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George Jouves

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8 Un milieu propice à la création

14 De Nyons à Dieulefit, la naissance d’une vocation

20 Une céramique ancrée dans l’imagerie populaire

44 L’élan artistique de la Libération

50 L’affirmation d’un style

70 Une relecture des formes anthropomorphes

86 Noir versus blanc

100 Des formes et des décors généreux

120 Jouve, un familier des Salons et des expositions itinérantes

126 Les années 1950 : une grande liberté formelle entre figuration et abstraction

154 Une nouvelle génération d’artistes décorateurs

156 Jouve et Matégot

178 Des formes toujours plus radicales

216 Autour de la galerie Steph Simon

226 Ratilly, Jouve et l’expérience du grès

234 Changement d’échelle

254 Une recherche intuitive de la matière, l’expérimentation de nouveaux matériaux

266 Après Jouve

I A blossoming young talent makes his debut

II Paris, a ceramist in his

From Nyons to Dieulefit, the birth of a vocation 20 Ceramics rooted in popular imagery

44 The artistic momentum of the Libération

50 The affirmation of a style

70 A rereading of anthropomorphic forms

86 Black versus white

100 Generous shapes and decors

120 Jouve, a familiar face at Salons and traveling exhibitions

126 The 1950s : great aesthetic freedom, between figuration and abstraction

154 A new generation of decorative artists

156 Jouve and Matégot

178 Ever more radical forms

216 Around the Steph Simon gallery

226 Ratilly, Jouve and the stoneware experience

234 Change of scale

254 Intuitive material research with new materials

266 After Jouve

Retrouver Georges Jouve

Comme nombre de figures des arts décoratifs et du design au XXe siècle, Georges Jouve a connu des fortunes contrastées : aimé et respecté de son vivant, mort trop jeune, oublié et mésestimé pendant des décennies, il a été redécouvert de manière vertigineuse au mitan des années 1990. L’image de Jouve souffre à la fois d’effets d’obscurité et d’une surexposition violente. Dans ce va-etvient, elle est restée longtemps imprécise, plus encore brouillée par l’hyper-visibilité sur le marché de l’art depuis trente ans, l’artiste étant recherché des amateurs d’art les plus avertis. Il fallait tout le talent et la sensibilité de Karine Lacquemant pour nous offrir un portrait tout en nuances, au plus proche de ses traits, rendus avec précision et dans toute leur densité humaine et artistique. Que Georges Jouve soit un créateur, un artiste majeur, cet ouvrage nous le confirme, mais ce que ce livre nous donne à voir va bien au-delà des superlatifs, il nous permet de rencontrer, de retrouver, mot à mot, œuvre après œuvre, une personnalité merveilleuse, de ces grands humanistes des années 1930 à 1950, qui, malgré le chaos du monde contemporain, ont su maintenir et continuer vaille que vaille la chaîne de l’art céramique. Ce qui frappe chez Jouve, c’est bien sa profondeur humaine, sa vigueur créative dans les formes audacieuses et manifestes comme dans l’ornement souvent radicalement réduit, sa passion des rendus de l’émail, de la couleur comme du noir profond, qui l’ont fait tant apprécié de son vivant par ses rivaux mêmes ! Au fil des pages et des images, ce que l’on ressent si intensément, c’est cette jubilation à explorer les possibles de la céramique, à repérer un répertoire singulier qui soit pleinement le sien, une élégance que dénote jusqu’à la manière même d’exposer son travail, une forme d’évidence qui est celle des très grands, cette évidence si raffinée et si parfaite qui gomme tout effort pour ne donner à voir que la beauté. Et de la joie aussi, une joie qui n’a rien de banal (on parle d’un homme dont la vie trop courte aura connu deux épouvantables conflits mondiaux), une joie qu’exprime cette reverdie des objets d’art au fil des années 1950 et qu’incarnera en 1953 l’exposition « La Demeure joyeuse, Paule Marrot et ses amis. » Une leçon de vie pour aujourd’hui, en quelque sorte.

