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Extrait "Mes indépendances"

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Né en 1970 à Mostaganem, Kamel Daoud vit à Oran. Il a reçu en 2016 le prix Lagardère du meilleur journaliste de l’année. Son roman Meursault, contre-enquête (Actes Sud, 2014, Goncourt du premier roman 2015) lui a valu une consécration internationale.

Préface de Sid Ahmed Semiane

Photographie de couverture : Kamel Daoud, 2014, DR

ACTES SUD DÉP. LÉG. : FÉVRIER 2017 23,90 e TTC France www.actes-sud.fr

ISBN 978-2-330-07282-7

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KAMEL DAOUD

MES INDÉPENDANCES Chroniques 2010-2016

MES INDÉPENDANCES

Journaliste depuis une vingtaine d’années, Kamel Daoud a tenu pendant quinze ans dans Le Quotidien d’Oran la chronique la plus lue d’Algérie, tout en collaborant à divers médias en ligne et en écrivant occasionnellement pour la presse étrangère. Concernant la période 2010-2016, il a ainsi signé près de deux mille textes – d’abord destinés au public algérien puis, sa notoriété grandissant, de plus en plus lus dans le monde entier –, dont cent quatre-vingt-deux ont été retenus pour ce recueil. Ce rythme effréné donne son souffle et son esthétique à l’ensemble. Qu’il brocarde l’islam politique ou la déliquescence du régime algérien, qu’il embrasse l’espoir suscité par les révolutions arabes ou qu’il défende la cause des femmes, c’est d’une plume originale, imagée, percutante et engagée. Car Kamel Daoud a érigé la chronique en exercice de style, en art de tendre un miroir à ses contemporains tout en s’interrogeant jour après jour, avec ou malgré l’actualité, sur l’homme, les dieux et les libertés.

Kamel Daoud

ACTES SUD

LE POINT DE VUE DES ÉDITEURS

ACTES SUD

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À ma femme, debout dans mes orages. À Brahim H., car rêver c’est aussi construire.

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Le fugitif par Sid Ahmed Semiane* Alger, 1996. Kamel Daoud. J’avais d’abord cherché le numéro de téléphone de la rédaction du Quotidien d’Oran, son journal. Je voulais lui dire mon admiration pour sa musique. Elle était nouvelle. Ce que j’aime le plus dans une écriture, c’est la musique. La note bleue. Et lui avait percé le secret de la trompette. Le mystère du be-bop des mots. Je ne l’avais pas trouvé au bureau ce jour-là. J’avais laissé un message en espérant qu’il lui parvienne. Il a eu l’élégance de rappeler. Nous avons échangé quelques généreuses amabilités. Nous exercions alors le même “métier” de chroniqueur. Lui à Oran, que l’héritage jacobin avait confiné dans le mépris d’une lointaine province, et moi à Alger, capitale prétentieuse engloutie par le feu des attentats et le couvre-feu des potentats. Ensuite, je ne sais plus. Je n’arrive pas à me souvenir de notre rencontre – trop floue, trop lointaine –, de cette première poignée de main, celle qui allait sceller une fraternité résistant aux vicissitudes du temps, aux polémiques qui fâchent, à la gloire qui grise, aux incompréhensions des mots… C’est à cause de la guerre, je crois. Une guerre, ça brouille tout, ça génère de la confusion dans le souvenir. Ça fragmente le passé en séquences chaotiques et inconciliables. Je me suis juste souvenu que c’était la guerre. C’est ce qui prédominait alors. C’est ce qui enveloppait * Né en 1971 à Alger, Sid Ahmed Semiane est considéré comme un des premiers grands chroniqueurs de la presse moderne algérienne. Il a quitté le journalisme en 2002 pour se consacrer à l’écriture, à la photographie et au cinéma. Une sélection de ses chroniques a été publiée en France sous le titre Au refuge des balles perdues (La Découverte, 2005).

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nos vies. Une atroce guerre. Civile ? Contre les civils ? Ou peutêtre même avec ? Personne n’a su la nommer, la définir, la cerner. Elle était sans nom. Absurde, comme toutes les autres, mais elle se singularisait par un raffinement absolu dans l’horreur et l’ignominie. Elle était un peu l’arrière-cour de celle qui se déploie actuellement sous nos fenêtres et qui fait de l’audience dans nos postes de télévision, certes à une échelle un peu plus ample et avec des répercussions plus tragiques pour la survie des hommes et de l’Histoire. C’est à ce moment-là que cet homme, Kamel Daoud, sorti d’un village silencieux (pour suivre des études de lettres), fait son apparition pour braver le temps et la folie des hommes et faire vœu de parole ; frêle silhouette, presque aussi frêle que son âge : un peu plus de vingt ans. L’âge de toutes les outrances. C’est peut-être aussi cette outrance présomptueuse – avec le vide que créa la violence – qui permit à Kamel Daoud de dire à la place de quelques aînés plus madrés (rendus muets par l’horreur) ; de faire de cet acte de dire son métier à tisser du verbe. Parce que c’est ce qu’il fait, c’est ce qu’il fit : il dit. C’étaient les années 1990. Un autre siècle. Cette guerre allait cliver davantage le pays, le fragmenter un peu plus. Nous étions des gueules cabossées et chacun y allait de sa propre vertu, réelle ou supposée, créant ainsi, chacun, ses propres outils d’analyse. Creusant des tombes autant que des tranchées de pensée. Des tranchées de vérité exiguës : laïcs, islamistes, athées, nationalistes, féministes, troufions, barbouzes, affairistes, communistes, Kabyles, Arabes, francophones, Amazighs, coranistes… corrompus… réconciliateurs, éradicateurs. Janviéristes. Anti-constitutionnalistes. Conservateurs, progressistes, réactionnaires… De la pensée unique – érigée en dogme, nous n’avions pas eu suffisamment de temps pour sauvegarder les règles élémentaires du dur métier de la pensée plurielle à laquelle nous aspirions tant –, nous sommes passés pieds et poings liés au désastre d’une pensée fragmentée. Décomposée. Désintégrée. La pluralité des idées est unie par un socle commun qui fait un tout. Ce socle avait rendu l’âme. Il n’y avait plus rien pour faire un tout, et tout était réuni pour que rien ne soit. Plus aucune pensée ne se rattachait à l’autre. Comme des particules dans l’univers, une errance cosmique dans le vide. Sans chute, juste avec des risques 8

