Depuis plus de trente ans, Marc Picard est ostéopathe et kinésithérapeute. Il s’intéresse plus particulièrement aux pathologies du dos. Parallèlement, il a créé une école du dos et intervient aussi en prévention en entreprise. Toutes ces activités lui ont permis d’évaluer les dégâts corporels engendrés par nos modes de vie actuels, et il a pu, par le biais de son expérience, élaborer un traitement préventif.
Photographie de couverture : © Getty images Dessin de couverture : © David Dellas, 2011
ACTES SUD DÉP. LÉG. : AVRIL 2018 17,50 e TTC France www.actes-sud.fr
couv_mal_au_dos.indd 1,3
ISBN 978-2-330-09723-3
9:HSMDNA=U^\WXX:
MARC PICARD BOUGEZ, FAITES CONFIANCE À VOTRE DOS !
Nous sommes de plus en plus immobiles face à nos bureaux, nos écrans, nos pupitres et même nos machines. Depuis un demi-siècle nos métiers ont considérablement changé, nos postures ont été modifiées, notre temps de travail a été pour beaucoup d’entre nous réduit et nos sociétés modernes ont tout fait pour que nous obtenions un certain confort. Mais quels sont les impacts de ces nouveaux modes de vie sur notre corps ? Qu’est-il advenu de notre dos, de nos articulations ? Quelles sont ces douleurs persistantes qui entament aussi notre moral ? Prévenir, faire en sorte que l’individu ne soit plus abîmé par sa sédentarité professionnelle, que l’enfant soit entraîné jusqu’à l’âge adulte de façon régulière afin qu’il soit suffisamment musclé, prêt à s’adapter à la vie d’aujourd’hui, tels sont les champs d’exploration de ce livre.
ACTES SUD
BOUGEZ, FAITES CONFIANCE À VOTRE DOS !
MARC PICARD
BOUGEZ, FAITES CONFIANCE À VOTRE DOS !