Rediscover Georges Jouve

Like a number of figures of 20th-century decorative arts and design, Georges Jouve knew contrasting fortunes. Loved and respected during his lifetime, he died too young, and for several decades remained forgotten or undervalued, before being rediscovered with dizzying speed in the mid 1990s : Jouve suffers, therefore, at once from the effects of obscurity and of strident overexposure. Amid this back and forth, the image of the man for a long time remained hazy, before becoming scrambled yet further by his hyper-visibility on the art market over the past three decades, having now become sought after by the most discerning amateurs. It required all the talent and sensitivity of Karine Lacquemant to deliver to us this nuanced portrait, cleaving closely to his true character, rendering it with precision and in all its human and artistic richness. That Georges Jouve was a major artist and designer, this work certainly affirms ; but what it presents to us extends well beyond such bald superlatives, enabling us to encounter, to rediscover, word by word and work by work, a marvelous personality, one of the great humanists of the period from 1930 to 1950, and a man who, despite the chaos of the world around him, knew how to maintain and continue the legacy of the art of ceramics, come what may. What strikes us about Jouve is his profound humanity ; his creative vigor with form and ornamentation, the latter often radically reduced to a new form once more, even more audacious and manifest ; and his passion for the enamel finish, in color as well as deepest black, for all of which reasons he was so appreciated during his lifetime, even indeed by his rivals ! Throughout the following pages and the images they contain, what one feels most intensely is a sense of jubilation in exploring the possibilities of ceramic, in creating a unique repertoire which is entirely his own, possessed of an elegance which determines the very manner in which his work is to be encountered, a manner proper to the very great, and so refined and so perfect that it eclipses any efforts we might make except those directed at the perception of beauty. And of joy as well ; a joy possessing nothing of the banal (we are speaking, after all, of a man whose short life encompassed two appalling global conflicts), but which reflects this springtime for objets d’art that took place in the course of the 1950s and that was incarnated in the 1953 exhibition “La Demeure joyeuse, Paule Marrot et ses amis.” A life lesson for today, of a sort.

Olivier Gabet

Directeur du département des objets d’art du musée du Louvre

Director of the Department of objets d’art in the Louvre museum

À Dieulefit, entre 1943 et 1944, les carnets de croquis de Georges Jouve laissent entrevoir un répertoire de formes inspirées de l’imagerie provençale et religieuse, mais qui cèdent progressivement la place à de nouvelles directions. Ses recherches anticipent – par leurs formes architecturées et leurs reliefs décoratifs d’une réelle modernité –les créations de la période parisienne et s’inscrivent déjà dans l’esthétique des années 1940. Vases, pieds de lampe, pots à tabac d’aspect robuste sont dégagés et évidés du bloc de terre, travaillés directement dans l’épaisseur de la matière, jouant sur l’ombre et la lumière, les pleins et les creux. Les formes torsadées laissent deviner une parfaite maîtrise du modelage, une habelité et un sens inné des proportions hérités de sa formation passée. Massives, certaines céramiques, avec leurs lignes mouvementées recouvertes d’un émail épais, prennent une dimension baroque. C’est aussi à cette époque qu’apparaissent les premiers moules estampés lui permettant de décliner de multiples formes présentées dans les Salons parisiens. Apollon vend ses pièces localement – en 1943 le musée de Valence lui achète un vase et un bénitier17 – mais aussi à Paris à la galerie de L’Arcade, dirigée par Lilette Richter. Il fait aussi de nombreux envois au Salon de l’imagerie.

Georges Jouve’s sketchbooks from 1943 – 1944 present an array of shapes inspired by Provençal and religious imagery, but during his time in Dieulefit his drawings gradually went in other, new directions. With their architectural shapes and decorative reliefs—both bearing marks of the utmost modernity—his experiments anticipated the works he would later create in Paris, already showing signs of 1940s aesthetics. Robust-looking vases, lamp stands, and tobacco jars were extracted, hollowed out from the block of clay ; Jouve went straight into the material’s thickness, working directly, playing on shadow and light, positive and negative space. The twisted shapes reveal an absolute mastery of modeling, exceptional skill, and an innate understanding of proportion—all inherited from his former training. Some ceramics—massive in size—with their unruly lines coated in thick enameling, are distinctly baroque. It was also during this time that the first press molds appeared, allowing Jouve to produce several copies of a single shape, which he then presented at Paris Salons. Apollo sold his pieces locally—in 1943 the Museum of Valence bought a vase and a stoup17— but also in Paris at the gallery L’Arcade run by Lilette Richter. He also sent many submissions to the Salon de l’Imagerie.

