Appelé à effectuer sa période de réserve dans l’armée, un avocat d’une trentaine d’années se voit confier une curieuse mission : une jeune soldate religieuse pratiquante a déposé une plainte pour viol contre un brillant officier aux états de service irréprochables. L’avocat commence à enquêter, aidé d’un collègue de bureau. Il quitte Tel-Aviv, son bruit et ses gratte-ciels, pour rendre visite aux parents de la soldate, dans une petite ville pauvre du Sud d’Israël. Il se rend ensuite dans l’unité de l’officier, un bunker basé à la frontière du Liban. À mesure qu’il avance dans son enquête, la réalité se dérobe sous le masque des apparences. Qui est cet officier pur et dur, patriote, militariste, perfectionniste ? Et qui est cette adolescente d’une ville du Sud, qui se veut religieuse et intouchable ? À travers ces deux figures ambiguës, Yishaï Sarid dresse le portrait nuancé et complexe d’un Israël brutal et insaisissable. Dans ce premier roman, l’auteur du Poète de Gaza manie les fils de l’intrigue avec une extrême habileté. Au moyen d’une écriture dont la simplicité le dispute à l’intelligence, il brouille à dessein les pistes de l’enquête pour ouvrir celles de la réflexion.
YISHAÏ SARID
Une proie trop facile roman traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz
Une proie trop facile
LE POINT DE VUE DES ÉDITEURS
YISHAÏ SARID
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Yishaï Sarid est né en 1965 à Tel-Aviv. Le public français l’a découvert avec Le Poète de Gaza (“Actes noirs”, 2011).
Photographie de couverture : © Anka Zhuravleva
ACTES SUD DÉP. LÉG. : NOV. 2015 22,50 € TTC France www.actes-sud.fr
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ACTES SUD
ISBN 978-2-330-05662-9
actes noirs
ACTES SUD
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À cette époque bénie de ma vie, j’avais trop de temps libre. Je me sentais partir en vrille, lentement mais sûrement, incapable d’imaginer comment m’en sortir. La nuit, j’avais du mal à m’endormir et, le matin, je me réveillais difficilement, en nage. Seule ma tête s’évertuait à me gaver d’informations totalement inutiles : cours de la Bourse, résultats de matchs de foot, contours de fesses féminines, plans fumeux d’enrichissement. Bref, impossible de jouir de mon désœuvrement : autour de moi, le pays était, comme d’habitude, trop à cran. Après avoir passé quelques mois dans cet état et avoir épuisé tous les prétextes estivaux, j’ai décroché mon téléphone et j’ai appelé Ofra. Il fallait absolument que je me sente à nouveau utile, ne serait-ce que pendant quelques jours. Je lui ai demandé si, par hasard, elle avait besoin de mes services. “Tu tombes bien, j’ai justement quelque chose d’intéressant pour toi”, a-t‑elle lancé d’une voix chaleureuse, ravie de m’entendre. Elle savait que je rempilais volontiers et je savais qu’elle pourrait toujours me proposer un mystère à résoudre qui entrerait dans le cadre de ma période de réserve à l’armée. On est convenus de se retrouver le lendemain, je passerais 7
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la voir une fois terminées mes obligations au tribunal, on se prendrait un café et on discuterait. Pour ma pause déjeuner, je suis sorti du cabinet, histoire de me balader un peu dans la rue, de me dérouiller les jambes et de voir du monde. Le soleil jouait à cache-cache entre les branches des figuiers poussiéreux qui attendaient désespérément d’être lavés par une première ondée. J’ai tout à coup eu trop chaud, mais après avoir enlevé ma veste j’ai commencé à frissonner. L’automne a beau être très bref en Israël, c’est une période où le risque d’attraper des maladies est maximal. Sans compter que je dois avoir les poumons déjà bien noircis par l’air pollué du sud de la rue Ben-Yéhouda où j’ai installé mes activités professionnelles. La vitrine de l’agence de voyages proposait un vol avec trois nuits dans un hôtel deux étoiles à Paris pour six cent cinquante dollars, moitié moins que le prix du col tigré qui s’exhibait dans la devanture du fourreur juste à côté. Je me suis arrêté au snack où je déjeune tous les jours. Le patron me connaît. “Tu devrais avoir le Herald Tribune, lui ai-je suggéré tandis que je parcourais des yeux les gros titres du quotidien local, déjà bien usé, qui traînait sur le comptoir. C’est un bon journal, et ça permet d’avoir une certaine perspective sur ce qui se passe dans le monde. — Vraiment ? Qui est-ce qui lit des trucs pareils ?” Il était en train d’étaler du houmous dans un petit pain qu’il allait recouvrir d’une tranche de pastrami et d’un cornichon, le tout à mon intention. Le convoi de bus qui passait m’a presque empêché d’entendre la suite de ses paroles : “Les gens ne s’intéressent qu’au cul ou à ce qu’ils ont sous le nez. Pourquoi croyez-vous qu’ils lisent les journaux ou vont au cinéma ? Qu’est-ce qu’il y a derrière ? Du sexe. Du sexe et des ennuis. 8