DOMAINE DU POSSIBLE ACTES SUD
01/03/2018 15:12
LOMBALGIE ET SOCIÉTÉ MODERNE
8
1. LES FRANÇAIS FACE AU MAL DE DOS
11
2. LES CONSÉQUENCES FINANCIÈRES ET LA RÉPONSE MÉDICALE
14
3. UNE COMPARAISON ÉDIFIANTE
18
4. LES FAUSSES BONNES IDÉES
23
5. ALIMENTATION ET SÉDENTARITÉ
27
6. L’ÉVOLUTION DE L’ACTIVITÉ HUMAINE ET SES CONSÉQUENCES
29
7. LA PRÉVENTION EN FRANCE
32
8. L’ÉDUCATION
41
9. LE SPORT ET L’ENFANT
45
10. LE VIVRE-ENSEMBLE
51
11. L’ANATOMIE ET LA BIOMÉCANIQUE
54
12. L’INFLUENCE DES OBJETS QUI NOUS ENTOURENT
63
13. QUE FAIRE FACE À LA DOULEUR ?
66
14. LES RÉÉDUCATIONS
70
15. FAIRE DU SPORT
77
16. LA MARCHE
82
17. LES GYMNASTIQUES
88
Bougez_faites_confiance_a_votre_dos_BAT.indd 6
01/03/2018 10:50
18. L’ARTHROSE
96
19. QUELS PATIENTS POUR L’ÉCOLE DU DOS ?
101
20. LE TRAVAIL DE L’ÉCOLE DU DOS
107
21. LE RENFORCEMENT MUSCULAIRE ET LES ÉTIREMENTS
120
22. LES TROUBLES MUSCULO-SQUELETTIQUES
127
23. LA PRÉVENTION DES MEMBRES SUPÉRIEURS ET DU COU
132
24. LES AUTRES EXERCICES DE LA COLONNE ET DES MEMBRES INFÉRIEURS 137 UNE ANECDOTE ÉVOCATRICE
142
CE QU’IL FAUT RETENIR ABSOLUMENT
144
Bougez_faites_confiance_a_votre_dos_BAT.indd 7
01/03/2018 10:50
LOMBALGIE ET SOCIÉTÉ MODERNE
Bougez_faites_confiance_a_votre_dos_BAT.indd 8
01/03/2018 10:50
L
a France est un des pays du monde où l’espérance de vie est la plus grande, nous pouvons être très fiers de notre médecine et de notre système de santé accessible au plus grand nombre. Cette situation est flatteuse pour la France. Mais sommes-nous l’un des pays où l’on vit le plus longtemps en bonne santé ? C’est-à-dire autonome, sans traitement lourd et en relation avec le monde extérieur. Je n’en suis pas certain. Les pays nordiques, par exemple, ont une culture différente de la nôtre. La prévention des risques d’atteinte de l’appareil locomoteur, la capacité à bouger, être actif, y sont inscrites dans les habitudes de vie, pour un bien-être personnel qui ne soit pas uniquement lié au confort matériel. Sur le plan de la prévention, nous accusons un important retard, même si certaines actions sont menées. Nous sommes informés, par l’intermédiaire de la télévision ou par voie de presse, des dangers de la sédentarité, de l’obésité, du tabac, des addictions, etc. Mais ce n’est que de l’information. Des efforts sont faits dans les entreprises, où de nombreuses actions préventives ont lieu. En particulier les préventions “Gestes et postures”, qui apprennent aux salariés à protéger leur corps. Loin de moi l’idée de dire que ces actions sont inutiles, mais elles sont insuffisantes. L’information télévisuelle est généraliste, elle ne peut approfondir les sujets ; les formations en entreprise sont ponctuelles et ne sont axées que sur l’homme face à la machine et à son poste de travail. Il n’y a pas de vision globale de l’individu. Et puis, toute cette information, ne pensez-vous pas qu’elle est déjà acquise pour la plupart des gens ? Que beaucoup se mettent au sport, s’arrêtent de fumer, font des régimes… Avec pourtant un succès mitigé pour le bien-être de l’individu. Nous verrons que le mal de dos touche de plus en plus de personnes, que les lésions de l’épaule et les pathologies des membres supérieurs sont devenues fréquentes. Et pourtant, de l’école à l’entreprise, tout est fait pour que l’on force le moins possible. Les transports, les machines sont de plus –9–
Bougez_faites_confiance_a_votre_dos_BAT.indd 9
01/03/2018 10:50
en plus performants, par semaine nous travaillons cinq heures de moins que nos aînés il y a quarante ans, pour un résultat insuffisant en termes de santé publique. Se serait-on trompé ? Le bien-être ne serait-il plus uniquement dans le repos et le confort ? Et le manque d’activité, que l’on constate dès le plus jeune âge, ne serait-il pas à l’origine de l’affaiblissement de nos structures physiques ? Ma réponse est oui, et le sujet de ce livre développe cette affirmation. Nous verrons que ce déficit s’inscrit dès la petite enfance, se prolonge dans la vie professionnelle avec une prise de conscience tardive, parfois même à la retraite où certains s’efforcent de rattraper le temps perdu. Nous verrons aussi comment prévenir ces pathologies en commençant par l’école, le moment privilégié pour donner à chacun une structure physique qui le protégera toute sa vie.