17 Le 22 juin 1943, le musée de Valence fait l’acquisition de deux céramiques signées Apollon (inv. 418 et 419).

17 On June 22, 1943, the

Museum of Valence acquired two ceramics signed “Apollon” (inv. 418 and 419).
Vase, émail vert à base d’alquifoux, h. 34,5 cm, 1943. Musée de Valence, Art et Archéologie, inv. O.418
Vase de jardin, faïence émaillée, h. 66 cm, 1948. Galerie François Laffanour – Downtown, Paris
Vase Femme nichons, faïence émaillée, h. 26 cm, 1948.
Galerie Thomas Fritsch –Artrium, Paris
Vase Femme nichons, faïence émaillée, h. 26 cm, 1948. Galerie Jacques Lacoste, Paris
Pieds de lampe Trois boules, 1951. Photographie de Paul Henrot
Lampe Trois boules, faïence émaillée, h. 52,5 cm, 1951. Galerie Thomas Fritsch –Artrium, Paris

Les alliances bicolores et les ponctuations de couleurs vives subsistent dans la production abondante des années 1950, en alternance avec les séries noires de sculptures biomorphiques. Les jaunes, les verts, les bleus, les mauves sont désormais traités en aplats de couleur plus souvent surlignés ou cadrés par un liseré noir, à la façon de Fernand Léger qui s’amuse dans ses compositions murales à déployer la couleur à l’intérieur de grands cernes noirs. Comme en témoignent les carnets du céramiste, les deux techniques de décor – peint et en relief – coexistent.

Parallèlement à l’abstraction monochrome, Georges Jouve paraît s’amuser en retrouvant des motifs figuratifs stylisés ou des décors abstraits simplifiés à l’ébauche spontanée. Motifs de poissons et motifs sinueux sont rehaussés d’émaux polychromes cernés d’un émail noir, préalablement dessinés sur des calques, coloriés à la gouache, permettant ainsi à Jouve de tester des propositions de décors et de colorations. Des portraits réduits à leur plus simple expression soulignent des formes sobres, comme le pichet Jules et Jim inspiré du célèbre roman d’Henri-Pierre Roché publié en 1953, que Jouve a côtoyé à Dieulefit, ou le vase à deux anses Sablier Cette série trouve un écho dans la céramique de peintres, on pense à Picasso qui va s’adonner avec beaucoup de joie et de liberté à la terre, comme en témoignent les vases hybrides Faune, l’un des thèmes favoris du maître.

Dans cette série, Jouve s’intéresse d’abord à la recherche d’une forme, il la multiplie ensuite par le coulage, puis singularise chacun des modèles par des variantes de dessins sur papier-calque à la manière d’un architecte : « Il cherchait différentes possibilités à partir d’un modèle, il façonnait ensuite une famille d’objets jusqu’à épuisement du sujet », commente Jacqueline Jouve, qui avait un rôle auprès de son époux très complémentaire, que ce soit dans l’exécution ou dans l’appréciation de chacun des modèles réalisés dans l’atelier.

Two-colored groupings and bright-colored splashes persisted in his abundant 1950s production, alternating with his series of black biomorphic sculptures. Yellows, greens, blues, mauves were now treated as flat areas of color, often highlighted or framed by a black border, in a manner similar to Fernand Léger’s murals, where colors were playfully spread out inside large black contours. As attested in Jouve’s sketchbooks, both decorative techniques—painted and embossed—coexisted.