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de collisions tragiques. La violence avait réussi à creuser autant de tombes pour les morts que pour les vivants. La parole n’était pas considérée comme un point de vue seulement, elle s’apparentait à un positionnement “belliciste” dans la géographie de la mort. Chacun rendait responsable l’autre de ce qui n’était pas censé relever de sa responsabilité. Et comment dire ? Comment écrire ? Comment penser l’impensable ? Comment créer sa propre “musique” dans ce vacarme ? Kamel Daoud se jeta dans cette arène folle, à ce moment précis où le seul “bien vacant” était le marché de la mort. Morituri… Il est nécessaire de saisir ce moment de l’histoire pour mieux comprendre la complexité de Kamel Daoud, de contextualiser la naissance de cet écrivain en devenir dans l’étrange monde de l’écriture. C’est ce qui va déterminer tout le reste de son parcours. Parce que ses chroniques n’étaient pas seulement une analyse politique, un coup de gueule éditorialiste, comme le sont souvent les chroniques dans le monde de la presse, plus aptes à créer de la proximité avec l’idéologie qu’avec l’art. Non. Ses chroniques alliaient l’esprit à l’humour, la noblesse des lettres à la vulgarité morbide de l’actualité, la colère à la légèreté, la réflexion littéraire à la prise de parole politique. Et il le fit pendant presque vingt ans. Chaque jour. Une moitié de vie consacrée à cet exercice aussi exaltant que périlleux. Créer de la pensée quotidiennement. Créer du sens. De la visibilité. Danser sur les cadavres, sans piétiner les morts. Quel drôle de métier. D’ailleurs est-ce réellement un métier ? S’amuser à refaire le monde chaque matin, le porter comme Atlas, comme Sisyphe… dans un recommencement sans fin ? Et d’ailleurs, peut-on créer de la pensée chaque jour ? C’est à cette terrible équation qu’il sera confronté en observant le monde quotidiennement. “Diagnosticien du présent.” La formule est de Michel Foucault, il aimait se qualifier ainsi. J’aime cette formule mais telle que l’entendait Foucault, c’est-à-dire dans la complexité de cette notion soucieuse du présent, pas dans son apparente simplicité. Le présent pas comme la présence d’une actualité immédiate. Le présent “comme ce qui est en train de se passer, de passer… ce qui en train de se transformer et que l’on ne sait pas encore voir”. Kamel Daoud est peut-être ce “diagnosticien du présent”. 9

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Un diagnosticien lucide, parfois agaçant, parfois percutant, parfois lumineux, parfois troublant… D’où son intérêt intellectuel. Il a cette capacité rare de vous faire dresser les cheveux sur la tête mais aussi de dire à votre tête de chercher plus loin d’autres pistes de réflexion. D’autres possibles. Il a ce talent de créer sa propre pensée autant que de pousser les autres à créer la leur pour s’opposer à la sienne, avec acharnement le plus souvent. Ici plus qu’ailleurs. Jamais intellectuel n’aura suscité autant de clivages. Autant d’enthousiasme et autant de haine. Rien ne lui aura été épargné. Particulièrement depuis 2014-2015. L’année de la sortie de son roman, Meursault, contre-enquête. L’année de la consécration internationale. Un pays qui échoue craint la réussite. La réussite est suspecte. Surtout quand elle est homologuée ailleurs. Elle n’est pas une norme admise, mais une exception imprévue. Et ce qui est imprévu perturbe la perception collective. Et si la réussite d’un homme célébré dans le monde devient suspecte, Daoud lui-même devient du jour au lendemain suspect à son tour. Sa réussite est trahison plus que sa parole, fût-elle moins controversée. Les résidus de l’ancien temps qui rabotait les hommes en modèle unique en leur rappelant qu’il n’y a “qu’un seul héros, le peuple” ont la peau dure. Aucune perfidie ne lui aura été épargnée : “harki”… “apostat”… “sioniste”… “hérétique”… “agent de la France”… “suppôt de l’Occident”… Cologne, Palestine, Algérie, Islam, dictatures arabes… À la moindre de ses déclarations, au moindre frémissement de lèvres, des armées de soldats se positionnent en peloton pour mieux viser la tête, ou grimpent sur la potence pour envoyer le salaud au gibet et applaudir de près la chute du pendu. Kamel Daoud n’est pas seulement “l’homme révolté” que l’on croit avoir cerné, c’est l’homme pressé que l’on ignore. Pressé de voir un nouveau monde, il tente de tuer l’ancien, l’agonisant qui, refusant de mourir, empêche l’émergence du nouveau. D’où les malentendus qu’il suscite parfois. Les polémiques qu’il cultive. Il va trop vite. Il marche vite. Il réfléchit vite. Il écrit vite, stakhanoviste jusqu’à l’obsession. Il y a de l’urgence dans son écriture autant que dans sa vie. Et cette façon d’être est certainement liée 10

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à ces années de cendres, à ces années de guerre, la nouvelle et l’ancienne. Pressé d’en découdre avec le passé. Le présent. La tradition. Le sacré et tous les “Un” qui ont menotté ce pays : Un parti. Une pensée. Une langue. Un dieu… En vingt ans, son écriture s’est affinée, sa pensée affûtée. Mieux, elle s’est affranchie chaque jour d’une nouvelle frontière, d’un nouvel obstacle, d’une immuable sacralité. Audacieux instinctif, d’affranchissement en affranchissement, qui certainement commença avec le village, la famille, la religion, et toutes ces valeurs-boulets qui peuvent empêcher de penser librement, Kamel Daoud franchit les derniers remparts de la citadelle d’un pays engoncé dans la mythologie du passé, il s’affranchit de l’Histoire. Le sacrilège de trop. Et c’est en cela qu’il est dans l’inédit. C’est en cela aussi qu’il crée de l’incompréhension. C’est en cela que son discours est en totale rupture. S’affranchir de l’histoire pour penser, c’est sûrement sa plus grande audace. C’est aussi sa plus grande faiblesse, sa grande fragilité, un peu son talon d’Achille. Il refuse d’être otage de l’histoire coloniale quand tout le récit national est tissé autour de cette notion. Nous avons décolonisé un pays, il nous reste à décoloniser son histoire. L’histoire est un héritage à préserver et à revendiquer en tant que tel, pas un pénitencier à fortifier. J’essaye depuis quelques années d’esquisser une réflexion autour de cette question. Peut-on réfléchir à la liberté, au monde de demain, en restant dans la cour de la prison coloniale ? Comment être libres si nous refusons de sortir de cet univers carcéral ? Nous serons toujours colonisés tant que notre rapport à l’histoire elle-même n’est pas décolonisé. Et c’est ce que tente peut-être Kamel Daoud. C’est ce qu’il expérimente à ses dépens. Il transgresse le récit national. Ce n’est pas un hasard si l’insulte suprême, celle qui trône au-dessus de toutes les autres, reste celle de la “trahison”. Parce que la seule trahison, la seule qui soit réellement inscrite dans la génétique de l’imaginaire collectif, est celle qui renvoie au récit national de la guerre de Libération. Mais la guerre est 11