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— Vous avez sans doute raison”, ai-je approuvé en criant presque. J’ai regardé ses mains rouges qui refermaient les deux moitiés de mon casse-croûte et j’ai essayé de calculer combien il gagnait par jour à tartiner tous ses sandwiches. “Et comment marchent vos affaires ? Vous avez des clients ?” m’a-t-il alors demandé avec le sourire éclatant de ses dents en or. Vous savez bien que je n’en ai pas, ai-je maugréé intérieurement. Vous passez votre journée à regarder toutes ces façades noires, l’institut de massage dans la cour, la boutique de collants de la Roumaine, vous savez exactement qui entre où. Et chez moi, vous voyez bien que personne n’entre. “Dieu merci, je veux juste que ça n’empire pas”, ai-je rétorqué. Et tout à coup, je me suis souvenu que Lavy devait arriver dans quelques minutes. C’était mon seul client de la journée, hors de question que je le fasse attendre. J’ai avalé mon sandwich en quelques bouchées, j’ai demandé au patron de le mettre sur ma note et je me suis engouffré dans mon obscure cage d’escalier. Rien que dans cet immeuble, on est quatre avocats et la ville entière en compte plus de dix mille. Allez savoir comment ils se débrouillent tous pour gagner correctement leur vie et surtout pourquoi, moi, je n’arrive pas à récupérer une petite partie de ces honoraires ? En fait, non, dans l’immeuble, il ne me reste que deux confrères, me suis-je repris, puisque le vieux du dessus est mort le mois dernier. On a eu droit à son faire-part de décès accroché, comme c’est l’usage dans ce pays, à l’entrée. Il a été retiré au bout d’une semaine. Seule la vieille plaque, avec son nom gravé dessus, reste pour l’instant clouée là. Hier, quelqu’un a frappé à ma porte 9
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et m’a demandé si je savais où avait disparu maître Pinkas parce qu’il devait le voir d’urgence et pourquoi personne ne répondait au téléphone alors que justement il avait des bonnes nouvelles de la compagnie d’assurances en Allemagne. “Il est mort. — Eh bien, c’est dommage ! Ça fait vingt-cinq ans qu’on travaille ensemble sur cet accord.” Et il a tourné les talons. Imbécile, me suis-je sermonné après son départ. Tu aurais dû essayer de te vendre, lui poser des questions, vu sa situation il a peut-être besoin d’un nouvel avocat pour s’occuper de ses affaires. “Vous n’avez aucun message, désolée”, m’a annoncé la fille du standard téléphonique. En contrepartie de cinquante shekels par mois, elle se fait passer pour ma secrétaire personnelle dès que quelqu’un appelle. “Cabinet d’avocat, bonjour !” lance-t-elle dans le combiné, comme si elle était royalement installée à son poste de fidèle collaboratrice. Elle répond toujours que je suis absent et me transmet ensuite les messages. “À quoi est-ce que vous ressemblez ? m’a-t-elle un jour demandé, tandis qu’en arrière-fond j’entendais un bruit de vaisselle. J’aimerais bien travailler avec vous pour de vrai. Vous avez une voix très agréable. — Vous avez tort, lui avais-je rétorqué dans un rire. Je n’aurai jamais de quoi vous payer.” J’étais enterré depuis un an et demi dans un bureau mal éclairé et déprimant. Comme je l’avais loué meublé, je n’avais récupéré que du mobilier sombre et massif. À la signature du bail, le propriétaire m’avait fièrement raconté qu’avant moi, il avait gardé un comptable quarante-cinq ans dans ses murs, le plus sérieux des hommes, qui n’était parti que pour cause de retraite. 10
