’augmentation de la température à 2 degrés.
La Commission européenne vient de donner son avis sur la fusion proposée entre Bayer et Monsanto dans un sens plutôt positif. Est-ce que c’était une bonne décision ? Je pars du principe qu’on n’a besoin ni de Monsanto ni de Bayer. L’agriculture bio est possible sans eux. Qu’ils se mettent ensemble ou pas, ce n’est pas un grand problème pour le paysan. Le grand problème qui peut résulter de cette fusion, est le pouvoir de lobbying qui sera encore accru. Ils auront encore plus d’argent pour acheter les politiciens et manipuler les lois. C’est ça le grand danger.
Jean Feyder, membre de l'ASTM
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Le Niger sous Issoufou Contester la loi des finances conduit en prison Affolé par les mobilisations grandioses contre la mal-gouvernance et surtout la loi des finances 2018, le gouvernement nigérien a réagi férocement en jetant en prison les contestataires. Depuis plus de 2 mois, vingt-six activistes dont trois membres d’Alternative Espaces Citoyens (AEC) sont incarcérés dans différentes prisons du pays H. B. Tcherno Au Niger, le gouvernement est à couteaux tirés avec la société civile et l’opposition. Depuis environ six mois, à l’appel d’un collectif d’organisations, des milliers de citoyens de tous bords battent le pavé dans les artères des grandes villes du pays pour exiger, entre autres, le retrait des mesures d’austérité contenues dans la loi des finances 2018, le respect des libertés publiques et de la libre de circulation, le départ des bases militaires étrangères. Timide à ses débuts, ce mouvement de protestation pacifique né dans la capitale a pris de l’ampleur au fil des jours, et a fini par s’étendre aux huit régions. Le signal de la contestation de cette loi des finances a été donné lors d’un forum citoyen organisé à Niamey, en octobre 2017, à l’initiative d’AEC. Les participants à cette rencontre, estimés à 500, ont demandé aux parlementaires de ne pas voter le projet de budget de l’Exécutif dans sa version transmise par le gouvernement. Au sortir de ce forum, des concertations entre plusieurs structures ont débouché sur la création d’un cadre de concertation et d’actions citoyennes de la société civile (CCAC), qui s’est vite doté d’une plateforme revendicative, avec en tête de liste des doléances, l’abrogation de la loi des finances 2018.
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Alors que les think tank du pouvoir ont parié sur un essoufflement rapide du mouvement, la fronde continue à grandir avec l’entrée dans la lutte d’acteurs en majorité de l’économie informelle dont les mots d’ordre de villes mortes enregistrent des succès retentissants, notamment à Zinder et Tillabéri, considérés comme des bastions de l’opposition. Le mouvement de grogne a débuté par des journées d’actions citoyennes (JAC) organisées tous les quinze jours , puis ramenées à une fréquence hebdomadaire, après les arrestations des meneurs le 25 mars 2018. Les JAC revêtent la forme de marches suivies de meetings, d’opérations villes-mortes, de prières collectives, de lecture du Saint Coran que les autorités tentent vainement d’étouffer dans l’œuf. Comme en 2005, le mouvement de contestation mobilise toutes les couches sociales. Dans les rangs des manifestants, on trouve des commerçants, des transporteurs, des taximen, des sans emploi, des menuisiers, des boutiquiers, des bouchers, des femmes de ménage, des élèves, des étudiants, des manœuvres, des agents de l’administration, des enseignants, des artistes, des militants de l’opposition, mais aussi des partisans du régime qui ont le mot trahison à la bouche. Ce sentiment de déloyauté a été conforté par le vote à une écrasante majorité des
députés, et sans aucune modification par le parlement, du budget soumis par le gouvernement.
Les raisons de la colère D’un montant de 1910,11 milliards de F. CFA, la loi de finances, objet de la discorde nigériens, a été adoptée le 26 novembre 2017, avec 133 voix favorables, 29 contre et 1 abstention. Dès l’annonce des résultats du vote parlementaire, les réseaux sociaux se sont enflammés, les internautes criant à la trahison des députés, appelant les citoyens à descendre massivement dans les rues pour exprimer leur désapprobation. Les raisons de cette colère qui a gagné les rues des principales villes du pays sont nombreuses. Elles sont relatives à la création de plusieurs nouvelles taxes et impôts très néfastes pour les ménages pauvres. Sans être exhaustif, on peut citer, l’institution d’une taxe d’habitation pour les abonnés de la société nigérienne d’électricité (Nigelec), la majoration de 10 % de la taxe sur le transport, le rehaussement de l’impôt synthétique de 2 à 5% pour les activités commerciales et de 3 à 7% pour les prestations de service, assorti de la fixation a minima de 60 000F pour le commerce et 80 000F pour les prestations de service, l’impôt sur les baux professionnels et la taxe immobilière des personnes morales, la création d’un prélèvement sur le droit de transmission par décès, qui oblige
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"Face aux parlementaires, M. Hassoumi Massaoudou a avoué que les mesures d’austérité ont été prises pour répondre à des engagements avec le FMI dont le chef de mission s’est empressé d’apporter publiquement son soutien au gouvernement nigérien." les héritiers d’un contribuable décédé à payer les montants d’imposition mise à sa charge, l’institution de l’apposition d’un droit de timbre de 200F sur tout document légalisé sous peine de nullité, la limitation des salaires versés au secteur public à 33,2 % du budget, etc. Confronté à une sécheresse financière, le gouvernement de Brigi Rafini cherche de l’argent par tous les moyens pour augmenter les recettes, réduire le déficit budgétaire, et effacer les arriérés de la dette. Ces nouvelles mesures devraient permettre de générer environ 47 millions d’euros supplémentaire en 2018, selon un rapport du FMI de décembre 2017. « Nous avons creusé un déficit budgétaire de 9 % du PIB en 2015 alors que le maximum autorisé au niveau des critères de convergences de l’UEMOA est de 3%. Cette situation ne peut pas continuer » a expliqué le ministre des finances au pupitre de l’Assemblée nationale. Face aux parlementaires, M. Hassoumi Massaoudou a avoué que les mesures d’austérité ont été prises pour répondre à des engagements avec le FMI dont le chef de mission s’est empressé d’apporter publiquement son soutien au gouvernement nigérien. Le représentant officiel de l’UE lui a emboité le pas, en qualifiant de courageuse l’attitude d’un gouvernement qui impose des sacrifices à la population, et fait des cadeaux fiscaux aux sociétés de téléphonie mobile, en supprimant la taxe sur les appels téléphoniques internationaux entrants (TATIE). Cette exonération fait perdre à l’Etat environ 20 de milliards de francs CFA, soit l’équivalent de la somme qu’il espère mobilisée, en imposant à ses concito-
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yens de se serrer davantage la ceinture. Contrairement aux propos du ministre selon lesquels, «le Niger est le seul pays de l’UEMOA à faire recours à la TATIE», cette taxe continue à être prélevée dans la plupart des pays de la région. D’habitude bavard, l’ordonnateur national a choisi de garder le silence sur les négociations discrètes menées par le Directeur général d’Orange, pour obtenir cette faveur qui lèse les citoyens ordinaires, et arrange les affaires de certains ténors du régime, dont la rumeur publique attribue des actions au sein de la société française. Du fait de ces nouvelles taxations, les sociétés et les commerces qui ont vu leur imposition grimper n’ont eu d’autre choix que d’augmenter leurs marges bénéficiaires. Les propos du ministre de l’Intérieur selon lesquels, « la loi actuelle n’a provoqué aucun ravage particulier » ont été vite démentis par les premières hausses des prix enregistrées sur les marchés et l’augmentation exponentielle des factures d’eau et d’électricité.
Refus de dialogue « Il n’est pas question pour le gouvernement de revenir sur les dispositions de la loi de finances 2018. Il n’y a rien à négocier » a tempêté le tonitruant ministre des finances. Son homologue de l’Intérieur a abondé dans le même sens en disant qu’ « un Etat n’est pas tenu d’engager un dialogue sur une loi des finances avec des acteurs de la société civile ». En lieu et place des pourparlers souhaités par les nigériens, les partisans du
régime ont répondu par une marche de soutien au gouvernement à Niamey le 4 mars. Organisée à coups de billets, cette marche qui a suivi le même itinéraire que celles de la société civile, n’a, hélas pour les instigateurs, pas mobilisé grand monde. Choqué par ce message de désapprobation de la population de la capitale, M. Bazoum Mohamed, ministre de l’Intérieur, Président de la Mouvance pour la Renaissance du Niger (MRN), chef d’orchestre de la manifestation, s’est lancé dans des invectives et insultes à l'endroit de l'Opposition et des associations de la société civile. « Ceux que le peuple n’a pas élu ou à plus forte raison ceux qui n’auront jamais cette chance sont mal placés pour lui donner des leçons. Les autres citoyens ne sont pas dupes et ne se sentiront jamais concernés par le combat de l’Opposition, même s’il se drape du manteau de la société civile. Surtout s’il s’agit d’une société civile comme Alternative dont le siège servait de cadre de rassemblement pour le comité de soutien aux militaires putschistes arrêtés en décembre 2015 » a déclaré le patron des flics. Le discours guerrier de ces faucons du régime est encouragé par le président Issoufou qui a qualifié dans un entretien accordé à la télévision d’Etat les opposants à la loi des finances de minorité. « La loi des finances 2018 répond aux aspirations du peuple nigérien. Elle est soutenue par l’immense majorité du peuple nigérien. C’est pour cela qu’elle a été votée par la majorité des députés ». Fort de cette position du chef de l’Etat, le ministre de l’Intérieur a instruit les forces de l’ordre d’empêcher toute
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manifestation, d’occuper, s’il y a lieu, les sièges des associations engagées dans la lutte. Conformément à cet ordre illégal, la police a régulièrement assiégé les locaux d’AEC à Niamey et Zinder, avec interdiction d’accès du personnel aux bureaux. Le cri de guerre contre les contestataires a été lancé dès le début du mouvement de contestation par le ministre des Finances qui a déclaré que « force doit rester à la loi » face à des citoyens qui « de manière indue, s’arrogent la position de représentants du peuple, alors qu’ils ne sont pas élus, ni désignés par qui que ce soit ».