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finie. Et c’est ce que nous dit aussi Kamel Daoud, qui s’est évadé de la prison depuis plusieurs années. Un homme libre… jusqu’à preuve du contraire. Et en homme libre, la pensée constamment en fuite, il faut qu’il évite les autres prisons. Toutes les prisons. Il est nécessaire pour lui et pour nous qu’il reste ce fugitif. L’homme des grandes évasions. S. A. S., Alger, novembre 2016.

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L’exercice du vif Les textes qui suivent sont une sélection un peu particulière. Il aura fallu, en effet, proposer des chroniques “lisibles” à la fois pour le lecteur algérien et le lecteur étranger. Il aura fallu faire des choix sur un gros corpus de près de deux mille textes rien que pour les années 2010-2016, des prémices des soulèvements dans le monde arabe jusqu’aux jours présents. Choix difficile : comment rester dans les parages des actualités, compter sur la mémoire des lecteurs encombrée déjà par les hypermédiatisations, les lassitudes ou les brouhahas éditoriaux qui accaparent ? Comment choisir une chronique, éviter la redondance, garder le vif du trait alors qu’il s’agit d’une actualité morte ? Comment résister à la tentation de se donner raison sur certaines analyses en choisissant la chronique qui sied à la clairvoyance supposée du chroniqueur, et éviter celle que démentent les faits ou qui illustre une analyse erronée ? Comment faire des choix dans un immense essaim de chroniques écrites partout, pendant vingt ans, à la hâte, dans le cru et le vif, au cœur des actualités brûlantes hier et oubliées aujourd’hui ? Ce fut un peu la gageure, comme on dit. C’est aussi que la chronique en Algérie est un art en soi. Née, un peu, durant les années 1990, elle s’installa comme un exercice journalistique libre, très libre, supplantant l’édito et affirmant, par une voix un peu off, les positions des journaux et des élites contestataires. On était en pleine ouverture des années 1990, après la chute du mur de Berlin et celle du parti unique, et la liberté bruissait dans les textes. Des journaux indépendants se constituaient en pouvoirs, sous le nez des Pravda de cette époque en Algérie, et une génération en viendrait à l’incarner. La chronique, exercice d’insolence 13

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juvénile, se pratiquait alors dans la marge, avec l’excès du style, la personnalité du chroniqueur qui y affirmait un ton mais aussi une fronde, liés à sa vie et à sa culture – un genre quasi littéraire, polémiste souvent. La chronique devint, par mes aînés et mes amis, une sorte d’espace d’enjeux où l’excès de la métaphore s’alliait à l’audace du dénonciateur des régimes et des violences subies. Il en naquit un lectorat fervent, accro presque, identifiant le signataire entre mille autres, attendant la formule du jour, sensible au ludique du style et à la rébellion du signataire. Un art qui, contrairement aux arts patients, s’exerçait au rythme fou du quotidien. Et qui marqua la presse algérienne. Exercice du vif, semblable à la razzia antique de nos terres. Contestations, démonstrations, dénonciations. Écrire une chronique par jour vous impose, aussi, une discipline, une sorte de mode veille permanent, constant et tellement attentif. Une vigilance secrète que l’on développe peu à peu. Vous vous levez avec une partie de votre cerveau qui flaire les parages, cherche l’idée dans la tourbe, s’attarde sur des parfums ou des traits de visages, sur des lignes d’actualité. Chacun, dans ce métier, avait ses artifices pour contrer le blanc de la feuille : regarder, par exemple, le JT stalinien de la TV algérienne provoquait toujours un effet de rejet riche en mots et déclamations. Rien n’est plus inspirant que l’esthétique redondante de la dictature et ses produits dérivés (langue de bois, célébrations figées, TV, discours, candidats, factotums d’administrations, élections, etc.). D’autres cherchaient l’inspiration (cette vieille secrétaire du siècle, démodée comme les timbres) dans les fréquentations nocturnes, les excès, la lecture de journaux ou les comparaisons des bilans, le loufoque universel, le livre rare (on s’adosse à la littérature pour commenter le monde), ou le vide national d’un pays coincé entre un régime mort-vivant et des islamistes en armes ou en mode caché. Le vide comme esthétique ? Oui, car les meilleures chroniques sont celles justement où on n’a pas d’idée, de thème préconçu au matin : silencieux et disponible, on se retrouve à commenter le vide, l’oisiveté nationale. C’est dire le réel, les façades d’immeubles, la vie quotidienne, les cafés, les traits et la rareté des arbres au pays des généalogies par exemple… etc. Tout vous ramène à ce récit 14

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national, algérien, toujours en écriture, long comme une rivière ou un bras retombé, qui traverse le détail et le monument. Ce sont ces textes qui provoquaient le plus d’émotion, bâtis, para­ doxalement, sur le renoncement et l’attention. Revenant à des sujets comme l’urbain, l’âme ou le vieillissement sans sens. La chronique était belle par l’inconvenance, à l’opposé du convenu des autres genres journalistiques. On ne pourra jamais l’expliquer facilement toutefois, durant les années 1990, la chronique algérienne était jubilation face à la mort et l’ennui mais servait aussi de célébration. Lieu du lien bref entre l’actualité et la métaphysique, la philosophie et le démantèlement du slogan politique, la réflexion sur l’architecture et la décolonisation, la femme et les vols d’oiseaux, l’islamisme et l’érotisme. L’écriture de la chronique algérienne devint du coup commentaire sur le temps, un lien ludique et libérateur entre le lecteur et le journal. Art du fait non divers, justement. Cela assouvissait un peu le souvenir du dazibao dans un pays fermé et en guerre, mais gardait les charmes d’un commentaire en bas de page de l’actualité, mêlant érudition, approximation, dérives, dépassements, artifices et explosions de sens. Et dans un pays qui manquait de la liberté de dire, de lire ou de regarder, ravagé par les massacres et les attentats, cela devint spectacle. Les chroniqueurs algériens étaient célèbres, enviés, usés, insupportables et grandiloquents. Un peu les surréalistes du coin, haltérophiles de l’absurde national. C’est dire combien l’écriture haletante participe de cet esprit d’irrespect et de révolte. Écrire une chronique par jour vous mène à le faire dans la hâte, la vitesse, le sens de la formule développée comme un tir à l’arc, le lapidaire, le bref et l’outrancier. Cela donne une syntaxe brisée, des métaphores qui brassent l’algérien, langue des sens, et le français, langue du sens, ou l’arabe libéré du carcan des siècles. On s’y installe dans la jactance mais aussi dans l’affirmation belle de la liberté. Exercice de style et de sens qui a ses solutions magiques. Je me souviens, en effet, de mes débuts de chroniqueur vers 1996 : laborieux, peinant sur la longueur et le mot, gêné et, à la fin, éreinté. Jusqu’au jour où, assis seul dans la rédaction du Quotidien d’Oran, j’ai abouti par un raisonnement absurde à cette évidence : les Français sont partis depuis très longtemps, mes maîtres d’école ne sont plus là, je suis 15