Bougez_faites_confiance_a_votre_dos_BAT.indd 10
01/03/2018 10:50
1 LES FRANÇAIS FACE AU MAL DE DOS
Bougez_faites_confiance_a_votre_dos_BAT.indd 11
01/03/2018 10:50
O
n parle “mal de dos” comme on parle politique, tout et son contraire peuvent être dits. Même sa définition est difficile à énoncer. Certains, pour guérir les maux de notre société, prônent plus de liberté, de libéralisme et d’effort individuel. D’autres au contraire défendent la force du collectif, le partage du travail, quand d’autres encore vont chercher le repli pour mieux se protéger. Pour le mal de dos, c’est la même chose. Certains vont chercher à repousser leurs limites, d’autres au contraire, les plus nombreux, vont demander à la société de les prendre en charge. D’autres enfin vont se replier sur eux-mêmes en attendant que ça passe. Le mal de dos n’est pas une maladie. Les causes en sont multiples, comme la manière de le traiter et la façon dont chacun se comporte face à cette souffrance. Ce qui génère la complexité à prendre en charge ces douleurs qui peuvent parfois être invalidantes. L’évolution du nombre de cas est remarquable, et c’est en cela aussi que l’on peut faire un parallèle avec la société : plus celle-ci semble être en crise, plus s’étend l’inquiétude et plus le nombre de cas augmente. Tout comme dans une société en difficulté, les réactions deviennent de plus en plus extrêmes, la tentation de s’isoler, de sortir du monde du travail devient plus grande. On réagit à la souffrance sans chercher à la comprendre, on accuse les autres, le système… Le mal de dos s’installe, il englobe la personne, ne fait plus qu’un avec elle, et la science dans ce domaine n’arrange rien. Les scanners ou IRM enfoncent le clou. Le compte rendu radiologique est rempli de mots comme arthrose, dégénérescence, discopathie, tassement, qui concrétisent le mal, le rendent irréfutable. Avec ces examens brandis comme des étendards, les patients nous disent : “Je suis malade, docteur, vous devez m’aider.” Dès lors, les traitements traditionnels (médicaments, kinésithérapie et autres) sont voués à l’échec, la personne devient un patient installé dans son – 12 –
Bougez_faites_confiance_a_votre_dos_BAT.indd 12
01/03/2018 10:50
mal et va donc errer de thérapeute en thérapeute, de médecin en médecin1. Jusqu’à présent, la Sécurité sociale était complice et se contentait de rembourser les frais médicaux plutôt que d’agir en amont par une politique de prévention. Aujourd’hui, il semblerait qu’une prise de conscience soit effective, du moins à la télévision ou dans la presse. Les dégâts physiques et psychologiques du mal de dos sont énormes, les coûts engendrés le sont aussi. Nous allons voir plus précisément pourquoi et quels sont les ressorts de l’évolution de ce mal.
1. Point de vue partagé avec de nombreux praticiens : voir Mary O’Keeffe (université de Limerick), Dr Kieran O’Sullivan (université de Limerick) et Dr Derek Griffin (Tralee Physiotherapy Clinic), “15 Things You Didn’t Know about Back Pain” (“15 choses que vous ne saviez pas à propos du mal de dos”), www.independent.ie/life/healthwellbeing/15-things-you-didnt-know-about-back-pain-31367264.html, 14 juillet 2015.
Bougez_faites_confiance_a_votre_dos_BAT.indd 13
01/03/2018 10:50
2 LES CONSÉQUENCES FINANCIÈRES ET LA RÉPONSE MÉDICALE
Bougez_faites_confiance_a_votre_dos_BAT.indd 14
01/03/2018 10:50
V
oici près de quarante ans que ma profession de kinésithérapeute ostéopathe m’amène à soigner des personnes ayant mal au dos et je constate que, chaque fois que je crois arriver à une solution définitive, celle-ci m’échappe au patient suivant. Combien de praticiens ont cru comme moi détenir la vérité – des médecins, des kinés, des ostéopathes –, chacun dans sa spécialité, qui, par son expérience, a fait avancer la compréhension des mécanismes des algies vertébrales mais, par manque de vision globale, n’a jamais su estimer la complexité du problème ? Pourtant, d’après un compte rendu de la Sécurité sociale de 20151, le mal de dos chaque année représente : – 40 millions de jours d’arrêt de travail, équivalant à 160 000 em plois perdus ; – 1 milliard d’euros de dépenses pour la Sécurité sociale ; – des incapacités de travail par milliers ; – 167 000 arrêts de travail pour des lombalgies. Le plus inquiétant demeure l’augmentation du nombre de cas depuis 2005 : le pourcentage d’arrêts de travail pour douleurs vertébrales est passé de 13 % à 19 % du total des arrêts de travail. Les lombalgies sont à l’origine de 30 % des arrêts de travail de plus de six mois. D’examens, radios, scanners, IRM, etc., par centaines de milliers. De millions de séances de kinésithérapie. Sans compter les accidents et les maladies professionnelles que le mal de dos entraîne, les drames sociaux, le chômage, la maladie, la dépression, la pauvreté… Ce sont pour la plupart des maux d’origine mécanique, à l’exclusion des pathologies mécaniques les plus graves nécessitant une
1. Compte rendu réalisé par Marine Jeantet, directrice des Risques professionnels à la Caisse nationale de l’assurance maladie.