Escalade dans la répression Le mouvement social nigérien est confronté à une déferlante de répression qu’il n’avait plus subi depuis la fin de la période de l’Etat d’exception en 1987 avec la mort du Général Seyni Kountché. La violence policière et l’acharnement contre les opposants à la loi ont commencé le 29 octobre 2017. Ce jour-là, une manifestation pacifique a dégénéré en affrontements entre manifestants et forces de l’ordre à Niamey. Dans la foulée, l’Association de défense des droits des consommateurs des technologies de l’information de la communication et de l’énergie (Actice), à l’origine du rassemblement, est dissoute et ses trois responsables jetés en prison. Ils ont été relâchés le 24 novembre. Après quelques jours de répit pour donner une chance aux discussions entamées entre la société civile et les commissions parlementaires, les manifestations de rue ont repris dans la capitale en décembre. Désemparé par les mobilisations impressionnantes dans les régions, le pouvoir a réagi par la répression brutale à ce qu’il qualifie de « projet insurrectionnel », fomenté par l’Opposition et ses soutiens au sein de la société civile.
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Sur instruction de Bazoum Mohamed, les gouverneurs des régions ont reçu carte blanche pour jeter les forces de l’ordre dans la bataille. Quant aux autorités municipales, elles ont multiplié les arrêtés d’interdiction systématique des manifestations de la société civile. Pour la seule ville de Niamey, le cadre de concertation déplore une dizaine d’interdictions de JAC sous des prétextes fallacieux comme « raisons de sécurité liées aux attaques terroristes », « des menaces sérieuses qui planent sur la capitale », «troubles à l’ordre public», « troubles scolaires », etc. Face à cette violation répétée du droit à la manifestation, pourtant garanti par la constitution du 25 novembre 2010, et les instruments juridiques internationaux, les contestataires n’ont eu d’autre choix que de braver la décision d’interdiction ou de l’attaquer devant un juge de référé. Malheureusement, la plupart des recours judiciaires intentés n’ont pas prospéré, soit parce que le
juge de référé est resté introuvable, soit parce qu’il a rendu une décision de justice qui conforte la déclaration de l’ordre des avocats, selon laquelle « la justice est aux ordres ». En tout cas, les déploiements impressionnants de force de l’ordre aux points de rassemblement des contestataires à Maradi et Tahoua, malgré l’autorisation de manifester accordée par le juge, sont de nature à conforter cette opinion largement répandue. C’est dans ce contexte de crispation autoritaire qu’est intervenue le 25 mars la première vague d’arrestations des opposants à la loi des finances 2018.
La prison au lieu du dialogue La chasse aux sorcières ordonnée au sommet de l’Etat a permis à la police de procéder, sans aucun mandat, à une vingtaine d’interpellations d’activistes dont les meneurs du mouvement de protestation. MM. Ali Idrissa, Moussa
Photo: European External Action Service
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Tchangari, Nouhou Arzika et Lirwana Abdourahmane ont été arrêtés aux sièges respectifs du MPCR, de l’AEC, du cabinet d’avocat Seybou Daouda et des locaux de la chaîne de télévision Labari. Le secrétaire général d’AEC a été arrêté pour refus de quitter la porte de son bureau. Pendant leur détention au poste de police, les personnes arrêtées étaient interdites de visites, y compris celles de leurs familles. Il a fallu la réaction énergique de la Commission nationale des droits humains (CNDH) qui a condamné les conditions brutales de leur interpellation, l’interdiction de communiquer avec les familles et le manque d’alimentation pour que ces droits leur soient reconnus. Alors que selon la CNDH, la plupart d’entre elles sont innocentes, le 27 mars 2018, les quatre meneurs du mouvement social et 18 autres militants sont inculpés pour « organisation et participation à une manifestation interdite » et « complicité de destruction de biens» par le doyen des juges, M. Ali Akine qui aurait, selon les avocats, bien ficelé son plan d’emprisonnement dès la veille de leur audition. En exécution de ce plan conçu manifestement hors du palais de justice, les activistes ont été déportés dans des prisons de la région de Tillabéri. Nouhou Arzika est en détention à Tillabéri (à l’ouest de Niamey), Moussa Tchangari à Ouallam (au nord de la capitale), Me Lirwana Abdourahamane à Dai-Kaina (ouest) et Ali Idrissa à Filingué (à environ 180 km au nord-est de Niamey). Intervenue le 15 avril, la deuxième vague d’arrestation et déportation a vu le placement sous mandat dépôt de Ibrahim Diori, chargé de plaidoyer d’AEC, Maikoul Zodi, coordinateur de la campagne « Tournons la page ». Ils sont incarcérés respectivement dans
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les prisons de Kollo et Say pour avoir lancé un appel à la résistance citoyenne contre les violations répétées des droits humains consacrés par la loi fondamentale. La troisième vague d’arrestation s’est déroulée à Zinder, où deux figures de la contestation locale ont connu le même sort que leurs camarades de la capitale. Après la garde à vue à la police judiciaire, M. Sadat LLIYA Dan Malam du MPCR et Yahaya Badamassi d’AEC ont été déportés respectivement à Matameye et Magaria. Plus d’un mois après l’incarcération des activistes, le dossier judiciaire est resté au point mort. Il a fallu une sortie médiatique du conseil des avocats pour que le parquet se décide à démarrer les auditions de la première vague des détenus. Puis, rien ne bouge. La requête introduite par le conseil des avocats aux fins de dessaisissement du juge en charge du dossier n’a pas connu de suite favorable. Visiblement, le pouvoir veut garder au cachot ces prisonniers politiques dans l’espoir de fragiliser le mouvement de contestation. En effet, pour de nombreux analystes, l’arrestation et la déportation des défenseurs des droits humains dans des prisons situées dans une région en état d’urgence, procèdent d’un plan de liquidation de toute voix discordante planifiée par les faucons du régime, avec la bénédiction du président Issoufou. Il se susurre que c’est ce dernier qui aurait demandé lors d’une réunion du conseil national de la sécurité d’interdire les manifestations hostiles à son gouvernement. Tout cela avec la complicité malveillante des pays membres de la fameuse «communauté internationale». En effet, c’est la première fois au Niger que des activistes, dont le seul tort est de défendre les droits humains et l'espace civique, sont pris pour cibles, harcelés jusque dans leurs lieux de travail et à
domicile, sans qu’il y ait la moindre voix de condamnation des chancelleries occidentales, jadis diligentes à pondre des communiqués de presse en pareille circonstance. Et comme pour narguer les milliers de citoyens qui se mobilisent chaque semaine contre les pratiques autoritaires du régime, Emmanuel Macron a décidé de dérouler le tapis rouge à son homologue nigérien. En plus des acteurs civiques, environ 250 élèves et étudiants ont été jetés en prison avec pour seul tort d’avoir exercé le droit à la manifestation. 9 d’entre eux restent encore détenus. Ajoutés à l’acharnement contre les médias indépendants, ces faits sont la traduction de la détermination du gouvernement en place à criminaliser tout mouvement de contestation. Aujourd’hui, sous le règne de Issoufou, user du droit à la manifestation, c’est prendre le risque d’être incarcéré, d’être blessé, voire d’être tué comme l’étudiant Mala Bagalé abattu par un gendarme sur le campus universitaire. Ne le cachons pas, depuis son arrivée au pouvoir en 2011, Issoufou Mahamadou a choisi une stratégie de tension délibérée avec pour objectif inavoué d’être seul maître à bord du navire nigérien. Il a rendu ordinaire les violences policières, l’emprisonnement des voix discordantes avec la complicité de certains pays membres de l’UE qui renvoient l’ascenseur à un régime qui a tout concédé aux intérêts étrangers: bases militaires, accords de réadmission, centres de tri de migrants, etc. A l’évidence, le gouvernement nigérien se trouve dans une situation où il a les mains complètement libres pour brider les voix dissonantes de la société civile et le mécontentement populaire. Malgré cette ambiance de terreur, les citoyens semblent déterminés à poursuivre la mobilisation pour obtenir gain de cause.
