Du bout du monde au monde virtuel: reGeneration, une histoire
Lydia Dorner
35 artistes
35 travaux
Émilie DelcambreHirsch
Lydia Dorner
PaulineMartin
EmilieSchmutz
Lars Willumeit
Remerciements
Impressum
Jennifer Abessira
Je ne peux que chaleureusement recommander le travail de Jennifer Abessira,parce qu’elledonne une visionunique et importante du domainedelaphotographie. Aujourd’hui plus que jamais, nous réalisons quel’art est omniprésent, quecesoitdans les musées ou dans lesmédias sociaux.Jennifer Abessira bâtit un pont, elleétablitundialogue et crée une formed’art très communicative.
—Michael Liani (rG3)
#ElastiqueProject estune réponse: celle de l’artistefrancoisraélienne au flotincessantdes images qui quotidiennement nous abreuve. Parlacréationd’associations visuellesqu’elle propose en diptyques, il s’agit pour JenniferAbessirademettre de «l’ordre dans notreréalité,deplusenplusmultiforme».Car il estaussi questiondesérendipité, cettepetitepoésie parfois hasardeusequi amène l’artiste àagencer mentalementles multiples images,detoutesnatures,auxquelles elle estconstammentconfrontée–unatlas par-ci, unepublicationFacebook par-là.Tout devientsourced’inspiration. Aussicite-t-elle en vrac GeorgesDidi-Huberman(«Onnerévèlejamaisplusson désirque lorsqu’on s’écarte de sonchemin droitversune voie secondaire»),Jean-LucGodard(«Laphotographie, c’estlavérité et le cinéma,c’est la vérité 24 fois parseconde»)ouencore Albert Einstein («La seule raison du temps, c’estpourque tout n’arrivepas en même temps»).
Initialementmontrésousforme de blog, le projet entrepris en 2011 s’est poursuivi un tempssur Internet viad’autresplateformes, avantd’êtresupprimédeTumblr parl’artiste et n’être plus hébergé finalementque surson compte Instagram. Liédepuis au symbole explicitantson lien avec le réseau social, #ElastiqueProject compteà ce jour plus de 300associations visuelles réalisées majoritairement au smartphoneetagencées dansun deuxième tempssur ordinateur.Autantdepoétiques cadavresexquis offerts auxquelque8000 abonnésdeson compte,que ne renieraientprobablementpas lespères fondateursdusurréalisme.
Commele«phénomène»Markov, dontles images originellement publiées surInstagram se sont retrouvées promues en 2018–puis ànouveau l’annéesuivante–sur le standd’une célèbregalerieà ParisPhoto (lagalerie du Jouragnès b.), JenniferAbessira saitjouer descodes de diffusion de masseetsefaire uneplace dans le mondedel’art.Longtempssynonymedepratiqueamateur et perçuecomme illégitime parlaprofession, la production d’images spécifiquementpourles réseaux sociaux alargement fait débat.Ellesemble aujourd’huibénéficier d’unecertaine ouvertured’esprit auprès desplusréfractairesàces nouveaux canaux (comme l’indique donclesuccèsgrandissantduRusse Dmitry Markov,qui multiplieles expositions suiteà sonpassage à la grande foire de la photographie), vusnon plus comme lesrelais d’uneexpressionfutileetfugace,maiscomme de réelssupports permettantune diffusion àlarge échelle, et d’accès commode. Cettefacilité de partageetdediffusion va de pair avec la spontanéité,composante essentielledeladémarche de Jennifer Abessira.Laphotographe,qui n’apas de studio,produit desimagesdesavie de tous lesjours et nes’impose aucune contrainte esthétiqueoutechnique, si ce n’estcelle de conserverlafraîcheurdeson regard.S’inscrivantdonc dans le quotidien avanttout,l’expressionartistiquedeJenniferAbessirase fait égalementinvitationà entrerdansson monde où,sitout est potentiellementcouple, tout estentout cascouleur.Cette vision arc-en-ciel s’étaitdéjàrendue visibledes Londoniens à l’automne 2017,lorsque l’artisteavait étéinvitée àemballerles bornes de la gare de London Bridgedeses associations photographiquesmulticolores.Sous le nom de Don’tThink Twice («N’y réfléchis pasàdeuxfois»), l’opérationétaitdestinée àoffrirune expériencenouvelleaux quelque140000voyageurs passant chaque jour parlastation,les incitantainsi àpercevoirleurcheminquotidienau-delàdesagrise monotonie et de sa répétitivité De la poésieaccessible àtous,disions-nous.
