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« Voilà notre domaine ! C’est ici que le sort, Tous les ans nous ramène, Prêts à braver la mort ! Sous la vague profonde, Plongeurs audacieux, À nous la perle blonde, Cachée à tous les yeux27 ! »
Les Pêcheurs de perles de Bizet (1863)
Les Pêcheurs de perles est un opéra en trois actes, composé par Georges Bizet (1838-1875) sur un livret d’Eugène Cormon et de Michel Carré, qui ont déjà écrit un livret sur un thème similaire : Les Pêcheurs de Catane, joués en 1860. S’ils prévoient dans un premier temps de situer leur nouvelle histoire au Mexique, ils décident finalement de déplacer l’action sur l’île de Ceylan (Sri Lanka). L’opéra relate comment, il y a fort longtemps, un vœu d’amitié éternelle scellé entre deux hommes fut menacé par leur amour pour la même femme, qui devait elle-même choisir entre l’amour profane et son serment sacré de prêtresse :
« Si tu restes fidèle, Et soumise à ma loi, Nous garderons pour toi, La perle la plus belle !
Et l’humble fille alors sera digne d’un roi !
(Avec menace)
Mais si tu nous trahis !… si ton âme succombe
Aux pièges maudits de l’amour, Que la fureur des cieux sur ta tête retombe !
C’en est fait !… c’est ton dernier jour ! »
Joué pour la première fois le 30 septembre 1863 au Théâtre lyrique à Paris, l’opéra est donné à dix-huit reprises lors de sa première diffusion. Âgé de moins de vingt-cinq ans, Bizet ne s’est pas encore imposé dans le monde musical parisien. C’est grâce à son statut d’ancien lauréat du prestigieux prix de Rome qu’il se voit commander Les Pêcheurs de perles

“Here lies our domain!
Every year we return, Facing death once again, With courage we burn! ’Neath the waves so deep, Divers bold and true, The golden pearl we keep, Hidden from all view!”27
Bizet’s The Pearl Fishers (1863)
Les Pêcheurs de perles (The Pearl Fishers) is a three-act opera composed by Georges Bizet (1838–1875), with a libretto by Eugène Cormon and Michel Carré, who had already written another libretto on a similar theme: Les Pêcheurs de Catane (The Fishermen of Catania), first performed in 1860. While they had initially planned to set their new story in Mexico, they ultimately decided to move the action to the island of Ceylon (Sri Lanka). The opera relates how, long ago, a vow of eternal friendship between two men was threatened by their love for the same woman, and how she had to choose between profane love and her sacred oath as a priestess:
← Antonio Bonamore, Les Pêcheurs de perles, 1863, opéra de Georges Bizet, illustration de la scène finale de l’acte I. Antonio Bonamore, Les Pêcheurs de perles, 1863, opera by Georges Bizet, depiction of the final scene of Act I.
↑ Prudent-Louis Leray, Les Pêcheurs de perles, 1863, opéra de Georges Bizet, illustration de la scène finale de l’acte I. Prudent-Louis Leray, Les Pêcheurs de perles, 1863, opera by Georges Bizet, depiction of the final scene of Act I.


« Tu t’en iras à travers les petits sultanats de la côte arabique. Du cheikh de Haora, tu passeras chez le sultan de Makalla. Peu après, sur la rive d’Oman, le sultan de Mascate te recevra, et, un jour, sur je ne sais quel bateau, tu te présenteras à la porte du golfe Persique. Ce sera un beau jour ! Toutes les fées de Perse et d’Arabie t’ouvriront leur royaume. Elles te conduiront ellesmêmes sur les bancs de Linga, où si blanches sont les perles ; puis à Doubaï, sur la côte des Pirates, où les perles sont si chaudes. Enfin, porté par une galère capitane, voiles rouges gonflées et galériens aux rames par une aurore aux doigts de rose, à Bahreïn, tu aborderas32 ! »
Si le récit du séjour d’Albert Londres dans la péninsule arabique demeure gravé dans les mémoires, la facette de l’histoire de la joaillerie qu’il évoque est, pour sa part, restée dans l’ombre33. Celle-ci concerne les relations commerciales entretenues par les différents pays du golfe Arabo-Persique avec la France, et ce, pendant environ un demi-siècle. Du début des années 1880 à la fin des années 1920, d’intenses échanges ont en effet eu lieu entre ces deux régions, concentrés autour d’un seul et même objet : la perle.