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libre, je peux écrire comme je veux, personne ne me surveille, cette langue est mon intimité et mon champ de dissidence. Ce fut un moment de soulagement presque physique, sensuel. J’y ai gagné ce délice permanent de l’écriture, cette jouissance sans fin d’exercer une liberté absolue et amusante, délivré par une évidence. C’étaient les années 1990, années sombres, de guerre et de cadavres mais, curieusement, années des sens, des dons, des sensualités violentes et des excès d’alcool et de routes consommées pour voir le pays blessé. On commençait une journée par le bilan d’un massacre pour la finir sur le prénom d’une femme ou des révoltes pleureuses. Mais dès ce moment, depuis ce verset intime, je sus que j’allais écrire longtemps, avec bonheur. Et cela me mena à un autre excès, “alimentaire” : écrire beaucoup, partout, répondre à la peur mais aussi jouer sur la corde raide, me venger du mutisme et de l’incapacité de dire. Écrire partout, m’amuser à jouer à cache-cache avec les pseudonymes, récolter des dinars, pousser le délice jusqu’à la frénésie secrète de l’érotographe. Durant les années 2000, j’ai atteint cette fréquence inédite de cinq textes par jour, pour différents supports. Ma méthode était la recette vicieuse du paresseux appliqué : j’entamais un premier texte que j’interrompais au second paragraphe, pour en commencer un deuxième et un troisième. Je revenais alors vers le premier pour me reposer du troisième et ainsi de suite. Deux heures plus tard, j’achevais les cinq chroniques dans une sorte de jubilation de l’homme masqué. Maladie des sens et de l’ego, je crois. Ce furent des années de liberté absolue, sans le poids de la visibilité médiatique, sans surinterprétations, procès et excès de sollicitations ou de pendaisons publiques. Belles années. Écrire à la fois dans une langue si peu étrangère, consacrée par l’apprentissage presque solitaire, intime, en posséder la liberté et jouir de ses synonymes qui accentuaient les révélations. Éclairer les plis du quotidien étouffant entre le minaret et la caserne, mais y convoquer les grands livres, les belles images encore debout dans le vent, les débuts de romans, les grandes philosophies qui résonnent. La chronique est aussi un vaste roman, elle est la même, toujours, réécrite, sentie, vécue d’abord comme une mélodie avant d’aboutir au sens. Je ne l’anticipais presque jamais, la laissais venir au 16

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bout de la langue, l’écrivais en même temps que le lecteur : en la découvrant. Toute la ruse du paresseux était d’en jouir en même temps que de l’écrire, pour ne pas l’épuiser, s’épuiser et dégrader la récréation en emploi de bureau. Je soignais souvent, toujours, le titre car, dans l’étalage de la page, je savais qu’il était un peu ma chance unique d’être distingué parmi la cohue typographique. J’ai commencé la chronique à un âge très jeune et j’ai vite compris que le style était une nécessité pour me distinguer du lot, garder mon salaire et ma place et ma voix mais aussi m’imposer auprès d’un lectorat et créer un charme ancien. Le style devait être un équilibre, une signature mais pas un excès. Juste, bref, percutant mais non contraint. L’espace de la chronique est petit, il faut y développer la concentration du penalty. Le roman étant le match et ses 90 minutes, avec la foule bruyante. La chronique est un produit dérivé du souffle suspendu, ou coupé. En théorie. Car la vérité est que j’étouffais physiquement, entre un régime qui ne savait pas mourir mais seulement tuer et se célébrer dans l’inceste, et une vision du monde cadenassée par la religion, triste comme une réponse sèche à mon attente. J’avais la sensation physique, depuis mes vingt ans, de vivre dans une impasse, prisonnier. Et autant le style comme digression que la colère servaient ma révolte ancienne, tenace. Il fallait être algérien, avoir vingt ans entre le parti unique et le dieu unique pour comprendre ce qu’est la vie après la mort, dans le pays “au-delà” comme je le désignais. J’éprouvais une intolérance physique envers mon monde que seule l’écriture permettait de surmonter, brièvement. J’ai rêvé de ne jamais cesser d’écrire, parfois, ne jamais lever la tête ou interrompre le son du clavier, juste pour mieux réordonner le réel et le rendre plausible comme émerveillement. Le peut‑on, dans un pays où le but est d’être libéré, pas d’être vivant ? Mes sujets étaient des obsessions car liés à ma condition, ma liberté : la femme, la sexualité, l’islamisme, l’architecture, l’Histoire contraire à la présence au monde, le dieu escamoté par le dogme, etc. C’est cette généalogie, cette vanité, cette décennie algérienne devenue mondiale avec l’extension universelle du mal et du meurtre au nom de Dieu, qui expliquent ce style incorrect, dur et 17