Le travail de Rochelle Brockington défie la notion de beauté. Son approche «body positive» libèrelespectateur des idées conventionnelles. La manière dont elle captureendétail les yeux, la peau ou les ongles de ses sujets révèle une curiosité profonde. J’adoreses éclairages et ses arrière-planscolorésqui soulignentl’énergiepositivedes personnes qu’elle photographie —Christine Callahan (rG2)
Rochelle Brockington
Rochelle Brockington aborde la question desstandards de beauté,plusspécifiquementféminine, àtravers desportraits non conformesaux normesmédiatiques et publicitairesoccidentales.Les femmes de Brockington sont afro-américaines, souventcorpulentes. Leur peauprésentedes marquesoudes taches de pigmentationetleurs cheveuxsontcrépus ou tressés.
Au lieu de montrer l’isolementdeces femmes, qu’ellesuitactivementsur lesréseaux sociaux,l’artiste américaine affirme sonadhésion au mouvement body positive en lesmettanten scène de manière qu’elles paraissent assumerleurs différences constitutivesdeleuridentité propre. Rochelle Brockington flatte lesdétails physiques de cesjeunesfemmesàtravers desplans rapprochés qu’ellesoulignepar desfonds colorés. Le focussur cesdétails généralementgommés dans lespublicitésparticipe clairement au caractère singulierdechacune de cesfemmes.
Si la beauté idéaliséeetnorméerepose surl’aspect purement esthétique, presquenon crédible,labeautéuniqueetsingulière met en avantl’individualité et la personnalité de cellesqui assumentleurféminitéetl’image de leur corps.
The Layered Cemetery of Douma
2015–2019
Tirages jetd’encre, vidéo(5'18''), tissus
Le travail d’Abd Doumanyest une réponseextrêmement puissante à l’expérience qu’il avécue en Syrie. L’artiste utilise la performance, la projection et l’installation de façoninnovante afind’explorer le processus de deuil,delutter contreles récits dogmatiques de l’Histoire et de créerunouvrage historiographique àcontrecourant.Jetrouveson travail importantetactuel, il doit être partagé avec un public peutêtre déconnecté ou inconscient des atrocités perpétrées dans le conflitsyrien. Abd Doumanyne le faitpas àtravers des «faits» et du photojournalisme,mais en proposantune réponse qui incarne la perte, le deuil, et en se positionnantcomme témoin.
—CorinneSilva(rG3)
Doumany
Plus qu’unreportage photojournalistique ou un documentaire, TheLayered Cemetery of Douma estletémoignage direct de la perteetduchagrin,ainsi quelecheminement personnel de l’artistefaceauprocessus de deuil dans le cadre du conflit syrien.Lenombreimportant de décèsetl’horreur pouvantsurgir àn’importe quel moment contraignentles familles ayantperdu l’un desleurs àvivre lespertesdansl’urgence et àréduire lesinstants de chagrin aux seuls moments d’identificationdes corps,d’ensevelissements nocturnesetdeprières furtives,de peur d’être àleurtourvictimes de frappesmilitaires.
L’installation immersivedel’artiste –qui asouhaitéutiliserun pseudonymeafin de protéger sa famillerestéeenSyrie–vise àluttercontrel’oubli de l’Histoireetdes victimes,défuntesou disparues,delaguerresyrienne.Car le régime en placelorsdu conflit se donne pour missiond’effacerles traces de cettehistoire en détruisanttousles documents,photographiesetvidéos qui ysontliésafin d’influencer le récitdel’Histoire.Leregistre du cimetière de Doumaa parexempledisparu àpartir du momentoùles civils ont étéévacués de la ville. Afinderétablir les faitsréels et de rendre hommage aux morts, AbdDoumany a décidé de faire lesrecherches nécessaires, encoreencours,pour réécrire de sa main ce registre envolé. Cettelongue démarche lui permet de prendre le tempsnécessaire pour pleurerles disparusdesaville nataleetdire adieuaux personnes qu’ilapu connaître.Àune plus largeéchelle,lanouvelleversion du recueil, unefois terminée,permettraprobablementà d’autres survivants d’avoirune preuveconcrète de la disparition desleurs et d’en faire le deuil. Dans l’installation,ceregistreprend la forme d’unevidéo,oùledéfilementdes noms desvictimes déjà répertoriés donne le vertige… La dispositiondes photographies, superposées,faitquant àelleréférence aux fosses communescreusées en stratesafin de pallierlemanqued’espace du cimetièreofficiel de Douma. Lestissus,identiquesaux linceuls utilisés pour envelopper lescorps desvictimes,cachent desimagesqui remettent en contexte le récit d’AbdDoumany ainsique lesdifférentes étapes queles familles traversentlorsdudécès d’un proche.