De Marseille à Bassorah, premiers contacts
La réussite commerciale des Français dans le Golfe n’a été ni soudaine ni aisée. En témoignent le nombre et l’audace des tentatives menées par quelques marchands plus ou moins scrupuleux avant 1900, marchands dont les activités nous sont bien connues, grâce notamment à la surveillance accrue des renseignements britanniques de l’époque.
Dès 1881, des représentants de la société parisienne Izoard & Co. embarquent ainsi à bord du SS Severin, un steamer ou navire à vapeur34, pour une mission commerciale d’essai entre Mascate et Bassorah. Celle-ci échoue de manière notable, malgré la présence
← ← Domenico Fetti, La Parabole de la perle précieuse, peinture à l’huile.
Domenico Fetti, The Parable of the Precious Pearl, oil painting.
Caen, musée des Beaux-Arts.
“You will make your way across the little sultanates of the Arabian coast. From the Sheikh of Haora, you will go on to the Sultan of Makalla. Not long afterwards, on the shore at Oman, the Sultan of Muscat will receive you, and one day, on I know not which boat, you will appear at the gateway to the Persian Gulf. A fine day that will be! All the fairies of Persia and Arabia will open up their kingdom to you. It is they who will lead you along the beds of Linga [author’s note: known today as Bandar Lengeh], where the pearls are so white; and then to Dubai, on the Pirates’ Coast, where the pearls are so warm. And at last, carried along on a galley, red sails billowing and gallay rowers gliding through a rose-streaked dawn, in Bahrain, you will alight!”32
Although Albert Londres’s account of his stay in the Arabian Peninsula remains etched on the minds of many French readers, the aspect of jewelry history that it evokes has hitherto been confined to the shadows.33 That aspect concerns the commercial relationships that the various Gulf countries fostered with France, over about half a century. From the early 1880s to the late 1920s, there were intense exchanges between these two regions, all focused around a single object: the pearl.
Achieving commercial success in the Gulf was neither an easy nor a swift process for the French merchants. The frequency and boldness of the attempts that several of them led before 1900 – merchants whose activities we are well aware of thanks notably to increased surveillance by British intelligence services at the time, and some of whom were more scrupulous than others – bear witness to this.
From 1881, representatives of the Paris-based company Izoard & Co. set sail on the steamship SS Severin for a trial trade mission between Muscat and Basra.34 It was a notable failure, despite the presence on board
← Frédéric Boucheron, parure de lady Wolverton, 1896-1902, perles fines, diamants, or, argent.
Collection Privée, avec l’autorisation du Albion Art Institute.
Frédéric Boucheron, necklace and earrings of Edith Amelia Glyn, Lady Wolverton, 1896–1902, natural pearls, diamonds, gold, silver.
Private Collection, courtesy of Albion Art Institute.
© Albion Art Jewellery Institute.
de Ras al-Khaimah et d’Oumm al-Qaïwaïn), ainsi que par celui de Bahreïn44, ce traité stipule que ni ces derniers ni leurs héritiers ou successeurs ne sauraient en aucun cas conclure un quelconque accord ni aucune correspondance avec une puissance autre que le Gouvernement britannique, ni autoriser sur leur sol la présence d’agents issus d’autres nations. Cet accord exclusif n’est toutefois pas immédiatement respecté par tous les cheikhs de la côte : ceux de Dubai et de Chardja ont par la suite affirmé avoir interprété la réception de copies ratifiées comme une infirmation du traité. Le cheikh de Dubai a, par ailleurs, un temps hésité à « prendre le drapeau français afin d’échapper à la malice des Anglais45 ».
