AVRIL → JUIN 2016
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avril
On a volé la boîte aux lettres de Burley Cross de Nicola Barker juin
La Rue du Bout-du-Monde d’Hélène Clerc-Murgier Escalier trois d’Eduard von Keyserling jacquelinechambon.fr
SOMMAIRE
AVRIL
On a volé la boîte aux lettres de Burley Cross de Nicola Barker . . . . . . . 2-3
JUIN
La Rue du Bout-du-Monde d’Hélène Clerc-Murgier . . . . . . . . . . . . . . . . 4-5 Escalier trois d’Eduard von Keyserling . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6-7
2 – LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE
Nicola Barker ON A VOLÉ LA BOÎTE AUX LETTRES DE BURLEY CROSS Roman traduit de l’anglais par Alain Defossé Parution le 6 avril
Née en 1966, Nicola Barker est l’une des romancières et nouvellistes anglaises les plus originales de sa génération. Elle vit à Londres. De ses neuf romans, trois ont paru chez Gallimard : Les Ecorchés vifs (1999), Géante (2003) et Les File-au-train (2005). Ses quatrième et cinquième romans, Clair et Darkmans, ont été publiés chez Jacqueline Chambon en 2013 et 2014.
© Tony Davis
Le charmant petit village de Burley Cross est sens dessus dessous depuis qu’on a volé le contenu de sa boîte aux lettres, et personne n’est à l’abri des soupçons. L’agent Roger Topping – et le lecteur qui lit par- dessus son épaule – a devant lui les vingt-sept missives non délivrées, retrouvées dans une rue de Skipton. L’enquête peut commencer, pimentée par le plaisir coupable qu’il y a toujours à lire les lettres des autres. Roman policier burlesque, inventaire aléatoire de secrets inavouables et de bassesses homériques, le nouvel opus de Nicola Barker réactive le roman épistolaire à une époque où l’on n’écrit presque plus, parodiant le paradoxe du littérateur égaré dans un monde où l’on ne lit guère davantage. Délicieusement superficielle et profondément hilarante, cette correspondance improbable chante sur tous les tons l’épopée drolatique de la mesquinerie humaine.
Format : 14,5 x 22,5 / 384 pages – Relations presse : Nelly Mladenov (01 55 42 63 06)
LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE – 3
Skipton, le 09/03/07 14 heures (Pièces et lettre d’accompagnement par e-mail interne) À l’attention de l’agent Roger Topping, Ilkley confidentiel
Super, super-nouvelles, Roger… Toutes ces heures interminables, à crever d’ennui, à te tuer le moral, passées à attendre et à tourner en rond et à te morfondre et à pester ont enfin payé, et l’affaire déterminante pour ta carrière que tu as tant attendue (tout seul dans ton coin, ankylosé de rage, bouffi de frustration – avec ce reflet bleuâtre, malsain au niveau des ouïes – comme un énorme orteil goutteux que l’on néglige ; une baleine échouée ; une mauvaise blague ; une erreur par omission ; un train manqué ; une maille ratée dans un tricot ; une vilaine tache sur la serviette immaculée de la capitale du petit gâteau et de la vente de charité du West Yorkshire) va enfin atterrir – l’affaire, pas le petit gâteau, andouille – avec un gros floc ! délicieux à tes oreilles, au beau milieu de ton giron ô combien compétent. Et je te jure que c’en est une fameuse, Rog, du premier choix ! Un truc qui va mobiliser et mettre à l’épreuve ton illustre sagacité pour bien des années. Une affaire qui hantera tes nuits, Rog, et t’obsédera à chaque seconde de la journée. Elle te laissera pantois et te rendra fou, Rog. Elle te mettra face à des défis que tu n’avais jamais imaginés, dont tu n’envisageais même pas la possibilité. Mais plus simplement, Rog : cette affaire va retourner comme un gant ta misérable, dérisoire existence exactement comme elle l’a fait avec la mienne (quoique légèrement moins misérable et dérisoire que la tienne, il faut le reconnaître. Non, beaucoup moins, Rog – infiniment moins – si je puis me permettre). C’est un jour à marquer d’une pierre blanche, Rog, et tu peux sonner le clairon ! Crier Hourra ! Faire péter le champagne ! Parce que ton heure est enfin arrivée ! Et cette heure, elle est essentielle, elle est vitale, Rog, le moment est venu de mettre de côté les “compromis”, les “discussions”, le “pragmatisme” pour retrouver les bons vieux principes démodés de ta jeunesse dorée – genre… “vérité”, “honneur”, “justice”. (Non, ne pense pas “remboursement de mon emprunt immobilier”, Rog. Ne pense jamais “remboursement de mon emprunt immobilier”. Les grands hommes ne pensent pas “remboursement de mon emprunt immobilier”. Et puisqu’on en parle, ne pense pas “petit pain”. Et essaie aussi de ne pas penser “tourte à la viande” ni “saucisse frite”. Je connais tes points faibles.)