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irrespectueux des convenances grammaticales. Ce coup de foudre d’encre dans le blanc. La sélection présente garde les styles d’origine, refuse les corrections rétrospectives. Publier des chroniques longtemps après la mort de leur actualité vous expose donc à un jugement qui peut être injuste : on ne décode pas facilement la référence, la raison, et surtout le corps du texte. Il faut lire pourtant ces textes dans l’ordre dérobé d’une conversation, et pas comme lecteur d’un roman ou d’un essai. La chronique n’est pas seulement commentaire de l’actualité mais aussi commentaire du temps. Un peu la prétention reconvertie de la philosophie. S’y ajoute, à l’analyse du fait, la résonance des lectures et des interrogations, de la littérature, du brassage profond entre le fait et le sens. En Algérie, l’accaparation des éléments est tragique : les islamistes ont dérobé le ciel et vous en interdisent l’accès sauf avec leur métaphysique et leurs dogmes ou leurs attentats. La terre est la propriété du régime, ses apparatchiks, martyrs, cimetières, anniversaires et dates. Reste le feu à écrire, ou l’eau de la mer à traverser. Résumé très vite. La chronique permet donc cette réflexion ouverte, publique sur le sens face à des voleurs d’existence : les dictatures molles et ces nouveaux fascismes à visage de versets et d’intolérance à la vie. Au-delà de l’exercice politique. La femme y traverse le champ de l’angoisse, aussi dévêtue qu’un dieu pressenti et le corps y est scribe d’une langue inconnue, le drapeau signale une guerre ou une gare et le politique y est noces grises et tristes à ausculter et la prière se pratique pour sauver le ciel de sa chute. La chronique, ainsi vécue, m’a permis de continuer à interroger mon monde, à haute voix, sans peur, ni tabou. Autant que mes aînés. Et cela se conclut par l’admiration de milliers de lecteurs dans le pays, leur soutien, présence consolante, leur amour aussi. Contrepoids discret et enthousiaste aux minorités adverses. Solidarité des gens éprouvant le même étouffement, la même colère, le même espoir, le même rêve de souveraineté. Des gens nombreux et que je rencontre toujours, dans les rues de mon pays, souriants. J’ai pratiqué ce métier comme on accomplit parfois la prière, mais tourné vers les miens et ma terre.

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Avec le temps, vinrent la clairvoyance, l’affirmation de ma propre liberté, irréductible. Dire le mal en soi et chez les siens. Et, tournée vers le monde, la chronique retrouva le Mal, le même, sous d’autres formes. Et provoqua malentendus et enthousiasmes. Et là aussi, il fallait revenir à soi, au principe de liberté, et agir selon ce désir puissant d’être indépendant, ne devant rien à personne que l’entière disponibilité de soi pour les siens. Malentendu mais aussi terrible loi de l’écrivant devenu universel par Internet, pour des lecteurs repoussés aux cantonnements et aux particularismes de leurs terres et crises : comment dénoncer l’islamisme sans servir les causes malveillantes du rejet des autres en Occident et ailleurs ? Comment proclamer l’altérité comme lieu de réflexion entre les jérémiades du Sud et les indifférences sophistiquées du Nord ? Comment dénoncer et dire ? Comment appeler à résister au Mal, à traquer en soi ses signes escamotés sous le prétexte de la communauté, de la religion ou de la spécificité culturelle, sans tomber dans l’offre de service aux radicalités d’en face ? Comment écrire sans être sommé ? Comment faire ? Un article publié dans un journal italien puis dans d’autres pays, avant d’aboutir dans les colonnes d’un journal en France, en sera l’illustration : j’y affirmais ma conviction, que je maintiens, que notre lien à la femme, au corps et au désir, est le lieu exact de notre douleur, souffrance subie et imposée. Il sera mal lu, retenu à charge pour faire mon procès. Il sera défendu, salué et encouragé, jusqu’à l’excès, par d’autres. On me reprochera d’avoir raison mais d’avoir osé le dire à haute voix et en Occident, pas dans le champ complice de l’entre-nous. Au cœur de la tempête médiatique, j’ai compris que les réactions révélaient plus sur l’état malheureux de notre époque, ses divisions et ses replis sur soi, que sur ma personne. Au nom de l’anticolonial, on versait dans le déni, au nom de la religion ou de la communauté on défendait l’indéfendable et au nom de l’alliance inconsciente et irresponsable entre les deux, on m’interdisait le droit de penser par moi-même, d’être libre et de l’être parmi les miens. J’ai alors décidé de prendre du temps. De le reprendre. Ce sujet majeur de la chronique, l’interroger en soi pour dégager de nouvelles certitudes et donner des socles aux convictions. Changer 19

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d’instrument mais pas de musique. Écrire mais me garder vivant pour les miens, aimant et désirant l’amour comme gravité, de retour vers mes vieilles passions de lecteur. De lecteur dans un petit village où les livres étaient si rares, durant mon enfance, que j’ai rêvé de devenir écrivain rien que pour continuer des romans jamais lus, des livres rêvés, indisponibles, à paraître dans quelques siècles. La chronique est donc un art majeur en Algérie, signant le retour féroce du journalisme d’opinion, un exercice de style et de sens, de trébuchements, d’accidents de langue et d’interrogations insistantes. Que j’ai voulu partager. K. D., Oran, novembre 2016.

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TABLE

Le fugitif, par Sid Ahmed Semiane................................................ 7 L’exercice du vif ........................................................................... 13 2010 Décoloniser le corps, la langue et la mer Samedi 17 juillet 2010 ................................................................ 23 La fin d’un mois d’une rare violence Lundi 13 septembre 2010 ............................................................ 26 Le dialogue d’un ancien moudjahid avec un poteau Lundi 20 septembre 2010 ............................................................ 28 Une génération qui ignore que la France se trouve en Suède Mardi 21 septembre 2010 ............................................................ 31 Avilissement généralisé Mercredi 29 septembre 2010......................................................... 34 Ce pour quoi je vais être président de ce pays Dimanche 3 octobre 2010 ............................................................ 36 Prenez le jour, rendez-nous la nuit Lundi 4 octobre 2010 ................................................................... 38

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Le manifeste ou “Quand la bouche crache sur sa propre langue” Dimanche 17 octobre 2010 .......................................................... 40 Variantes oisives sur le mythe de Sisyphe Jeudi 28 octobre 2010 .................................................................. 43 Madame Clinton a voté Bouteflika Jeudi 4 novembre 2010 ................................................................ 45 La peine de mort requise contre… une chanson Samedi 6 novembre 2010 ............................................................. 47 MENA sans nous Mardi 9 novembre 2010 .............................................................. 49

Un an après : seconde lettre d’Oumdourman Lundi 15 novembre 2010 ............................................................. 51 Mokri, Lieberman et le sandwich “Palestine” Jeudi 18 novembre 2010 .............................................................. 54 La génisse préférée du pouvoir Dimanche 28 novembre 2010 ...................................................... 56 Le Qatar ou Comment réussir un pays en le transformant en une entreprise Samedi 4 décembre 2010.............................................................. 58 WikiLeaks : la bande-son des régimes locaux Lundi 6 décembre 2010 ............................................................... 60 Le guide de l’Algérie par un ambassadeur américain Mardi 7 décembre 2010 ............................................................... 63 L’ange Assange Lundi 13 décembre 2010 ............................................................. 66