While creating monochrome abstractions, Georges Jouve seemed to be delighting in finding stylized figurative motifs or abstract decors based on spontaneous drafts. Fish motifs and winding patterns were enhanced with multi-colored enamels encircled by a black enamel, after first being drawn on tracing paper and colored with gouache, allowing Jouve to experiment with different decors and colorations. Portraits reduced to their simplest expression highlighted refined shapes, such as the Jules et Jim pitcher, inspired by the famous novel published in 1953 written by Henri-Pierre Roché, whom Jouve had met in Dieulefit ; or the twohandled vase Sablier. This series was echoed in the ceramics created by painters : Picasso, for instance, took to clay with great freedom and joy, as is shown by the hybrid Faune vases, one of the maestro’s favorite themes.

For this series, Jouve would begin by seeking a shape, which he then reproduced through casting. Afterwards, he made each model unique by varying the designs using tracing paper, like an architect : “He sought different possibilities based on one model, then he fashioned an array of objects until the subject had been fully explored,” commented Jacqueline Jouve, who played a highly complementary role beside her husband, whether in the execution or appraisal of the models fashioned in the studio.

Coupe, faïence émaillée, l. 32 cm, 1954. Galerie Jacques Lacoste, Paris
Vase Sablier, faïence, décor oxyde noir, h. 37 cm, 1952. Galerie Jacques Lacoste, Paris
Pichet Chouette, faïence, décor oxyde noir, h. 17,5 cm, 1952. Étude Tajan, Paris
Vase sablier, coupe, pichet Chouette, plat Poisson, plat géométrique, 1952-1953. Archives privées
Georges Jouve à Ratilly,

Provence, équilibre et maturité

Applique Lyre, faïence émaillée, h. 60 cm, 1953. Galerie Jacques Lacoste, Paris

Des formes toujours plus radicales

Dans la continuité des années parisiennes et de la séquence des Formes noires, de nouvelles recherches conduisent le céramiste à la réalisation d’une série d’appliques baptisées Lyre, Papillon, Os ou Toupie, ensemble édité par Marcel Asselbur (1910 – 1964), un ancien camarade de l’école Boulle. Pour les luminaires vendus directement, Jouve dessinait le gabarit des abat-jour. Ils étaient exécutés par l'atelier Rouillier, spécialisé dans la fabrication de luminaires en bois tourné, rue du Regard. La limpidité des volumes abstraits parfaitement maîtrisée s’applique tel un signe graphique sur le mur. Les œuvres dissymétriques s’inscrivent dans une harmonie quasi musicale contre les parois, fixées dans l’axe vertical d’un bras de lumière métallique. Ces mises en scène, typiques du style 50, sont présentées dans le cadre de la section « Formes utiles » au Salon des arts ménagers à partir de 1951. Ce Salon, qui participe à l’émergence du design, est devenu une manifestation incontournable pour les éditeurs de meubles contemporains. Les liens de Jouve avec les meilleurs décorateurs lui permettent de présenter ses pièces dans leurs décors.

Les céramiques de Jouve sont aussi diffusées par Les Magasins Pilotes. Inaugurés par Marcel-Henri Vassal et son fils, le décorateur Claude Vassal, plusieurs enseignes ouvrent à partir de 1955, à Paris puis dans toute la France, et sous forme de franchises. La sélection comprend des meubles de série édités par Airborne et Steiner signés de jeunes créateurs : Pierre Guariche, Janine Abraham, Jacques Hitier et d’autres. Ces ensembles voisinent avec des luminaires de Serge Mouille et des céramiques de Georges Jouve.

Ever more radical forms

Building on his Paris years and the Formes noires series, Jouve’s new explorations led to the creation of a set of wall sconces titled Lyre, Papillon, Os, and Toupie. They were edited by Marcel Asselbur (1910 – 1964), a former classmate from the École Boulle. For light fixtures sold directly, Jouve designed the templates for the lampshades. They were produced by the Rouillier workshop, which specialized in manufacturing turned wood lightings, Rue du Regard in Paris. They hung on the wall like graphic symbols, with pure, abstract volumes and a perfectly controlled execution. Asymmetrical in shape, mounted along the vertical axis of a metallic light arm, the pieces were in an almost musical harmony with the wall surface. These compositions, emblematic of the 50s style, were presented in the “Formes utiles” section of the Salon des Arts Ménagers from 1951 onwards. This event, which played a key role in the emergence of design in France, had by then become an essential venue for manufacturers of contemporary furniture. Thanks to Jouve’s strong ties with leading decorators, his pieces were regularly showcased as part of their designs.