4 – ROMAN POLICIER HISTORIQUE
Hélène Clerc-Murgier LA RUE DU BOUT-DU-MONDE Roman policier historique Parution le 1er juin
Nous sommes en 1624. Alors qu’une terrible guerre civile opposant catholiques et protestants dévaste le Saint-Empire germanique, Richelieu tente par tous les moyens de revenir au pouvoir après son exil forcé, dans une France elle aussi fragilisée par les guerres de religion. Pour cela, tous les moyens sont bons : des intrigues se nouent, des pamphlets circulent sous le manteau, Le Mercure français relaie la pensée du cardinal. Qui est donc ce mystérieux Ezéchiel qui n’hésite pas à prendre à son service le cruel Cléomas que même les habitants de la Cour des miracles redoutent ? Si au début il ne s’agit que de distribuer des pamphlets contre le Premier ministre La Vieuville, on apprend vite que c’est à un tout autre emploi qu’il le destine. De l’autre côté du Rhin, le savant Wilhelm Schickard vient d’inventer une horloge à calculer. Un jeune Français du nom de Michel Mauregard est chargé de transporter les plans de cette invention au Comte Henri Deschomberg qui, en disgrâce, habite au château de Vincennes – dont le donjon est devenu prison –, où doit justement être construite cette fameuse horloge. C’est dans ce climat trouble où le pouvoir va changer de mains que se répand soudain une rumeur effarante : on tue des femmes pour leur arracher le cœur. Comment ne pas voir de la sorcellerie dans ces actes barbares ? Le lieutenantcriminel Jacques Chevassut et son trop élégant et délicat second, Philippe de May, commencent à enquêter et nous découvrons sous leurs pas les cabarets du Quartier latin, les artisans aux échoppes installées sur les ponts de Paris, la Cour des miracles mais aussi le salon de l’hôtel de Rambouillet et ses précieuses. Harcelés par les autorités qui craignent un soulèvement de la populace, nos deux héros se retrouvent bientôt au cœur d’une terrible affaire mêlant espionnage et folie sanguinaire, dont le château de Vincennes se trouve être le principal témoin. Format : 14,5 x 22,5 / 336 pages – Relations presse : Nelly Mladenov (01 55 42 63 06)
ROMAN POLICIER HISTORIQUE – 5
© D. R.
Hélène Clerc-Murgier partage son temps entre l’écriture et la musique. Claveciniste de l’ensemble Les Monts du Reuil, elle restitue notamment des opéras-comiques représentés dans toute la France, dont Cendrillon et Le Soldat magicien de Laruette, et prochainement Raoul Barbe bleue de Grétry et Sedaine. Déjà paru aux éditions Jacqueline Chambon dans la même collection : Abbesses (2013).
Du plus loin qu’il s’en souvienne, Cléomas avait toujours imaginé sa vie telle qu’il la vivait aujourd’hui. Aventureuse, riche, libre, dangereuse. Il avait décidé de côtoyer la mort avec autant de convictions que ceux qui côtoient Dieu dans les églises ou les couvents. D’ailleurs, l’amour de Dieu ne lui semblait pas incompatible avec la vie qu’il menait. Tuer, voler. Cela ne l’avait jamais empêché, une fois son forfait accompli, de pénétrer dans l’une des nombreuses églises que comptait Paris et d’y marmonner quelques prières en un latin qu’il ne comprenait pas, mais dont il trouvait la résonance harmonieuse. Il n’avait pas reçu d’éducation religieuse, cependant la vie dans la rue l’avait tant de fois poussé à se réfugier sous le porche d’une église, ou même à y entrer pour trouver un peu de chaleur, qu’il avait fini par connaître par cœur certains mots prononcés. Les églises avaient été son seul refuge, enfant : il aimait l’odeur de l’encens qu’on faisait brûler pour dissimuler les exhalaisons des cadavres en putréfaction enterrés dans la chapelle même. Il aimait la chaleur vacillante des bougies, surtout l’hiver. Et la lumière qu’elles diffusaient, douce et effrayante à la fois, à cause des ombres qu’elle faisait naître sur les pierres sombres. Il aimait le rite étrange des offices, les prières, les mines recueillies des fidèles, le cérémonial bizarre et les orgues qui, là-haut, jouaient des psaumes. Il aimait tout cela, et peut-être dans une autre vie aurait-il pu embrasser le clergé. Mais il n’en fut rien. Cléomas était un bandit de la pire espèce, se plaisait-il à dire. Il n’était pourtant pas bien vieux. Même s’il ne connaissait pas son âge exact, il savait qu’il avait entre vingt-deux et vingt-quatre ans. Cléomas. D’où lui venait ce nom ?