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Le livret de famille comme Constitution Jeudi 16 décembre 2010 ............................................................... 68

2011 Je rêve d’être tunisien Samedi 15 janvier 2011 ............................................................... 73 Schéma standard de la dictature “arabe” Samedi 29 janvier 2011 ............................................................... 75 D’où nous viennent ces monstres ? Jeudi 3 février 2011...................................................................... 77 Méthodes contre-révolutionnaires Mercredi 9 février 2011................................................................ 79 Le choix du salarié, le pari du héros Lundi 14 mars 2011 .................................................................... 82 Ben Ali en live dans plusieurs capitales arabes Lundi 4 avril 2011 ...................................................................... 84 La révolution : est-elle nécessaire ? Mardi 26 avril 2011.................................................................... 86 Extrait d’une mort incompréhensible Samedi 14 mai 2011.................................................................... 88 Le complexe Oujda Lundi 16 mai 2011...................................................................... 91 Les Syriens meurent entre Dieu et YouTube Mercredi 18 mai 2011.................................................................. 93 Peut-on emprisonner un Algérien pour tentative d’immolation ? Dimanche 12 juin 2011 .............................................................. 95

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Un peu de poésie dans un monde de communiqués Samedi 25 juin 2011 ................................................................... 97 La solitude d’Essebsi et les soldats syriens en… Algérie Mardi 5 juillet 2011 .................................................................... 100 Le papillon passant Jeudi 7 juillet 2011 ...................................................................... 102 Année de la cage : jour II Mardi 16 août 2011 .................................................................... 104 Nouvelles misères en Kabylie Dimanche 21 août 2011 .............................................................. 106 Des milliers d’Arabes “tués” par la Chine et la Russie Mercredi 14 septembre 2011......................................................... 108 Le 14 janvier et l’infini Jeudi 22 septembre 2011............................................................... 110 Feu sur le corps de l’Algérien Dimanche 9 octobre 2011............................................................. 113 Le concept le plus triste depuis deux mille ans Lundi 10 octobre 2011 ................................................................. 115 L’histoire des fils de Messaoud de Hassi Messaoud Mercredi 19 octobre 2011............................................................. 117 Quatre jours après le vote tunisien (I) Samedi 29 octobre 2011................................................................ 120 Quatre jours après le vote tunisien (II) Dimanche 30 octobre 2011........................................................... 123 Waithood : le plus grand drame du monde “arabe” Mercredi 9 novembre 2011 ........................................................... 126

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Bachar : les morts te tueront ! Lundi 14 novembre 2011 ............................................................. 128 Les Égyptiens face à notre octobre 1988 Mardi 22 novembre 2011............................................................. 130 L’autre Lundi 28 novembre 2011 ............................................................. 132 La stratégie du labyrinthe pour faire de l’Algérie un “cas complexe” Jeudi 1er décembre 2011................................................................ 134 Les héritiers de Ben Ali se “coupent” en quatre Dimanche 4 décembre 2011.......................................................... 136 Un jeune Syrien, seul dans sa nuit, sous dix mille commentaires Lundi 5 décembre 2011................................................................ 139 Contre l’ANSEV (Agence nationale d’emploi des vieux) Samedi 10 décembre 2011............................................................ 141 Tunisie : le seul président “arabe” vraiment élu Mercredi 14 décembre 2011.......................................................... 143 Comment remplacer un pays par une fiction Jeudi 29 décembre 2011................................................................ 145

2012 France-Turquie, dispute entre deux ex-colons Mercredi 4 janvier 2012............................................................... 149 Analyse d’une double immolation Mardi 31 janvier 2012 ................................................................ 152 Pendant qu’il neige : le secret véritable de la chronique Mardi 7 février 2012 ................................................................... 154

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Le nez d’un clown peut-il être vert ? Samedi 10 mars 2012 .................................................................. 157 Merah et le zapping des millions de Mohammed Samedi 24 mars 2012 .................................................................. 159 Le peuple est-il coupable ou victime ? (I) Jeudi 19 avril 2012...................................................................... 161 Le peuple est‑il coupable ou victime ? (II) Samedi 21 avril 2012 .................................................................. 163 Le sombre fantasme du décolonisateur vieillissant Lundi 30 avril 2012 .................................................................... 165 Les armées “arabes” sont-elles solubles dans la démocratie ? Mardi 29 mai 2012 ..................................................................... 167 Nager dans un mur Dimanche 24 juin 2012............................................................... 169 Ce en quoi Boudiaf est différent Samedi 30 juin 2012 ................................................................... 171 Un village a-t-il une fin ? Samedi 4 août 2012 .................................................................... 173 La question du siècle : que faire des islamistes ? Dimanche 16 septembre 2012....................................................... 175 Trois fois rien Dimanche 23 septembre 2012....................................................... 178 Gerbe de plomb Jeudi 27 septembre 2012............................................................... 181 Le plus lourd turban du monde Mardi 16 octobre 2012 ................................................................ 183

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L’Israélien, “l’Arabe”, l’islamiste : les trois meurtriers du Palestinien Dimanche 18 novembre 2012....................................................... 185 L’Égypte et nous : le post-islamisme est-il possible ? Jeudi 6 décembre 2012 ................................................................. 187 Hommage à Aliaa Magda Elmahdy, la seule vérité nue Mercredi 26 décembre 2012.......................................................... 189 Post-révolutions : faut-il laisser les peuples “arabes” voter ? Samedi 29 décembre 2012............................................................ 191

2013 Sahel : topographie d’un pays dans une jeep Lundi 14 janvier 2013................................................................. 197 La France au Mali : ceux qui sont pour, ceux qui sont contre (le mur) Mercredi 16 janvier 2013............................................................. 199 Les djihadistes sont les enfants des dictatures, pas des révolutions Samedi 26 janvier 2013 ............................................................... 201 Des millions qui n’écrivent que deux mots Jeudi 21 février 2013 ................................................................... 204 3 mars : Larbi, président de l’autre Algérie Mardi 5 mars 2013...................................................................... 206 Produits phares algériens : le pétrole, la lutte antiterroriste et l’expérience anti-manifestations Samedi 6 avril 2013 .................................................................... 208 Pourquoi les islamistes sont-ils si angoissés par la Femme ? Lundi 8 avril 2013 ...................................................................... 210