Qui aura le dernier mot ? Chaque camp campe sur sa position.
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« Le gouvernement ne cèdera pas » a martelé le ministre des finances. Du côté de la société civile, les appels à la mobilisation continuent. Même, avec le début du ramadan, mois de trêve sociale par excellence, la contestation continue. Cette année, pour la première fois, le défilé de la fête du travail a été boycotté dans les régions de Tillabéri et Zinder. Face à un gouvernement inflexible, les adversaires de la loi des finances n’ont d’autre choix que poursuivre le mouvement. C’est dans cet élan qu’il faut comprendre la création le 15 mai dernier du Front Démocratique et Républicain (FDR), une alliance entre des forces politiques et sociales qui se sont engagées à travailler main dans la main pour stopper le danger qui guette le Niger : le retour à la dictature.
«Aucun sacrifice n’est de trop pour la sauvegarde des acquis démocratiques, à un moment où notre pays est en voie d’occupation par les forces étrangères» a expliqué un membre du comité de relève au sortir d’une réunion préparatoire du meeting du 5 juin prochain. Le gouvernement pense avoir pris le dessus en incarcérant les meneurs. Mais, la tension est loin de retomber, car les adversaires de la loi des finances sont déterminés à aller jusqu’au bout. «Nous avons l’obligation de mener la lutte citoyenne pour le rejet de la loi des finances 2018, la sauvegarde des acquis démocratiques, la défense de la souveraineté nationale mise à rude épreuve par l’installation des bases militaires et la signature des accords anti-migration» a publié Kaka Touda, responsable de la
mobilisation des jeunes à AEC sur son compte facebook. Difficile pour l’instant de prédire qui sortira vainqueur de ce bras de fer. En attendant, grâce à cette politique de criminalisation des défenseurs des droits humains, Issoufou a obtenu son ticket d’entrée dans le cercle des autocrates africains. H.B. Tcherno, directeur des programmes d'Alternatives Espaces Citoyens au Niger
Militants emprisonnés au Niger: mobilisation au Luxembourg Avec un taux de pauvreté de 48,9% et un revenu par habitant de 420$, le Niger figure en dernière place du classement mondial d’indice de développent humain. En outre, le pays ouest-africain connait une situation d’instabilité géopolitique, déchirée entre une tendance migratoire importante et un attrait grandissant pour le terrorisme. Pour la période de 2016-2020, le soutien luxembourgeois de coopération au Niger représente à peu près 20 millions d’euros par an, ainsi qu’un partenariat de « bonne gouvernance». La relation entre les ONGD luxembourgeoises et le Niger n’est donc pas seulement de nature « technique » mais la question des droits humains et des libertés fondamentales représente aussi un aspect important de cette coopération. C’est pourquoi, des associations luxembourgeoises ont suivi ces faits alarmants dans le pays. Premièrement, SOS Faim, qui coopère avec AEC depuis 2016, a pris la décision d’écrire à M. Asselborn pour lui faire part de son inquiétude et pour demander des actions face aux répressions du gouvernement nigérien. Dans sa réponse, le ministre des Affaires étrangères et européennes a expliqué que les conditions fâcheuses auxquelles est confrontée la société civile nigérienne étaient régulièrement abordées lors de rencontres diplomatiques et que plusieurs projets de « démocratisation et de renforcement de la société civile » étaient soutenus par le Luxembourg et l’UE. Face à
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la gravité des faits qui ont eu lieu ces 8 derniers mois au Niger, SOS Faim estime cette réponse toutefois insuffisante. Deuxièmement, Amnesty International, ensemble avec d’autres organisations de la société civile luxembourgeoise, a publié une lettre ouverte. Cette dernière revendique une prise de position ferme de la part des représentations diplomatiques au Niger ainsi qu’une « libération immédiate et inconditionnelle des défenseurs des droits humains arrêtés ». Troisièmement, le Cercle de Coopération dénonce l’inaction européenne face à cette crise démocratique aigue. La plateforme d’ONG craint que l’UE n’ait conclu un pacte avec le diable dans le but de contenir les flux migratoires et de se débarrasser de sa responsabilité dans la crise géopolitique régionale. Dans le but de renforcer le soutien luxembourgeois à la société civile du Niger, Amnesty International a lancé sur son site internet une pétition pour demander une libération immédiate et inconditionnelle des neufs défenseurs nigériens des droits humains. La pétition peut être trouvée ici : https://www.amnesty.lu/ defenseurs-emprisonnes-niger
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International
Fahrerflucht Wie die Industrieländer sich ihrer Verantwortung für die Verluste und Schäden durch den Klimawandel entziehen.
In der Nacht zum 1.6.2018 bekamen die Bewohner und Touristen in der Region Müllerthal einen Vorgeschmack auf das, was uns der Klimawandel hier in Luxemburg noch alles bescheren wird. Immerhin dürfte es uns nun leichter fallen zu verstehen, was es heißt, dass die Hurrikanschäden letztes Jahr im September auf der Karibik-Insel Dominica mehr als das Doppelte ihres Bruttosozialproduktes betrugen. Während unsere Regierung den Anwohnern Hilfe in Millionenhöhe zusagen konnte (weil wir ein reiches Land sind), warten die kleinen Inselstaaten und ärmsten Länder bisher vergeblich darauf, dass die Industrieländer zu ihrer Verantwortung für den globalen Klimawandel stehen und Mittel für die Schäden und Verluste, die ihre Emissionen anrichten, aufbringen. Ganz im Gegenteil: Sie begehen Fahrerflucht. Seit der Jahrtausendwende versuchen die Entwicklungsländer, Schäden und Verluste zu einem eigenständigen Thema auf den Klimagipfeln zu machen (vgl. Artikel „Verluste und Schäden durch den Klimawandel...“ im Brennpunkt Drëtt Welt Nr. 301 vom März 2018). Doch sie laufen gegen Gummiwände: Es fehlt schlicht und einfach der politische Wille der Industriestaaten, sich zu den Folgen ihres Handelns zu bekennen. Auch im Paris Agreement von 2015 wurde „Loss and Damage“ nur zu einem eigenen Punkt erhoben, weil insbesondere die USA durchsetzen konnten, dass daraus
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keine finanziellen Ansprüche an die Länder mit hohen Emissionen abgeleitet werden können: ein Pyrrhus-Sieg für vom Klimawandel am stärksten betroffene Staaten und Menschen. Um dieses Thema in Luxemburg auf die politische Tagesordnung zu hieven, hatte die ASTM gemeinsam mit Caritas Luxemburg am 30.5.18 Bruno Nicostrate von ACT Alliance EU zu einem Workshop und einem LunchDébat eingeladen. Er ist Policy Officer Climate Change and Development für seine Organisation (vormals APRODEV) bei der EU in Brüssel. Ein Gespräch mit der Umweltministerin Carole Dieschbourg schloss sich an. Der folgende Text basiert auf einem Positionspapier von Bruno Nicostrate zur Art und Weise, wie mit dem Thema in der internationalen Klimapolitik
umgegangen wird. Der wichtigste Mechanismus dazu ist der „Warsaw International Mechanism“, der auf massiven Druck der klimaverletzlichsten Länder und der globalen Zivilgesellschaft auf dem Klimagipfel 2013 zu Warschau ins Leben gerufen und mit einem Exekutivkomitee ausgestattet wurde.
