HANS ROSENFELDT L’Été des loups
roman traduit du suédois par Rémi Cassaigne
L’ÉTÉ DES LOUPS
DU MÊME AUTEUR
L’ÉTÉ DES LOUPS , Actes Sud, 2022 ; Babel noir no 304.
La série Sebastian Bergman, coécrite avec Michael Hjorth :
SECRETS , Éditions du Rocher, 2012.
CELUI QUI N’ÉTAIT PAS UN MEURTRIER , sous le titre DARK SECRETS , Éditions Prisma, 2013 ; Babel noir no 267.
LE DISCIPLE , Éditions Prisma, 2014 ; Babel noir no 270.
LE TOMBEAU, Éditions Prisma, 2014 ; Babel noir no 273.
LA FILLE MUETTE , Actes Sud, 2018 ; Babel noir no 243.
RECALÉ , Actes Sud, 2019 ; Babel noir no 281.
JUSTICE DIVINE , Actes Sud, 2021 ; Babel noir no 299.
CE QU’ON A SEMÉ , Actes Sud, 2023.
Titre original : Vargasommar Éditeur original : Norstedts, Stockholm
© Hans Rosenfeldt, 2020
Publié avec l’accord de Salomonsson Agency
© ACTES SUD, 2022 pour la traduction française ISBN 978‑2 330‑18851‑1
HANS ROSENFELDT
L’ÉTÉ DES LOUPS
roman traduit du suédois par Rémi Cassaigne
CouChée sur le flanC, parmi la mousse et les buissons.
Les moustiques sifflaient autour de sa tête. Respiration pénible, à quelques souffles de perdre conscience. L’œil vers le ciel, les nuages légers aux bordures roses et orangées.
C’était la saison chaude. La lumière éternelle.
Elle sentait la puanteur de l’infection depuis plusieurs jours, mais ce n’était pas ça qui allait la tuer. Pas non plus la faim. Elle avait mangé jusqu’à satiété. Pour la première fois depuis longtemps.
La plaie refusait de cicatriser, malgré tous ses efforts pour la nettoyer. Le mal et la chaleur étaient remontés dans sa patte. La meute s’était adaptée à son rythme. Un temps. Trois de ses petits avaient suivi les autres mais le plus faible était resté avec elle. Condamné à sa perte.
Elle ne pouvait plus chasser, il n’avait pas encore appris.
Les jeunes élans, proies faciles durant la saison lumineuse, étaient hors d’atteinte. Même le petit gibier lui échappait. Il était trop tôt pour les baies qui pouvaient légèrement calmer la faim en cas d’urgence. Hier, ils avaient trouvé un peu de viande, partiellement enfouie, dont l’odeur lui avait instinctivement ordonné de fuir, mais qui leur avait donné la force de continuer. Jusqu’à ce rocher plat à l’orée de la forêt où ils 5
en avaient trouvé davantage. Beaucoup. De gros morceaux, plus qu’ils n’avaient pu en manger.
Et elle était repartie en boitant avec son petit, jusqu’à ce qu’il ralentisse, se mette à gémir, titube sur le flanc, bientôt incapable de se relever.
Elle était restée auprès de lui jusqu’à être certaine qu’il était mort, puis avait continué. Pas longtemps. Les crampes et les tremblements l’en empêchaient. Elle s’était effondrée dans la mousse, était restée étendue sur le flanc.
Dans la chaleur. Dans la lumière. La lumière éternelle.
Tout s’était passé comme prévu.
Pour commencer, selon le plan initial.
Arriver les premiers sur place, garer la jeep et la Merce‑ des noire côte à côte dans la clairière artificielle utilisée par les camions de débardage et les engins forestiers comme lieu de chargement et de manœuvre, capots tournés vers l’étroite route d’exploitation par laquelle ils étaient arrivés. Vitres baissées, seul le chant d’un oiseau nocturne brisait le silence absolu avant qu’un bruit de moteur n’annonce l’arrivée des Finlandais.