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Du métier inépuisable de “l’algérologue” Samedi 20 avril 2013 .................................................................. 213 Agents de sécurité contre agents d’insécurité Dimanche 28 avril 2013 ............................................................. 215 De la métaphysique pour reposer du politique Lundi 6 mai 2013 ....................................................................... 217 La civilisation et l’anarchie selon Ould Kablia/Meursault Jeudi 16 mai 2013 ....................................................................... 219 Clan de la résurrection contre clan du coma Mercredi 22 mai 2013 ................................................................. 221 Djazairi : le manifeste de ma langue Mardi 4 juin 2013....................................................................... 223 Névrose : les Algériens n’aiment pas ressembler aux Algériens Mardi 11 juin 2013..................................................................... 227 Peut-on encore oser demander des excuses à la France ? Dimanche 16 juin 2013............................................................... 229 Errer au Caire d’Alger Samedi 6 juillet 2013................................................................... 231 L’attentat islamiste le plus meurtrier est sous nos yeux Dimanche 7 juillet 2013 .............................................................. 233 Vous êtes “islamophobe” ! La fatwa de la nouvelle Inquisition Samedi 3 août 2013 .................................................................... 235 Algérie : minuscule introduction à l’usage des étrangers Mercredi 25 septembre 2013......................................................... 238 Réflexions sur la mort d’un voisin Samedi 5 octobre 2013 ................................................................. 240

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Entre le quatrième mandat et le cinquième calife : quel est notre but à nous ? Lundi 7 octobre 2013 ................................................................... 242 Dévoration est nation Lundi 14 octobre 2013 ................................................................. 244 Rapatrier un jour les cendres de Camus ? Lundi 11 novembre 2013 ............................................................. 246 Le long du Sud : le pétrole tue la pierre Samedi 16 novembre 2013 ........................................................... 248 Le long du Sud : le désert avance, le Sahara recule Dimanche 17 novembre 2013....................................................... 250 Le long du Sud : le corps malheureux du nordiste Lundi 18 novembre 2013 ............................................................. 252 Le long du Sud : les gens du Nord venus Dimanche 24 novembre 2013....................................................... 254 Le certificat médical de Bouteflika ? Mercredi 27 novembre 2013 ........................................................ 256 Malheureusement, nous n’avons pas eu un Mandela en 1962 Samedi 7 décembre 2013.............................................................. 258 La triste vie des mandats à vie Dimanche 8 décembre 2013 ......................................................... 260 La stabilité : cette nouvelle religion internationale Lundi 9 décembre 2013................................................................ 262 L’inévitable France algérienne Samedi 21 décembre 2013............................................................ 264

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Dans une prison, il y a le toit et les barreaux Dimanche 22 décembre 2013 ....................................................... 266

2014 Un rêve tunisien dans le cauchemar “arabe” Mercredi 29 janvier 2014............................................................. 271 Est-il possible d’être heureux en Algérie ? Jeudi 6 mars 2014........................................................................ 273 Pour Farid Bessayeh Mardi 11 mars 2014.................................................................... 276 La Tunisie n’est pas morte, c’est l’Algérie qui a mal vieilli Samedi 15 mars 2014 .................................................................. 278 L’une des maladies qui expliquent notre soumission Lundi 21 avril 2014 .................................................................... 280 En Algérie : l’échec du gaullisme, le fantasme du franquisme Mardi 22 avril 2014.................................................................... 282 L’Algérie vue de Paris : la “banalisation silencieuse” Jeudi 8 mai 2014.......................................................................... 284 Le vice malheureux des constitutions algériennes Lundi 19 mai 2014...................................................................... 286 Théorie de la carte postale Lundi 26 mai 2014...................................................................... 288 L’extrême droite est aussi salafiste que les salafistes Mardi 27 mai 2014 ..................................................................... 290 Amazighité : solitaires ou solidaires ? Mercredi 4 juin 2014 ................................................................... 292

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“Ce fut comme l’Indépendance” : l’unique souvenir heureux algérien Samedi 28 juin 2014 ................................................................... 294 Ce pour quoi je ne suis pas “solidaire” de la Palestine Samedi 12 juillet 2014................................................................. 296 Voulez-vous devenir un calife Rolex ? Lundi 14 juillet 2014................................................................... 299 L’intégrisme hideux au nom de la Palestine Lundi 14 juillet 2014................................................................... 301 Palestine : à propos de “dénoncer” Dimanche 3 août 2014 ................................................................ 304 L’énigme des feux d’artifice sans fête Samedi 6 septembre 2014 ............................................................. 307 L’affaire de l’Égorgé qui parle de nous Samedi 27 septembre 2014 ........................................................... 309 Entre exilés et annihilés Lundi 29 septembre 2014 ............................................................ 311 L’État islamique est une Arabie Saoudite ambulante et sans pétrole Mercredi 1er octobre 2014.............................................................. 313 Le cosmos est un selfie sans visage Mardi 7 octobre 2014................................................................... 315 La révolution est tunisienne, la solution aussi Mercredi 29 octobre 2014............................................................. 317 Le choix national de l’inachevé Jeudi 13 novembre 2014............................................................... 319 Grenoble et notre feuille morte Lundi 17 novembre 2014.............................................................. 321

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Un cerf-volant inquiet dans une tasse de café Lundi 24 novembre 2014 ............................................................. 323 Peut-on être musulman sans déranger le monde ? Mardi 2 décembre 2014 ............................................................... 325 Catalogue bref des hargas algériennes Jeudi 11 décembre 2014 ............................................................... 327 Chez Laurent Ruquier, mais dans ma tête Samedi 13 décembre 2014............................................................ 329 Cinquante nuances de haine Mardi 16 décembre 2014 ............................................................. 331 Néo-Quraych : Mohammed sera tué au nom de Mohammed Lundi 29 décembre 2014.............................................................. 333

2015 L’autre “Je suis Mohammed” Jeudi 22 janvier 2015 .................................................................. 337 Deuil et fouet : Abdallah et son esclave Badawi Samedi 24 janvier 2015 ............................................................... 339 Ni m’exiler ni me prosterner Lundi 26 janvier 2015................................................................. 341 Ma Joconde, ma Guernica, mon amour Mardi 27 janvier 2015 ................................................................ 343 Allah est grand, l’Arabie est très petite, Michelle est belle Samedi 31 janvier 2015 ............................................................... 345 Zabor Mercredi 4 février 2015................................................................ 347