Was läuft schief mit dem Warschau-Mechanismus? In den fünf Jahren seit 2013 hat das Exekutivkomitee lediglich über die Verstärkung von Fachwissen und Dialogen über Schäden und Verluste, aber nicht über Aktivitäten wie Technologien und finanzielle Unterstützungen diskutiert. Es trifft sich nur zweimal im Jahr. Die meisten Experten (je zur Hälfte aus Industrie-
Bild: Katrin Mockel
Dietmar Mirkes
Bruno Nicostrate von ACT Alliance EU
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Das passt zur Tatsache, dass viele Unterhändler der Industriestaaten die Verhandlungen in die Länge ziehen und offensichtlich gar nicht vorankommen wollen. Das Ganze ergibt ein Bild, dass der WarschauMechanismus dazu dient, dass das Thema „Verluste und Schäden“ aus den eigentlichen Gipfelverhandlungen gezielt herausgehalten wird. Auf dem Klimagipfel zu Bonn wurde auch der sogenannte „Suva Expert Dialogue“ beschlossen. Er war als zweitägiges Expertentreffen zu „Loss and Damage“ Anfang Mai dieses Jahres in Bonn vorgesehen. Tatsächlich wurden daraus zwei knappe halbe Tage, bei denen die Industrieländer vor allem durch Abwesenheit oder Passivität glänzten. Lediglich Deutschland brachte über seine Entwicklungsagentur GIZ das Thema „Versicherungen“ ein (die Rückversicherung Munich Re ist seit Jahren beim Thema Klimawandel und auf den Gipfeln präsent). Allerdings haben Versicherungen den Nachteil, das sie normalerweise von den Versicherten (und nicht den Verursachern) aufgebracht werden und nicht alle Kostenfälle decken (vor allem schleichende Verschlechterungen der Umwelt); ihr Vorteil: ein neues Geschäftsfeld. Eine Vertreterin
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der EU-Kommission brachte das Beobachtungssystem „Kopernikus“ ins Spiel, für das die meisten Entwicklungsländer weder die nötigen Ausstattungen noch Finanzmittel haben. Um aus dieser gezielt verfahrenen Situation herauszukommen, macht ACT Alliance EU eine Reihe von Vorschlägen, die Bruno Nicostrate auch der Umweltministerin übermittelt hat (hier eine Auswahl):
Was müsste zum Thema „Loss and Damage“ geschehen? – „Loss and Damage“ muss ein regelmäßiges Thema in den Klimaverhandlungen werden. – Es muss Bestandteil des „Global Stocktake“ werden, der alle fünf Jahre stattfindenden globalen Bestandsaufnahme der Aktivitäten aller Staaten gegen den Klimawandel. Daher muss es auch neben den Themen Reduktion und Anpassung Bestandteil der nationalen Aktionspläne werden, die die Länder dem UN-Klimasekretariat
liefern (viele arme Länder und Inselstaaten tun dies bereits). – Der Warschau-Mechanismus soll finanziell so ausgestattet werden, dass er seine Aufgaben erfüllen kann und insbesondere Studien und Konsultationen mit Betroffenen durchführen kann. Er soll Register mit vergleichbaren Kriterien und Daten koordinieren, die auch nichtökonomische Fakten einschließen. Er soll zudem einen Fahrplan für einen „Global Loss & Damage Fund“ und Vorschläge für zinsfreie „Catastrophe Climate Bonds“ für arme und verletzliche Länder ausarbeiten sowie eine Expertengruppe ins Leben rufen, die neue Finanzierungsquellen wie zum Beispiel Steuern auf Kohlenstoff und Umlagen für fossile Konzerne erschließen. – UNFCCC, UNDP, UNESCO und UNEP sollen gemeinsam ein Dokumentationsund Beratungszentrum für nichtökonomische Schäden und Verluste aufbauen und 2020 eine internationale Konferenz dazu organisieren. Zu nichtökonomischen Schäden und Verlusten zählt man Verluste, die nicht in Geld
Folgen der Klimaernärmung
bzw. Entwicklungsländern) verfügen nicht über ausreichend Manpower und Budgets für Untersuchungen. So bekannte Cornelia Jager, die Chefunterhändlerin der EU, die auch für Österreich im Exekutivkomitee des Warschau-Mechanismus sitzt, im vorigen Dezember auf dem Klimagipfel 23 zu Bonn öffentlich, dass das Exekutivkomitee überhaupt nicht ausreichend mit finanziellen und personellen Mitteln ausgestattet ist, um seine Aufgaben zu erfüllen – eine Aussage, die von anderen EU-Unterhändlern dann während der COP totgeschwiegen wurde.
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Klimafinanzierung für wen?
ACT Alliance EU hat in einer Studie analysiert, wieviel und welche Art Gelder die EU zur Finanzierung von Reduktions- und Anpassungsprojekten für die Entwicklungsländer bis 2016 zur Verfügung gestellt. Hier einige Resultate: – Die EU brachte 2013 9,5 Mrd. € und 2016 20,2 Mrd € für Klimafinanzierung auf; diese 20,2 Mrd. € entsprechen 22% der 90 Mrd. € (= 100 Mrd. US$) Mittel, die die Industrieländer bis 2020 versprochen hatten; dies liegt etwas unter dem Anteil der EU an den globalen Treibhausgasemissionen. Von diesen 20,2 Mrd kommt der Großteil (15,5 Mrd. €) von den EU-Mitgliedsstaaten, kleinere Anteile von der Europäischen Kommission, dem EDF (Entwicklungsfonds der EU) und der Europäischen Investitionsbank (EIB). Allerdings sind rund ein Drittel aller Mittel Kredite. Was bedeuten diese Zahlen? – Die EU folgt nicht den Empfehlungen des Finanzkomitees des UN-Klimasekretariats, was kreative Doppelzählungen von Beiträgen zur Entwicklungshilfe als Klimagelder ermöglicht. – Während die Gelder des Entwicklungsfonds und der Kommission von 2011 bis 2016 etwa zu gleichen Teilen für Reduktions- und Anpassungsprojekte galten, gab die EIB fast nur Gelder für Reduktionsprojekte (96%) aus. – Nur ein kleiner Teil der Gelder der Kommission (17%) und der EIB
bewertet werden können, zum Beispiel an Leben, Gesundheit und Wissen, an Biodiversität, Ökosystemen und Land, an sozialem Zusammenhalt, Identität und Selbstbestimmung; all dies sind Faktoren, die letztlich zu Binnenflucht und Auswanderung führen können. Das spezielle Visum für Klimaflüchtlinge, das Neuseeland eingeführt hat, kann ein Beispiel für andere Länder sein. – Um die Risiken durch Schäden und Verluste im Vorfeld zu mindern, sind präzisere Wettervorhersagen und verbesserte Klimadienste nötig.
Was können wir hier von Luxemburg aus tun? Nach Auskunft der Umweltministerin findet im September (voraussichtlich am 24.9.) ein sogenannter „TanaloaDialogue“ der drei Benelux-Staaten
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(8%) kam den am wenigsten entwickelten Ländern zugute, aber 70% der Gelder des Entwicklungsfonds; in der Summe flossen nur 19% in die LDCs, der große Rest in Länder mittleren Einkommens. – Luxemburg steht übrigens mit 0,35% des Bruttoinlandsproduktes für Klimafinanzierung an der Spitze aller europäischen Länder, hat allerdings einen hohen Anteil an Krediten. – Das Land, das mit rund 670 Millionen € von 2013 bis 2016 mit Abstand die meisten Klimagelder von Europäischen Kommission, dem Entwicklungsfonds der EU und der Europäischen Investitionsbank. erhielt, ist etwa nicht Bangladesch oder die Philippinen (die zu den verwundbarsten Ländern gehören), sondern ... die Türkei! Sie erhielt damit etwa genausoviele Gelder wie die am wenigsten entwickelten Länder zusammen! An zweiter Stelle stand mit 300 Millionen € ... die Ukraine. Fazit: Hier wird mit Steuergeldern, die für den Klimaschutz da sind, vor allem Geopolitik betrieben. Der Klimawandel wird in Wahrheit nicht ernst genommen. Es herrscht dringender Handlungsbedarf für schärfere Kriterien, Transparenz und Kontrolle. Quelle: EU climate finance 2010 - 2016 analysis: http://actalliance. eu/wp-content/uploads/2018/04/Analysis-of-the-climate-financereporting-of-the-EU.pdf
statt. Diese Art Gespräche auf allen Ebenen wurden auf dem letzten Klimagipfel in Bonn vereinbart, um die Klimaziele und Aktionen der Staaten zu intensivieren. Sie hat die Organisationen der Zivilgesellschaft wie etwa das NGO-Netzwerk Votum Klima eingeladen, sich hier einzubringen. Das Klima-Bündnis Lëtzebuerg hat in seinen Wahlforderungen vom Januar dieses Jahres bereits die Regierung aufgefordert, Institutionen zum Schutz von Klimaflüchtlingen stärker zu unterstützen. Über das Internationale Klima-Bündnis können wir auch mithelfen, dass „Loss and Damage“ als Thema auf dem nächsten Klimagipfel Anfang Dezember im polnischen Kattowice stärker repräsentiert wird als bisher.
Marginalisierten, die die stärksten Schäden und Verluste durch den Klimawandel erleiden, egal ob Bauern, Fischer, Indigene, Nomaden oder Slumbewohner. Wir sollten die jüngsten Überschwemmungen in der Region des Müllerthals als Menetekel ansehen, das uns zeigt, was uns hier im „sicheren“ Ländchen noch alles bevorsteht, ein Ereignis, das uns auch hilft, besser zu verstehen und mitzufühlen, was bereits jetzt schon in vielfach stärkerem Maße die Armen dieser Welt trifft. Wir brauchen jetzt keine Scheuklappen, sondern auch Solidarität mit denjenigen, die der Klimawandel am stärksten trifft.