– 15 –
Bougez_faites_confiance_a_votre_dos_BAT.indd 15
01/03/2018 10:50
prise en charge chirurgicale, et des maladies inflammatoires impliquant une réelle prise en charge médicale. Tel est le bilan comptable du mal de dos.
Les facteurs explicatifs de cette explosion Est-ce inéluctable ? Est-ce la même chose dans les autres pays ? Certainement pas. Alors, pourquoi cette souffrance ? Pourquoi cette difficulté à appréhender le problème ? Simplement parce que les causes sont multiples, que des changements fondamentaux dans notre manière de vivre ont entraîné un déséquilibre entre le travail essentiellement physique de la première moitié du xxe siècle et celui de notre époque, qui se sédentarise et devient plus intellectuel. Nous pouvons distinguer trois facteurs qui permettent de comprendre cette évolution. Tout d’abord, les facteurs extrinsèques sur lesquels il nous est difficile d’agir, la crise économique qui fait de la France un pays extrêmement angoissé. Il est certain que le stress favorise l’apparition des douleurs, en particulier vertébrales. Mais ce n’est pas le seul paramètre pour expliquer cette véritable épidémie. À mon sens, ce problème vient d’une incompréhension des mécanismes qui provoquent le mal de dos, ce qui entraîne une prise en charge totalement inadaptée par le milieu médical. Qui aujourd’hui peut expliquer avec précision ce qui se passe réellement dans une lombalgie chronique ? Comment peut-on soigner une maladie sans en connaître les causes réelles ? La phase douloureuse est le plus souvent traitée par du repos, des médicaments ou des séances de kiné à visée antalgique (physiothérapie), ou bien encore par des séances d’ostéopathie. Tout ce processus est utile mais il agit uniquement sur les conséquences, sans prendre en charge la cause et surtout sans proposer – 16 –
Bougez_faites_confiance_a_votre_dos_BAT.indd 16
01/03/2018 10:50
de solution sur le long terme en luttant véritablement contre ce fléau. Le manque de formation des professionnels de la santé face à ces pathologies, la pression des patients qui demandent toujours plus d’examens, la certitude pour certains qu’il existe des traitements miracles, des gourous qui sauront les débarrasser de toutes leurs douleurs… Qui n’a pas été dirigé par des connaissances vers un ostéopathe extraordinaire, un acupuncteur miraculeux, un magnétiseur ? Tout cela n’est pas satisfaisant. Le troisième facteur relève du manque de prise en charge en matière de prévention, et ce dès le plus jeune âge. De l’école à l’entreprise, prévenir les contraintes qui s’exercent sur notre corps devrait être une priorité qui éviterait bien des traitements onéreux aux répercussions désastreuses sur la santé de chacun. L’État préfère dépenser des milliards pour éviter de contrarier la population en acceptant de rembourser tout et n’importe quoi. Il est plus facile de rembourser les soins que de prévenir l’apparition de ces pathologies en organisant un véritable système de santé centré sur l’individu, afin qu’il reste en bonne forme le plus longtemps possible. Cette prise en charge, pour être efficace, devrait se faire dès le plus jeune âge et continuer la vie entière, en particulier professionnelle, en donnant les moyens à chaque personne d’être physiquement apte à effectuer les tâches qui lui sont demandées. Et à l’âge adulte, plutôt que de traiter le mal de dos au coup par coup, il s’agirait alors de proposer aux patients à risques un traitement préventif reposant sur une bonne compréhension des phénomènes qui entraînent ces troubles, de donner les conseils et les techniques qui assurent une bonne hygiène du dos et enfin de favoriser l’accès à l’activité physique au plus grand nombre. Tout cela impose un changement profond des mentalités. Il faut comprendre que le premier levier sur lequel on peut agir est l’éducation. Faire de l’éducation physique une priorité à l’école serait certainement plus efficace que tout l’arsenal thérapeutique déployé.