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Assia Djebar peut encore vivre si on le veut Lundi 9 février 2015 ................................................................... 350 Un bref instant de mémoire vive Lundi 16 février 2015.................................................................. 352 Le sort fait aux femmes révèle la liste des peuples maudits Mercredi 25 mars 2015 ................................................................ 354 Le FN est le FIS de la France Mardi 31 mars 2015.................................................................... 356 Il faut être laïc pour sauver la religion Mercredi 1er avril 2015................................................................. 358 La possibilité d’une Tunisie Lundi 6 avril 2015 ...................................................................... 360 La vieille erreur du “consommons algérien” Lundi 11 mai 2015 ..................................................................... 362 Hollande, le doigt dans la succession ouverte d’Alger Mercredi 13 mai 2015 ................................................................. 364 Bucarest : impressions en vrac Dimanche 24 mai 2015 ............................................................... 366 Le rêve monstrueux d’une Algérie sans jambes Lundi 25 mai 2015 ..................................................................... 369 À Hanoï, un Algérien avec des sandales de caoutchouc Lundi 8 juin 2015 ....................................................................... 371 L’effet de Gaulle sur la psychologie du décolonisateur Lundi 15 juin 2015 ..................................................................... 375 Ultra-selfie-solitude Jeudi 18 juin 2015....................................................................... 377

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La chute de Toufik change-t-elle l’Algérie ? Mercredi 16 septembre 2015......................................................... 379 Les mille mots d’une image Jeudi 17 septembre 2015 .............................................................. 381 La Méditerranée : entre mer Rouge et mer Morte Lundi 21 septembre 2015 ............................................................ 384 L’automne est le plus ancien livre du monde Mardi 29 septembre 2015 ............................................................ 387 Arabie Saoudite : la “famille” qui ne présente jamais ses excuses Mercredi 30 septembre 2015......................................................... 389 La métaphore abîmée du vin “arabe” Jeudi 8 octobre 2015..................................................................... 391 Pensées de Pologne ou d’Europe : les réfugiés font les élections Mercredi 21 octobre 2015............................................................. 393 Manhattan : impressions décousues à travers le décalage horaire Lundi 9 novembre 2015 ............................................................... 396 Mais que dire ? Que penser ? Que faire ? Jeudi 19 novembre 2015 .............................................................. 399 L’Arabie Saoudite, un Daesh qui a réussi Vendredi 20 novembre 2015 ......................................................... 403 Montréal Lundi 23 novembre 2015 ............................................................. 406 Après tant d’attentats : “Je suis qui ?” Mercredi 25 novembre 2015 ........................................................ 408 Algérie : la paix (relative) de l’immobile Jeudi 26 novembre 2015 .............................................................. 411

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D’Eureka Springs, écrit sur une véranda de bois et de brume Mercredi 2 décembre 2015............................................................ 413 La rature de Camus Jeudi 17 décembre 2015 ............................................................... 415 Le terrible dédain du contre-Castro Lundi 21 décembre 2015.............................................................. 418 Le grand legs d’Aït Ahmed : la possibilité d’être propre et d’être politique Lundi 28 décembre 2015.............................................................. 420

2016 La lettre 7 du vieillard à propos des dénouements Lundi 4 janvier 2016................................................................... 425 Un grand pas pour la langue, un petit pas pour le reste Mercredi 6 janvier 2016 .............................................................. 427 Le plein d’essence et la Fatwa Valley Jeudi 7 janvier 2016 .................................................................... 429 La “colognisation” du monde Lundi 18 janvier 2016................................................................. 431 La solution par les clowns Jeudi 21 janvier 2016 .................................................................. 433 Je veux que les révolutions soient un échec parce que… Mercredi 27 janvier 2016 ............................................................ 436 La bi-exclusion mondiale Mardi 2 février 2016 ................................................................... 439 Le procès permanent du “je” par le “nous” Lundi 8 février 2016 ................................................................... 441

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Lettre à un ami étranger Lundi 15 février 2016.................................................................. 443 Manger les ancêtres ou les enfants Lundi 29 février 2016.................................................................. 446 Mes petites guerres de libération Mercredi 2 mars 2016 .................................................................. 448

Quelques repères ......................................................................... 453

Achevé d’imprimer en janvier 2017 par Normandie Roto Impression s.a.s. 61250 Lonrai pour le compte des éditions ACTES SUD, Le Méjan, Place Nina-Berberova, 13200 Arles. Dépôt légal 1re édition : février 2017 N° impr. : (Imprimé en France)

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Né en 1970 à Mostaganem, Kamel Daoud vit à Oran. Il a reçu en 2016 le prix Lagardère du meilleur journaliste de l’année. Son roman Meursault, contre-enquête (Actes Sud, 2014, Goncourt du premier roman 2015) lui a valu une consécration internationale.

Préface de Sid Ahmed Semiane

Photographie de couverture : Kamel Daoud, 2014, DR

ACTES SUD DÉP. LÉG. : FÉVRIER 2017 23,90 e TTC France www.actes-sud.fr

ISBN 978-2-330-07282-7

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KAMEL DAOUD

MES INDÉPENDANCES Chroniques 2010-2016

MES INDÉPENDANCES

Journaliste depuis une vingtaine d’années, Kamel Daoud a tenu pendant quinze ans dans Le Quotidien d’Oran la chronique la plus lue d’Algérie, tout en collaborant à divers médias en ligne et en écrivant occasionnellement pour la presse étrangère. Concernant la période 2010-2016, il a ainsi signé près de deux mille textes – d’abord destinés au public algérien puis, sa notoriété grandissant, de plus en plus lus dans le monde entier –, dont cent quatre-vingt-deux ont été retenus pour ce recueil. Ce rythme effréné donne son souffle et son esthétique à l’ensemble. Qu’il brocarde l’islam politique ou la déliquescence du régime algérien, qu’il embrasse l’espoir suscité par les révolutions arabes ou qu’il défende la cause des femmes, c’est d’une plume originale, imagée, percutante et engagée. Car Kamel Daoud a érigé la chronique en exercice de style, en art de tendre un miroir à ses contemporains tout en s’interrogeant jour après jour, avec ou malgré l’actualité, sur l’homme, les dieux et les libertés.

Kamel Daoud

ACTES SUD

LE POINT DE VUE DES ÉDITEURS

ACTES SUD

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