Or, l’année 1894 voit l’ouverture d’un consulat français à Mascate. Le moment est stratégique pour les Français, aux yeux de qui le sultanat d’Oman représente une étape clé sur la route maritime qui relie Suez, Djibouti et le nord de l’océan Indien à l’Indochine française. Si Chapuy périt cinq années plus tard, cette disparition ne marque nullement la fin des ennuis pour les Britanniques ni celle des ambitions françaises dans la région, car, dès 1899, un autre personnage haut en couleur s’y installe : Antonin Goguyer (1846-1909).
Antonin Goguyer : le « Lawrence d’Arabie français » ?
À la fois ingénieur, marchand d’armes et aventurier arabisant, Goguyer n’est pas sans rappeler la figure de Chapuy, mais aussi celles d’un Rimbaud ou d’un Loti46, auxquelles s’ajoute bientôt celle d’Henry de Monfreid.
Creusois de naissance, Goguyer quitte la France après des études d’arabe pour s’installer à Ouled Rahmoune, en Algérie, où il travaille comme interprète judiciaire. Passé par la Tunisie47, il rejoint Djibouti en 1897, puis Mascate, accompagné de ses fils Jean et Auguste, que l’on retrouve inscrits comme élèves, en 1903, au sein de la maison des Carmes de Bagdad48, mais également de son neveu algérien nommé Ibrahim Elbaz, qu’il considère comme un autre de ses fils et qui l’assiste désormais dans ses affaires.
Ce collectionneur orientaliste réputé, correspondant dans le golfe Arabo-Persique du Bulletin du Comité de l’Asie française, apparaît avant tout aux yeux de Lorimer comme « un anglophobe notoire49 » Parfois surnommé « le Lawrence d’Arabie français », Goguyer commence en effet à cette époque à intriguer dans l’espoir de voir apparaître une confédération sous influence française le long de la rive occidentale du Golfe, tandis que la rive perse reviendrait aux Russes50. L’un de ses principaux interlocuteurs locaux est alors l’émir Abderrahmane ben Fayçal Al Saoud (1850-1928), prince saoudien à ce moment en exil au Koweït et préparant la reconquête de l’Arabie par sa lignée51. Afin d’impressionner ce dernier, c’est en tant qu’invité de marque du cheikh Moubarak Al Sabah (1837-1915)
↗ Portrait d’Antonin Goguyer, 1890.
Portrait of Antonin Goguyer, 1890.

noted that these Frenchmen could cause great harm to the British if they so wished.40 According to the British agents in post at Bandar Lengeh,41 the Sheikh gave the two men a parcel of land near his own residence, after they had succeeded in enabling a dozen ships to navigate from Sur to Oman without being troubled by the British.42 Chapuy and his compatriot had achieved this by raising a French flag, thus allowing his dhows to evade the British right to search and so to lend themselves unfearingly to all types of dealing.43
According to Adelbert C. Talbot (1845–1920), a British political representative in the Gulf, France and Russia reached an agreement in the late 1880s in order to try to weaken the general position of the British in the Gulf, with the western and southern parts of the region accorded to France. Talbot therefore proposed a formal agreement, based on that of December 1887, to make the new Trucial States a British protectorate and thereby to appease the greed of other European countries, mainly France and Russia.
Finally signed in March 1892 by the six sheikhs of the Trucial States (that is, the emirs of Abu Dhabi, Dubai, Sharjah, Ajman, Ras Al Khaimah and Umm Al Quwain), as well as the Sheikh of Bahrain,44 this treaty stipulated that in no case would either the sheikhs or their heirs or successors enter any agreement or negotiation with any authority other than the British Government, and nor would they allow agents from other nations onto their soil. However, this exclusive
→ Collier de perles, vers 1880, perles fines, diamants, or, argent.