Une Volvo XC90, noire elle aussi, apparut. Vadim vit Artyom et Michaïl prendre leurs armes et descendre de la Mercedes en même temps que Liouba et lui de la jeep. Il aimait bien Liouba et pensait que c’était réci‑ proque. Ils étaient plusieurs fois sortis boire des bières et quand on lui avait demandé avec qui elle voulait faire équipe, elle l’avait choisi, lui. Un instant, il envisagea de lui dire d’attendre dans la voiture, à l’abri, qu’il avait l’im‑ pression que ça pouvait mal tourner. Mais alors, que faire ensuite ?
Disparaître ensemble ? Vivre heureux jusqu’à la fin de leurs jours ?
Impossible quand elle aurait compris ce qui s’était passé : jamais elle n’agirait contre Zagorny. Elle ne l’aimait pas à ce point. Donc il ne lui dit rien.
La Volvo s’arrêta quelques mètres devant eux et les quatre Finlandais en descendirent. Tous armés. Ils regardèrent avec méfiance alentour tout en se dispersant.
Le tout en silence.
Le calme avant la tempête.
Le chef du groupe, un homme de grande taille aux che‑ veux ras, avec un tatouage tribal autour d’un œil, fit signe au plus petit et plus maigre, qui rangea son pistolet dans son holster, passa derrière la Volvo et ouvrit le coffre.
Jusque‑là, c’était le plan initial.
À présent, le sien.
La balle du fusil muni d’un silencieux entra sous l’œil du Finlandais le plus proche de la voiture. La soudaine explo‑ sion d’os, de sang et de cervelle quand, l’instant suivant, le projectile ressortit à l’arrière du crâne fit aussitôt réagir instinctivement les autres.
Tous se mirent à tirer à peu près en même temps.
Tous sauf Vadim, qui se jeta à l’abri derrière la jeep.
L’homme au visage tatoué hurla et abattit aussitôt Michaïl de quatre ou cinq balles mortelles dans la poi‑ trine. Artyom répliqua. Le tatoué reçut deux balles, tituba en arrière mais retrouva son équilibre et tourna son arme vers Artyom qui se jeta trop tard à l’abri derrière la Merce‑ des. Plusieurs balles le touchèrent à la jambe, en descen‑ dant à partir de la hanche. Hurlant de douleur, il atterrit sur le gravier sec. Sanglant, hurlant et tirant, le tatoué conti nua à avancer vers la Volvo, résolu à se sortir de là vivant. Une seconde plus tard, il tomba à genoux en gargouillant,
lâcha son arme et pressa ses deux mains sur ce qui restait de son cou.
Quelque part, on tira d’autres coups de feu, on enten‑ dit d’autres cris.
Artyom se traîna en position assise tout en essayant mala droitement de stopper le sang qui jaillissait de sa jambe au rythme de sa pulsation cardiaque accélérée. On entendit alors une série de tirs et il se figea, son regard passant du désespoir au vide, ses lèvres formant quelques mots muets avant que sa tête ne tombe en avant sur le haut de son corps.
Le troisième Finlandais s’était jeté dans un fossé peu profond d’où il avait le champ libre sur les voitures garées. Une rafale concentrée de son fusil automatique avait tou‑ ché Artyom à la chute des reins. Vadim réalisa qu’il devait lui aussi être entièrement visible et se jeta de l’autre côté de la jeep pour s’abriter derrière une des grandes roues. En atterrissant sur le côté de la voiture, il vit le plus petit des quatre Finlandais qui gisait à terre, mort.
Liouba n’était visible nulle part.
Une série de tirs retentit en provenance du fossé à l’orée des arbres, des balles s’abattirent sur l’enjoliveur et cre‑ vèrent le pneu. L’une d’elles traversa le caoutchouc et tou‑ cha Vadim au flanc, juste au‑dessus de la fesse. La douleur lui traversa le corps comme un éclair blanc. Il ravala un cri entre ses dents, pencha le front contre son genou étendu en se faisant aussi petit qu’il pouvait. Quand, lentement, il souffla, il réalisa que la fusillade avait cessé.