Bougez_faites_confiance_a_votre_dos_BAT.indd 17
01/03/2018 10:50
3 UNE COMPARAISON ÉDIFIANTE
Bougez_faites_confiance_a_votre_dos_BAT.indd 18
01/03/2018 10:50
A
ujourd’hui, dans les pays développés, la prévention est fondée sur l’économie gestuelle. Les appareils ménagers, la voiture, les machines et les robots au travail vont tous dans le même sens : l’économie des gestes, la recherche du moindre effort. Cette ambition est louable, l’homme peut se reposer et avoir du temps libre pour faire autre chose que travailler et s’occuper de sa maison. Mais en même temps notre appareil locomoteur est entré dans une période de sous-activité, qui a entraîné de réels problèmes de santé publique, au moins aussi importants que ceux que la prévention a combattus. Le nombre d’arrêts de travail liés à des douleurs vertébrales, des épaules et de toutes les articulations n’a fait qu’augmenter depuis trente ans. Le parallèle avec l’activité des individus dans les pays en voie de développement est saisissant. Dans certains pays d’Afrique, le travail reste extrêmement manuel et rural, le confort ménager est rudimentaire, un peu comme dans notre pays il y a plus de soixante ans. Si les douleurs articulaires ne venaient que d’un problème de suractivité, on pourrait penser que les femmes africaines sont les plus exposées à ces pathologies. Et pourtant, il n’en est rien. Il suffit d’observer la qualité du mouvement de ces femmes, même à un âge avancé, pour se rendre compte qu’il existe chez elles une adaptation à l’effort qui n’existe plus chez nous. Si en Afrique vous avez devant vous deux femmes portant un seau d’eau sur la tête, il vous sera difficile de savoir s’il y a entre elles une différence d’âge, tant leur démarche reste invariablement adaptée au déplacement et à l’effort. En revanche, dans les pays occidentaux, la démarche s’alourdit rapidement pour perdre de son efficacité, entraînant plus de fatigue et de tension musculaire. Loin de moi l’idée de nier le développement de nos pays, surtout en matière de santé. Grâce au progrès, on vit beaucoup plus longtemps, nos vies sont plus riches et diversifiées, l’accès à la connaissance est facilité, la possibilité de réaliser nos désirs n’a jamais été – 19 –
Bougez_faites_confiance_a_votre_dos_BAT.indd 19
01/03/2018 10:50
La marche africaine
aussi forte. A contrario, dans des pays moins développés la durée de vie est inférieure à la nôtre de plus de vingt ans, il s’agit malheureusement de survivre plus que de vivre. L’évolution de notre société est allée peut-être trop vite. Que faire de notre corps quand nous n’en avons plus besoin pour subsister ? Comment pallier cet affaiblissement musculo-squelettique qui touche le plus grand nombre ? Essayons de comprendre, tout en notant d’emblée que si les Africains doivent quitter la campagne pour la vie urbaine et un emploi de bureau, leur évolution physique sera malheureusement comparable à celle des Occidentaux. En Afrique, les enfants ont dès le plus jeune âge l’habitude de beaucoup marcher, de porter, de bouger ; on peut estimer qu’un jeune Africain fait 20 kilomètres par jour, voire 30, alors que les – 20 –
Bougez_faites_confiance_a_votre_dos_BAT.indd 20
01/03/2018 10:50