Pearl necklace, c. 1880, natural pearls, diamonds, gold, silver. Collection Faerber.



Témoignant d’une forme de concurrence entre les capitales anglaise et française, les différentes ventes publiques alors organisées de part et d’autre de la Manche nous renseignent sur la valeur des perles69 : tandis qu’en 1901 sont vendus aux enchères à Paris les cinq rangs formant le collier de la comtesse de Castiglione, remportant la somme de 463 500 francs (92 600 dollars) de l’époque, les quatre cent vingtquatre perles de madame Humbert atteignent une somme équivalente chez Christie’s Londres la même année (20 000 guinées70, soit 100 000 dollars).
Valeur des perles après 1900 : le cas des ventes publiques
Toujours chez Christie’s, un collier de quarante-sept perles de 1 090 grains appartenant au comte Dudley est vendu l’année suivante à Londres, remportant 22 200 guinées, soit 110 000 dollars de l’époque, tandis que sa perle rose en goutte de 209 grains atteint à elle seule la somme de 13 500 guinées (67 500 dollars). De même, en 1903, le stock du bijoutier Paul Hamelin est dispersé à l’occasion d’une vente parisienne comportant des perles pouvant peser jusqu’à 415,25 grains. Tandis que la valeur des perles à Paris ne cesse d’augmenter, Londres montre une oscillation amorcée dès 1903 avec la vente des cinq rangs de deux cent vingt-sept perles de lady Henry GordonLennox (née Amelia Brooman) chez Christie’s pour 25 500 guinées, soit 127 500 dollars. Trois années plus tard, la vente aux enchères d’un collier composé de cinq rangs de deux cent quatre-vingt-cinq perles n’obtient que 10 000 guinées (50 000 dollars), mais, l’année suivante, toujours chez Christie’s, le rang de deux cent vingt-neuf perles de la philanthrope britannique Ada Lewis-Hill (1844-1906) remporte 16 700 guinées, soit 83 500 dollars.
À Paris, l’année 1904 voit pour sa part non seulement la vente, contre 107 000 francs, des trois rangs de deux cent neuf perles ainsi que d’un bracelet de quatre rangs de quatre-vingt-douze perles (contre 41 000 francs), issus de la collection de la princesse Janvière du Brésil (1822-1901), mais également les sept rangs de trois cent quatrevingt-quatre perles de la princesse Mathilde Létizia Wilhelmine Bonaparte (1820-1904), disparue le 2 janvier.
← Collier, 1890, perles fines, diamants, or, argent. Collection Privée, avec l’autorisation du Albion Art Institute. Necklace, 1890, natural pearls, diamonds, gold, silver. Private Collection, courtesy of Albion Art Institute.
© Albion Art Jewellery Institute.
↗ Collier, vers 1910, perle fine, diamants, or blanc, platine. Collection privée.
Necklace, c. 1910, natural pearl, diamonds, white gold, platinum. Private collection.

The various public sales that were then being organized on either side of the Channel testify to a level of competition between the British and French capitals, and provide us with information on the value of pearls at the time:69 the five strands that formed the Countess of Castiglione’s necklace were sold at auction in Paris in 1901, fetching the sum of 463,500 francs (92,600 dollars), and Mrs Humbert’s 424 pearls achieved a similar sum at Christie’s in London in the same year (30,000 guineas,70 equivalent to 100,000 dollars).
The value of pearls after 1900: prices fetched at auction
Again at Christie’s, a necklace of forty-seven pearls weighing 1,090 grains, which belonged to the Earl of Dudley, was sold the following year in London for 22,200 guineas, equivalent to 110,000 dollars at the time; while his 209-grain pink drop pearl alone fetched the sum of 13,500 guineas (67,500 dollars). Equally, in 1903 the stock of the jeweler Paul Hamelin was dispersed at an auction in Paris that featured pearls weighing up to 415.25 grains.