Dietmar Mirkes, Mitglied der ASTM Es sind immer die Armen und
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Comment appréhender le changement social et définir ensemble un cadre renouvelé d’action collective et d’alliance pour le changement ? C’est sous ce thème ambitieux que SOS Faim Luxembourg, qui fête cette année son 25e anniversaire, avait réuni en Atelier de Réflexion, au Centre Songhaï1 à Porto Novo (Bénin), 29 acteurs du développement, venant de 9 pays2. Raymond Weber 1. Autour des thèmes «traditionnels» de SOS Faim que sont la sécurité alimentaire, l’agriculture familiale «durable» et le soutien aux organisations professionnelles des paysans et des éleveurs, il s’agissait de discuter, avec les partenaires du Sud, des problèmes qui les préoccupent, tels que le changement climatique, la redistribution des richesses (fiscalité), la sécurité ou encore les migrations humaines. Il y a surtout le fait que, faute de politiques publiques nationales et internationales volontaristes, les inégalités en termes de revenus et d’accès aux droits fondamentaux (alimentation, éducation, santé, culture…) ne cessent de se creuser dans le monde, avec un coût social et humain énorme. Dans ce contexte où clichés, motsvalises et autres jugements définitifs se déploient au rythme effréné de la machine médiatique globalisée, il y a une immense difficulté à appréhender la complexité des changements qui s’opèrent dans et entre les sociétés. L’Afrique, en particulier, est l’objet de toutes sortes de projections et se trouve au centre d’une foison d’interventions de nature exogène (système de l’aide; investissements privés) affichant pour ambition de contribuer à son «développement», tout en perpétuant le plus souvent un système de domination politique et économique.
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L’action de SOS Faim et de ses organisations partenaires s’inscrit dans un projet collectif, porteur de progrès social et économique pour tous et notamment pour les franges les plus vulnérables de nos sociétés. Pourtant, depuis 20 à 30 ans que des organisations telles que SOS Faim existent, elles peinent à influer sur les tendances lourdes citées plus haut. Le système de l’aide, en particulier, se technocratise et élude, trop souvent et de manière inquiétante, le soubassement politique de la pauvreté et des inégalités. Pour ne citer que l’agriculture, le secteur privé transnational est en passe de convaincre les gouvernements africains et occidentaux, ainsi que les organisations inter-étatiques, qu’il est le mieux placé
pour contribuer à relever le défi de la sécurité alimentaire en Afrique, ce qui fait planer de sérieuses menaces sur la préservation de la notion d’intérêt général et le devenir de la condition paysanne… Malgré des trajectoires et profils singuliers, le point commun de tous les participants de l’Atelier de Porto-Novo est d’être engagés dans l’action sociale, d’être sensibles et attentifs à ce qui abîme les hommes et le monde, d’être mus par un désir de changement … et de se poser beaucoup de questions autour de : comment réaliser plus de justice sociale et économique? comment obtenir une meilleure redistribution des richesses, ainsi qu’une réelle souveraineté pour les pays du sud ?
"Dans ce contexte où clichés, mots-valises et autres jugements définitifs se déploient au rythme effréné de la machine médiatique globalisée, il y a une immense difficulté à appréhender la complexité des changements qui s’opèrent dans et entre les sociétés. L’Afrique, en particulier, est l’objet de toutes sortes de projections et se trouve au centre d’une foison d’interventions de nature exogène (système de l’aide; investissements privés) affichant pour ambition de contribuer à son «développement», tout en perpétuant le plus souvent un système de domination politique et économique." BP 302 - juin 2018
Photo: SOS Faim
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Participants à l'Atelier de Réflexion à Porto Novo
comment contribuer au développement d’une agriculture pourvoyeuse d’emplois dignes et qui préserve les ressources naturelles… ? Les objectifs de l’Atelier ont été, en conséquence, de susciter un débat et des échanges avec les partenaires autour de deux notions, le changement social et les relations de partenariat, afin de les questionner dans une perspective de trajectoire (d’où l’on vient et vers quoi on se projette) et aussi de préparer de possibles réajustements dans la manière de travailler ensemble. Il s’agissait de s’interroger sur la manière dont chacune des organisations peut contribuer au changement systémique de nos sociétés et ainsi participer d’une dynamique de transformation globale. Questions qui ne vont pas sans s’interroger aussi sur ce qui fonde la légitimité des ONGD, leur capacité de mobilisation sociale et celle aussi des alliances pour résister aux forces du capitalisme financier déshumanisant et proposer des alternatives crédibles. 2. En amont de la réunion de PortoNovo, SOS Faim s’était interrogée
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sur son positionnement actuel, avec son identité d’ONGD européenne, mais aussi sur l’évolution politique et sociale des pays africains, au sein d’une interdépendance croissante des sociétés au niveau mondial, ainsi que le système de l’aide, dont elle est bien sûr partie prenante. Les discussions et confrontations de points de vue avec ses partenaires, souvent très riches, mais aussi les lectures et participations à des séminaires ont fait évoluer SOS Faim dans la perception de son rôle d’ONG d’aide au développement. D’une approche, au départ, en 1993, plutôt caritative (lutter contre la pauvreté; aider des organisations africaines; soutenir des initiatives ; appuyer le développement de la microfinance), vers une posture critique de l’approche traditionnelle de « l’appui », du soutien pour mettre en avant l’importance du facteur politique dans ses actions et l’enjeu de partenariats basés sur la réciprocité. Certes, le premier métier de SOS Faim reste l’intermédiation financière entre, d’un côté, les pouvoirs publics et les citoyens-donateurs
luxembourgeois et, de l’autre, les OSC africaines : mais derrière cette dimension financière du partenariat, apparaît une autre dimension à ne pas négliger : des relations humaines; un apprentissage de la complexité du contexte dans lequel évoluent les Organisations de la Société Civile (OSC) africaines ; des échanges d’analyses, des confrontations de points de vues, des conflits parfois ; un enrichissement mutuel sur le plan humain et intellectuel ; des échecs ; des réussites, de nombreux apprentissages… Aujourd’hui, l’aide publique au développement peine à répondre aux multiples défis qui se posent sur le continent et est même franchement remise en cause, tant par les tenants d’une aide privée, qui dénoncent avec sévérité son inefficacité et remettent également en cause les politiques publiques en général, que par des intellectuels et des citoyens africains qui voient dans le système de l’aide, au mieux des solutions plaquées, exogènes, passant à côté des vrais enjeux ; au pire, une simple prolongation de l’assujettissement colonial3.
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Afin d’impliquer autant d’acteurs de développement que possible dans ce «chantier», SOS Faim avait envoyé, en amont de la réunion de Porto-Novo, 33 questionnaires à des acteurs susceptibles de participer à l’Atelier. 30 réponses, souvent très détaillées, sont revenues et ont permis de structurer les débats de Porto-Novo en amont, autour de questionnements tels que : quel est cet ancien monde qui mute actuellement ? Le « progrès » est-il toujours à l’ordre du jour ? Quelles sont les logiques à l’œuvre (de cloisonnement, de survie, du tout marché, du chaos/terreur, d’exclusion, de profit, de conviction, de projet, de besoins, d’entreprise… ?) ; qui définit et formule les questions en débat ? qui est surtout « pris dans la nasse » (le « petit peuple », les « perdants ») ? sommesnous, ONGD et OSC, encore perçues, notamment par les jeunes, comme des « acteurs de changement » (ou sommesnous vues comme des supplétifs de l’ordre établi) ? Comment expliquer notre incapacité à agir, à faire bouger les choses ? Le concept de «développement» (durable) est-il un concept dépassé ? La démocratie est-elle une réponse d’avenir? Cinq questions centrales ont pu être dégagées plus directement : • sur quoi faut-il se mettre d'accord pour se "rencontrer" ? reconnaître nos différences ; les identifier : des identités, des statuts, des sensibilités, des références et vocabulaires différents; les accepter : tout ce qui sera dit aura de la valeur et sera écouté ; s'accorder sur ce qui nous est commun : des insatisfactions, des inquiétudes, des doutes, une intention commune : "en sortir" d'une part, "jeter des ponts" d'autre part ; • s'accorder sur les pièges à éviter. Plutôt que de chercher d'emblée à formuler des affirmations, l’Atelier a préféré repérer les voies sans issue, pour les délaisser, et pour progresser, en ouvrant des voies nouvelles (chasse aux mots-valises