Occidentaux ne dépassent pas 1 à 2 kilomètres par jour avec un minimum d’efforts. De plus, l’habitude du confort est prise très tôt chez nous (lit moelleux, canapé), ce qui provoque naturellement un relâchement musculaire global, préjudiciable à l’évolution du squelette de l’enfant occidental. À l’adolescence, ces enfants élevés à la dure, dans un confort relatif, ont une constitution physique supérieure à la nôtre. Cela se voit par exemple dans leur démarche beaucoup plus aérienne, leurs mouvements plus déliés et leur endurance supérieure. L’enfance est sans aucun doute la clé du problème, tout se construit à ce moment-là, aussi bien la tête que le corps. Les actions pour compenser l’excès de confort des enfants occidentaux sont malheureusement insuffisantes, même si beaucoup de parents en ont pris conscience. Il y a donc une contradiction entre l’éducation de nos enfants, que nous protégeons à l’excès, et les métiers manuels qu’ils feront peut-être à l’âge adulte. Ils arrivent souvent avec un déficit qui touche la force et l’endurance, mais aussi la coordination, le système neuromusculaire ayant besoin d’être entraîné sous peine de décliner. Dans nos sociétés modernes, la recherche du confort, du moindre effort physique en dehors de l’activité sportive, est l’objet de toutes les attentions. À l’inverse, dans les pays en voie de développement, le travail agricole reste essentiel à la survie, et c’est donc l’activité quotidienne pour la majorité de la population rurale. Il n’y a pas de coupure entre l’enfance active physiquement et l’activité adulte, c’est une adaptation parfaite. Le danger pour ces populations vient de la précarité, du manque de prise en charge de la maladie, des carences alimentaires, ce qui à terme les affaiblit. En France, aujourd’hui, la plupart des agriculteurs bénéficient de conditions de travail souvent favorables, avec des engins qui évitent les contraintes musculaires au maximum (tracteur, moissonneuse, etc.), mais il est à noter que – 21 –
Bougez_faites_confiance_a_votre_dos_BAT.indd 21
01/03/2018 10:50
les travaux qui restent durs, comme le ramassage des légumes à la main (salades, melons, etc.), sont effectués majoritairement par une main-d’œuvre étrangère plus habituée à ces efforts répétitifs, souvent dans des conditions éprouvantes. Il existe certainement un rejet de ce type de travail par les jeunes Français, mais je crois aussi qu’ils sont, dans leur grande majorité, incapables de le faire sans s’épuiser et sans souffrance.
Bougez_faites_confiance_a_votre_dos_BAT.indd 22
01/03/2018 10:50
Depuis plus de trente ans, Marc Picard est ostéopathe et kinésithérapeute. Il s’intéresse plus particulièrement aux pathologies du dos. Parallèlement, il a créé une école du dos et intervient aussi en prévention en entreprise. Toutes ces activités lui ont permis d’évaluer les dégâts corporels engendrés par nos modes de vie actuels, et il a pu, par le biais de son expérience, élaborer un traitement préventif.
Photographie de couverture : © Getty images Dessin de couverture : © David Dellas, 2011
ACTES SUD DÉP. LÉG. : AVRIL 2018 17,50 e TTC France www.actes-sud.fr
couv_mal_au_dos.indd 1,3
ISBN 978-2-330-09723-3
9:HSMDNA=U^\WXX:
MARC PICARD BOUGEZ, FAITES CONFIANCE À VOTRE DOS !
Nous sommes de plus en plus immobiles face à nos bureaux, nos écrans, nos pupitres et même nos machines. Depuis un demi-siècle nos métiers ont considérablement changé, nos postures ont été modifiées, notre temps de travail a été pour beaucoup d’entre nous réduit et nos sociétés modernes ont tout fait pour que nous obtenions un certain confort. Mais quels sont les impacts de ces nouveaux modes de vie sur notre corps ? Qu’est-il advenu de notre dos, de nos articulations ? Quelles sont ces douleurs persistantes qui entament aussi notre moral ? Prévenir, faire en sorte que l’individu ne soit plus abîmé par sa sédentarité professionnelle, que l’enfant soit entraîné jusqu’à l’âge adulte de façon régulière afin qu’il soit suffisamment musclé, prêt à s’adapter à la vie d’aujourd’hui, tels sont les champs d’exploration de ce livre.
ACTES SUD
BOUGEZ, FAITES CONFIANCE À VOTRE DOS !
MARC PICARD
BOUGEZ, FAITES CONFIANCE À VOTRE DOS !
DOMAINE DU POSSIBLE ACTES SUD
01/03/2018 15:12