Jouve’s ceramics were also distributed through Les Magasins Pilotes. Launched by Marcel-Henri Vassal and his son, the decorator Claude Vassal, these stores began opening in 1955—first in Paris, then throughout France—in the form of franchises. The selection featured mass-produced furniture by Airborne and Steiner, designed by rising talents such as Pierre Guariche, Janine Abraham, Jacques Hitier, and others. These pieces were displayed alongside lighting fixtures by Serge Mouille and ceramics by Georges Jouve.

Publicité pour Asselbur avec l’applique Lyre de Jouve, publiée dans Le Décor d’aujourd'hui, 1953

1957

Publicité Magasin Pilote, Document Arts ménagers, octobre
Études d’oiseaux, dessin au crayon.
Forme oiseau, faïence émaillée, h. 30 cm, 1957. Galerie Thomas Fritsch –Artrium, Paris

Dans ce contexte désormais plus confortable, le travail de Jouve reste toujours lié à une recherche « intuitive48 » de la matière. Durant toute sa carrière, après quelques tâtonnements, il explore une manière nouvelle de traiter l’argile pour en faire un matériau toujours plus noble qui puisse mettre en valeur sa quête de construction et de rigueur. Les émaux qui lui permettent ces finitions tantôt craquelées, mates, brillantes et jusqu’à la rugosité, sont toujours commandés aux établissements L’Hospied, important fournisseur de matières premières à Golfe-Juan. Dans sa quête de perfection, Apollon porte une attention particulière au rendu des matières. Les effets recherchés obligent à des ajustements perpétuels annotés dans les carnets : du mat au semi-mat jusqu’aux matières satinées. Puis, à partir de 1956, c’est la mise au point des couleurs pures au sélénium lui permettant d’obtenir un éclat intense et brillant des rouges, des verts, des jaunes et des oranges dans le goût nouveau typique de la décoration d’alors, accordant la priorité aux couleurs vives.

48 « [Jouve] ne savait pas discuter théoriquement de la chimie des matières qu’il employait mais il en avait mesuré toutes les efficiences et éprouvé tous les maléfices. Il les connaissait de l’intérieur pour ainsi dire, comme un cuisinier bien embarrassé d’indiquer sa recette, il procédait intuitivement, par additions impondérables et touchait juste où il voulait », Michel Faré, Renée MoutardUldry, Norbert Pierlot, Jouve céramiste, op. cit., p. 25.

In this now more stable environment, Jouve’s work remained largely based on an “intuitive”48 exploration of materials. Throughout his career—after some initial trial and error—he pursued new ways of working with clay, striving to transform it into a noble material capable of serving his ongoing search for structure and precision. The enamels with which he made his finishes—ranging from crackled to matte, glossy, or even rough-textured—were always sourced from the company L’Hospied, a major supplier of raw materials in GolfeJuan. In his quest for perfection, Apollon paid careful attention to the rendering of surfaces. The effects he sought required constant adjustments, methodically inscribed in his notebooks, and went from matte to semi-matte to satiny finishes. Then, starting in 1956, he developed pure selenium-based colors, which gave his reds, greens, yellows, and oranges a brilliant and intense glow—perfectly in line with the new decorative trends of the time, which favored bold hues.

48 “[Jouve] may not have been able to explain the chemistry behind the materials he used, but he had acquired a deep understanding of their strengths and risks. He knew them intimately, so to speak —like a chef unable to write down a recipe, he worked instinctively, making tiny adjustments, and always hit the mark he was aiming for.” Faré, Moutard-Uldry, and Pierlot, Jouve céramiste, p. 25.