While the value of pearls in Paris continued to rise, in London it began to oscillate in 1903 with the sale at Christie’s of five strings of 227 pearls that had belonged to Lady Henry Gordon-Lennox (née Amelia Brooman), for 25,500 guineas (127,500 dollars). Three years later, the sale at auction of a necklace comprising five strands of 285 pearls fetched only 10,000 guineas (50,000 dollars), but the following year, again at Christie’s, a string of 229 pearls latterly owned by the British philanthropist Ada Lewis-Hill (1844–1906) took 16,700 guineas (83,500 dollars).
In Paris, the year 1904 saw not only the sale of three strings of 209 pearls (for 107,000 francs), as well as a bracelet of four strands of 92 pearls (for 41,000 francs) from the collection of Princess Januária of Brazil (1822–1901), but also seven strings of 384 pearls that had belonged to Princess Mathilde Létizia Wilhelmine Bonaparte (1820–1904), who had died on 2 January.
en les manipulant sans relâche, le sultan qu’on vint surprendre à Yildiz-Kiosk pour en faire un captif, le vieil enfant maniaque, sanguinaire, voluptueux et poltron. Car, parmi les Circassiennes de son harem, ses eunuques, ses lutteurs, ses esclaves, tandis qu’il ruminait des songeries de massacre, de débauche et d’épouvante, infatigablement ses mains fiévreuses égrenaient les perles de ses chapelets, ou bien roulaient sous leurs paumes et entre leurs doigts les diamants versés dans une coupe, et parfois s’y baignaient à même jusqu’au poignet ; et ainsi tous les rêves du sultan vampire, du sultan larve, du sultan sadique, tous ses rêves d’amour et de mort, tous ceux qu’il a réalisés et tous ceux qu’il a pu rêver seulement, tous sont endormis dans ces gemmes, dans ces perles, dans ces diamants75 » Le prix finalement remporté pour les cent cinquante-quatre perles du sultan est de 920 000 francs ; un nouveau record pour un collier de trois rangs. On retrouve par ailleurs en mars 1912 « un rang de quarante-neuf perles blanches en chute et terminé par un fermoir brillant » vendu 404 000 francs76, « un sautoir composé de deux cent vingt et une perles blanches et régulières », vendu 495 000 francs, « un collier composé de cent six perles blanches, de quatre grosses perles noires [pour 285 grains, NdA] et enrichi d’une pendeloque perle poire blanche [90 grains, NdA], avec un gland de perles bayadères à culot d’émeraude et de rubis », vendu 218 500 francs et provenant de la collection des joyaux de la princesse Mathilde, parmi les cent six perles blanches (1 052 grains) d’un collier ayant entre-temps appartenu à une certaine madame Roussel, vendus à la galerie Georges Petit et expertisés cette fois par MM. Boucheron et Mellerio dits Meller.
always will feel palpitating, vibrating, are the dreams that the sultan dreamed as he endlessly fondled them – the sultan who was pounced upon at Yildiz Kiosk and taken captive – maniacal, bloodthirsty, sensual, cowardly and childish as he was. For, amid the Circassian women in his harem, his eunuchs, his fighters and his slaves, while he ruminated upon daydreams of massacre, debauchery and horror, his feverish hands would be perpetually fiddling with each threaded pearl, or descending upon a dish of diamonds to roll them beneath his palms or around his fingers, sometimes delving deep into them up to the wrist; and all the dreams of the vampire sultan, the sluggard sultan, the sadistic sultan, all his dreams of love and death, the ones that he made come true and the ones that he could only dream of, all are sleeping here in these gems, these pearls, these diamonds.”75

The price that the sultan’s 154 pearls ultimately fetched was 920,000 francs – a new record for a three-strand necklace. Also, in March 1912 at the Galerie Georges Petit, with the valuations this time provided by the jewelers Boucheron and Mellerio dits Meller, we find a “necklace of forty-nine graduated white pearls culminating in a brilliant clasp” sold for 404,000 francs,76 a “necklace of two hundred and twenty-one even-shaped white pearls” for 495,000 francs, and a “necklace composed of one hundred and six white pearls, four large black pearls [author’s note: totaling 285 grains] and embellished with a white teardrop pearl pendant [author’s note: 90 grains], with a tassel of bayadère pearls held in an emerald and ruby dome” for 218,500 francs, which was from Princess Mathilde’s jewelry collection, along with the 106 white pearls (1,052 grains) of a necklace that had belonged to a certain Madame Roussel. 4.