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“Il était tellement sérieux, avait-il ajouté sans cacher son admiration, qu’il allait jusqu’à se faire apporter son déjeuner sur sa table de travail, pour ne pas perdre une minute.” La seule fenêtre de la pièce donnait sur le mur de l’immeuble voisin, un patchwork de climatiseurs et de taches d’enduit qui s’effritait. Je possédais aussi un petit réfrigérateur vide et un fax acheté avec de l’argent prêté par ma mère. Comme je ne voulais pas rentrer chez moi en pleine matinée malgré les trous bien trop nombreux de mon emploi du temps, j’avais fini par céder et, quelques mois auparavant, j’avais introduit là un lit pliant. Pour vaincre mes scrupules, je m’étais juré qu’il ne me servirait que pour la lecture de la rubrique sportive. Grave erreur. Jamais je n’aurais dû mettre un lit dans mon bureau. Ce matin-là, par exemple, j’avais dormi malgré moi de dix heures à midi et demi. Je m’étais réveillé affolé et avec une mauvaise conscience telle que je m’étais aussitôt plongé dans le dossier Lavy et je l’avais parcouru dans tous les sens, bien que j’en connusse par cœur les moindres détails. D’après mes plans, j’aurais dû déménager depuis longtemps. Lorsque j’ai quitté le cabinet Meizels, j’avais fait le compte qu’il me faudrait un an pour m’installer et trouver des clients, après quoi je gagnerais suffisamment d’argent pour pouvoir louer un bureau classe dans une de nos tours ultramodernes. La vérité, c’est que je ne sais pas si j’y croyais vraiment ni si je le voulais. Parce que, si c’était ce que je voulais, pourquoi ne pas avoir, dès le début, jeté mon dévolu sur un endroit mieux situé ? Plus vivant ? Ce n’est pas le moment de t’endormir, me suisje secoué, Lavy va arriver d’un instant à l’autre, son audience au tribunal est fixée pour demain et toi, tu as 11
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beau te creuser les méninges, tu ne sais toujours pas ce que tu vas plaider. Au moins à dix reprises, j’avais essayé de le convaincre d’accepter un arrangement, la partie adverse ayant proposé de lui verser vingt mille shekels, mais il s’entêtait. “Ne craignez rien, me répétait-il, il n’y a aucune raison d’avoir peur. Vous devez faire confiance à votre client, c’est la seule manière de gagner.” Ils avaient été drôlement contents, chez Meizels, de se débarrasser de ce dossier. Au cours de notre dernier entretien, après m’avoir dit qu’il ne comprenait toujours pas pourquoi je partais et insisté sur le fait qu’à son avis je faisais une erreur, le patron m’avait tapé sur l’épaule et annoncé qu’en guise de cadeau d’adieu il transférait le dossier Lavy à mes bons soins – le client était d’accord, ils en avaient parlé ensemble. “Que tu aies quelque chose pour commencer, mon jeune ami.” Super-cadeau ! La vérité, c’était que Lavy n’avait pas de quoi payer les honoraires exorbitants de ce grand cabinet. La semaine passée, pendant quelques heures, mû par une violente envie de me sortir de ce trou obscur et de me propulser enfin au-delà de la pire section de la rue Ben-Yéhouda, j’étais allé visiter un bureau situé dans une de ces fameuses tours. pièce à louer, vue i mprenable, promettait en grandes lettres l’annonce publiée dans la revue professionnelle du barreau, qui précisait, en caractères plus petits : services de secrétariat, d’informatique et bibliothèque juridique inclus. J’ai été accueilli sur place par un des associés qui semblait avoir accordé la couleur de son costume à celle de sa moquette. Il a voulu savoir quelle était ma spécialité. Je lui ai dit que je m’occupais de droit civil et commercial, qu’il soit rassuré et ne craigne pas de voir des junkies – le genre à foutre des cendres partout – s’asseoir dans les fauteuils en cuir de sa salle d’attente, sous ses toiles de maîtres originales. 12
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J’ai ajouté, pour l’impressionner autant que possible, que j’avais fait mon stage au tribunal d’instance, que j’avais ensuite travaillé chez Meizels pendant plusieurs années et que, maintenant, j’étais indépendant. Il ne s’est douté de rien et m’a emmené visiter le local disponible, dont la vue sur la mer était effectivement imprenable, au point qu’on pouvait rester à la contempler toute la journée sans rien faire d’autre. “Ça vous plaît ? — Beaucoup, ai-je répondu. Je suis né à Tel-Aviv, alors voir la ville comme ça…” Inutile d’y mettre du sentiment, voyons voir si vous avez les moyens de payer, l’ai-je entendu penser très fort, avant qu’il ne m’assène : “C’est deux mille dollars par mois.” Il s’apprêtait à écouter ma