Vases Boule et Bouteille, faïence émaillée, h. 13,5 et 28,5 cm, vers 1956. Galerie Thomas Fritsch –Artrium, Paris

Vases Boule et Pomme, faïence émaillée, h. 9,5 à 18 cm, vers 1956. Galerie Thomas Fritsch –Artrium, Paris

Biographie Biography

1910

Georges Jouve naît le 7 décembre à Fontenay-sousBois. Il est le benjamin d‘une fratrie de quatre enfants. Originaire d’Avignon, son père, Jean Esprit Jouve (1867 – 1933) est décorateur pour les Grands Magasins Dufayel ; sa mère, née Marie Girardot (1876 – 1962), a des ascendances arlésiennes. Il a pour sœurs aînées Jeanne, qui deviendra musicienne, et Denise avec laquelle il partage une même passion pour le dessin.

1927

Georges Jouve s’inscrit à l’école Boulle, où il reçoit une formation de sculpteur. Lors de ces trois années d’apprentissage, qui lui valent le surnom d’Apollon, il a pour camarades de promotion

Jean-Denis Malclès, François Ganeau, Rémy Hétreau et Jean Leblanc, qui vont s’illustrer dans les décors de théâtre. Parallèlement, il suit les cours de dessin de La Grande Chaumière et de l’Académie Julian à Montparnasse.

1930

Apollon sort diplômé de l’école Boulle. Il débute comme décorateur chez son beau-frère, l’architecte André Larivière, époux de sa sœur aînée Jeanne.

1935 – 1936

Chez des amis à BourronMarlotte, Georges Jouve rencontre Jacqueline Degrange (1917 – 2009). Ils se marient en 1936 et emménagent dans un petit appartement situé au 4, rue Poulletier sur l’île Saint-Louis.

1937 – 1938

Naissance de Catherine en 1937. Jouve travaille comme dessinateur pour la maison de décoration Jansen.

1910

Georges Jouve is born on 7 December in Fontenay-sousBois. He is the youngest of four siblings. His father, Jean Esprit Jouve (1867 – 1933), originally from Avignon, works as a decorator for the Grands Magasins Dufayel; his mother, born Marie Girardot (1876 – 1962), has roots in Arles. His older sisters are Jeanne, who will later become a musician, and Denise, with whom he shares a passion for drawing.

1927

Jouve enrolls at the École Boulle, where he trains as a sculptor. During these three years of study, which earn him the nickname “Apollon” (Apollo), his classmates include Jean-Denis Malclès, François Ganeau, Rémy Hétreau, and Jean Leblanc, all of whom go on to work in theater set design. He also attends drawing classes at La Grande Chaumière and the Académie Julian in Montparnasse.

1930

Apollon graduates from the École Boulle. He begins his career as a decorator with his brother-inlaw, the architect André Larivière, husband of his elder sister, Jeanne.

1935 – 1936

While staying with friends in Bourron-Marlotte, Jouve meets Jacqueline Degrange (1917 – 2009). They marry in 1936 and move into a small flat at 4 Rue Poulletier on the Île Saint-Louis.

1937 – 1938

Their daughter Catherine is born in 1937. Jouve works as a draughtsman for the interior decorators firm Jansen.

Jacqueline et Georges Jouve, vers 1938. Archives

1939 – 1944

Georges Jouve est mobilisé au début de l’année 1939. Envoyé sur le front, il est fait prisonnier. Après plusieurs tentatives d’évasion, le 10 décembre 1940, il parvient à rejoindre Jacqueline et Catherine réfugiées à Nyons, chez ses grands-parents maternels. Dans ce lieu où de nombreux artisans façonnent l’argile du pays en poterie d’usage, Jouve découvre le travail de la terre. Le 29 mars 1942 naît Félicien, la famille déménage en avril 1943 à Dieulefit et se rapproche ainsi de la poterie d’Étienne Noël, dirigée par Jacques Courtier de Vesles. Jouve va modeler toute une imagerie populaire et religieuse émaillée à l’alquifoux : Vierges, saints, bénitiers, retables, animaux, chandeliers, vases, bouteilles et miroirs.