C’était silencieux. Complètement silencieux. Pas un mouvement, pas une voix, pas un cri de douleur ou de colère, pas un chant d’oiseau, rien. Comme si le lieu lui‑même retenait son souffle. 9
Il glissa prudemment un œil derrière la jeep.
Aucun bruit. Aucun mouvement.
Lentement, lentement il leva la tête pour avoir une meil‑ leure vue d’ensemble. Le soleil sous les cimes des arbres, au dessus de l’horizon, la scène qu’il avait sous les yeux baignait dans cette douce lumière que seul produisait le soleil de minuit.
Lentement, il se mit debout, la balle s’était fichée dans des muscles et des tissus, mais ne semblait pas avoir tou‑ ché d’organe vital. Il pressa la main sur la plaie. Du sang, mais rien d’impossible à bander.
“Liouba ?”
Elle était assise, adossée au pare‑chocs arrière de la voiture des Finlandais, la respiration superficielle et saccadée, l’avant de son tee shirt gris sous son blouson trempé de sang, son pistolet toujours dans sa main droite. Vadim examina ses blessures. Le sang en coulait régulièrement, aucune artère n’était touchée. Pas de bulles d’air, donc les poumons pro‑ bablement intacts. Elle pouvait très bien s’en tirer.
“Qui a tiré ? demanda t‑elle hors d’haleine en saisissant le blouson de Vadim d’une main ensanglantée. Qui a com‑ mencé à tirer, putain ?
Il est avec nous.
Quoi ? Comment ça, avec nous ? Qui c’est ?
Allez, viens.”
Il lui prit doucement son pistolet, le glissa dans sa poche puis se releva et se pencha pour l’aider. La douleur et l’effort la firent grimacer mais elle parvint à se mettre debout. Il lui prit la taille, elle passa un bras sur ses épaules. Vadim la guida entre les voitures garées. Là où le Finlan dais tatoué était tombé il s’arrêta, ôta doucement le bras
de Liouba, cessa de la soutenir par la taille et s’écarta de deux grands pas.
“Pardon…”
Le regard de Liouba ne fut d’abord que pure incom‑ préhension, puis elle réalisa ce qu’il avait fait, où il l’avait conduite, juste avant que la balle du fusil automatique muni d’un silencieux ne lui traverse la tempe en la jetant à terre.
Vadim pressa la main sur la plaie au bas de ses reins et s’étira en poussant un profond soupir.
Tout s’était passé comme prévu, malgré tout.
L’ÉTÉ DES LOUPS
Katya est douée pour l’attente. Elle s’adapte à son environnement, change d’apparence, adopte la langue et l’accent qui conviennent. Elle attend… pour mieux saisir le bon moment, attaquer et parvenir à ses fins. Tueuse à gages depuis l’enfance, Katya a aujourd’hui pour mission de récupérer la drogue et l’argent volés à la mafia russe qui l’emploie. Et ce, à tout prix…
Hannah Wester, elle, est confrontée à l’enquête la plus délicate de sa carrière. Les cadavres d’une louve et de son petit conduisent à la découverte d’un homme sans vie. Tandis que, de l’autre côté de la frontière, en Finlande, plusieurs corps sont retrouvés criblés de balles.
Les deux affaires peuvent-elles être liées ? Sous la chaleur harassante du mois de juin suédois, c’est une véritable course contre la montre qui va s’enclencher…
Hans Rosenfeldt est né en 1964 en Suède. Créateur de la célèbre série Bron (The Bridge), on lui doit également, depuis 2011, les enquêtes du profileur Sebastian Bergman, coécrites avec Michael Hjorth et publiées par Actes Sud.
BABEL NOIR
ISBN 978-2-330-18851-1
Dép. lég. : mars 2024 (France) 9,90 € TTC France www.actes-sud.fr