réponse, sauf que dès qu’il a capté mon expression, il n’en a plus eu besoin – j’avais failli m’étouffer – et il m’a poussé vers la sortie en déclarant : “J’ai un rendez-vous, on se recroisera certainement un de ces jours. — Certainement”, ai-je marmonné avant de voler un dernier panorama de Tel-Aviv. Lorsque j’ai émergé de l’ascenseur dans un rez-dechaussée rutilant, j’ai d’abord pris quelques profondes inspirations pour me calmer, j’ai symboliquement craché sur les dalles puis je l’ai maudit. “Tu ne veux pas vraiment réussir, c’est ça ton problème”, me lance ma mère à chacune de mes visites mensuelles. Et moi, je lui réponds en pensée : Oh, que si ! Ne serait-ce que par revanche. Lavy est entré sans frapper et a posé son habituel bazar sur ma table. C’est dans mon minuscule bureau chez Meizels, quatre ans auparavant, que j’avais fait la connaissance de cet homme et de ses sacs plastique. À l’époque, 13
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le convaincre de me les laisser pour quelques jours, avec les documents qu’ils contenaient, avait demandé de longues et âpres négociations. “Je peux vous proposer quelque chose à boire ? — Non”, a-t‑il répondu, essoufflé d’avoir monté l’es calier. Ses épais verres de lunettes étaient couverts de buée. “Alors demain, c’est le grand jour ! ai-je embrayé, déplorant qu’il ne comprenne toujours pas les plaisanteries. — Je voulais vous montrer une lettre qu’elle m’a envoyée en mille…” Ses doigts renversaient déjà devant moi un de ses sacs. “Écoutez, monsieur Lavy, je les connais tous par cœur, ces documents. Le problème, c’est que votre sœur détient un testament explicite qui la désigne comme héritière du terrain, on en a déjà parlé je ne sais pas combien de fois. — Ma mère n’avait aucune idée de ce qu’elle signait”, a protesté mon client qui s’est entêté à me mettre quel ques feuilles sous le nez. Par politesse, j’ai fait semblant de les regarder et j’ai hoché la tête. “Je préférerais vraiment qu’on signe un arrangement. On peut les appeler tout de suite et fixer un rendez-vous pour ce soir, avant l’audience, l’ai-je adjuré, mais il m’a aussitôt coupé du geste. — Je refuse de lui parler, j’ai eu assez d’emmerdements comme ça. J’attends de vous que, demain, vous soyez agressif avec eux. Finies les courbettes ! — Allez, ça se passera bien”, ai-je soupiré en l’aidant à ranger ses papiers. Depuis notre première rencontre, il avait terriblement vieilli. Miné par le différend qui l’opposait à sa sœur. Je l’ai raccompagné à la porte, j’ai suivi des yeux son dos voûté et lorsqu’il a commencé à descendre, j’ai pris mon courage 14
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à deux mains et lui ai lancé : “Monsieur Lavy, pensez à m’apporter un chèque demain, ça fait un an que vous n’avez rien payé. J’ai beaucoup de frais sur votre dossier. — Je vais essayer de me débrouiller”, a résonné sa voix dans la cage d’escalier. Une fois la porte refermée, je me suis mis en devoir de préparer ma sacoche pour le tribunal. J’y ai glissé le dossier, le Code pénal et ma robe, qui paraissait toute neuve. Voilà, j’étais fin prêt pour le lendemain. Ensuite, je me suis installé à mon bureau et j’ai pris ma tête dans mes mains. Je suis sorti du cabinet avant la tombée de la nuit et j’ai marché jusqu’au bout de la rue Bograshov. Des colonies de mouettes se reposaient sur une mer plate de fin d’été. Il était encore possible d’entrer dans l’eau, de grimper sur les digues et de rester à fixer l’horizon comme s’il n’y avait pas de ville derrière soi. Sans la moindre hâte, un chercheur de trésor au visage serein promenait sur le sable mouillé un vieux détecteur de métaux. Peutêtre n’ai-je pas assez évolué, mais c’était et ça reste pour moi le plus beau paysage du monde. S’il n’y avait pas eu la mer, j’aurais fui cet endroit depuis belle lurette. Un garçon et une fille, cheveux longs et débardeurs, âgés d’environ dix-sept ans, s’embrassaient à côté du poste de secours. J’ai attendu que le soleil disparaisse, que la mer devienne noire, et j’ai réintégré le monde urbain.
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Yishaï Sarid est né en 1965 à Tel-Aviv. Le public français l’a découvert avec Le Poète de Gaza (“Actes noirs”, 2011).
Photographie de couverture : © Anka Zhuravleva
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