5.
4. 5. Catalogue des perles, pierreries, bijoux et objets d’art précieux, le tout ayant appartenu à S. M. le sultan Abd-ul-Hamid II, Paris, Georges Petit, 1911. Catalog of pearls, gems, jewels and precious objets d’art all belonging to S.M. Sultan Abd-Ul-Hamid II, Paris, Georges Petit, 1911.

Georges Lepape, « Le Festin », Modes et manières d’aujourd’hui, planche 7, 1912.
Georges Lepape, “The Feast,” Modes et manières d’aujourd’hui, plate 7, 1912.




Georges Lepape, « Le jaloux. Robe du soir de Paul Poiret », Gazette du bon ton, no 6, planche 10, 1913. Pierre Brissaud, « Une Chinoise. Costume de Divertissement de Dœuillet », Gazette du bon ton, no 4, planche 9, 1913. George Barbier, « De la pomme aux lèvres. Travesti de Redfern », Gazette du bon ton, 1912. George Barbier, « Le conseiller des dames. Robe et manteau pour le Théâtre », Gazette du bon ton, planche 1, 1913. Georges Lepape, “The jealous man. Paul Poiret evening gown,” Gazette du bon ton, no. 6, plate 10, 1913. Pierre Brissaud, “Chinese Woman. Dœuillet Entertainment Costume,” Gazette du bon ton, no. 4, plate 9, 1913. George Barbier, “From Apple to Lips. Redfern Cross-dresser,” Gazette du bon ton, 1912. George Barbier, “The Lady’s advisor. Dress and coat for le Théâtre,” Gazette du bon ton, plate 1, 1913.



« La vente des bijoux de madame Thiers », Le Petit Journal, 17 juin 1924, p. 1 “Sale of Madame Thiers’ jewelry,” Le Petit Journal, 17 June 1924, p. 1.
La bibliothèque Thiers de Paris conserve un précieux dossier de trente feuillets relatif à la vente163, en juin 1924, du collier de perles, aujourd’hui disparu, ayant appartenu à Élise Thiers. Dès 1922 en effet, le Louvre décide de se séparer du collier Thiers après l’avoir exposé dans la galerie d’Apollon pendant quarante et un ans. Jugeant que ce dernier a plus de valeur économique qu’artistique ou historique et, à ce titre, n’a pas de place réelle dans ses murs, le musée le met en vente avec d’autres bijoux, tel un collier indien composé de « cinq rangs de petites perles séparés par dix-huit motifs en or, sertis, à la face, de turquoises et ornés, au revers, de motifs floraux émaillés rouge et vert sur fond blanc ».
Cette vente doit toutefois être agréée par l’État, par une loi du 29 décembre 1923 signée par le président de la République Alexandre Millerand. Elle nécessite également l’accord de l’exécuteur testamentaire de la famille Dosne-Thiers, le duc de Massa, qui en autorise la vente à condition que le produit en soit reversé à la Fondation Thiers, à la maison de retraite de Dosne et à la Caisse nationale des musées. Véritable événement médiatique, la vente aux enchères fait naturellement les gros titres de la presse française comme étrangère. Organisée le lundi 16 juin 1924 à 14 h 30 dans la galerie Denon, elle attire une foule considérable et cosmopolite.