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et aux « concepts allant de soi » du discours du développement…); • sommes-nous dans le même Monde? C'est une question de fond pour approfondir la question de la différence, et elle nous traverse tous. Son intérêt est que l'on ne peut répondre ni par oui ni par non. On est bien dans la même grande barque et si elle sombre, nous sombrons tous. Cependant, nos situations ne sont pas, ici et maintenant, les mêmes ; un Syrien, en fuite devant la guerre, n'a certainement pas le sentiment de vivre dans le même monde que les participants à l'atelier de Porto-Novo. Ce qui est certain, c'est que, si nous sommes bien "citoyens du même Monde", nous n'avons pas les mêmes lunettes pour le regarder. C'est également une question qui permet d'aborder celle de savoir ce qui meut le monde et de se situer par rapport aux idéologies qui ont à cela chacune leur réponse (Dieu, le mal, la main invisible du marché, la lutte des classes, la compétition, le profit…) et d'élucider les fonctions de l'idéologie (d'orientation, de mobilisation, d'occultation) ; • avec quoi faut-il composer ? Cette méta-question s'est imposée à travers l'analyse des réponses au questionnaire, particulièrement celles des invités éthiopiens ou burundais que l'on ne peut pas soupçonner de rester dans leur "zone de confort". Elle s’est posée, en des termes particuliers pour chacun, à tous les participants : c'est le principe de réalité ("prendre en compte les exigences du monde réel, et les conséquences de ses actes"). On voit que pour la plupart, la limite au compromis est la compromission et l'opportunisme. Il faut donc lier cette question à la suivante : • sur quoi ne faut-il pas transiger ? C'est la question cruciale. Elle traverse celle de notre vision du monde (ce que l'on veut, ce que l'on refuse), de nos valeurs, de l'engagement, du militantisme, de la déontologie…, et c'est autour d'elle que peut se constituer un socle commun, se construire un "cadre renouvelé
d'action collective et d'alliance pour le changement". 3. Tout au long des trois jours de réunion au Centre Songhaï de Porto-Novo, les questionnements brièvement exposés ci-dessus ont pu être approfondis. Comme tout le monde était d’accord sur le fait qu’il ne fallait pas faire des « conclusions » ou « recommandations » finales, les « chantiers », de réflexion et d’action, restent ouverts. Il n’est sans doute pas inutile, plutôt que de s’appesantir sur quelques «conclusions », de rappeler ici brièvement les « enjeux » qui continueront sans doute à alimenter les réflexions de SOS Faim et de leurs partenaires : • quels sont les modèles alternatifs au capitalisme néo-libéral à notre disposition ? Comment éviter une logique de TINA (There Is No Alternative) ? • comment réussirons-nous à bien gérer, voire à « maîtriser », les transitions démographiques ? • comment transformer tous les savoirs et connaissances dont nous disposons aujourd’hui en stratégies opérationnelles, en faisant participer le plus de monde possible aux processus de décision et de mise en œuvre ? • comment réussir à introduire plus de justice et d’équité dans un monde aux ressources limitées et marqué par les privilèges exorbitants de certains ? • comment mettre en place des systèmes d’enseignement et de formation qui allient respect des traditions et ouverture au « progrès » et qui fassent interagir développement des compétences et culture générale ? • comment réenchanter le monde, on ouvrant des perspectives d’avenir, capables d’enthousiasmer les jeunes et de permettre des mobilisations citoyennes fortes ? • quel monde, quelle société, quels changements voulons-nous au
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fond et comment pouvons-nous, individuellement et collectivement, nous y impliquer ? • quel(s) modèle(s) de développement, ou plutôt de coopération au développement, voulons-nous, au-delà des « systèmes d’aides » actuels ? • comment donner sens à notre prise de conscience que, par notre action, nous sommes souvent « pompiers » d’un capitalisme néo-libéral qui a tendance à phagocyter et à commercialiser toute innovation et toute « déviance » légère? Comment ne pas «perdre notre âme» dans une lutte plus directement politique et comment résister aux sentiments d’impuissance et de lassitude, dans ce combat inégal ? • comment abattre les barrières qui existent toujours entre les différents acteurs du changement et comment fusionner les énergies «nouvelles», venant notamment des jeunes et des mouvements citoyens, souvent spontanés et ponctuels ? • comment pouvons-nous participer activement à un renouveau de la démocratie, dans ses contenus et dans ses processus ? • comment lutter, chacun à son niveau et collectivement, contre la montée de l’extrémisme et de l’intolérance vis-à-vis de l’Autre ? • comment éviter que notre besoin de sécurité humaine ne soit transformé par nos dirigeants en sécurité militaire, entraînant des réductions très importantes de nos libertés individuelles? • comment réussir « la grande transition », en nous engageant dans un processus de profond changement culturel, en fixant le bien-être comme but ultime, en préconisant une culture de la suffisance, en mettant l’égalité au cœur du système, en visant l’élimination de la logique de la croissance, en repensant de manière critique le rôle du marché, en respectant les limites écologiques et en soignant nos communs mondiaux ?
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A Porto-Novo, il y avait trois « murs » à la disposition des participants : un mur des inquiétudes et du désespoir, un mur des citations et un mur de l’espoir et du possible. Prenons, pour « conclure », quelques extraits de ce mur de l’espoir et du possible :
• Amélioration de la qualité de représentation des OP et de la société civile ; • Continuer à améliorer notre compréhension des évolutions et des processus. Notes:
• Plus rien ne sera comme avant ; • On est riche de ce qu'on est, pas de ce qu'on a ; • Nous vivons dans un monde métissé ; • Des "modèles alternatifs" : agro-écologie ? permaculture ? gouvernance/sociocratie ? sobriété heureuse ? social business ? Il existe des propositions, des innovations, des expérimentations ; • Agir pour changer la vision de la société. Alliances ; • Agir par nos comportements individuels (même si la mise en cohérence idée-action est souvent difficile) ; • Coalition des bonnes volontés ; • Community level activism & protest movements ; • La violence comme ultime recours contre la violence institutionnelle ? • Creuser ensemble des espaces de résistance ; • Importance d'une éducation critique, tout en respectant les savoirs traditionnels ; • Éducation, sensibilisation, plaidoyer ! il ne faut jamais arrêter ! • Youth population is curious, informed and ambitious ; • Face à la mondialisation : relocaliser, reterritorialiser. Proximité – ancrage ; • Tout ce que nous mangeons provient du monde agricole, donc il y a de l’espoir; • Le monde appartient aux agriculteurs et aux éleveurs, via leurs Organisations de Production (OP); • Autonomisation et renouvellement des OP ;
1 le Centre Songhaï est un centre de formation, de production et de recherche & développement en agriculture durable, se fondant sur l’agrobiologie, et qui repose sur un système intégré de production entre agriculture, élevage et pisciculture, visant à créer une alliance entre l’homme, l’environnement et la technologie 2 en plus de l’équipe de SOS Faim Luxembourg (9 personnes), il y avait des représentants du Bénin, du Burkina Faso, du Cameroun, de l’Ethiopie, de France, du Mali, du Niger et du Sénégal. 3 dans ce contexte, il a été souvent fait allusion, à Porto Novo, tant aux travaux d’un Achille Mbembe et d’un Felwine Sarr, qu’aux « Ateliers de la Pensée » que ces deux intellectuels ont organisés, en 2016 et 2017, au Sénégal. Tout comme sur la scène artistique africaine, on voit monter aujourd’hui, sur le continent africain, une immense aspiration et une forte revendication pour replacer les rênes du destin des Africains entre leurs mains propres et ainsi mettre un terme à un système de domination politique, économique, social et culturel qui n’a que trop duré, et prospère au sein d’une mondialisation porteuse d’insupportables inégalités. De plus en plus d’Africains aspirent, quelque 60 ans après les indépendances, à la souveraineté politique, économique, culturelle et appellent à un recentrage de l’Afrique sur ellemême : non dans mouvement de repli sur soi, mais pour s’appuyer sur ses valeurs, ses cultures, ses forces et ainsi les transformer en un dessein politique qui lui soit propre et non plus imposé de l’extérieur.
Raymond Weber, membre de SOS Faim
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Entreprises et droits humains : la société civile luxembourgeoise demande des mesures de prévention contraignantes
Les entreprises transnationales domiciliées au Grand-Duché doivent faire face à leurs responsabilités lorsque leurs activités à l’étranger menacent les droits humains et l’environnement. C’est par ce message qu’une coalition d’organisations de la société civile a lancé le 19 mars une Initiative pour un devoir de vigilance au Luxembourg.
Antoniya Argirova L’initiative, soutenue à ce premier stade par treize organisations de la société civile luxembourgeoise, appelle à la mise en place d’une législation contraignante instaurant un devoir de vigilance pour les entreprises transnationales domiciliées au Luxembourg. La proposition vise à intégrer le respect des droits humains, des normes de travail ainsi que des accords et des dispositions environnementaux internationaux dans l’ensemble de la chaîne de valeur des entreprises. Inspirée des Principes directeurs de l’ONU relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme adoptés en 2011, une telle législation sur le devoir de vigilance obligerait les entreprises d’évaluer l’ensemble de leur chaîne de valeur afin d’identifier les risques effectifs et potentiels en matière de droits humains et d’environnement et prendre les mesures nécessaires pour y remédier. Enfin, elles devraient rendre compte publiquement de leur évaluation et des mesures adoptées. Afin de garantir que les entreprises s’acquittent de leur devoir de vigilance, l’Initiative propose de mettre en place un organe de contrôle indépendant
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Les organisations membres de l'Initiative sont: Action Solidarité Tiers Monde, Caritas Luxembourg, Cercle de coopération des ONGD, Comité pour une Paix Juste au Proche-Orient, Commission luxembourgeoise Paix et Justice, Etika, Fairtrade Lëtzebuerg, Frères des Hommes Luxembourg, Greenpeace Luxembourg, OGBL, OGBL Solidarité syndicale, partage.lu, SOS Faim Luxembourg
et de prévoir des sanctions en cas de non- respect de cette obligation. Ainsi, le devoir de vigilance aura un fort effet préventif, en incitant les entreprises à agir correctement.