6 – LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE
Eduard von Keyserling
ESCALIER TROIS Roman traduit de l’allemand par Jacqueline Chambon Parution le 1er juin
Celui qui lie le nom d’Eduard von Keyserling à la chronique nostalgique de l’aristocratie décadente des pays Baltes, celui-ci ne connaît qu’un aspect de cet auteur longtemps sous-estimé. Quand il commence à écrire, Keyserling est un écrivain qui ne détourne pas les yeux des luttes sociales de son temps. Comme Zola dans Pot-Bouille, Keyserling, avec ce roman, nous donne à voir un condensé de la société viennoise de la fin du xixe siècle, car toutes les classes s’y mêlent. Aux étages nobles les bourgeois : un avocat qui marie sa fille, une vieille dame et sa belle-fille qui se détestent. Plus haut un ménage de petits employés et leur fils incapable de résister aux plaisirs qui ne sont pas à sa portée ; mais aussi Lothar von Brückmann, un des rédacteurs du journal L’Avenir. Enfin le menu peuple : concierges, bonnes, amants prolétaires et mauvais garçons. Des drames vont éclater, privés ou publics, où tous vont prendre une part plus ou moins grande, et qui mettront à nu, sous une sociabilité aimable et une gaîté factice, une lutte féroce où l’argent joue le rôle principal. À travers Lothar von Brückmann, le personnage principal, Keyserling semble camper son double littéraire qui, pour échapper au dilettantisme, se lance dans l’activisme politique et participe à la lutte fratricide des révolutionnaires modérés et des anarchistes. On reconnaît ici le thème des Démons de Dostoïevski, transposé dans la Vienne impériale déjà menacée par la décadence. Quittant la quiétude de la vie de propriétaire terrien au sein de la nature, Lothar von Brückmann se détourne de son milieu pour devenir l’un des rédacteurs de L’Avenir, un journal social-démocrate qui lutte pour qu’advienne une société plus juste. Son amour pour Tini, la fille de la concierge, va lui faire prendre conscience de la difficulté à communiquer avec le peuple et du fossé entre les classes sociales. Par son incompréhension et sa passivité, il sera en partie responsable du meurtre de Tini. Après ce drame et le fiasco du mouvement social-démocrate, qui entraîne la fermeture du journal, c’est un Lothar désillusionné qui quitte Vienne, la ville dont la gaîté affichée est payée au prix fort par les pauvres et les faibles. Format : 14,5 x 22,5 / 240 pages – Relations presse : Nelly Mladenov (01 55 42 63 06)
© D. R.
LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE – 7
Eduard von Keyserling est né en Courlande (Lettonie) en 1855. Après ses études, il séjourne à Vienne et écrit son premier roman, Escalier trois. En 1900, il s’installe à Munich, où il jouera, selon son ami Wedekind, un rôle important dans la société artistique et littéraire. C’est là qu’il écrira tous ses romans, rassemblés sous le titre Les Histoires de château. En 1905, une maladie de la moelle épinière le condamne à la cécité. Il meurt en 1918. Toutes les Histoires de château ont été publiées par les éditions Actes Sud et Jacqueline Chambon. En 2012, un Thesaurus les a rassemblées. Durant la première nuit que Lothar von Brückmann passa à Vienne, il ne connut pas un sommeil réparateur. L’éprouvant voyage depuis Genève, l’arrivée nocturne, les tracas de la gare et le souci de se loger quelque part l’avaient fatigué mais aussi énervé. Son voyage et son arrivée le poursuivaient dans ses rêves, ce qui l’empêchait de dormir en paix. Le lendemain, il ne se réveilla que tard dans l’après-midi. Il connaissait cela : arriver dans un lieu étranger, négocier avec l’aubergiste et les garçons, coucher dans une chambre hostile, ce qui le rendait toujours mélancolique : il se sentait abandonné et déjà vieux. Mais le matin suivant, le même endroit le trouvait habituellement d’une humeur vive et gaie. Il resta allongé dans le lit, les couvertures tirées jusqu’au menton. Un clair soleil traversait les rideaux jaunes de la fenêtre. D’aveuglants flocons de lumière tremblaient sur le tapis rouge et blanc. De la rue montaient des bruits de fiacres, les sons d’un orgue de Barbarie et le tintement des omnibus à chevaux. “2, Margaretenstrasse”, murmura Lothar. Était-ce au premier, au second ou au troisième étage ? Peu importe ! Je verrai bien. Il bâilla, étira les jambes à fond, et chercha sur l’oreiller une place fraîche. Je préférerais au premier. On peut certes avoir des convictions aussi fermes à un premier étage qu’à un troisième. Doux Jésus, ce sera certainement un troisième ! Rotter ne s’embarrassait pas de telles futilités – feutre à larges bords et mansardes. Comme si un bon logement était le mal héréditaire de la société ! Un brave garçon que ce Rotter avec sa jolie figure et cette façon fougueuse de se comporter avec autrui. Lothar serait content de le revoir. Il sortit du lit. Impatient de commencer la journée. Il était déjà dix heures et demie quand il se retrouva sur le Kärntner-Ring. Le soleil réchauffait le pavé et faisait briller la poussière qui remplissait l’air. Les maigres châtaigniers de l’allée cavalière, les maisons, même le ciel d’un bleu vif – tout scintillait joyeusement, comme éclaboussé par une légère lumière dorée. Même l’air avec sa chaude odeur d’asphalte, Lothar le trouvait agréable. Il s’assit sous l’ombre étroite que le store de toile dessinait sur le pavé : d’abord prendre son petit-déjeuner, ensuite il serait temps de réfléchir.
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