Le commissaire de la vente, le célèbre Me Fernand Lair-Dubreuil (1867-1931), est assisté pour l’occasion de nombreux et prestigieux experts. Trois « chambres » sont alors représentées : – la Chambre syndicale de la joaillerie tout d’abord, par son vice-président honoraire, M. Henri Vever (1854-1942), ainsi que par ses premiers vice-président et président honoraire, MM. Marcel et Louis Aucoc (1850-1932)164 ; – la Chambre de commerce de Paris, en la personne de M. Louis Boucheron (1874-1959)165; – enfin, la Chambre syndicale des négociants en pierres précieuses, en la présence de son président, M. Hugues Citroën (1873-1953), alors installé au 24 de la rue La Fayette. Figurent également à la vente en qualité d’experts MM. GustaveRoger Sandoz, en tant que vice-président du Comité français des expositions, ainsi que les représentants de la succession de « Mlle Dosne », à savoir MM. Georges Falkenberg et Robert Linzeler (1872-1941).
Le plus long rang, contenant cinquante-cinq perles, atteint 5 030 000 francs et est remporté par Oscar Kahn. Le rang du milieu, composé de quarante-neuf perles, est acquis par L. Henry contre 3 220 000 francs. Les quarante et une perles
A precious thirty-page file preserved in the Bibliothèque Thiers in Paris relates to the sale,163 in June 1924, of the now-lost pearl necklace that had belonged to Élise Thiers. The Louvre had decided to part with the Thiers necklace after displaying it in the Galerie d’Apollon for forty-one years. Judging it to have greater financial than artistic or historical value and therefore no real place within its walls, the museum put it on sale with other items of jewelry, such as an Indian necklace composed of “five strands of small pearls separated by eighteen golden motifs, set on the front with turquoises and ornamented on the reverse with enameled floral motifs in red and green on a white ground.”
However, the sale was required to be approved by the State, according to a law dated 29 December 1923 and signed by the French President, Alexandre Millerand. It also needed the agreement of the Dosne-Thiers family’s executor, the Duke of Massa, who authorized the sale on the condition that the proceeds from it be donated to the Fondation Thiers (Thiers Foundation), the Dosne retirement home and the Caisse Nationale des Musées (National Museums Fund).
A full-blown media event, the auction naturally made headlines both in the French press and abroad. Held on Monday 16 June 1924 at 2.30 p.m. in the Louvre’s Galerie Denon, it drew a large and cosmopolitan crowd. The auctioneer, the renowned Fernand Lair-Dubreuil (1867–1931), was assisted by a number of esteemed experts for the occasion. Three trade bodies were represented: – the Chambre Syndicale de la Joaillerie (the union for the jewelry trade), represented first and foremost through its honorary vicepresident Henri Vever (1854–1942), as well as its first vice-president and honorary president, Marcel and Louis Aucoc (1850–1932);164 – the Chambre de Commerce de Paris (Paris Chamber of Commerce), in the person of Louis Boucheron (1874-1959);165 – lastly, the Chambre Syndicale des Négociants en Diamants, Perles, Pierres Précieuses et des Lapidaires (then based at 24 Rue La Fayette), through the presence of its president, Hugues Citroën (1873–1953).
Also involved in the sale as experts were Gustave-Roger Sandoz, vice-president of the Comité Français des Expositions (French Exhibitions Committee), as well as Georges Falkenberg and Robert Linzeler, in their capacity as representatives of the heirs of “Mademoiselle Dosne.”
The longest strand, containing fifty-five pearls, achieved 5,030,000 francs, the successful bidder being Oscar Kahn. The middle one, composed of forty-nine pearls, was acquired by L. Henry for 3,220,000 francs. The forty-one pearls of the


C’est en effet en tant que petit-fils d’un pêcheur de perles nommé Mohammed bin Abdulla al-Suwaidi qu’Abdullah Rachid al-Suwaidi a inauguré en 2004 la première ferme de perles de culture du Golfe, à Al Rams, dans l’émirat de Ras al-Khaimah, au nord de Dubai et de Chardja. Celle-ci contient à ce jour près de quarante cinq mille Pinctada radiata, cette même variété d’huîtres autrefois pêchée dans le Golfe pour ses perles fines.