Interpellation des partis politiques Depuis le lancement de l’Initiative, plusieurs rencontres avec des repré-
sentants des partis politiques ont été organisées afin de faire connaître la proposition de la société civile. Les partis politiques étant en train d’élaborer leurs programmes électoraux pour les élections législatives d’octobre 2018, l’Initiative les a appelés à s’engager en faveur de l’adoption d’une législation sur le devoir de vigilance. Lors des rencontres, les représentants
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de l’Initiative ont insisté sur l’effet préventif du devoir de vigilance qui pourrait bénéficier à toutes les parties prenantes : les populations affectées par les activités des entreprises, les entreprises elles-mêmes, l'Etat et les consommateurs.
Elaboration du Plan d'action national sur les entreprises et les droits humains Le lancement de l’Initiative a coïncidé entres autres avec l’élaboration du premier Plan d’action national sur les entreprises et les droits humains du Luxembourg par le Ministère des Affaires étrangères et européennes, qui est censé mettre en œuvre les Principes directeurs sur les entreprises et les droits humains des Nations Unies. Afin de garantir une mise en œuvre efficace, l’Initiative a demandé à intégrer la proposition d’adopter une loi sur le devoir de vigilance dans le futur Plan. En outre, elle a proposé l’intégration dans le document de huit actions concrètes qui relèvent de la responsabilité de l’Etat, ainsi que des actions à mettre en place par les entreprises ellesmêmes. A plusieurs reprises, l’Initiative a souligné l’importance de ne pas se limiter à des actions de sensibilisation mais d’y inclure aussi des mesures comprenant des actions au niveau politique et législatif. C’est-à-dire un « smart mix » de mesures recommandé également par les Nations Unies lors de la mise en œuvre des Principes par les Etats. Dans le cadre de ce processus, des représentants de l’Initiative ont également rencontré le Ministre Jean Asselborn afin de présenter en détail la proposition de la société civile. Lors de cette rencontre, le Ministre Asselborn a insisté sur l’importance d’adopter le Plan d’action national sur les entreprises et les droits humains afin de pouvoir se conformer aux engage-
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Entrevue avec le Ministre Jean Asselborn le 6 juin 2018
ments pris auprès des Nations Unies. Compte tenu du calendrier politique, une initiative législative ne sera plus possible dans le cadre de l’actuelle période de législation et la décision sera du ressort du prochain gouvernement, a expliqué le Ministre Asselborn lors de l'entrevue. En effet, le Plan devrait être adopté par le Conseil du gouvernement avant les vacances d'été. A partir de la rentrée, l’Initiative commencera à suivre sa mise en œuvre tout en continuant à plaider pour un renforcement du cadre législatif auprès des dirigeants du futur gouvernement. Le 11 juillet à 18h 30, l'Initiative organise la table ronde " Mënschenan Ëmweltrechter - k(ee) Fall fir d'Entreprisen?!" au Centre culturel de Bonnevoie en présence de représentants de différents partis politiques. Plus d'infos sur: https://www.initiativedevoirdevigilance.org Antoniya Argirova, membre de l'ASTM
Principes directeurs des Nations Unies Le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies a adopté à l’unanimité des Principes directeurs relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme en juin 2011. Ces Principes, proposés par le professeur John Ruggie, reposent sur 3 piliers : Ils créent l’obligation pour les États de protéger les citoyens des atteintes aux droits humains par des tiers, y compris par des multinationales. Ils exigent des entreprises qu’elles respectent les droits humains par la mise en œuvre de procédures de « diligence raisonnable» : évaluer les incidences effectives et potentielles sur les droits humains, prendre des mesures appropriées et rendre transparent comment il est remédié à ces incidences . Enfin, ils soulignent la nécessité d’un accès effectif à des recours ou mesures de réparation. Les Principes directeurs étendent cette responsabilité des entreprises aux activités de leur chaîne de valeur.
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Luxembourg
Danke, Camille Gira Dietmar Mirkes
Camille Gira war als Bürgermeister von Beckerich – wie die ASTM – 1995 Mitbegründer des Klima-Bündnis Lëtzebuerg (KBL) gewesen. Ab dieser Zeit war für uns klar: Jedes Jahr im November hatte die ASTM einen Stand auf dem Dritte Welt-Tag in Beckerich, im gleichen Saal Nic Bosseler, wo jetzt Camilles Trauerfeier stattfand. Lange Jahre war er einer der Repräsentanten in der Cellule de Coordination des KBL; sein Wort hatte dort Gewicht. Ab 2004 saß er ein Jahrzehnt im Vorstand des Internationalen Klima-Bündnisses (KBI) – Saß? Nein, irgendwie kann man sich Camille nur stehend, voller „Action“ vorstellen, ein Energiebündel, das immer mit praktischen Vorschlägen diente, aber genauso konzentriert auch anderen zuhören konnte. Er trieb die Interessenvertretung der Gemeinden auf EU-Ebene und den Covenant of Mayors, ein Zusammenschluss von Gemeinden, die die Klimaziele der EU erreichen oder übertreffen wollen, voran. Nach den Sitzungen des KBI-Vorstands genügte ein kurzer Blick, und es war klar: “Mir ginn nach e Patt huelen“ – woraus dann meistens eine längere Einkehr mit heftigen politischen
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Bild: ASTM
Ein großer Mensch ist von uns gegangen, mitten in seiner Rede am 16. Mai 2018 vor der Chambre zum neuen Naturschutzgesetz traf ihn der Schlag, drei Stunden später war Camille Gira tot. Für die ASTM war Camille ein Politiker, der globale Zusammenhänge sah und sich aktiv für Belange des Südens einsetzte.
Disputen und schallendem Gelächter wurde. Camille war eigentlich immer gut drauf, ein positiver Pol in einer Gruppe. Ein Beispiel: Während der KBL-Studienreise 2009 in Ecuador fielen beim Reisebus auf holpriger Landstraße am gebirgigen Abhang der Anden die Lampen aus. Als der Beifahrer bei Anbruch der Nacht mit der Taschenlampe aus dem Seitenfenster heraus den Weg ausleuchten musste, drohte die Stimmung im Bus zu kippen. Doch Camille rettete sie mit seinem Situationswitz, bis alle doch noch heil das Hotel erreichten. Er verließ den KBI-Vorstand, nachdem er -infolge der Wahlen von 2013 – Staatssekretär im Umweltministerium wurde. In seiner neuen Funktion blieb er weiterhin dem Klima-Bündnis verbunden, so zum Beispiel bei der Jahrestagung des Internationalen Klima-Bündnis 2014 in Luxemburg. Mit Votum Klima, dem NGO-Netzwerk, in dem die ASTM sich stark engagiert, gab es immer wieder intensive und fruchtbare Sitzungen, gemeinsam
auch mit Umweltministerin Carole Dieschbourg, wo man zwar oft, “aber auch nicht immer” einer Meinung war. Für Besucher von Partnerorganisationen der ASTM aus Amazonien hatte Camille immer Zeit: Beim Scheunenkino in Koerich im September 2017 sprach er gemeinsam mit Eriberto Gualinga zu den Zuschauern, und die vier Frauen aus Sarayaku traf er im November 2017 in den Räumen der ASTM – es sollte sein letzter Besuch bei uns sein. Viele Politiker werden auf ihrem Weg nach oben glatt wie Kieselsteine – Camille nicht. Er behielt seine Kanten, er blieb seinen Überzeugungen von einer gerechteren und ökologischeren Welt treu; man konnte ihm vertrauen. Dabei wurde er nicht verbissen oder zynisch, sondern behielt immer seinen Humor und seinen Optimismus. Camille, wir werden Dich vermissen – aber nicht im Kämmerlein trauern, sondern uns in Deinem Sinne weiter für eine solidarischere Welt einsetzen.
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Jean Ziegler: Le capitalisme expliqué à ma petite-fille Jean Feyder Voilà un ouvrage qui a le mérite d’expliquer, de manière simple, pédagogique et compréhensible le système économique et financier qui domine le monde. Au cours d’un entretien, Jean Ziegler répond aux questions que lui pose Zohra, sa petitefille. Le capitalisme émerge du système féodal et de la bourgeoisie du Moyen-Âge. L’esclavage a été un des piliers du capitalisme naissant au cours de plusieurs siècles. La révolution française a été le triomphe politique, idéologique, économique de la bourgeoisie capitaliste. Elle a défendu la propriété privée au détriment de l’intérêt collectif. Le capitalisme connaît une expansion foudroyante mondiale à la faveur de l’écroulement du système de l’Union soviétique en 1991. Le capital financier mondialisé est aux mains d’oligarques qui, par leur puissance et leurs richesses, sont les véritables maîtres de la planète. Certains gouvernements comme celui des Etats-Unis sont complices de ces capitalistes. S’y ajoutent la connivence et la corruption des gouvernements en place. Les principaux ressorts de la société de consommation sont le marketing et la publicité, deux activités « les plus néfastes et les plus stupides » inventées par les hommes. Le désir de consommer est suscité et inspiré à la télé, au cinéma, sur internet. Par l’ « obsolescence programmée » les entreprises hâtent le remplacement des produits. Maximiser le profit implique de produire à des prix
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les plus bas possibles. Au Bangladesh, une couturière ne touche que 25 centimes pour un jean vendu à 54 euros à Genève. Jean Ziegler souligne les inégalités énormes, meurtrières et toujours croissantes entre sociétés transcontinentales et la moitié la plus pauvre de l’humanité. Celles-ci sont encore aggravées par les inégalités devant l’impôt et les pratiques des paradis fiscaux. S’y ajoute que les flux de capitaux Sud-Nord dépassent les flux Nord-Sud. Ceci renforce encore «le garrot» de l’endettement des pays en développement, plus élevé que jamais. Nous vivons en principe sous l’empire de la liberté de la presse. Le fait est qu’une
poignée de milliardaires contrôlent l’essentiel des médias. En France, 80 % des hebdomadaires, mensuels et journaux sont possédés par cinq milliardaires. Le capitalisme doit être détruit «totalement, radicalement». Notre utopie « c’est l’horizon des valeurs sur lesquelles nous devons régler notre conduite ». Elle est inscrite dans la Déclaration universelle des droits de l’homme. Au cours des derniers siècles, l’humanité a obtenu l’abolition de l’esclavage, l’émancipation des femmes en Occident, la sécurité sociale. Nous assistons à une multiplication des fronts de résistance. Un nouvel acteur est en train de naître : la société civile planétaire.