Le 22 mai 1943 naît Antoine. La même année, le musée de Valence lui achète un vase et un bénitier en terre cuite vernissée.

1944

En septembre 1944, la famille regagne l’appartement de la rue Poulletier puis emménage au 83, rue de la Tombe-Issoire dans le 14e arrondissement.

Jouve continue à puiser son inspiration dans l’art populaire. Il abandonne progressivement l’alquifoux pour les émaux stannifères colorés. C’est l’époque où il expose au Salon de l’imagerie et à la Compagnie des arts français dirigée par Jacques Adnet. Ses créations s’ancrent dans l’esthétique des années 1940, volutes, torsades, drapés animent ses miroirs, chandeliers, personnages et formes animalières. Son émail est blanc craquelé parsemé de touches de couleurs.

1945

Jouve expose au Salon des artistes décorateurs (SAD).

1947 –

Apollon prend part aux expositions itinérantes de l’Association française d’action artistique chargée de promouvoir l’art français à l’étranger. S’il montre des séries de vases et de pichets anthropomorphes, Jouve travaille également sur des pièces monumentales (table, fontaine, cheminée, cadran solaire, groupe sculpté). La presse spécialisée commence à repérer l’originalité de son travail.

1948 – 1949

Naissance de Mirabelle en 1948. Jouve expose régulièrement dans la section « Le Foyer d’aujourd’hui » au Salon des arts ménagers. Il est présent sur les stands de ses amis décorateurs (Jacques Dumond, Maurice Pré, Roger Landault, Lucien Théry…).

L’État se porte acquéreur d’un autel en terre brune vernissée de la période dieulefitoise. Jouve met au point un émail noir à base de cuivre à l’effet satiné. Des vases trapus intitulés Toro, Oiseau sont ornés de motifs en relief et de décors « serviette », plaques de terre humide aux motifs incisés apposées sur la panse des vases. La jardinière Poule annonce les directions formelles de la décennie suivante.

1950

Présentation au Salon des artistes décorateurs d’une table conçue avec la décoratrice Janette Laverrière.

1951

Groupe en céramique pour l’École normale supérieure de Sèvres dans le cadre du 1 % avec l’architecte Maurice Novarina, auteur de la célèbre église NotreDame-de-Toute-Grâce sur le plateau d’Assy en Haute-Savoie (1950). Séries d’appliques murales Lyre, Papillon, Os, Toupie, qui s’insèrent dans des décors. Achat par l’État d’un vase décoré de poissons.

1939 – 1944

At the beginning of 1939, Georges Jouve is mobilized and sent to the front, where he is taken prisoner. On 10 December 1940, after several failed escape attempts, he manages to join Jacqueline and Catherine, who have taken refuge in his maternal grandparents’ home in Nyons. In this region, where many artisans shape the local clay into utilitarian pottery, Jouve discovers the art of working with that particular material. On 29 March 1942, their son Félicien is born. In April 1943, the family moves to Dieulefit, near the pottery workshop of Étienne Noël, run by Jacques Courtier de Vesles. Jouve begins creating a whole range of popular and religious imagery glazed with galena : Virgins, saints, holy water fonts, altarpieces, animals, candlesticks, vases, bottles, and mirrors. On 22 May 1943, their son Antoine is born. That same year, the Museum of Valence purchases a glazed terracotta vase and holy water font.

1944

In September, the family returns to their flat in Rue Poulletier and soon after moves to 83 Rue de la Tombe-Issoire in the 14th arrondissement. Jouve continues to draw inspiration from folk art. He gradually abandons galena-based glazes in favor of colorful stanniferous enamels. During this period, he exhibits works at the Salon de l’Imagerie and the Compagnie des Arts Français, run by Jacques Adnet. His creations are rooted in 1940s aesthetics : mirrors, candlesticks, human figures, and animals, decorated with scrolls, braids, and draperies. His white crackled enamel is dotted with color.

1945

Jouve exhibits works at the Salon des Artistes Décorateurs (SAD).

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