De même que certaines familles indiennes de marchands de perles fines et de joailliers sont toujours présentes à Dubai, d’autres familles khalijiennes ont par ailleurs réussi à maintenir une activité dans le domaine de la joaillerie. La perle fine occupe évidemment une place particulière au sein de leurs créations. Matière inégalée, elle continue en effet de séduire les joailliers contemporains, qu’ils soient parisiens ou khalijiens, qui la réservent aujourd’hui à leurs créations d’exception.
Les zones de pêche étant désormais très protégées et contrôlées, seule une infime quantité de « nouvelles » perles fines vient alimenter le marché. Les collections familiales et les perles desserties de bijoux anciens maintiennent un petit marché pour les esthètes. Certains amateurs sont toujours prêts à débourser des sommes considérables pour s’offrir une part de la grande histoire des perles.
Dans la longue liste des héritiers de la famille Rosenthal, deux négociants en gemmes figurent parmi les petits-fils de Léonard. Outre sa fille Rachel, disparue en 2015 au terme d’une éclatante carrière artistique en Californie237, la petite-fille de Victor, Nicole Landau, née en 1931, est l’auteur d’un beau roman biographique intitulé La Perle de Blanca, paru en 2004. Son fils travaille toujours dans le négoce des gemmes : spécialisé dans les pierres de couleur, il continue de fournir les plus belles maisons de la place Vendôme. Si l’histoire de la perle parisienne demande aujourd’hui un travail de mémoire, la perle en tant que gemme n’a jamais été oubliée. Elle continue, infatigable, d’aller pour mieux revenir, au gré des diverses modes féminines comme masculines, tantôt minimales, exubérantes, classiques ou modernes, consensuelles ou provocantes. Si difficile soit-il d’imaginer l’avenir que l’homme réserve à la perle, qu’elle soit fine ou de culture, ronde ou baroque, blanche ou noire, américaine, arabe, australienne, chinoise, japonaise, philippine ou française, elle n’est pas près de disparaître : de même que Paris sera toujours Paris, la perle sera toujours la perle.

Besides his daughter Rachel, who died in 2015 following a dazzling artistic career in California,237 Victor’s granddaughter Nicole Landau, born in 1931, is the author of a wonderful biographical novel entitled La Perle de Blanca (Blanca’s Pearl), published in 2004. Her son still works in the gem trade: specializing in colored gemstones, he continues to supply the finest houses in Paris’s Place Vendôme.
Although efforts need to be made to keep the memory of Paris’s pearl history alive, pearls themselves have never been forgotten. They steadfastly withstand the ebb and flow of fashions – women’s and men’s, minimalist or exuberant, classical or modern, polite or provocative. We may not know what humanity has in store for pearls – natural or cultured, round or baroque, white or black, American, Arab, Australian, Chinese, Japanese, Philippine or French – but we can be sure that they are here to stay: just as Paris will always be Paris, pearls will always be pearls.
↗ Van Cleef & Arpels, collier Cadeau Impérial, collection Bals de Légende, 2011, or blanc, or rose, Serti Mystérieux Traditionnel™ rubis, rubis, perles fines blanches, diamants. Collection privée.
Van Cleef & Arpels, Cadeau Impérial necklace, Bals de Légende collection, 2011, white gold, rose gold, Traditional Mystery Set™ rubies, rubies, white natural pearls, diamonds. Private collection.
→ Theodoros, broche, 2023, perles fines, diamants, or blanc. Collection privée. Theodoros, brooch, 2023, natural pearls, diamonds, white gold. Private collection.