Jean
Feyder,
membre
de
l'ASTM
Jean Ziegler, Le capitalisme expliqué à ma petite fille, Ed.Seuil, 2018, 115 pages
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Pour la dignité paysanne
Marc Schmitz « Si vous voulez comprendre pourquoi, par milliers, des jeunes venus du Soudan, d’Ethiopie, d’Afrique centrale, de Guinée, sont prêts à mourir pour pouvoir tenter leur chance en Europe, si vous voulez saisir les causes profondes de cet exode, lisez un livre qui, à première vue, parle d’autre chose, ‘’Pour la dignité paysanne’’ . Son auteur, Deogratias Niyonkuru n’est ni philosophe, ni démographe, ni professeur d’université. Mais le terrain africain, il connaît… » Dans son ouvrage, M. Niyonkuru, agronome burundais, tire notamment les leçons de quarante années d’investissement dans des projets menés en Afrique. Son bilan n’est pas tendre pour les politiques dites de coopération. «Tu sais bien Deo… (…) Ce que nous disions dans la salle, c’est pour te faire plaisir et t’aider à monter des projets qui plaisent aux Blancs, mais cela ne changera rien à notre vie… Nous, on n’acceptera jamais que nos femmes passent leurs semaines à tournoyer dans des formations sans intérêt. Nous, on ne deviendra pas esclaves des arbres à arroser matin et soir quand nos bêtes et nous-mêmes manquons d’eau. » Voilà résumée la pensée des leaders paysans avec lesquels Deogratias Niyonkuru travaille depuis des décennies. Terrible ! Mais révélateur de l’état d’esprit de paysans qui ont bien compris ce que les « Blancs » attendent et qui ont perdu confiance. Humiliation, dépendance, tout sauf dignité. Et ce sont des leaders paysans.
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D’où un impératif de base et incontournable : partir des réalités vécues par les paysan-ne-s pauvres, prendre en compte leurs traditions, les écouter longuement et attentivement. Pour qu’ils retrouvent confiance en eux et dans les interlocuteurs qui «devraient les accompagner pour mettre en place des systèmes autonomes de production… et à s’organiser pour participer à la définition des politiques agricoles ». Soit reprendre du pouvoir. Des chantiers, encore des chantiers. L’auteur a consacré une année entière à mettre de l’ordre dans toutes ses expérimentations, observations, notes de travail et confidences. Cela donne un livre de plus de 500 pages, d’une lecture aisée, pour découvrir l’extrême complexité du sujet. En se basant sur des situations très concrètes, il propose une véritable révolution dans les pratiques dominantes.
Une « voie africaine » « Chaque année, quand ma femme et moi décidons d’ouvrir un nouveau champ, nous déterminons le projet auquel nous allons prioritairement affecter les revenus de ce champ : cimenter notre maison, envoyer un enfant à l’université, nous acheter une machine à coudre… », témoigne un paysan. Un bout de dignité retrouvée au terme d’une formation humaine avant tout. Développement ? La majorité des projets financés par des gouvernements ou des ONG des pays riches ont pour ligne de force et modèle le type de développement qu’a connu l’Occident et qu’il s’agirait de rattraper. Or, avec ce livre, Deogratias pulvérise l’idée selon
laquelle l’Afrique devrait « rattraper » les autres alors qu’en réalité, elle doit se forger des repères et des objectifs qui correspondent à ses valeurs, définir une voie qui lui soit propre. Pour lui, « développer signifie donc libérer ou plutôt accompagner l’homme à se libérer des forces qui l’écrasent ». Et plus loin : « Libérer le paysan de la paupérisation, libérer du fatalisme, fruit de l’oppression qui enlève toute capacité d’entreprendre, libérer des politiques insidieuses de développement, libérer des pesanteurs de sa culture et de sa religion, mais aussi de l’érosion de sa culture, libérer de l’exploitation par les forces du marché bien mieux aguerries que lui, libérer enfin de politiques qui font fi de ses droits ». Même combat, toutes proportions gardées, les petits paysans et producteurs de chez nous sont aussi victimes de systèmes qui les écrasent. Que ce soit la Politique agricole commune, les prix du lait, les stratégies des multinationales (Lactalis, Nestlé), la politique des intermédiaires et des grands groupes de distribution. Les mêmes qui pillent le Sud ! Alors, comment être davantage solidaires des paysans pauvres du Nord et du Sud ? À travers nos modes de consommation (équitable, circuits courts, à la ferme, boycott de multinationales, etc.), bien sûr. Mais aussi en exigeant une révolution copernicienne dans les politiques dites de coopération du Luxembourg et de l’Europe. Quel programme ! Livre disponible au CITIM. Marc Schmitz
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Baganda Sakho : L’émigration n’est pas la solution Jean Feyder L’actualité de la migration assure à ce livre un intérêt particulier. Baganda Sakho, un Sénégalais soninké, originaire de Koar, village à 450 à l’Est de Dakar, y raconte sa vie. En 1974, Baganda émigre en France, à l’âge de 19 ans, s’établit à Paris et choisit le métier de plombier. Il développe ses contacts, d’abord à Paris avec les associations de migrants et d’étudiants africains puis également avec des associations s’occupant du développement rural. Grâce à celles-ci, il établit des relations avec des villes et des milieux à l’extérieur de Paris, rencontre des agriculteurs et effectue des stages dans des centres de formation agricole pour travailleurs migrants. En 1987, muni d’un brevet professionnel d’Agriculture et d’Élevage (BPAE), il retourne dans son pays. Avant son retour, il met en place la création d’une association villageoise à Koar, puis une intervillageoise appelée Soxaana Feddé (association des paysans, en soninké) dont il reste toute sa vie animateur et non pas dirigeant. Des puits sont creusés, des formations à différents métiers sont organisées et des banques céréalières, des banques de semences ainsi que des matériels agricoles sont mises en place. Des voyages sont organisés pour voir ce qui se fait ailleurs. « Voyager est essentiel pour apporter des idées ». Un projet-clé est l’alphabétisation. Le nombre de centres d’alphabétisation passe de trois à cinquante, suivis à la fin par 80% de femmes. Après une longue préparation, des Caisses Locales d’Épargne et
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Baganda Sakho, L’émigration n’est pas la solution, Ed. GRAD/Soxaana Fedde, 250 pages
de Crédit sont lancées avec l’appui des Jardins de Cocagne - Solidarité Nord-Sud de Genève. Baganda a trois épouses et vit au sein d’une grande famille, «notre concession» habitant dans une seule grande maison. Nombre des hommes vivent à l’étranger et envoient de l’argent, solidarité oblige. Avant un mariage, le choix d’une jeune mariée fait l’objet de larges consultations au sein de toute la famille. En 2002, Baganda s’engage au niveau de la politique locale et devient, en 2009, Président de la Commune Rurale de Koar. Il se concentre sur la mise en valeur des forêts, - la production de charbon de bois étant vendue au marché de Dakar -, la maîtrise par les exploitations familiales du triangle production-transformationcommercialisation et l’amélioration de la vie des enseignants. Le désenclavement, l’eau potable et l’énergie restent les défis majeurs en 2017. Le ramassage des ordures est pris en mains et devient une réussite. Un programme climatique de
la région des quatre communes explique le changement climatique et l’intérêt de planter des arbres, des haies vives, des brise-vents dans les jardins et de procéder au reboisement massif. Une vie au service des valeurs africaines: solidarité, entraide, respect de la vie humaine. « Je suis foncièrement contre l’émigration clandestine, dit Baganda; émigrer est notre habitude mais ce n’est pas la solution et mettre un mur en béton entre le Nord et le Sud ne facilitera pas les choses ».
Jean
Feyder,
membre
de
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SEMAINES DE L’EDUCATION AU DEVELOPPEMENT DURABLE
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